Mélanie de Biaso au Rocher de Palmer

Par Annie Robert

Chanteuse à part, délicate dame brune et révélation récente de ce que l’on pourrait nommer faute de mieux du jazz, Mélanie De Biaso présente au Rocher de Palmer, son nouvel album No Deal.
Une suite de poèmes musicaux  impressionnistes  installe rapidement une atmosphère oscillant entre les brumes tourbées de Londres et les évanescents encens des châteaux de nuages.
Tout est simple, épuré, délicat. Pas d’avalanches de notes, pas d’effets appuyés. Un piano qui s’évade du côté de Ravel et une contrebasse au groove léger forment avec la chanteuse flûtiste un trio qui se scinde parfois en duo voix contrebasse ou piano flûte. Ils se retrouvent sans difficulté dans la même couleur.
La voix est ample et souple, dans la recherche du souffle, du battement de cœur, du phrasé détaché mais sans ostentation, puissante mais retenue. Rien n’est en trop. À cette ambiance presque planante, le parti pris répétitif des motifs et des harmonies et la façon d’étirer le temps et le son confèrent aux morceaux une valeur quasi hypnotique mise en relief par un éclairage ad hoc.
Revers de la médaille de cette claire recherche de simplicité, une énergie un peu linéaire, sans rupture, où se glisseraient peut-être par des trous de souris quelques gouttes d’ennui et une petite absence d’émotion. Ceci n’est sans doute que peu de chose, face à l’originalité de la recherche. Mélanie de Biaso nous guérit, c’est certain,  des chanteuses de jazz, oiseaux de paradis ou séductrices en gants noirs , elle nous protège des tentations DianaKrallMélodiegardiennes.
Elle est une très belle pierre dans le renouveau du chant jazz.

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Bruno Tocanne « Over the hills » – Rocher de Palmer 04/12/2014

Par Dom imonk
Photographies d’Alain Pelletier

A la charnière des sixties et des seventies, Carla Bley a participé au « Liberation Music Orchestra » de Charlie Haden, sorti en 1969, et a surtout dirigé, associée au poète Paul Haynes, son propre « Escalator Over The Hill», sorti peu de temps après. Ces deux très grands albums fondateurs favorisèrent, pour beaucoup de musiciens et de fans, l’envol vers le futur de musiques plurielles, militantes et engagées dans la fusion des styles. Les deux albums réunissaient d’ailleurs, chacun, des musiciens communs, aux esprits éclairés et ivres d’une liberté novatrice.
Plus de quarante ans se sont écoulés et « Escalator Over The Hill » est encore très présent dans les esprits. Toujours aussi énorme et multiple. On l’aime et, comme au premier jour, on se laisse envahir par cette somme d’émotions à la force restée intacte.
Il n’est donc pas très étonnant qu’un musicien comme Bruno Tocanne, donc on connait le vif esprit d’aventurier sonore et la curiosité insatiable (nombre de ses autres projets en témoignent), ait voulu construire une nouvelle aventure autour de cette œuvre. Quand on apprend que Bernard Santacruz et Alain Blesing en sont aussi à l’initiative, et que le projet a reçu la caution de Carla Bley et Steve Swallow, on ne se pose plus de question, on achète son ticket et on file au concert les yeux fermés, d’autant qu’il est en plus programmé sous l’égide du Novart 2014.
Sur scène, les neuf musiciens sont tous placés en arc de cercle, la batterie trône en plein milieu, deux bras de micro semblant en désigner l’épicentre. On se sent vraiment convié à leur table. Dès les trois premiers thèmes, A.I.R. ( All India Radio), Hotel Overture et Rawalpindi Blues, la musique se révèle, neuve, belle et superbement arrangée. On vivra cela tout au long du concert, avec les autres morceaux. Aucun « remake ». On sent que le collectif « Over The Hills » s’est approprié les thèmes pour en construire des histoires originales d’aujourd’hui, avec les sédiments musicaux et humains que chacun de ses musiciens a collectés, depuis la découverte initiale de l’œuvre de Carla Bley. Le groupe est soudé par une conscience complice. Il n’y a pas de chef mais une âme collective, chaque membre pouvant à un moment ou à un autre lancer un morceau, ou inviter à le clore. Assis tout près de la scène, le son est magnifique, réel et direct. On en peut percevoir quasiment chaque infime détail, du jeu délicat et orfèvre des cymbales, aux souffles alternés et savants des cuivres et des bois, en passant par une guitare volontairement discrète mais aux strates électriques indispensables à la couleur de l’ensemble. Le son, c’est aussi ce très beau jeu de contrebasse (et de basse) que l’on entend bien et précisément, et sur lequel se posent en confiance les thèmes. La puissance du rock et la « technologie » sont le fait du chanteur, au verbe puissant, mais sachant aussi jouer avec sa voix pour la faire plaintive et aigüe, voire carrément emportée par des chuchotements d’avant-garde, en cela aidée par des tripatouillages électroniques du meilleur effet. On est aussi séduit par le jeu discret mais bien présent de la pianiste, dont la beauté des phrases et la blondeur des cheveux nous rappellent celles de Carla Bley, dont la présence spirituelle a illuminé ce concert, intime et remarquable en tout point.
On pourrait dire qu’il émane de la musique de Over The Hills, une sorte de turbulence paisible qui figure ce qui devrait bouger ce monde dont nous faisons tous partie. S’en échappe aussi une foi à déplacer les montagnes. Gageons qu’elle donnera au moins la force à celles et ceux qui l’écouteront d’aller au-delà des collines, et bien plus loin encore…

Par Dom imonk
Photographies d’Alain Pelletier

Over The Hills, c’est :

Jean Aussanaire : saxophones
Alain Blesing : guitares, électronique
Rémi Gaudillat : trompette, bugle
Antoine Läng : voix, électronique
Perrine Mansuy : piano, fender rhodes
Fred Roudet : trompette, bugle, trombone
Bernard Santacruz : contrebasse, basse électrique
Olivier Thémines : clarinettes
Bruno Tocanne : batterie

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Dany Doriz au « Phare Jazz Club » de Capbreton

Par Bernard Labat

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Samedi 22 novembre, nos « tennisman » sont en difficulté sur la terre battue de Lille. Notre XV tricolore n’a pas encore goûté la solidité des Pumas argentins. Mais à Capbreton les amis du Phare Jazz Club sont venus nombreux pour applaudir le Dany Doriz Quartet. Une fois installés et restaurés, les spectateurs attendent avec impatience les premières notes swingantes  des artistes. Le ton est donné, nos invités attaquent avec Air mail Special et Slipped Disc de Benny Goodman.

Déjà les premiers applaudissements et encouragements. La salle répond présente. Le concert continue avec une belle adaptation de place du Tertre de Bireli Lagrène, un Hamp’s Boogie-Woogie de Milton Buckner dans la pure tradition et une nouvelle occasion d’apprécier la technique de Patricia sur Gravy Waltz de Ray Brown.  Au passage quelques explications sur l’origine du vibraphone : Lionel Hampton le donna à Dany il y a une trentaine d’années à Chicago. Didier qui n’est pas en reste joue sur des cymbales ayant appartenu à Kenny Clarke lui-même. Quel plaisir de retrouver Philippe sur une de ses compos Take Bach qu’il affectionne et sert avec talent. Tout est limpide, du travail d’orfèvre. Patricia pétillante et Philippe appliqué échangent, se répondent et participent à la fête. Et oui des musiciens de jazz ça peut sourire… N’oublions pas que ce soir là, notre club accueillait les dignes et talentueux représentants d’un jazz festif et convivial. Dans la famille Doriz, je voudrais le fils, qui n’a pas sa pareille pour chauffer la rythmique. Surprise, surprise.

D’un oeil malicieux, Dany promène son regard sur la salle. Eh oui ce soir de nombreux musiciens ont fait le déplacement. L’occasion est trop belle pour leur proposer de « faire le boeuf » sur scène.

Arnaud Labastie et Manu Martinez se prêtent au jeu. Arnaud  nous distille un chorus créatif et Manu fidèle à lui-même nous propose un rythme très dansant sur Bag’s Groove de Milt Jackson. Total succès

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