La force tranquille : Cécile McLorin Salvant au Rocher de Palmer

Par Annie Robert, photos Thierry DubucTDBB2843Décidément, les chanteuses de jazz se succèdent, pour notre plus grand plaisir, mais ne se ressemblent guère. La programmation du Rocher de Palmer est en cela, exemplaire : chacune dévoilant un aspect de la voix, une approche différente, mais indispensable du chant. Trois voix, trois rencontres…

Après les féeries vocales de Yun Soun Nah, la tempête soul délicieuse de Robin Mac Keele, voici la dernière venue et non la moindre : Cécile McLorin Salvant.

Bien qu’encore peu moins connue du grand public, la jeune femme (25 ans !) se fraie posément un chemin parmi les plus grandes et ses qualités se murmurent tout de même dans les coulisses du jazz vocal depuis un certain temps, sans doute depuis qu’elle a remporté le “Concours Jazz International Thélonious Monk” en 2010.

Une découverte donc, mais qui n’en est pas vraiment une….

Cécile McLorin Salvant  est foncièrement une chanteuse de jazz, souple, virtuose et désarmante de facilité. On comprend vite qu’elle connaît les styles et sons du jazz moderne, mais aussi qu’elle maîtrise également le blues classique et la tradition vocale américaine des débuts. Élégante dans sa façon de chanter, puissante quand c’est nécessaire, jamais maniérée, enfantine ou impériale, elle se révèle pleine d’humour et d’émotion.

La simplicité de sa présence, son français impeccable, son sourire renforcent encore cette impression de pleine tranquillité. Il ne peut rien lui arriver de mauvais, et à nous non plus.

On est frappé par une technique vocale si virtuose que tout effort semble gommé : précision des attaques, chaleur du timbre, étendu du registre, expressivité, tout y est. Quel plaisir !

La comparaison facile, celle qui vient à l’esprit tout de suite, c’est celle que l’on pourrait faire  avec la grande Ella Fitzgerald..

Cependant cet héritage, elle ne le singe pas, ne le caricature pas et ne cherche pas à le maintenir en l’état, elle le transforme, se l’approprie et le fait sien.

Elle s’est entourée d’un ensemble de classe mondiale et qui partage son désir de créer un jazz d’aujourd’hui en puisant dans les vibrantes traditions du passé : le pianiste Aaron Diehl (magnifique) Paul Sikivie, à la contrebasse et Lawrence Leathers, à la batterie, un trio inventif, mais travaillé comme un orchestre symphonique. Chacun à l’écoute, chacun laissant aux autres la place nécessaire.

Le set proposé ce soir, est un peu différent de ce à quoi elle nous avait habitués, un peu moins de ballades et de petits standards oubliés, un peu plus de chansons françaises, de fantaisies et de comédies musicales.

Cela donne lieu à des moments délicieux comme cette “Route Enchantée »  de Charles Trenet, moment swing très réussi, à une déstructuration jubilatoire du “Chant du Missouri” (Judy Garland s’en sentirait tourneboulée), et à une interprétation malicieuse de «  Si j’étais blanche” de Joséphine Baker.

Le répertoire choisi parmi les comédies musicales est traité de façon variée, “Les parapluies de Cherbourg” avec l’émotion et la simplicité qu’il faut “West Side Story” dans la recherche du rythme complexe.

Seule la chanson de Mistinguett “Mon homme” laisse un peu de marbre, mais pouvait on faire quelque chose de bien avec une chanson si plate….

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