Tonnerre de Jazz !

Par Lydia Sanchez, photos : Lydia de Mandrala

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Tonnerre de Jazz, l’association, clap premier concert !

Forts de notre démarrage festivalier en mars dernier à Billère, nous avons décidé de proposer du jazz tous les mois, rien que ça, dans Pau et l’agglomération.

Le problème, évidemment, est de trouver des salles.

La première est l’espace Dantza, où Sabaline Fournier nous accueille volontiers. La scène est grande, les miroirs occultés, les gradins mettent le public en contact étroit avec les musiciens.

J’arrive en fin d’après midi pour installer mes photos de jazz rétroéclairées, histoire de mettre le public dans l’ambiance dès l’entrée.

Les musiciens répètent, l’air est doux, l’ambiance à la fois studieuse, amicale, ouverte et assurée. Un je-ne-sais-quoi nous susurre que tout est à sa place, tout conspire à faire de cette soirée une réussite. D’ailleurs il est marqué « complet » sur la porte de verre. Je souris.

Je ne pose aucune question aux musiciens : Antoine Perrut a carte blanche, je lui fais confiance.

Jean-Claude Tessier ouvre la session en tant que Président. Il dévoile une partie du programme. Nous promet des concerts exceptionnels.

Celui-ci débute dans le calme et l’assurance. Par un duo de saxophone et d’accordéon. Michel Queuille regarde Antoine Perrut, pose les yeux sur son accordéon, puis ferme les yeux. Ses doigts parlent, son menton se pose, il sourit. Ce n’est pas le duo Emile Parisien/Vincent Peirani, plein de fougue et de jeunesse. Celui-ci est mûr, radieux et posé, nous entraîne dans des compositions travaillées, certaines « pour un examen en juin » (le DEM). Il enchaîne les morceaux avec un grand plaisir, une confiance et une fierté d’être ensemble. Ils sont ravis d’être là, le public est attentif, on voudrait les écouter toute la nuit mais déjà ils annoncent la pose pour s’hydrater un peu.

A la reprise Michel Queuille est au piano, Laurent Chavois à la contrebasse, Eric Perez à la batterie. Standards, morceaux gais, compositions personnelles d’Antoine.

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Bien sûr j’avais écouté le CD de la Fanfare du Sergent Perrut. Bien sûr j’avais déjà apprécié le batteur et le contrebassiste avec Leïla Martial notamment. Ils sont rejoints par des invités modestes aux yeux brillants de joie : Fabien Vergez et Mehdi Firah aux saxophones, Gwenaël Lafitte à la guitare. Cette fois ils nous régalent de compositions de Mehdi, autant que de morceaux classiques : Thelonious Monk, puis John Scofield au rappel. Vibrants, engagés, confiants, ils ont partagé le plaisir de jouer, de se produire, de nous charmer. Tout le concert est pétri de ces émotions : ils se disent en sons, et avec les yeux, l’amitié, la sincérité, la confiance et le plaisir de jouer ensemble.

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Bien entendu le public, attentif, répond avec le cœur. Puis il ne s’enfuit pas mais reste pour parler, sourire aux lèvres. Signe que la soirée fut appréciée.

Voilà une première qui laisse planer un air de revenez-y, d’ailleurs rendez-vous le 13 novembre !

Pour tout renseignement :

https://www.facebook.com/tonnerredejazz/?fref=ts

06 82 06 98 77

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Woods au Comptoir du Jazz

Par Philippe Desmond.

Deux fois n’est pas coutume, après le John Perkins Revival récemment chroniqué, on va parler de rock et de blues, peut-être pas du jazz mais par contre de l’action.

« J’ai un pote qui joue samedi au Comptoir du Jazz, vous venez ? » « C’est qui, c’est quoi ? » « Du rock-folk-blues, c’est bien ». Passer une soirée en bande avec des amis quelle que soit la musique c’est toujours un plaisir, alors OK miss on vient. On a drôlement bien fait !

Le Comptoir est un peu désert à l’heure prévue du début de concert, 21 heures un samedi soir c’est tôt, d’ailleurs ça ne commencera qu’après 22 h mais ce soir on a le temps, une heure de plus nous tombe du ciel. La scène est prête et déjà nous met la puce à l’oreille, les guitares sont alignées, on dirait un show-room de chez Fender et Gibson, pas des copies, des vraies.

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Les musiciens arrivent, pas des copies, des vrais avec le look qui va bien, trois gaillards bien mûrs aux barbes et cheveux  gris – très longs pour certains – qui trahissent leur génération. Ils se servent dans le show-room, une Precision Bass, une Mustang et une Les Paul. Derrière – et oui loin derrière, au Comptoir sur cette scène foutraque le batteur est toujours relégué au fin fond – c’est un tout jeune qui s’installe aux baguettes ; il est loin mais va se faire entendre…

Et en ce mois d’octobre 2015 où on célèbre « Retour vers le Futur » c’est ici aussi un voyage dans le temps qui commence, musical celui-là, période 65-75. Ce soir, en plus d’une heure on gagne 40 ou 50 ans.

Ça part en douceur avec notamment « Heart of Gold » de Neil Young. Urban Chad le guitariste chanteur de sa haute stature domine son sujet, belle présence, voix puissante de rocker, ça le fait.

Mais de suite on sent que le lead guitar a des fourmis dans les mains. Eric Rey – le pote de la pote – va s’avérer un redoutable guitariste, pas du type « t’as vu comment je joue vite » mais capable à la fois de musicalité et d’intensité dans ses chorus, un régal toute la soirée. Il me dira qu’avec la rythmique qu’il a derrière il se promène.

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Ah ça oui, le bassiste Bill Ledresseur (joli nom), à la barbe ZZ Topienne, est un vrai métronome et fait honneur au « Precision » de sa basse ; ça tombe lourd mais  clair, précis, indispensable ; à la batterie Haze Francisco est monstrueux, il martèle sans excès mais avec à la fois justesse et énergie. Il est Philippin, trouvé sur internet dans une bourse aux musiciens et il est le seul pro du groupe. Et oui, les autres sont « amateurs » et ont un « vrai » métier car comme me dit Eric Rey « La seule façon de gagner de l’argent pour un musicien c’est de vendre ses instruments ». L’ensemble lui est très près pro et avec un super son, le projet existe depuis trois ans et a eu le temps de se roder même si Haze n’a rejoint le groupe que l’année dernière.

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Entrecoupé de quelques très bonnes compositions qui figurent dans leur album « The Good Side of the Neck », vont défiler celles de John Martyn, des Byrds, de Neil Young (« Cortez the Killer ») de Joe Cocker (« Feelin’ Allright »), des Beatles (un « Come Together » musclé), de Creedence Clearwater Revival (« Proud Mary » et un « Born on the Bayou » étincelant), de Led Zep (le magnifique « Tangerine »). Pour finir en rappel avec les célébrissimes riffs de « Sunshine of your Love »  de Cream et de « Jumping Jack Flash » des Stones. Quand ils sont lancés tous les quatre avec les trois guitaristes en battle devant croyez-moi ça déménage et le public qui a fini par remplir à ras-bord le lieu ne s’y est pas trompé.

Allez voir Woods (ils sont sur FB) dont j’ai réussi à faire une chronique sans dire qu’ils envoyaient du bois… Ah je l’ai dit ?

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Pink Turtle aux « Jeudis du Jazz » de Créon

par Philippe Desmond, photos : Philippe Desmond et Tony Hoorelbeck

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Nous voilà à la mi-octobre et donc les vacances (déjà diront certains, enfin diront d’autres) de Toussaint. Ainsi comme le veut la tradition – et oui c’est la septième saison – aujourd’hui est un des « Jeudis du Jazz » à Créon. Quatre rendez-vous annuels juste avant les vacances de Toussaint, de Noël, d’hiver et de printemps.

La formule a légèrement changé et désormais l’entrée est payante mais rien à voir avec les prix pratiqués à la Patinoire ou à Bercy, ici on ne vous demande que 5 € avec en plus l’assurance d’assister à un spectacle de qualité. Ce soir ça va donc être le cas, comme d’habitude.

L’organisation remarquable est toujours assurée par l’association Larural et ses bénévoles. Assiettes de tapas, pâtisseries maison, dégustation et vente de vin, bar, tout est fait pour passer un moment convivial et ce soir 230 personnes vont en profiter ; oui, plus de 200 personnes un jeudi soir à Créon pour écouter du jazz !

Au programme Pink Turtle ; ça faisait un moment que je poursuivais la tortue sans arriver à la rattraper car le projet m’intéressait beaucoup : interpréter, au vrai sens du terme, des standards, non pas de jazz – c’est d’un banal – mais de rock, de pop, de disco, de soul à la sauce swing et jazz. Le nom du groupe serait ainsi une référence à Pink Floyd et aux Turtles (« Happy Together »).

La formation en septet c’est une section rythmique girondine avec Jean-Marc Montaut au piano, Laurent Vanhée à la contrebasse et au sousaphone* et le local de l’étape Didier Ottaviani à la batterie ; trois soufflants – et chanteurs – parisiens, Pierre-Louis Cas au sax ténor à la flûte et à la clarinette, Julien Silvand à la trompette et Patrick Bacqueville au trombone ; une chanteuse à la voix claire et puissante, elle aussi parisienne mais surtout très gironde, June Milo. Tous excellents.

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Comme d’habitude en ce lieu –- le brouhaha convivial du repas s’arrête instantanément à l’arrivée sur scène des musiciens, précédée d’une présentation de la saison par Serge Moulinier, organisateur quand il n’est pas musicien. Toujours une belle écoute ici, ce n’est malheureusement pas partout le cas

Et là le jeu va commencer à chaque table, identifier le premier le titre joué car les arrangements d’une rare qualité – de Julien Silvand et Jean Marc Montaut – ne vont pas nous faciliter la tâche tant ils nous prennent souvent à contre-pied. Mais au-delà du quizz on va surtout se gaver de bonne musique.

Le premier titre est facile à trouver malgré son arrangement enjoué très swing, bien différent de la version originale, « Walk on the Wild Side » de Lou Reed. Le ton est donné, on va aller de surprises en surprises.

« Sweet dreams » de Eurythmics nous offre un scat plein d’humour – et de talent – de  Patrick Bacqueville .

Puis dans « Hotel California » après un début plein de finesse et une montée en puissance, les connaisseurs apprécient la reprise à la note près du long solo de guitare original par les trois cuivres, d’abord en solo puis en accord parfait.

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Tiens ça je connais, c’est quoi ? Ah oui « Get Lucky », Daft Punk mais façon Nat King Cole, enfin au début car très vite la trompette de l’excellent Julien Silvand nous entraîne dans l’univers un peu free de Miles Davis de la fin des 70’s, la rythmique s’en donnant à cœur joie.

On poursuit avec une version débridée de « Dirty Dancing » (le seul titre que je n’ai pas reconnu, pas mon truc mais les dames s’en sont chargé). Du swing, du swing !

Cette rythmique qui arrive, on la connait, c’est « All Blues » de Miles, mais ces paroles et cette mélodie n’est-ce pas « Satisfaction » des Stones ? Si bien sûr, June la chante avec douceur pendant que les cuivres attaquent du Lalo Schifrin, « Mannix » en l’occurrence, June glissant alors vers le « What’d I Say » de Ray Charles, pour revenir au thème initial. Une prouesse jubilatoire mais pas du tout artificielle, grâce à une écriture au rasoir. Ecriture mais aussi exécution, les musiciens sont remarquables, on connaissait bien sûr les Bordelais mais on découvre que les Parisiens savent aussi jouer du jazz !

Le« Smoke on the Water» est aussi enflammé que l’incendie de Montreux dont il parle, chanté à la Cab Calloway – avec les mêmes chaussures bicolores – par l’inénarrable Patrick Bacqueville. Du Deep Turtle.

Fin de premier set tonitruante avec « Everybody Needs Somebody To Love » des Blues Brothers avec une rythmique au taquet et des cuivres en fusion.

Après la pause, suivront « Wake me up » de Wham puis une version méconnaissable du tube de Barry White « You’re the First, the Last… », « Rehab » d’Amy Winehouse, le « Girl You Really Got Me Now » des Kinks transformé en ballade bluesy. Un festival !

Une rythmique jungle de big band introduit « Black Magic Woman » – non pas de Santana mais de Peter Green de Fleetwood Mac – qui va vite se transformer en cha-cha-cha des 50’s.

Même le « Hard Day’s Night » des sous-mariniers jaunes passe à la moulinette de la Tortue Rose, dans le style crooner cette fois.

Un coup de « Happy » à la sauce 30’s et voilà le final avec « Grease », June nous fait pousser des hou-hou-hou, ce qui dans mon cas, vu son charme et sa tenue vermillon de chaperon rouge, me transforme instantanément en Wolfie de Tex Avery ! Elle chante très bien au fait !

En rappel une version déconcertante du slow de compétition « Still Loving You » des hard-rockers allemands de Scorpions conclut l’affaire.

De la super musique, beaucoup d’humour et de finesse, sans pitrerie et finalement une forme de respect de ces compositions parfois usées à qui ils redonnent une nouvelle jeunesse grâce à un lifting pour le moins original, le tout dans une joie communicative. Du vrai jazz et du vrai Music Hall ! C’est roboratif me glisse un ami.

Comme tout cela a eu l’air facile et pourtant les trois-quarts des titres étaient nouveaux – bientôt un album –  et joués pour la première fois en public après une résidence de travail à Créon la semaine avant le concert. Ce travail pour nous public reste dans l’ombre alors qu’il est immense pour arriver à un tel niveau de qualité. Comment répètent-ils, les uns à Bordeaux, les autres à Paris ? Et bien tantôt ici, tantôt là-bas, le TGV faisant le reste et souvent dès 6 heures du matin à la gare Saint-Jean. Etre musicien est certes une passion mais c’est aussi un métier difficile et exigeant, du moins pour les vrais pros comme ceux qui nous ont régalés ce soir. Pensez-y quand vous allez en écouter de bons, ils méritent le respect.

* ou soubassophone

 

 

 

www.pinkturtle.fr/

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Lennon revisité par Rantala

 

Iiro Rantala : Tribute to John Lennon au Rocher

par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier

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Il en est des hommages comme pour beaucoup d’autres choses – les chroniques de concert notamment – il y en a de réussis mais aussi de ratés, de fades, de trop clinquants, de faux, d’artificiels, d’intéressés… Ce soir un Tribute to John Lennon nous attend au Rocher, par Iiro Rantala, un pianiste, de jazz qui plus est, seul, et Finlandais par-dessus le marché.

On prend le risque, ça va le concert est à 5€ et un verre – ou plus – de vin sera servi à la fin. En effet le principe des concerts en soirée à 19h30 parrainés par le négociant en vins Diva, abandonné l’an dernier, reprend cette année. Ces concerts avaient à de nombreuses reprises été l’occasion de découvrir des artistes merveilleux, peu médiatisés ou pas encore, comme notamment un certain Gregory Porter en juin 2012… Iiro  (avec 2 i) Rantala était lui venu en décembre 2013 pour un concert qui faisait le pont entre la musique classique et le jazz et nous avions découvert un grand pianiste. Le risque ce soir est donc calculé.

Le piano à queue de chez Steinway & Sons – qui mériterait d’être un peu briqué – sera le seul décor, la musique fera le reste. En bon Finlandais un solide gaillard blond arrive sur scène, vêtu d’un T-shirt vintage hippie, bleu délavé, époque fin Beatles.

Annonce des deux premiers titres dans cet Anglais typique des scandinaves, clair et aux « r » bien roulés, « Because » et « Watching the Wheels ». Heureusement car l’identification du premier titre est longue à apparaître annonçant la nature du concert, des interprétations et des arrangements personnels autour de l’œuvre de Lennon. Et c’est là que va se situer la prouesse, car au final aucun titre ne sera trahi, aucune mélodie ne sera oubliée, mais tout sera réassemblé avec la patte jazz – et classique –du pianiste. Une approche personnelle mais respectueuse de l’œuvre originale.

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Des accents jazz certes mais aussi parfois Gershwiniens, ou des reflets de Satie ou de Stravinsky. Du ragtime comme l’intro de « Help » titre qui va alterner entre violence et délicatesse, une version bouleversante de « Imagine » présentée avec modestie, une reprise enjouée de « Norvegian Woods » ou cette interprétation passionnée de « Woman » ; à ce propos Iiro raconte qu’elle avait été écrite pour Yoko Ono au retour de John auprès d’elle après sept mois de  fêtes à Los Angeles… La beauté de la chanson aurait ainsi sauvé John de la disgrâce !

Puis « Just Like Starting Over » avec une rythmique main gauche redoutable, une jolie ballade jazz pour « In my Life » aux accents de Bach, une version pessimiste finissant de façon optimiste – dixit Iiro – de « Happy Christmas » et enfin «un « Working Class hero » d’outre-tombe, lugubre à souhait le piano préparé avec des serviettes dans les basses et médium, sa carte d’embarquement Air France calée dans les cordes aigues !

Attention on ne parle pas d’une quelconque performance déjantée de musique concrète ou pire mais d’un grand pianiste, un virtuose absolument fusionnel avec son instrument, en maîtrisant toutes les nuances et faisant passer des émotions intenses ; le Salon de Musiques lui a fait une ovation et a eu droit à un rappel introduit par un bout de « Marseillaise » – vous avez deviné le titre qui va arriver – vite remplacée par quelques mesures du « God Save the Queen » et donc enchainée par « All You Need is Love » repris, à la demande de l’artiste, par le public joyeux.

Le courant est passé entre le pianiste et l’assistance grâce à ses enchaînements expliqués avec gentillesse et précision. Cette même gentillesse qu’il aura lors des dédicaces de son album « My Working Class Hero » qui vient de sortir chez la belle maison de disques ACT. Tout ça autour d’un verre – ou plus – de Montes, un excellent vin rouge chilien. Et oui il fallait venir !

Et donc ce soir c’était un hommage plein d’émotion très réussi certes mais surtout une œuvre personnelle autour de la musique intemporelle de John Lennon ; superbe !

Beaucoup mieux qu’une pastille !

Par Annie Robert, photos : Thierry Dubuc

Snarky Puppy Rocher de Palmer 10 octobre 2015

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Adieu Prozac, Seroplex ou LSD, adieu trou de la sécurité sociale, on a trouvé un remède à la déprime, au moral en berne, à la fatigue chronique, à la dépression saisonnière. On a une ordonnance pas chère et efficace, une pastille colorée dont l’effet se fait sentir à court et à long terme, un nouveau médicament au nom de cartoon à proposer : voici Snarky Puppy: 100% naturel, 100 % groove , 100% musique.

Créé par le docteur Michael League, bassiste, compositeur et arrangeur, Snarky Puppy est une merveille de prescription, un tonique inspiré.
On n’y résiste pas longtemps : des compositions aux petits oignons, des solistes éclairés, des  prestations torrides et décomplexées, tout cela dans une ambiance de fête et de partage, une atmosphère à chambouler tout un hôpital, à faire danser les culs de jatte et à mettre au chômage tous les  kinés.
Un concert du collectif brooklynois, c’est une expérience, un vrai shoot. On ne sait pas trop quel genre de musique, on est  en train de déguster : du jazz, du funk, du ska, de la soul ? Et à vrai dire, on s’en fiche un peu. Ça a le goût du jazz fusion, sans en avoir la longueur ou l’aridité.  Ça a le goût du funk sans en avoir la redite…Ce n’est pas sucré, ce n’est pas acide, c’est Snarky Puppy.

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Cuivres, cordes, claviers, percussions et vents, les ingrédients sont nombreux, se démarquent, s’entrelacent et forment un ensemble puissant. Ils entraînent aussi bien amateurs que mélomanes aguerris dans un live magistral, un laboratoire d’idées et d’échanges et  très vite, ce sont pleins de petites bulles de joie qui éclatent partout dans les yeux des spectateurs. Plus d’ombres dans les âmes, plus de grisaille sous les bonnets mais des fourmis dans les pieds.
Hier soir, nous étions nombreux , la grande salle du Rocher, archi pleine,1200 places debout : des jeunes, des très jeunes, des moins jeunes, des chauves, des chevelus, des foutraques et des sages à réclamer cette potion non amère dans laquelle s’incluent des molécules d’ acoustique, d’électrique et d’ électronique. Signe qu’il y en avait pour tous les goûts. Cela pourrait être un danger et créer une espèce de gloubiboulga sans trop de tenue, avec juste un alléchant packaging, mais non. Chaque influence semble intégrée, digérée et surtout orchestrée.

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Ce mélange est une vraie réussite. Snarky Puppy a un son, un style, une approche qui n’appartient qu’à lui. Et une véritable épaisseur musicale.
Pas de grosse cavalerie, même si le son est balèze avec deux batteries et percus pulsatiles. Pas de grosses ficelles racoleuses. C’est finement composé, travaillé et innovant.
Le groupe est d’ailleurs à géométrie variable, un collectif qui peut aller de neuf (c’était le cas ce soir) à quarante artilleurs potentiels, une façon intelligente d’envisager la création et la musique, centrée non pas sur la concurrence entre musiciens mais sur le partage et la collaboration. Le résultat est à la hauteur de leur investissement.

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Sur scène, ça dégage de façon inspirée : répétitions, superpositions, extensions, variations : tout y passe et jamais dans la même configuration. L’idée clé semble être ; pas de routine !!! De l’étonnement permanent et de l’énergie généreuse.
Vous croyez vous installer dans un funk groovy des familles et voilà qu’une ballade chopino- keithjarettienne pointe le bout de son nez. Vous vous  émerveillez d’un moment de rock psychédélique et les trois soufflants vous jettent deux mesures de bossa ou trois accords à la Glenn Miller. Du coup, on en oublie un saxophone parfois peu lisible dans des effets électros  trop appuyés et des synthés qui flirtent parfois avec les suraigus. Ce sont des peccadilles que tout cela.
Car Snarky Puppy ça vous ramone les narines et vous aère les neurones. Ça vous booste les défenses immunitaires et vous dégage les poumons. Pas de redites, pas de moments faibles. La pastille fait donc bien ses effets. Elle est effervescente en diable!!

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Pourtant, chers grands malades mélomanes, il faut se méfier, car ce médoc de choc est porteur d’un énorme  danger: il est addictif !!
Une fois tombé dedans, on a du mal à s’en passer…

L’énergie d’Edmond Bilal Band au Siman

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

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Bien beau concert hier soir au Siman avec Edmond Bilal Band : Paul Robert au sax ténor, Philippe Gueguen aux claviers, Curtis Efoua à la batterie, et Mathias Monseigne à la basse et à la guitare. Mais où est Edmond Bilal ? Simplement sorti de l’imagination des membres du  groupe au moment de le baptiser. C’était il y a quelques années lorsque les compères se sont retrouvés au conservatoire d’Agen en classe de jazz, Bordeaux n’offrant pas encore ce type de formation. Depuis le groupe a fait son chemin et a atteint sa maturité, le concert de ce soir en a été la preuve.  EBB, vainqueur du tremplin Action Jazz 2013 et d’autres distinctions nous a proposé deux sets différents plein de groove et de créativité.

Le premier a donné lieu à de longues improvisations et à quelques compositions.Des impros d’une réelle richesse et d’une grande liberté autour d’une rythmique impeccable et implacable. Parfois je penserai à « Ego » ce magnifique album de Tony Williams. Curtis Efoua est lui aussi un batteur extraordinaire, un régal à entendre et à voir ; maîtrise des changements de rythmes, polyrythmie, puissance, finesse tout y est !

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L’excellent Mathias à la basse et lui s’entendent parfaitement et tissent une base solide pour les deux solistes.

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Au sax ténor Paul Robert a un style bien à lui, il a l’art de tisser des chorus en utilisant souvent la répétition pour faire monter la tension, presque dans la transe, puis la faire retomber dans des climats plus planants ; il n’est pas avare de ses interventions et c’est tant mieux pour nous.

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Au piano électrique et au synthé Philippe Guéguen est tout à fait dans le registre du band, un jazz fusion créatif avec des développements Hancockiens et une belle virtuosité, et toujours avec un petit sourire.

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La pause est bienvenue pour se remettre de ces premières émotions musicales. Le bruit des tables et des assiettes refait surface, jusque-là couvert par la puissance de la musique, puissance mais pas au seul sens de décibels. Un gros noyau de personnes est présent pour le concert, à siroter des cocktails ou autres nectars mais beaucoup  sont là pour ta table – dont la carte alléchante est toute nouvelle – et n’ont pas attendu la pause pour aller en convois fumer sur la terrasse. Ah cette terrasse du Siman, quelle merveille, un des plus beaux points de vue sur les quais de Bordeaux !

Le second set laisse davantage la place à des compositions superbement écrites, de Paul et de Curtis, plus de funk – l’occasion pour Mathias de nous gratter quelques accords soul à la guitare – et de groove et toujours cette rythmique folle, ces breaks impeccables ; une grande énergie et joyeuse en plus. En bonus une belle ballade enivrante le sax nous plongeant dans une atmosphère planante. Le groupe a beaucoup joué cet été et notamment à Marciac et cela s’entend, c’est carré, fluide, vraiment en place. Et quelle générosité des musiciens, ils vont jouer près de deux heures trente.

Il est minuit, le concert a commencé il y a près de trois heures, on vient de passer un grand moment. Pour ceux qui ont manqué cet épisode sachez que le groupe sera en concert samedi 10 octobre  à 22 h au Maquis Zone 4 (Rue Gratiolet à Bordeaux)  juste avant de partir pour l’Angleterre pour enregistrer un album avec captation vidéo et donner quelques concerts. Allez les voir pour les aider à financer cette tournée !

L’horizon s’élargit pour le Edmond Bilal Band…

Le beau jazz de la belle province !

par Annie Robert

 

Trio Jérôme Beaulieu

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Le beau jazz de la belle province !!

Bien sûr ils ont la barbe hirsute, la casquette sur la tête sans compter la chemise à carreaux mais c’est vraiment tout ce qui les rapproche des bûcherons canadiens.
Venu de Montréal, ce trio attire l’adhésion dès les premières mesures et fait souffler un vent de frais  et  de nouveauté. On en a la mâchoire qui en tombe d’étonnement d’abord et les yeux qui pétillent ensuite.
La délicatesse du timbre du piano de Jérôme Beaulieu, l’originalité de la batterie de William Côté et l’ expressivité de la contrebasse de Philippe Leduc font rapidement taire les chuchotis, les oreilles s’ouvrent, les chakras aussi.
Voici vibrer le jazz  canadien avec l’accent du Québec!! Nom de Nom!!
Du rythme, de la mélodie, des influences variées, c’est le mélange sans retenue de ces trois «furieux» comme ils se définissent eux mêmes.
De leurs aînés jazzmen, ils ont gardé le sens aigu du groove, de la mélodie et une  habileté instrumentale diabolique tout en délaissant la structure classique thème/impro; de leurs pères rockeurs ils ont travaillé le sens du tempo, la phrase choc, la folie douce ou furieuse et de leur propre jeunesse  les mélodies populaires et les écoutes pop tout azimut.
Cela donne un mélange qui pourrait être simplement détonnant mais qui se déguste chatoyant et presque gourmand avec une sacrée palette de textures . Le premier mot qui se faufile c’est «Miam», le second c’est «Wouah».
Les morceaux sont intensément structurés mais souples, sans efforts et  sans excès avec un éventail coloré qui peut passer du gris mélancolique au jaune riant  évoquant la force furieuse de Tingvall trio, ou l’originalité du jazz Suédois.
Sur des entrées simplissimes, très rythmiques ( tambourin et basse sur trois notes) le piano s’élance en gouttes de porcelaine, rejoint par une discrète grosse caisse puis par la contrebasse qui brode autour de la mélodie et les sensations surgissent très vite. L’intensité va croissant. On écoute en  riant «la tourte» hommage à un soit disant oiseau disparu, On s’émeut de la très belle suite  «Un homme sur la lune» avec trois mouvements en enfilade.
Certains auditeurs ferment les yeux, d’autres claquent des doigts, mais le sourire est présent chez tous, les images défilent happées par les sonorités. Le ballast s’estompe en rayures floues sous le train, de la terre ocre s’arrache en éclats, les ailes des oiseaux d’altitude glissent sous le vent, les fumées noires des usines se dispersent. Erik Satie n’est pas loin et la bossa nova non plus.

La rythmique constamment créative ( sonnettes de vélos, cloches et voix enregistrées)  et une osmose qui en dit long sur leur bonheur de jouer, et on  obtient une musique voyageuse (des steppes lointaines aux herbes folles en passant par le blues profond) sans formalisme pesant, glissant de la pure ballade au groove le plus rock avec une aisance jubilatoire,
Pas étonnant alors qu’ils soient bardés de récompenses ( concours montréalais “Jazz en Rafale” ,  Grand Prix du Festi-Jazz de Rimouski, Révélation Jazz 2013-2014 par Radio-Canada ) car leur talent vous saute aux oreilles. Ils sont éclatants comme une fanfare ou délicats comme un lever de lune, ces trois là.
Et puis ils sont ce que l’on a plaisir à constater de plus en plus dans les jeunes groupes de jazz émergents : pas de simples individus jouant, pas de simples musiciens mercenaires mais des complices liés dans la même recherche, des groupes véritables, soudés dans le même souci de créativité, creusant ensemble leur route et se faisant confiance. Ils cherchent et visiblement ils trouvent.!En tous cas, ils s’amusent bien et ce bonheur là est communicatif
Lorsqu’ après un rappel ( une belle impro autour de Bozo de Félix Leclerc)  le set se conclue, la salle du Caillou est debout, à l’unanimité, ce qui est plus que rare. La plupart des convives présents n’ont pas du beaucoup s’attarder sur  ce qu’ils avaient dans les assiettes tellement ce qu’il y avait dans les oreilles était délicieux.
Si vous ne les connaissez pas filez vite écouter leur musique, elle se déguste sans faim et sans fin., nom de nom !!