John Perkins Group Revival

par Philippe Desmond, photos Daniel Vaquero

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Une fois n’est pas coutume, ce blog ne va pas parler de jazz, mais de blues et de rock. Les mondes ne sont pas si éloignés et les influences sont réciproques même si certains puristes font la grimace. Les membres les plus chevronnés – euphémisme – d’Action Jazz ont d’ailleurs beaucoup écouté et écoutent encore du rock, du blues et bien d’autres musiques ; n’est-ce pas ce dernier mot le plus important ? Personnellement si j’écoute du jazz depuis l’âge de dix-huit ans le rock chatouille mes oreilles depuis plus longtemps, vers mes 10 ans en cette année 1965 qui a vu la naissance du John Perkins Group, objet de cette chronique.

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Ce groupe a été créé par deux musiciens bordelais, le chanteur guitariste John Perkins, et oui un pseudo qui claque mieux que Jean Pierre Dubois et le guitariste Daniel Ducasse qui lui devient simplement Dany. Nourris à Radio Caroline ils vont jouer le répertoire rock anglo saxon de l’époque, le Spencer Davis Group, les Kinks, les Stones… Ils commencent à occuper une jolie place dans le grand sud-ouest jouant dans les bars, les boîtes, les fêtes.  Costards noirs, boots à élastiques, cheveux longs, Cadillac Fleetwood noire de 5 mètres de long avec laquelle ils parcourent la rue Ste Catherine – loi d’être piétonne – et signent des autographes, embarquant au passage de jolies et jeunes bordelaises, tous les attributs des rockers de l’époque sont là.

John Perkins sera ainsi remarqué par la maison Barclay qui le fera venir à Paris puis au Canada pour enregistrer des 45 tours et même faire, avec d’autres musiciens, la première partie de Jimi Hendrix en octobre 1967 à L’Olympia. Cela lui vaudra les félicitations de Johnny Hallyday qui l’engagera pour une longue tournée. Ainsi le John Perkins group original se séparera, autres vies dans la musique ou dans d’autres voies, ferrées notamment.

Et il y a quelques mois arrive un coup de fil de John Perkins à Dany : « Je remonte un groupe, pour le moment on est deux, c’est toi le lead-guitar » ; les désormais septuagénaires se retrouvent 50 ans après ! Et voilà Dany qui doit racheter du matos, un ampli et une magnifique demi-caisse Epiphone. Ils partent à la recherche d’un pianiste et c’est Eric Grillard qui les rejoint.

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Et donc ce soir le premier concert privé Revival du John Perkins Group à Gradignan. Le lieu pour ces ancêtres ? Un musée ! Celui de la vigne et du vin ; on aura d’ailleurs droit à une dégustation des vins de la cave de Rauzan, ville où Dany officie encore en tant que moniteur de tennis ! Dany a des amis dans la musique mais pas tant que ça, par contre dans les milieux du tennis, du roller, de la montagne ou à Gradignan c’est un figure locale et le musée est plein, il y a bien 200 personnes ; on ne pourra même pas danser par manque de place !

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Premier set de reprises : « Keep on running » du Spencer Davis Group, le blue “  I’m a king bee “ – qui buzz toute la nuit, dixit les paroles – de Slim Harpo, “ Sunny afternoon “ des Kinks, “ I’m waiting “ des early Rolling Stones, “Have you ever seen the rain” de CCR, l’emblématique “Stand by me” de Ben E King et “Gimme me some lovin” du SDG. Les années ont passé mais le son, lui, est toujours là, les musiciens ont vite retrouvé leurs marques et le public se régale.

 

Le second va être magnifique d’autant plus que vont être jouées pour la première fois des compos de JP, avec la patte de Dany, restées dans les tiroirs depuis des années. JP on le sent a des comptes à régler, avec le showbiz, avec la vie. Ses présentations de chansons sont très touchantes. « Radio Caroline » l’hommage à cette radio libre mythique installée sur un bateau au large de l’Angleterre et qui a révélé tant de talents ; une très belle compo qui sera réclamée en rappel. « Tony Joe », un bel hommage à Tony Joe White, « Je viens de loin », un résumé de sa vie. « Try baby » qui sonne comme le « Midnight Rambler » des Stones avec un Dany impérial à l’harmonica, « Angela Sex » cette belle fille trouvée dans un bar sur une route du sud des USA. « Swamp trail » et son vaudou dans les marécages du Bayou… En Anglais ou en Français les paroles ont du sens, la musique tire sur le blues ou du rock de tempo moyen ; c’est là qu’ils sont à l’aise.

Dany nous sort des sonorités profondes de sa guitare et nous fait enfin des solos. Il s’accompagne à l’harmonica, on pense bien sûr à Bobby ou à Neil Young.  John Perkins a toujours cette belle voix  qui fait passer les émotions et sa rythmique à la guitare est profonde et précise.

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C’est beau, c’est en plus très émouvant, le public est captivé ; il sera unanime pour dire qu’il a préféré la deuxième partie et ses compos originales.

Le pari est gagné, l’assistance est épatée, l’ovation n’est pas de politesse, elle est sincère et spontanée. Quelle belle soirée.

Pas de nostalgie mais au contraire un beau projet d’avenir, c’est reparti pour une nouvelle jeunesse du John Perkins Group !

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EYM, une équation ?

 

Par Alain Piarou, photos Alain Pelletier

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Non, EYM comme Elie, Yann et Marc, un trio lyonnais venu présenter leur projet, pour la première fois à Bordeaux. Et, c’est au Comptoir du Jazz qu’ils débutaient leur tournée régionale. Leur musique a enchanté l’auditoire. Pas la grande affluence mais des amateurs attentifs et très vite fascinés par ces 3 « gones » et leurs compositions. Pas étonnant qu’ils aient remporté le Tremplin de la Défense et celui de Saint Germain des Prés  à Paris, devançant in extrémis, nos représentants locaux, Edmond Bilal Band.

Le trio a déroulé, en 2 sets, des compositions très bien écrites avec par moment des accents bulgares venant du professeur d’Elie Dufour,  pianiste virtuose du groupe. Cohésion et bonne humeur étaient au rendez-vous de cette soirée.

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Yann Phaypet, l’excellent contrebassiste nous gratifiait d’une ligne de basse solide et de quelques superbes chorus qui suscitaient de larges applaudissements. Le métronome de ce trio, Marc Michel, lui aussi brillant batteur (qui étudie et vit à Londres) ne se contentait pas d’assurer le tempo mais prenait une part active tout au long du concert, apportant un soutien sans faille, relançant régulièrement avec subtilité et efficacité. Une évidente complicité entre ces musiciens qui tournent déjà depuis plusieurs années ensemble, confortait la qualité de ce concert.

Ces 3 artistes proposaient un premier set de compos, conclué d’une reprise de Chick Coréa et le public était conquis. Puis un deuxième set, toujours avec des thèmes originaux qui se terminait par une reprise de Duke Ellington « Take the A train » arrangée par Michel Pettruciani. L’auditoire enthousiaste refusait de les laisser partir et ces 3 brillants et généreux musiciens nous offraient 2 rappels magnifiques. Alors, si vous n’avez pas pu assister aux 2 concerts bordelais de ce groupe, procurez-vous leur album « Genesi » auprès de leur manager ( acvella.management@gmail.com) en attendant une suite aussi belle, l’an prochain.

Et retenez bien ce nom, EYM car on en reparlera.©AP_EYM-0019

Un papillon sur un Caillou ; Akoda Instrumental

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

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Valérie Chane-Tef est une femme de caractère, un petit gabarit mais une forte personnalité. Ce soir en s’installant au Caillou elle a carrément fait pivoter le grand piano d’un demi-tour à la grande surprise de Benoît le maître des lieux. Personne n’avait jamais osé le faire ni le demander ; elle l’a fait sans le demander et elle a eu raison, se retrouvant ainsi physiquement au centre de son quartet  comme elle se retrouve au centre de son nouveau projet, Akoda Instrumental.

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Action Jazz en a déjà parlé dans la dernière Gazette Bleue, l’idée de cette variante d’Akoda sans la chanteuse Mayomi Moreno – à qui Valérie va rendre un bel hommage – est donc de redonner à la pianiste-compositrice l’importance et la liberté que la présence de parties chantées limite un peu.

Pour l’entourer on retrouve l’excellent François-Marie Moreau qui va nous montrer l’étendue de son talent et de son matériel, du sax soprano au magnifique et rutilant sax baryton en passant par le ténor et la flûte ; il va mettre se commettre sur un mini xylophone genre jouet, faisant dire à Alain Piarou – le président d’Action Jazz pour ceux qui l’ignoreraient encore – que maintenant qu’il est un grand il pourra en commander un vrai au Père Noël. Une ambiance amicale en plus ce soir comme vous le voyez.

A la basse toujours Benjamin Pellier qui dans son rôle apparemment paisible de rythmeur de fond va nous livrer une prestation de haute volée, finissant en sueur tel un guitar hero. Il est excellent dans tous les registres et son apport est énorme. Sa ligne de basse chantante sur une des rares reprises va nous envouter un moment avant que nous ne reconnaissions le titre : « Bonnie & Clyde »  de Gainsbourg.

Au set de percussions bien sûr Franck Leymerégie va, comme il le dit lui-même, nous « faire sa tambouille ». Avoir la chance d’être à côté de lui et de voir fonctionner cette fabrique artisanale – mais tellement pro – de sons et de rythmes est un vrai bonheur. Baguette dans une main, rien dans l’autre, passant de sa caisse claire aux congas, au cajon, aux cloches, au bendir (ah cette vibration !), aux nombreuses cymbales, et à tout un tas de machins, le pied marquant le temps au charley, il est redoutable.

Cette soirée est le premier concert du groupe dans cette configuration et correspond à la sortie de « Mariposa » (Papillon) l’album EP de sept titres, dont six compositions de Valérie. Celle-ci est tendue, elle a le trac, comme les tous les vrais artistes qui prennent des risques, croient en ce qu’ils font et respectent leur public. Ce trac tombe dès que la musique commence et nous allons avoir droit à un vrai festival.

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Le premier set qui commence avec un titre lent sur fond de chants traditionnels va nous livrer l’essentiel de l’album. Citons quelques titres, le mélodieux « Mariposa » l’occasion pour FMM de nous offrir un long et beau chorus de soprano, le superbe « Innocence » dans lequel VC-T plaque des accords délicats, le tube de l’album, « Ou pas », du jazz merengue bien chaloupé où le piano se promène. Quelques reprises d’Akoda réarrangées – avec la patte de Francis Fontès – complètent le set avec bonheur. La joie règne sur scène et dans la salle, on est drôlement bien !

Le second set est résolument plus débridé avec des reprises et plus de liberté dans les chorus. Il commence en trio –sans FMM – et le piano rayonne, Valérie est en liberté elle en profite, se régale et nous régale. Quel talent. De « Batarsité » du Réunionnais – comme elle – Danyel Waro au vieux standard « Softly, as in a Morning Sunrise » en passant par une version exceptionnelle – et méconnaissable longtemps – du « Bonnie & Clyde » de Gainsbourg nous allons avoir droit à une prestation exceptionnelle. Le public est mis à contribution pour des « palmas » pas si simples et il assure ! Le quartet est au taquet, souvent en battle à quatre !

En rappel Akoda Instrumental nous joue « Y que tu quieres » ; ce que je veux c’est d’autres soirées comme celle-ci, tiens pourquoi pas au Siman, quai de Queyries à Bordeaux mercredi prochain, le 30 septembre à 21 heures ; on prend les mêmes et on recommence !

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Au fait le piano ? Aux dernières nouvelles il devrait rester comme ça.

Mickaël Chevalier quintet au Caillou

 par Philippe Desmond ; photos N&B Thierry Dubuc 

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Mickaël Chevalier est trompettiste – et un bon – mais bien que pas très vieux il a déjà eu plusieurs vies et notamment une de marin. Il a bourlingué sur toutes les mers du globe avant de remiser son ciré et de se consacrer à la musique de jazz. Et donc ce soir-là au Caillou – où il se passe toujours quelque chose – il nous emmène dans les fjords de Norvège « Ballade à Tromsф » ou dans l’Atlantique vers « 15° Nord ». En effet lors du second set Mickaël va nous jouer ses propres compositions dont certaines datent déjà de quelques années avec le ML 5, le quintet du batteur Maxime Legrand.

Des compos très écrites, très denses, très ténues qui mettent bien en valeur ses qualités de soliste. Une trompette jouée nature, sans sourdine, sans micro HF ; de la trompette. Du jazz dynamique aux breaks spectaculaires, ou de jolies ballades, vraiment du beau travail.

Certains titres vont même nous amener à nous inquiéter pour son compère saxophoniste Jean-Christophe Jacques, à bout de souffle et au bord de la déshydratation dans la chaleur du lieu. Mais il a assuré comme d’habitude, lui aussi c’est un très bon. La rythmique est classique mais avec un trio piano, basse, batterie de haute volée.

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Au piano Francis Fontès toujours aussi à l’aise et volubile de ses mains quel que soit la musique jouée ; c’est vraiment un maître et il était d’ailleurs révélateur de regarder Mickaël et Jean-Christophe se régalant à l’observer jouer lors de ses chorus.

A la contrebasse, avec sa fidèle Mémé, Nolwenn Leizour discrète mais au combien efficace ; quand je la vois et l’entends jouer c’est bien simple je voudrais être contrebasse. Amusant, lors d’un de ses rares chorus de la soirée Nolwenn a été longtemps synchro avec le soliste à la contrebasse du concert de jazz toujours projeté en boucle au-dessus des musiciens.

A la batterie un pilote très chevronné et un esthète de l’instrument – il suffit de l’entendre parler cymbales spéciales ou fûts sur mesure avec passion pour s’en persuader – Philippe Valentine ; il n’a pas arrêté de varier les rythmes d’un drumming enjoué et dynamique ou plus nuancé et souple.

Le premier set était un hommage au trompettiste Freddy Hubbard et de « Crisis » à « Red Clay » – une version fabuleuse – en passant par « Song for John » et « Lament for Booker » le quintet et son leader trompettiste nous ont prouvé qu’ils n’avaient presque rien à envier aux diverses formations du maître.

Belle prestation de l’éclectique Mickaël Chevalier qui la veille au même endroit jouait avec le Petit Orchestre du Dimanche de Cédric Jeannaud ; au programme, du cha cha et du mambo ; un thé dansant du dimanche à l’heure du dîner un jeudi soir. Un moment délicieux (photo couleur).

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Tom Ibarra quartet au Caillou

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier et Thierry Dubuc (nb)

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La valeur n’attend point le nombre des années, ce soir la preuve nous en a été donnée par des âmes bien nées. Le quartet de Tom Ibarra se produisait au Caillou et la moyenne d’âge du lieu a brusquement baissé. A la guitare (une belle demi-caisse Ibanez Artstar Prestige) Tom Ibarra  15 ans, aux claviers Thibault Daraignes  16 ans, à la batterie Thomas Galvan 20 ans et l’ancêtre du groupe à la basse Jean-Marie Morin 34 ans. De jeunes musiciens éclatants, bourrés de talent.

Le leader Tom Ibarra est non seulement un formidable guitariste mais aussi un compositeur prometteur comme ses titres originaux joués hier le  démontrent. Déjà doté d’une belle technique, il possède aussi une grande musicalité avec un son clair et élégant ; pas d’esbroufe lors de ses chorus, pas de démonstration de guitar hero – il avoue s’être calmé – pas d’abus avec les pédales d’effets mais de la musique avant toute chose. Le jeune homme paraît un peu timide certes, mais il a bien la tête sur les épaules, et fait preuve d’une réelle maturité lorsqu’on discute avec lui ; il est lucide du chemin à parcourir mais il sait déjà dans quelle direction.

Il vient depuis le début de l’année de se mettre – seul – au solfège, conscient du manque actuel pour progresser encore. La guitare il l’a apprise avec son grand-père « guitariste de bal » qui lui en a montré toutes les ficelles ou plutôt les cordes. Une culture musicale riche, faite dans le giron familial « où il y a tout le temps de la musique » confie sa mère et voilà notre tout jeune homme déjà chevronné techniquement et culturellement. Il évoque des influences plus ou moins présentes dans son jeu, de Larry Carlton à Carlos Santana. Au fait un petit détail, Tom vient aussi d’entrer en terminale L ; doué l’animal !

Deux sets électriques dans un genre jazz-rock, funk avec donc beaucoup de compositions personnelles déjà très bien élaborées et qui figureront sur le CD qui sort bientôt et des reprises bien retravaillées. Un « So What » virevoltant au tempo d’enfer, l’indispensable « Sunny », une version débridée de « Wrinkle » de Miles Davis… « Cantalupe Island » d’HH est joué en rappel après la belle ovation d’une assistance nombreuse et épatée pour ceux qui découvraient ce groupe, et même pour les autres.

Un quartet, donc trois autres musiciens à présenter car ils ne sont pas là dans le rôle de faire-valoir. L’assise du groupe c’est Jean-Marie Morin à la basse qui, peut-être un peu jaloux du jeune Tom, utilise deux basses électriques à 6 cordes. Un groove permanent, de beaux chorus il est un maillon fondamental du quartet.

Complétant la rythmique Thomas Galvan à la batterie sait se faire entendre sans abuser du potentiel volumique de son instrument ; précision, créativité permanente il maintient un rythme tendu sur tous les titres. Il n’a que vingt ans, ça promet.

Aux claviers Thibault Daraignes, un copain de lycée de Tom, son aîné d’un an, est remarquable, «  un monstre » dit son leader. Aussi à l’aise sur le quart de queue du Caillou que sur son synthé il est aussi bien capable de joueur funky que de développer des nappes mélodiques en contrepoint du guitariste, pas gêné par la légende qui dit que ces instruments ont du mal à cohabiter harmoniquement. Dommage qu’on ne l’ait pas un peu mieux entendu.

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La relève est donc là et même bien là et qui sait si dans quelques années – et on le souhaite – alors qu’ils seront devenus des références, on ne dira pas « je me souviens de leur début de carrière, j’y étais ».

En novembre ou décembre sort leur premier disque et Action Jazz ne manquera pas de vous en informer.

http://tomibarra.blogspot.fr/

AOC & Friends au Caillou

 

 

 

Par Philippe Desmond

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Grosse ambiance ce vendredi soir au Caillou avec la venue d’une bande de (vieux) potes réunis sous la bannière « AOC » pour la sortie de leur disque « OLD FOLKS » qui est, je cite, la concrétisation de longues années d’amitié et de passion commune pour la musique de jazz.

Autour du pianiste et accordeur girondin Bernard Faulon exilé à Meudon – et oui il n’est autre que le patron fondateur du célèbre studio de Meudon qui a enregistré les plus grands artistes de jazz ou de variété – le guitariste bordelais, ancien prof à la fac, Jacques Raymond, le batteur Eymerie Adam un habitué à l’époque du mythique Jimmy de la rue de Madrid et l’autre guitariste  Ludo Guichard officiant ce soir à la basse électrique.

Le Caillou est plein comme un œuf, il déborde même, des tentes ayant été rajoutées pour permettre à tous de se restaurer et encore il n’y aura pas de place pour tout le monde. Les lascars ne sont pas venus seuls, leurs amis bordelais sont là et l’ambiance est chaleureuse. On le sait tous déjà, le jazz c’est gai ! Bon d’accord, pas toujours.

Après les présentations le groupe attaque le répertoire de son dernier – et premier – album au titre éloquent « Old Folks ». Des compositions originales de  Jacques Raymond de très bonne facture, du bop, du swing avec lesquelles nos « vieux gars » régalent musicalement l’assistance déjà affairée bruyamment à se régaler de ses assiettes. Une première partie agréable qu’on ne voit pas passer.

Pour la seconde partie un bœuf est annoncé, pas à la broche mais sur la pseudo scène. En effet quelques musiciens bien connus des bordelais traînent par là. Alex Golino et son sax, Laurent Maur et son harmonica, Philippe Gaubert bien sûr avec ses baguettes. Depuis un moment Francis Fontès discute comme par hasard avec un ami qui dîne juste à côté du piano. Un trombone à pistons attend depuis le début sur son râtelier que son propriétaire le réveille ; c’est Patrick Dubois figure historique du jazz bordelais ( merci OG). Et le miracle de la jam va se renouveler, entassé les uns à côté des autres tout ce joli monde va éblouir le Caillou dans un beau moment de jazz. Entre autres « Recorda Me » de Joe Hendersson, « Bluesette » de Toots Thielemans et bien d’autres standards.

Très sympa cette soirée vraiment et un plaisir de voir autant de monde.

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D’autres soirées prometteuses sont annoncées en ce lieu, notamment ce soir avec le phénoménal Tom Ibarra ; programme au : http://lecaillou-bordeaux.com/jazzATcaillou/jazz-a-bordeaux/festival-jazzatbotanic/

Ceïba au Siman : Chants du monde

Par Philippe Desmond, photo Alain Pelletier©AP_ceiba-0138

Personnellement et pour paraphraser une expression tristement célèbre, quand j’entends les mots « musique du monde » je ne sors certes pas mon revolver – je n’en ai pas – mais je suis dubitatif. Car  cette étiquette est un peu trop souvent fourre-tout, du folklore le plus éculé aux créations les plus originales. Heureusement ce mercredi soir au  Siman – qui redémarre la saison musicale – on entre dans cette dernière catégorie. Certes je n’étais pas très inquiet connaissant la composition du groupe, Ceïba au chant et aux percussions, déjà entendue avec Djazame (voir chronique du 26/06/15) et bien sûr Valérie Chane-Tef la pianiste compositrice et créatrice d’Akoda, de Nougaro en 4 couleurs, une valeur sûre du clavier et du jazz métissé. Deux autres membres d’Akoda, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions faisant plus que compléter cette formation.

Ce soir, tout va nous inciter au voyage, le lieu d’abord, le Siman occupant l’étage de l’ancienne gare d’Orléans ; ensuite, l’extraordinaire point de vue en surplomb de la Garonne et de ses bateaux ; enfin et surtout la musique, car Ceïba annonce de suite qu’elle va nous emmener dans ses valises. Nous embarquerons ainsi vers le Brésil, Cuba, La Réunion, La Guadeloupe, le Sénégal… Tristes destinations pour notre port bordelais il y a deux siècles, mais qui ce soir-là vont retrouver leur dignité.

Ceïba a beaucoup voyagé, elle nous en fait profiter par le choix de compositions traditionnelles réarrangées et harmonisées avec bonheur. Avec sa chaude voix, sa présence scénique gracieuse il n’est pas difficile de se laisser emporter vers ces lointaines contrées. Musicalement c’est un vrai régal,  envie de bouger, de battre la mesure, de chanter. Le jazz est très présent notamment par les belles envolées au clavier de Valérie Chane-Tef qui marque de sa patte ces musiques aux racines traditionnelles. Benjamin Pellier ne lâche rien avec une rythmique tenace et enjouée prépondérante au son de l’ensemble. Franck Leymerégie derrière une insolite batterie-percus-cajon, main droite nue, baguette dans la main gauche tisse une ambiance colorée, endiablée ou nuancée. Ceïba le seconde aussi aux percussions notamment avec des instruments locaux originaux et avec ce merveilleux bâton de pluie à l’écoulement délicat.

La connivence, l’osmose entre les musiciens sont remarquables, ils se regardent se sourient, rient, d’une façon communicative. Du rythme, de la douceur, un vrai bonheur.

Nous avons aussi droit à quelques compositions de ces dames, une belle chanson d’amour, sensuelle à souhait, un air bien chaloupé de Valérie. De belles surprises comme ce remarquable passage funky surgissant au milieu d’un titre du Réunionnais Danyel Waro. Le « Spain » endiablé de Chick Coréa pour finir et en rappel, a cappella, un extraordinaire « boulagueul » de Guadeloupe qui leur vaudra les félicitations émues d’un vieux monsieur guadeloupéen présent dans l’assistance ; quand on sait que la reprise de ce titre leur a causé quelques ennuis avec certains, les accusant de manquer de respect à cette musique associée aux revendications indépendantistes… https://www.youtube.com/watch?v=YiiOatTASvQ

Nous avons en plus la chance d’être très proches des musiciens, parmi une assistance attentive, concernée et active, les convives du restaurant dînant eux bruyamment en terrasse. Le quartet de Ceïba sait s’adapter à toutes les situations, il y a peu dans une petite église girondine et la semaine dernière en première partie de Chico et les Gypsies devant plusieurs milliers de personnes à Carcassonne…

Ne ratez surtout pas la prochaine occasion de les entendre.