Chroniques Marciennes ,* (#3)

par Annie Robert, photo : Dom Imonk

2- Joshua Redman and the Bad Plus :  le talent à l’état plus, plus….

Ce soir au chapiteau de Marciac deux grands saxophonistes, deux grands noms du jazz, d’âge différent et avec des approches différentes.
Je vous parlerai peu de Kenny Garrett qui assurait la première partie avec son quintet. Je n’ai entendu de loin que les clameurs de la salle pour un final apparemment de feu qui a fait chanter le chapiteau  alors que je débarrassais en bonne bénévole les plateaux d’ un des restaurant de JIM.
Mais pas question pour moi, une fois le service terminé de rater Joshua Redman en seconde partie, jamais entendu en live.
Vite, se faufiler sous le chapiteau, vite trouver une place inoccupée et déguster. Vite, vite…
Et je ne l’ai pas regretté. Bon sang, quelle claque ! Quel moment !
Voilà des musiciens qui ne se moquent pas du monde.
Pourtant pas d’effet superflu, pas d’esbroufe. Le groupe est sobre; souriant et sympa mais sobre; à la fois dans sa présentation  (en français je vous prie ), dans sa disposition et dans sa musique. Ils ne cherchent pas à plaire à tout prix, ils ne sont pas là pour faire le show, mais ils tracent leur route musicale en tendant la main respectueusement au public, sans aucune suffisance. Et c’est une route qui incite à les suivre, la mélodie est toujours présente, l’harmonie également même si elles se retrouvent déformées, transformées, malmenées durement à certains moments. Cette permanence de la mélodie permet de ne pas décrocher, de les accompagner, de se faire surprendre et émouvoir. Autant il faut faire preuve d’une détermination intellectuelle sans faille et d’une écoute forcenée  pour suivre le Wayne Shorter d’aujourd’hui par exemple, autant cela paraît simple de suivre Joshua Redman et ses Bad Plus. Mais simple cette musique ne l’est pourtant pas car plusieurs aspects caractérisent ce quartet et le rendent reconnaissable parmi d’autres.
D’abord, une approche symphonique des morceaux. Pas dans le sens grandiloquent, violons charmeurs et clarinettes chantantes, non dans le sens de la construction des morceaux. Intros, développements, contrepoints se tricotent sans cesse. Des thèmes repris, transformés, qui passent d’un instrument à l’autre, avec un travail remarquable de précision de chaque musicien et tout l’espace possible alors dans cette rigueur quasi-janséniste pour l’impro. C’est une espèce de kaléidoscope, une girandole à quatre voix qui donne le tournis mais ne nous éjecte pas de sa trajectoire, jamais. Iconoclaste forcené, le groupe ne nous ménage pas, mais ne nous abandonne pas non plus. Ballades qui se transforment en acmé totale, et groove terrifiant qui finit dans la plus pure douceur  nous surprennent sans cesse. Quel travail, quel talent pour en arriver là.

La seconde caractéristique c’est qu’ils forment un groupe, un vrai groupe. Pas une simple juxtaposition de musiciens talentueux. Joshua Redman, bien que son saxophone le prédispose à « passer devant »  sait se mettre en retrait, s’effacer, se contenter de garder le tempo, ou la ligne de basse quand le piano délicat aux accents d’Erik Satie d’Ethan Iverson, la contrebasse mélodieuse et inventive de Reid Anderson, la batterie frappadingue et soyeuse de David King prennent leur place. Moments de duos, de trios parfois. D’ailleurs chacun des musiciens compose et les morceaux joués appartenaient aux uns et aux autres.
Et puis il y a le son de Joshua Redman, un son droit, pur, très puissant mais incroyablement caressant. Comment avec un bec métallique (c’est ce qu’il utilise) arrive t- il même dans les moments les plus barrés, les plus extrêmes, les plus limites à garder cette rondeur, cette sensualité ? Délicieux mystère …
Une heure et demi et deux rappels plus tard, le chapiteau a baissé ses lumières mais nous, nous sommes sortis illuminés de l’intérieur, à l’image du sourire rayonnant qui tout à coup transforme le visage plutôt grave de Joshua Redman.
Ils ont  commencé en costume cravate, propres sur eux, pour finir avec la chemise légèrement sortie du pantalon preuve que dans leur sobriété  presque british, ils avaient donné le meilleur d’eux mêmes.
Chapeau messieurs.

*    Eh bé non, il n’y a  toujours pas de faute d’orthographe, je vous jure …

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