L’intelligence sensible

Par Annie Robert, photos : Stéphane Boyancier

Pierre de Bethmann

Pierre de Bethmann


Pierre de Bethmann trio                 Caillou du Jardin Botanique
Bordeaux Festival de l ‘été            
22/ 07 /2015

Il y a des gens qui sont parfois difficiles à aimer… trop sombres, trop égocentrés ou trop extravagants…pour lesquels l’ effort est nécessaire pour entrer en contact et tenter la découverte. Souvent on en est récompensé, quelques fois on renonce et on se dit dommage.
Et puis il y a ceux avec lesquels le lien est immédiat, la bienveillance au rendez-vous. On leur signe directement un blanc-seing, on leur fait confiance tout de suite. Pierre de Bethmann appartient à cette dernière catégorie, mais il n’en abuse pas. Avec son allure de poussin trop tôt sorti du nid, son sourire sincère et son contact facile, l’empathie est évidente.
Comme est évidente sa musique.
Attention cela ne veut pas dire que sa musique est simpliste, pas du tout. C’est un pianiste qui au contraire bonifie son public, le rend plus ouvert, plus sensible. On se sent meilleur à la fin du concert, on a les oreilles plus affûtées. Ses improvisations présentent une vraie complexité, avec une rythmique inhabituelle, mais toujours une grande délicatesse et une fluidité qui fait que le groupe sonne bien.
Entre moments impressionnistes et swing chaleureux, il nous entraîne au gré de son inspiration du moment dans un répertoire de standards ou de chansons, « des feuilles mortes » à Thélonious Monk.
Ses deux acolytes de luxe ( Sylvain Romano à la contrebasse, et Tony Rabeson à la batterie) sont attentifs, à la fois à son service mais également libres et à l’affût.
Et puis sa musique questionne, intrigue et n’est jamais attendue. Elle se faufile et se glisse…
Quel est donc ce morceau si délicat , qui commence en quelques notes claires et mélancoliques ? La Sicilienne de Gabriel Fauré dont Pierre de Bethmann  va faire une interprétation ravissante et personnelle et où se devine sa formation classique.
Quel est donc ce thème perdu, qui se faufile, disparaît, et renaît un peu plus tard en douce pour s’épanouir enfin ?  Le magnifique  « Indifférence » de Tony Murena repris par Piazzola et Minvielle.
Chaque note est belle, à sa place, pas inutile.
Pierre de Bethmann, on le savait déjà, est un pianiste talentueux, recherché comme sideman, mais avec ce trio il propose une empreinte personnelle et fine. Pas d’esbroufe, pas d’intellectualisme à tout crin et pas de démagogie non plus dans ce beau moment qui a pris hier soir le public par la main, pour le conduire plus loin.

Pierre de Bethmann

Pierre de Bethmann

Une petite suggestion aux organisateurs du Caillou…. Mettre les convives un peu plus éloignés de la scène (et donc plus près pour le service !) pour que les simples amateurs de musique soient un peu moins parasités par les fourchettes et les conversations…..

 

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