Al Jarreau au Rocher

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Le marchand de bonheur

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Quand on va voir un monstre sacré – revoir pour moi, c’était en 1983 à la Patinoire – c’est toujours avec une certaine inquiétude, celle d’être déçu, de briser le rêve. La crainte est ici attisée par le fait que depuis quatre ans Al Jarreau a souvent annulé des concerts, pour des ennuis respiratoires, une pneumonie notamment qui a nécessité son hospitalisation dans un état critique. Il aurait même perdu sa voix, son instrument magique. Mais, bonne nouvelle, il a sorti un disque récemment « My old Friend » en hommage à George Duke disparu en 2013 et il entame une tournée européenne alors qu’il est sous traitement médical.

Le voilà donc arrivant sur scène, marchant difficilement avec une grande canne, s’appuyant aussitôt sur un tabouret devant la scène. Il a désormais 75 ans et ses ennuis de santé ne l’ont pas épargné physiquement. Mais ce visage, ces yeux, ce sourire ils sont eux intacts, quelques mots en français « Bonsoir Bordeaux », « le vin rouge ! », « amusez-vous bien ! » et la salle est déjà sous le charme. « Mornin’ » me semble-t-il pour commencer (le concert a été un tel tourbillon que je ne sais plus) et c’est le miracle, la voix est là quasi intacte !

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Cinq musiciens l’entourent, trois jeunes à la guitare – grosse guitare – à la basse – grosse basse – et à la batterie – grosse batterie- et deux plus chevronnés, chacun aux claviers,  l’un jouant aussi des sax le second de la flûte. Ce second c’est Larry Williams qui, c’est bien simple, a joué avec le monde entier : Michaël Jackson, Paul McCartney, Prince, Elton John, Barbara Streisand, Aretha Franklin, Eric Clapton, Ray Charles, Chaka Khan, Herbie Hancock, Chic Corea, Rod Stewart, Simply Red, Joni Mitchell, Sinatra… Une référence.

Il faut bien ça car Al Jarreau va leur jouer des tours à ses musiciens et tout au long du concert. Certes tous ses grands tubes vont y passer à la grande joie de tous, « Boogie Down », «  Roof Garden », sa version de « Take five » entremêlée du « Blue rondo a la Turk » et bien d’autres mais sa façon de les lancer par des scats parfois insolites pour les musiciens – il suffit de regarder le visage interrogatif de Larry Williams – va quelquefois mettre la pagaille ; l’un va même les mener dans une impasse à l’hilarité générale !

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Il va en plus improviser ; demandant le prénom d’une femme dans les premiers rangs il finit par comprendre Valentine et devinez quoi improvise une version de « My funny Valentine » à capella pleine d’émotion. Sa voisine prénommée Magali aura droit elle à une improvisation sur le prénom… Margarita, cette fois avec l’aide des musiciens. Mais la salle est conquise, Al a une réelle emprise sur le public, une emprise faite de sympathie, d’humour, de simplicité ; il ne triche pas on le sent. Autour de moi je ne vois que des visages souriants, les gens sont heureux, c’est un marchand de bonheur.

Le spectacle est annoncé comme un hommage à George Duke son compagnon musical dès 1965, « My Old Friend » et des titres composés par Duke et qui figurent sur le dernier album vont ainsi s’enchaîner. On sent une réelle amitié dans ses propos. Plusieurs amies, au moins quatre, me diront qu’elles ont eu souvent les larmes aux yeux ou quasiment pleuré. Des larmes de bonheur.

Globalement ça groove mais ça groove, et cette voix tantôt profonde tantôt  de tête, pleine d’émotion, de variations, quel régal. Près de deux heures de concert et un « Summertime » très blues en rappel. C’est déjà fini. Oubliée l’inquiétude initiale on vient de vivre un très beau concert.

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En plus le Rocher c’est vraiment un endroit sympa, l’organisation a eu la bonne idée de monter un bar dehors – au pied du restaurant Ze Rock – accessible directement depuis le hall de la 1200. La douceur de la soirée va ainsi avec quelques amis nous permettre de prolonger un si bon moment autour d’un ou plusieurs verres.

Merci Monsieur Al Jarreau ; merci aussi Monsieur Patrick Duval.

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2 commentaires sur “Al Jarreau au Rocher

  1. Péchaubès Magali dit :

    la Magali en question, c’était moi ! Je garde au cœur et à jamais ce souvenir merveilleux, moi qui suis une inconditionnelle de Al Jarreau depuis es 15 ans environ et j’en ai 50 ! Je l’ai toujours écouté, mes premiers « disques lasers » c’étaient les siens, et il passe en boucle accompagné de quelques autres dans ma voiture. Alors imaginez mon bonheur quand il a scatté sur mon prénom. We love you Al !

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