Chroniques Marciennes * (#6)

par Annie Robert

6-  Portraits de famille                                                 Jazz In Marciac
1/08/2015

Le jazz est une grande famille … et comme dans toutes les familles, il y a des personnages divers, des personnalités marquées, des hurluberlus, des trublions, des casse pieds et des joyeux drilles.
Petits portraits à l’arrachée de quelques rencontres…Il va de soi que ces portraits ne sont pas des généralités mais des rencontres et que je suis de totale mauvaise foi !!

L’ingé-son  (Ah oui, on dit ingé-son et pas ingénieur du son, trop formel !)

Celui-là, c’est un incontournable des festivals, craint aussi bien par les organisateurs que par les musiciens. Il peut vous sublimer une soirée ou bien vous la pourrir entièrement selon ses compétences ou ses humeurs. Et des humeurs, il en a !! Un ingé-son, ça rime forcément avec bougon.
Il faut dire que le pauvre bougre est tiraillé sans cesse, assailli de demandes et d’exigences, le nœud de toutes les tensions. Parfois aucun souci, Joshua Redman par exemple, 25 minutes de balances, quelques réglages, une attitude Zen et hop un son merveilleux le soir même. Parfois, ce sont des demi-heures accumulées : pas trop de réverb, un peu plus de retour, et non un peu moins et ça dure et ça dure…
Ne jamais dire à un ingé-son que le son est trop fort !!! Ils adorent les décibels et on n’y connaît rien, il faut que ça crache !! On assiste donc à une inflation sonore sans discontinuer depuis des années et les pharmaciens se font un fric fou en vendant des bouchons d’oreilles. Dans quelques années, les fabricants de prothèses auditives seront riches !! Mais les ingé-son savent ce qu’ils font screugneugneu !

Le journaliste spécialisé

Celui-là (ou celle-là) on le voit venir de loin, il faut qu’on le remarque. Il exhibe fièrement son badge presse étalé sur son ventre. Il appelle les artistes par leurs petits noms, tutoie les directeurs de salles  «  Tu as lu mon dernier papier sur Emile Parisien, sympa non ? Et puis on a mis une chouette photo. Non t’as pas lu ? Tiens je l’ai sur mon Iphone  », snobe les attachées de presse  «  non pas maintenant, je vais interviewer Lisa Simone… » et finalement se retrouve tout seul dans un fauteuil à s’ennuyer ferme devant le dernier génie Ukrainien ou Moldave …en passant à côté du jeune groupe montant qu’il chroniquera avec délices quand d’autres l’auront découvert.  Il a arpenté tous les festivals, se souvient des couacs et des moments sublimes, a assisté aux dérives des uns, aux montées des autres mais se commet peu dans les petites structures, dans les festivals pépinières, dans les clubs. «  Pas le temps, pas le temps »
Il a un avis sur tout et surtout un avis….. (et je reconnais que parfois leur avis sont précieux ).
(Ils ne sont pas tous comme ça heureusement et j’aspire à dire à Alex Duthil de France Musique toute mon admiration pour sa disponibilité et son ouverture d’esprit… )

Le festivalier râleur

Pour celui-là rien ne va jamais : il fait trop chaud, trop froid, le son est trop fort ou pas assez. Les portes ouvrent trop tard, ou trop tôt. C’est trop cher (bizarrement personne ne dit que c’est trop bon marché…) «  Quoi, on ne peut pas manger dans la salle ? » «  Ah bon ça dérange les artistes si on sort au milieu d’un morceau ? »  mais, bizarrement il revient toujours. Inutile de dire qu’il est largement minoritaire.

Le festivalier heureux

Il est le pendant du précédent. Content, sympa, il remercie tout le monde, salue et peut même donner un coup de main. Il reste jusqu’au bout des spectacles même si ce n’est pas sa tasse de thé et qu’il est terrassé par le sommeil parce que « tout de même faut respecter le travail des artistes ».
Celui-là on l’adore  encore et encore et il y en a plein.

Le bénévole tonique

Frais comme un gardon dès le matin, et encore en forme le soir. On se demande comment il fait. Il fait son taf et même un peu plus. C’est un extra-terrestre charmant qui tire son plaisir à se glisser discrètement dans les salles pour satisfaire jusqu’à plus soif son amour de la musique. On en redemande.

Le bénévole zen

Systématiquement en retard parce qu’il ne s’est pas réveillé ou qu’il a perdu sa montre, un peu dans les vaps mais toujours souriant, les cheveux en pétard comme ce qu’il a dû fumer  la veille, et l’avant-veille (et les jours suivants) il ne sait jamais ce qu’il a à faire, se retrouve au mauvais endroit, et gêne plutôt qu’il n’aide. Le pire c’est qu’on n’arrive même pas à lui en vouloir, tellement il est sympa.
L’amateur de jazz

Celui-là, il est redoutable et passionnant à la fois. Il analyse, soupèse, compare.
Il se souvient de Miles Davis à tel endroit et en telle année, sait que le contrebassiste  de Untel s’appelle comme ceci ou comme cela. Il aime  la controverse et adore donner son avis et ses conseils aux non jazzeux. Dans les allées de Marciac, les discussions vont bon train.
Il est parfois arc-bouté sur un genre. Il y a les amateurs de New Orleans qui pensent  « qu’au-delà de Sydney Bechet , c’est plus du jazz » , ceux qui ne jurent que par le Bop, ceux qui se bouchent les oreilles devant le Free Jazz,, ceux qui pensent que la mélodie, c’est caca boudin….. Autant d’amours que de rejets.
Mais il y a aussi les curieux de tout, ceux que rien ne rebute, qui s’ouvrent les tympans à toutes les recherches, qui veulent comprendre et aimer et qui sont fiers d’avoir osé même si parfois la déception est au rendez-vous.

Ils ont confiance dans la capacité des artistes à créer. (J’espère bien faire partie de cette dernière catégorie même si je n’échappe pas toujours aux travers des autres.)

Les artistes

Alors là, ce n’est plus une chronique qu’il faudrait, mais un dictionnaire, un registre, des octets de mémoire…tellement les attitudes sont variées, diverses et contrastées. La création exacerbe sans doute les attitudes.
On y en a des modestes et des gentils, des arrogants, des m’as-tu vu et des râleurs, des angoissés et des décontractés, des taciturnes et des volubiles, des capricieux et  arrangeants, les stars imbuvables et les stars discrètes.
Et ce ne sont pas les plus connus qui se la pètent le plus….
Autrefois, les artistes venaient systématiquement passer un moment sur la place centrale. C’est rare à présent…
À part Roberto Fonseca qui est à Marciac comme chez lui et qui est venu sans ostentation écouter les groupes sur la place. Il s’est assis à côté de moi…
La midinette que je suis en a encore des palpitations…

* C’est juste un jeu de mot à la noix …je pense que je vais le garder jusqu’ au bout…

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