Le big bang du Dal Sasso Belmondo Big Band

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

©AP_sasso-belmondo-5857

« A Love Supreme » est une œuvre mythique. Cette longue suite créée par John Coltrane en 1964, plus de 50 ans déjà,  constitue le sommet de son art. Composée à l’époque pour un quartet (Trane, McCoy Tyner, Elvin Jones et Jimmy Garrison) le projet de la jouer en big band constituait donc une réelle aventure. Financé par souscription son aboutissement a eu lieu en 2014 avec la sortie de l’album.

Hier soir au Rocher le nombreux public a donc eu la chance de voir et d’entendre la restitution de ce pari audacieux. Quatorze musiciens (voir line up en fin d’article) soit dix cuivres autour d’un trio piano, contrebasse, batterie, Christophe Dal Sasso complétant la formation aux flûtes et aux bruitages. Dès l’intro le ton est donné, nous aurons droit non pas à un sax leader mais à trois : Lionel Belmondo exubérant et chaleureux, David el Malek élégant et l’homme à la casquette rouge François Théberge, plein de fantaisie aussi bien dans le jeu que dans l’attitude ; entre ses interventions il quitte son pupitre et se promène sur scène discutant avec ses collègues ! Mais surtout des très bons qui ne font pas acte de sacrilège au Maître. Les arrangements de Dal Sasso pour cette œuvre complexe et tortueuse vont s’avérer d’une grande richesse et d’une réelle variété.

Soudain après une longue intro foisonnante la contrebasse de Sylvain Romano entonne les quatre notes célèbres du thème « Aknowledgement » _ il y a quelques années ici même John McLaughlin avait conclu magnifiquement son concert avec ce thème – et les répète à l’envi, l’orchestre arrive progressivement, c’est magique. Belmondo va prendre un chorus fiévreux, la transe monte. Au cœur de celle-ci le drumming de Dré Pallemaerts qui fait honneur au jeu d’Elvin Jones.

Les moments de transe et d’explosions vont alterner avec les passages plus recueillis, les moments de grâce dans lesquels on voit les musiciens s’écouter, les yeux fermés, pris sous leur propre charme. Pour autant l’ambiance sur la scène est détendue, Lionel Belmondo est un sacré personnage plein de naturel et d’humour.

L’esprit de Coltrane est là, son œuvre est plus que respectée, elle est magnifiée. On aura même droit à des battles de sax à deux, à trois, des superbes chorus de trompette de Julien Alour, de trombone et même de l’énorme tuba, une prouesse de Bastien Stil. Un moment les cuivres s’effacent pour laisser s’exprimer le trio rythmique et le remarquable pianiste. Vraiment quelle qualité d’arrangements !

Peut-être que certains dans la salle attirés par le mot Big Band et croyant entendre du Glenn Miller sont surpris, ils ne pourront qu’être séduits.

L’œuvre s’achève la magie a opéré, la scène est recouverte d’une épaisse couche de notes, le public est presque assommé, groggy par tant de ferveur, d’émotion, de sauvagerie et de sensibilité.

La chaleur et l’humour de Lionel Belmondo vont faire redescendre tout le monde sur terre ; avant qu’on ne le lui réclame, il nous propose le rappel « non pour votre plaisir mais pour répéter, car la semaine prochaine  l’orchestre entre en studio » et en plus « on les attend au Plana ».  Il plaisante bien sûr ; pas pour le Plana. Un dernier titre de Coltrane « One Down, One Up » enflamme la salle, ovation.

Soirée d’exception d’autant plus qu’elle avait commencé en beauté avec Serge Moulinier (p) en trio avec Christophe Jodin (b) et Didier Ottaviani (dr). Un set superbe mélodieux fait de finesse et de délicatesse, reprenant le répertoire du dernier album du trio « Tyamosé Circle ».  Rien d’étonnant quand on connaît la classe des musiciens. Un triangle bien carré oserais-je dire…

Pour finir un grand merci à Patrick Duval et à son équipe de Musiques de Nuit Diffusion qui vraiment nous gâtent avec cette programmation 2015.

Lionel Belmondo saxophone ténor

Christophe Dal Sasso flûtes, bruitage

Dominique Mandin saxophone alto

François Théberge saxophone ténor

David El Malek saxophone ténor

Julien Alour trompette, bugle

Éric Poirier trompette, bugle

David Dupuis trompette

Bastien Ballaz trombone

Jerry Edwards trombone

Bastien Stil tuba

Laurent Fickelson piano

Sylvain Romano contrebasse

Dré Pallemaerts batterie

©AP_sasso-belmondo-5937 ©AP_sasso-belmondo-5977 ©AP_sasso-belmondo-5859

Publicités

La force tranquille : Cécile McLorin Salvant au Rocher de Palmer

Par Annie Robert, photos Thierry DubucTDBB2843Décidément, les chanteuses de jazz se succèdent, pour notre plus grand plaisir, mais ne se ressemblent guère. La programmation du Rocher de Palmer est en cela, exemplaire : chacune dévoilant un aspect de la voix, une approche différente, mais indispensable du chant. Trois voix, trois rencontres…

Après les féeries vocales de Yun Soun Nah, la tempête soul délicieuse de Robin Mac Keele, voici la dernière venue et non la moindre : Cécile McLorin Salvant.

Bien qu’encore peu moins connue du grand public, la jeune femme (25 ans !) se fraie posément un chemin parmi les plus grandes et ses qualités se murmurent tout de même dans les coulisses du jazz vocal depuis un certain temps, sans doute depuis qu’elle a remporté le “Concours Jazz International Thélonious Monk” en 2010.

Une découverte donc, mais qui n’en est pas vraiment une….

Cécile McLorin Salvant  est foncièrement une chanteuse de jazz, souple, virtuose et désarmante de facilité. On comprend vite qu’elle connaît les styles et sons du jazz moderne, mais aussi qu’elle maîtrise également le blues classique et la tradition vocale américaine des débuts. Élégante dans sa façon de chanter, puissante quand c’est nécessaire, jamais maniérée, enfantine ou impériale, elle se révèle pleine d’humour et d’émotion.

La simplicité de sa présence, son français impeccable, son sourire renforcent encore cette impression de pleine tranquillité. Il ne peut rien lui arriver de mauvais, et à nous non plus.

On est frappé par une technique vocale si virtuose que tout effort semble gommé : précision des attaques, chaleur du timbre, étendu du registre, expressivité, tout y est. Quel plaisir !

La comparaison facile, celle qui vient à l’esprit tout de suite, c’est celle que l’on pourrait faire  avec la grande Ella Fitzgerald..

Cependant cet héritage, elle ne le singe pas, ne le caricature pas et ne cherche pas à le maintenir en l’état, elle le transforme, se l’approprie et le fait sien.

Elle s’est entourée d’un ensemble de classe mondiale et qui partage son désir de créer un jazz d’aujourd’hui en puisant dans les vibrantes traditions du passé : le pianiste Aaron Diehl (magnifique) Paul Sikivie, à la contrebasse et Lawrence Leathers, à la batterie, un trio inventif, mais travaillé comme un orchestre symphonique. Chacun à l’écoute, chacun laissant aux autres la place nécessaire.

Le set proposé ce soir, est un peu différent de ce à quoi elle nous avait habitués, un peu moins de ballades et de petits standards oubliés, un peu plus de chansons françaises, de fantaisies et de comédies musicales.

Cela donne lieu à des moments délicieux comme cette “Route Enchantée »  de Charles Trenet, moment swing très réussi, à une déstructuration jubilatoire du “Chant du Missouri” (Judy Garland s’en sentirait tourneboulée), et à une interprétation malicieuse de «  Si j’étais blanche” de Joséphine Baker.

Le répertoire choisi parmi les comédies musicales est traité de façon variée, “Les parapluies de Cherbourg” avec l’émotion et la simplicité qu’il faut “West Side Story” dans la recherche du rythme complexe.

Seule la chanson de Mistinguett “Mon homme” laisse un peu de marbre, mais pouvait on faire quelque chose de bien avec une chanson si plate….

TDBB2837 TDBB2831

ISOTOPE au Caillou

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

Définition d’Isotope : « Chacun des différents types d’atomes d’un même élément, différant par leur nombre de neutrons mais ayant le même nombre de protons et d’électrons, et possédant donc les mêmes propriétés chimiques. »

Ici l’élément c’est le trio. Les trois atomes sont un batteur, un guitariste et un trompettiste.

Le premier atome qui joue le rôle du noyau c’est Tom Peyron, le batteur. Musicalement tout ou presque tourne autour de lui. Les compositions pour la plupart sont de lui et  sa batterie est omniprésente. Il a le drumming intelligent comme dit mon voisin de table hier soir au Caillou, un jeu varié et nuancé plein d’inventions.

Le second atome est plus un électron, avec sa guitare électrique, c’est Thomas Boudé. Il tisse des climats, compensant avec un son magnifique le manque d’une basse dans le trio ou torturant ses cordes dans des chorus sans fin et très inspirés. Electron libre même quelquefois dans des passages plus free. Remarquable sa longue composition au nom hermétique qu’on pourrait qualifier de free java.

Le troisième atome est un proton portant donc sa charge positive d’émotion dans des chorus superbes de trompette, Olivier Gay. Il participe au son original de ce trio insolite sans basse ni piano, qu’il joue libre ou avec la sourdine. Un son de trompette très clair le caractérise.

Ces trois atomes différents présentent bien les mêmes propriétés outre de jeunesse, le talent, le goût du risque musical, la virtuosité, la créativité…

Isotope était donc hier soir en concert au Caillou. Récent vainqueur du tremplin Action Jazz 2015 ce trio apporte de la fraîcheur et de la jeunesse. La jeunesse elle était aussi présente hier soir dans le public et ça fait bien plaisir, beaucoup de jeunes musiciens bien sûr. De jeunes musiciens qui prennent des risques vers une musique moins facile à jouer et à écouter que l’offre standard des radios autrefois libres mais désormais toutes alignées, les yeux rivés sur les chiffres du marché.

Le répertoire a laissé une grande place à leurs propres compositions mais aussi à des musiciens reconnus comme par exemple Charlie Haden ou Sony Rollins (sans sax !). On a même eu droit à une musique de street band et à un genre de calypso très gai.

Les musiciens d’Isotope possèdent donc cette énergie atomique qui devrait les mener loin dans le monde du jazz. L’avenir leur appartient.

©AP_isotope-5835©AP_isotope-5787©AP_isotope-5771

Un jeudi soir à Bordeaux…

11082512_367554360110394_2268094798576384186_n 11046551_367557380110092_8034726415499972942_n 20150319_233605

Le printemps pointe son nez en cette douce journée de mars, la soirée approche, mes proches m’interrogent « tu ne vas pas au Tunnel ce soir ? ». Et oui c’est jeudi et le jeudi c’est Tunnel, la cave de jazz de l’Artigiano Mangiatutto l’excellent restaurant italien de la rue des Ayres. Le problème c’est que ce soir comme tous les jeudis soirs aussi il y a un groupe au Caillou du Jardin Botanique à la Bastide et l’affiche est sympa. Mais il y a un autre problème. De l’autre côté du fleuve le Comptoir du jazz renaissant propose lui aussi une affiche intéressante…
Où aller, il y a d’excellents musiciens partout. Question difficile. Je vais prendre un joker Jean-Pierre, je téléphone à un ami : «Allo Thierry ? bla bla bla… bon on fait comme ça, à tout de suite ». Réponse C : je vais aux trois, c’est mon dernier mot !
20h30, les alentours du Caillou (entrée gratuite, bar, restaurant) sont très calmes, la fac voisine est bien sûr fermée à cette heure-là et il n’y a aucune activité dans le quartier. Pour garer sa voiture pas de problème, ça compte. Et comme en plus je suis à moto ! Quelques notes sortent de cette forme bizarre en forme de…caillou. Je rentre doucement, dans le restaurant quelques personnes attablées et d’autres sirotant un verre, l’ambiance est cosy, sereine, cool.
Un excellent trio est à l’ouvrage. Le trompettiste Mickaël Chevalier joue avec Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Simon Pourbaix à la batterie. Au programme un hommage à Clifford Brown le trompettiste compositeur tragiquement disparu dans un accident de voiture en 1956 à moins de 26 ans. Du Bebop et du Hardbop, une trompette volubile, un orgue velouté et une batterie contrastée, le ton est donné. On voit la musique se faire, les musiciens sont à côté de nous et ça c’est une vraie chance. Les chorus s’enchaînent, un coup d’œil, un signe de tête on se comprend c’est du jazz. Dernier titre du premier set, le trio invite le tout jeune Alex Aguilera qui va prendre un magnifique chorus à la flûte ; très prometteur. Mon verre est fini, Thierry a pris quelques photos, c’est la pause, on discute un peu avec les musiciens et on file.
22 h, le quai de Paludate est encore calme, il est trop tôt pour les discothèques. Au Comptoir du Jazz (entrée 5€, bar) pas trop de monde, pourtant le sextet présent est de grande qualité. Shekinah Rodriguez (sa, ss) est entourée de Raphaël Mateu (tr), Sébastien Arruti (tb), Jean-Christophe Jacques (st, ss), Guillermo Roatta (dr) et Olvier Gatto (cb, arrangements et direction musicale), que des très bons. Sur la scène exiguë et mal fichue du lieu ils sont un peu serrés d’autant que Sébastien a un physique de première ligne – basque bien sûr – les cuivres sont devant et les deux autres cachés derrière au fond. Alain et Irène Piarou sont là, en effet Action Jazz se doit de prendre contact avec la nouvelle direction du Comptoir duquel le jazz avait un peu disparu ces derniers temps. Sur scène le sextet rend hommage au Duke…sans piano. Petit à petit les gens arrivent.

« C jam blues », le délicat « «In a sentimental mood » le morceau de jazz préféré de Shekinah, bien sûr « Caravan » réarrangé par Olivier Gatto avec notamment des contrepoints bien sentis en soutien de chaque chorus de cuivres. Les deux sax se répondent, la trompette chante et le trombone gronde ; derrière ça tient le tout comme la colonne vertébrale Là aussi connivence entre les musiciens, applaudissements réciproques lors de tentatives osées ; ils cherchent, ils trouvent, ils nous régalent. Mais le temps passe, arrive la pause. Thierry reste là, il n’a pas fini ses photos – c’est un perfectionniste – pour moi direction centre-ville.

23h30 au Tunnel (entrée gratuite, bar) où ce soir c’est la jam mensuelle. Le maître du lieu est Gianfranco et le responsable musical en est Roger Biwandu, pas moins. D’octobre à fin avril c’est le rendez-vous incontournable des amateurs de jazz. Ce soir autour de Roger aux baguettes, François Mary à la contrebasse et Stéphane Mazurier au clavier Rhodes (instrument à demeure et obligatoire !). L’originalité du Tunnel c’est autour d’une rythmique habituelle la « Dream Factory » Roger toujours, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Hervé Saint Guirons au Rhodes en général, la présence d’un invité ou deux différents chaque jeudi à partir de 21h30. Mais ce soir donc c’est jam. Quand j’arrive dans la cave pleine à craquer le trio a été rejoint par Dave Blenkhorn, Yann Pénichou et leurs guitares ; il me faut quelques instants pour reconnaître le morceau soumis à la douce torture des improvisations. Ça groove grave, la voute de la cave en tremble, mais oui bien sûr voilà le thème qui revient imperceptiblement, ils sont partis dans tous les sens – pas tant que ça – et ils sont en train de retomber sur leurs pieds ; c’est « Watermelon Man » du grand Herbie Hancock. Le saxophoniste Alex Golino est là mais sans son instrument, pour le plaisir de voir et entendre les copains. Changement de guitariste, Roger appelle le jeune Thomas encore élève au conservatoire. Il s’en tire très bien les autres le félicitent ; pas par complaisance, le mois dernier un pianiste un peu juste s’est fait virer au beau milieu d’un morceau… Roger rappelle Dave Blenkhorn pour un titre dont ce dernier ne se souvient pas. Je suis juste à côté de lui et j’entends Yann Pénichou lui chantonner brièvement le thème. Trente secondes plus tard Dave mène la danse parfaitement… Il est minuit trente, le set s’achève devant un public ravi.

Voilà donc un jeudi soir passionnant de jazz à Bordeaux ; des endroits accueillants, des musiciens remarquables, des amateurs comblés. La scène jazz de Bordeaux est en plein renouveau et ça c’est vraiment une bonne nouvelle. Pour savoir ce qui se passe, suivez http://www.actionjazz.fr sa page et son groupe Facebook, les pages FB des artistes ou des lieux cités, ou le groupe FB « qui joue où et quand ? ». Sortez écouter en live tous ces beaux artistes, ils n’attendent que ça et ils méritent votre présence. Nous avons de vrais pros à Bordeaux soutenons les, ce n’est que du plaisir !

Allez il faut rentrer, thanks God, tomorrow it’s Friday mais y’a aussi école. Place à la musique des échappements…

Philippe Desmond ; photos : Caillou et Comptoir Thierry Dubuc, Tunnel PhD

Revoilà Robin McKelle à Bordeaux…

©AP_RobinMcKelle-5606

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

Revoilà Robin McKelle à Bordeaux, plus précisément à la belle salle du Vigean D’Eysines.Dernier passage au Rocher de Palmer il y a exactement trois ans. Ce soir c’est encore une organisation de Patrick Duval et de son équipe de Musiques de Nuit Diffusion ; mesurons la chance de les avoir.

Petite déception en arrivant ; apparemment il n’y a pas de section de cuivres Il n’y en aura pas et on l’oubliera instantanément Quatre musiciens, ses Flytones, Ben Stivers au clavier, Fred Cash à la basse (grosse basse !), Al Street  à la guitare électrique, Bill Campbell à la batterie qui démarrent en trombe puis l’annonce et l’arrivée de Robin. Et aussitôt la magie opère Un gros gros son pour une voix aux inflexions soul, rauque jusque ce qu’il faut et rock aussi parfois. Une présence étonnante devant ce combo ronflant et un plaisir manifeste partagé avec les musiciens ; avec le public le partage ne va pas tarder.

Le répertoire actuel soul blues s’est éloigné des débuts plus jazzy dans le registre du swing de big band. Elle avoue dans les interviews faire ce qu’elle dont elle rêvait, composer et jouer son propre répertoire. Elle a écouté Nina Simone, Gladys Knight, mais ne les singe pas. La plupart des titres joués seront ses propres compositions, en partie tirées du dernier album au titre évocateur « Heart of Memphis ». Memphis temple de la soul, les disques STAX, Otis Redding, Wilson Pickett, Eddie Floyd, Booker T and the MG’s, tant d’autres et maintenant Robin McKelle.

En un rien de temps elle se met le public dans la poche, pas de façon racoleuse, mais surtout grâce à son talent, à son charme bien sûr – malgré une tenue un peu kitch dont un fuseau aux motifs improbables – et à la qualité de son Français inhabituelle pour une Américaine. Du talent, du charme et en plus, elle est sympa ! Elle est aussi très expressive, usant gracieusement de ses mains et bras lors des ballades et se démenant sans retenue sur les titres rapides. Beaucoup ce soir vont repartir avec une petite piqûre de Cupidon dans le cœur, moi c’est fait.

Revenons à la musique. Un festival avec un groupe ronflant, tonitruant et parfaitement à son aise dans les ballades comme « Heart of Memphis » amené de façon très amusante et en Franglais (sic). Un « What you want » flamboyant, la reprise bien carrée du tube « Please don’t let me be misunderstood », un « Forgetting you » aux accents frappants de Janis Joplin rien moins, avec un triple faux final déchirant et l’ovation qui va avec. Derrière ça y va, ça régale, ça ensorcèle, le public crie lors des solos c’est chaud comme un été au Tennessee. Et elle, elle chante, mais elle chante !

L’instant des musiciens alors que la dame est partie reposer un peu sa belle voix avec un inusable « Green Onions » toujours rutilant et on repart pour une deuxième partie où à l’invitation de la dame et à la satisfaction des fourmis dans les jambes de tous le public se lève et vient même danser devant la scène. Elle va bien sûr descendre se mêler à cette ambiance ; quel bonheur ! Des citations de « Proud Mary » tout à fait naturelles tant Robin peut se rapprocher de Tina Turner parfois, deux titres de l’album précédent et en rappel le « Take me to the river »  d’Al Green repris par la salle entière. Des sourires sur tous les visages, elle a gagné et nous aussi finalement.

C’est fini. Et non, il nous reste une gourmandise à croquer, car Elle nous attend déjà dans le hall, certes pour dédicacer ses CD, mais aussi pour bavarder étonnamment fraîche et calme après cette magnifique prestation de plus d’une heure trente. Elle retrouve des têtes connues d’organisateurs locaux de concerts ou festivals, prend du temps avec chacun, évoque un tweet récent avec une personne qui ne lui est désormais plus inconnue, demande le nom de cette personne qui la suit sur Facebook (moi), propose des selfies. Le hall se vide, les lumières s’éteignent, l’organisation s’impatiente, mais elle est encore là à bavarder. Sympa je vous dis, pas diva pour deux dollars.

Bon Robin tu reviens quand ?

©AP_RobinMcKelle-5741©AP_RobinMcKelle-5728©AP_RobinMcKelle-5494

Tendresse et complicité …


Richard Galliano / Sylvain Luc  salle du Vigean à Eysines 

par Annie Robert. Photos Thierry Dubuc

TDBB1879

Pas besoin de présenter longuement ces deux là.. Même s’ils n’appartiennent pas tout à fait à la même génération de musiciens, ils sont reconnus et aimés. Quasiment incontournables. Reconnaissables entre tous.
La guitare souple, délicate et pleine de soleil de Sylvain Luc, l’accordéon inspiré  accompagnateur des plus grands  de Richard Galliano se retrouvent pour un double hommage, à la fois à Edith Piaf et à sa compositrice Marguerite Monod mais aussi à Gus Viseur , compagnon de Django Reinhardt et un des premier à quitter le musette pour le jazz. Ah, l’amour, toujours l’amour, l’amour toujours…
Assis face à face sur scène, ils se quittent peu des yeux, sans surenchères, avec pudeur. Le thème et l’accompagnement passent en souplesse de l’un à l’autre, les improvisations se font souvent à deux sans qu’aucun ne s’y fourvoie.
Petits défis amicaux et  surprises musicales finissent dans des éclats de rire.
Richard Galliano sifflote « la vie en rose » sous le regard souriant de Sylvain Luc. On se surprend, on s’étonne, on s’amuse.
Des couleurs de swing, de brésil, de manouche ou de flamenco se déploient parfois pendant le même morceau. La nostalgie se fait tonique, le bonheur mélancolique… On se sent si bien avec eux deux, si proches, si complices de leur échange que les notes se font presque réelles voltigeantes comme des fleurs de pommiers. Cela pourrait être compassé, c’est simplement revigorant.
On ressort du concert apaisés et heureux. Etonnés également de voir que tous ces airs un peu désuets, si souvent remâchés et chantés, ont encore des secrets, des  trésors cachés, des pépites de  rythmes et de mélodies à offrir. Les deux complices ont donc su par leur spontanéité, leur technique sans faille mais aussi par la grande écoute et le respect mutuel dont ils ont fait preuve, nous les dévoiler.

Un concert qui fait du bien… tout simplement.

TDBB1864TDBB1853

Dans le sillage de la petite fée…

Youn Sun Nah au Rocher de Palmer
par Annie Robert

Salle comble ce jeudi soir au Rocher, salle debout, enthousiaste, émue, étonnée, ravie, éblouie, subjuguée, conquise, bouleversée.  Les adjectifs se bousculent, se pressent en masse et se ressemblent…..
Il faut dire qu’à l’instar d’un de ses titres, le « momento magico » a une nouvelle fois agi avec force et douceur. La petite fée coréenne a tout  emporté sur son passage.
Autour de Youn Sun Nah, dans sa robe papillon de nuit, un trio de rêve, son trio habituel : accordéon, guitare, contrebasse : Vincent Peirani , pieds nus comme à son habitude, dont on ne peut plus dire qu’il soit l’étoile montante de l’accordéon tellement il a porté haut les multiples facettes de cet instrument qu’il sait faire chanter comme un oiseau, valser en musette pour un clin d’oeil, ou  assombrir comme une menace ; Ulf Vakenius, un guitar hero tel qu’on les aime, qui se faire tendre dans une ballade suédoise, ou virtuose à couper le souffle avec des accents de  rockeur déchaîné et Simon Tailleu à la contrebasse, mélodique, solide et attentif qu’on redécouvrait avec grand plaisir .
Et puis bien sûr Youn Sun Nah, la voix exceptionnelle de Youn Sun Nah. En voix pleine, en voix de gorge pour des reprises rock ou folk , en voix de tête pour des virtuosités de dentelle, la voix est toujours belle, équilibrée, puissante ou délicate. Elle joue d’une incroyable palette de timbres et de couleurs, d’une technique exceptionnelle qui lui permet de passer des aigus aux graves avec une étonnante facilité et met en relief la beauté d’une voix tout en nuances et en subtilité.
Et chacun se demande alors de quoi sont faites ses cordes vocales.
Avec un petit plus qui fait toute la différence, la présence permanente d’une émotion et d’un plaisir véritable de partager un moment avec ses spectateurs.
Son  répertoire varié avec des compositions originales et des reprises fait voyager le public du «  Mistral » d’Avignon ( ah le bruit du vent dans le souffle de la voix)  à la Suède, en passant par le folklore irlandais ou suédois ou des reprises  de Nat King Cole. C’est chaque fois étonnant, décalé et à propos.
Le dernier morceau, où seule sur scène avec son looper, elle superpose  deux puis quatre  puis huit, puis douze fois sa propre voix  pour une polyphonie jazzy  est un vrai moment de bonheur et le public après des applaudissements debout  quitte à grand regret la petite fée et son sillage d’émotions  musicales.
Il fallait en profiter car sous cette forme le quartet va arrêter là son chemin dans quelques temps pour voguer vers d’autres ailleurs et de nouvelles recherches.