Retour vers le futur : Bayonne 1976

Par Philippe Desmond.

  1. Giscard est à la barre et Barre est aux affaires courantes, Concorde, modèle de modernisme, effectue ses premiers vols commerciaux mais la peine de mort, modèle d’archaïsme, est toujours en usage. Si les poteaux avaient été ronds au lieu d’être carrés St Etienne aurait battu le Bayern de Munich en finale de coupe d’Europe. Les ados fantasment en allant voir au ciné « A nous les petites Anglaises », les adultes larmoient devant «  le vieux fusil ». Après plusieurs chocs pétroliers la France est sortie de ces fameuses trente glorieuses mais on ne le sait pas encore car l’expression ne sera créée qu’en 1979.

Moi j’ai 20 ans, bientôt 21, des projets plein la tête mais le projet de ce mois de juillet 1976 c’est un concert qu’il ne faut pas rater aux arènes de Bayonne.

Jugez-vous même grâce au billet que j’ai conservé.

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Le prix 40 francs une fois converti grâce à l’indice monétaire de l’INSEE serait maintenant de seulement 25 € ! 164 francs soit dit en passant…

Motos, tentes de camping, des vrais avec des piquets pas ces machines automatiques de maintenant, et nous voilà partis vers le sud à trois potes sur l’ancienne N10.

Je franchis pour la première fois la porte d’une Plaza de Toros pour y rencontrer de sacrés « figuras ». Un monde fou dans le « sol »,  le « sombra » étant réservé aux musiciens, ambiance festival, normal c’en est un.

Billy Cobham ! On sait qu’il est là car une gigantesque batterie est déjà  installée. Le maestro n’a guère changé de méthode comme le prouve cette photo prise lors d’une tournée de 2014. (Merci Camélia  ; photo Steve Hamilton)

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On connaît tous pas cœur l’album « Spectrum » sorti en 1973 et le titre qui est devenu l’hymne de l’artiste « Status ». Nous n’avons pas encore de grosse culture jazz et Billy est alors pour nous le plus grand batteur de l’univers.

Il est donc en formation avec George Duke aux claviers et au chant et notamment Jon Scofield à la guitare. Du jazz rock comme on dit à l’époque électrique et très funky qui quarante ans après accuse quelques faiblesses et travers – abus de synthé, d’effets – mais très novateur en 1976. Cette musique permettra à bon nombre d’entre nous de pénétrer dans l’univers complet du jazz. Cette tournée européenne de Billy a été captée dans l’album « Live on tour in Europe ».

Herbie Hancock et sa coupe afro arrive ensuite avec les Headhunters, il est dans sa pleine période jazz rock électrique et funky juste avant de reformer « VSOP ». Les titres emblématiques comme « Watermelon Man » sont méconnaissables mais ça sonne bien et gros et en plus on ne connait guère les originaux ! Pour nous c’est ça Herbie Hancock, un gars qui joue super bien du synthé, on découvrira après tout le reste, d’avant notamment…

John Mc Laughlin est annoncé mais dommage, pas avec le Mahavishnu Orchestra ce groupe qui nous fait planer et monter au Nirvana sans aucun autre artifice ou produit illégal. Petite – grosse – déception, John s’installe en effet avec Shakti la formation indienne certes intéressante mais un peu décalée ce soir-là. Au moins ça nous ouvre les oreilles vers d’autres voies.

On attend avec impatience Larry Coryell accompagné des « Eleventh House », du jazz-rock énergique et puissant autour de la belle guitare du leader. Larry se présente pour le moment seul, avec sa guitare, s’approche du micro et nous entonne « Band on the Run »  de Paul Mc Cartney. On a compris, son groupe l’a planté et il va donc jouer tout seul ! On ne saura jamais le fin mot de l’histoire.

La nuit est tombée c’est l’heure du bulletin météo que tout le monde attend après ces deux petites et relatives désillusions. Weather Report est au sommet de son art en 1976. Joe Zawinul a réussi à créer un son, un style. C’est l’année de l’album « Black Market », Wayne Shorter est là – dont nous ignorons tout le passé à l’époque ; je rappelle aux plus jeunes qu’il n’y avait pas internet  – ainsi qu’un phénomène de 25 ans à la basse Jaco Pastorius. Tous les autres leaders de la soirée avec leur trentaine ou quarantaine pour Joe et Wayne font figure d’ancêtres à côté de lui…et de nous. Alex Acuña est là aussi et à la batterie certainement Chester Thompson. Un concert fabuleux avec ces atmosphères riches et changeantes, ces envolées de Joe et Wayne, ces solos slapés de Jaco et ces percussions inégalées. Un très grand souvenir. Et la musique de Weather Report a elle réussi à traverser les années.

Une soirée extraordinaire– nous en rendions nous compte à ce moment-là ? – et inoubliable que j’ai eu le bonheur d’évoquer avec Billy Cobham en avril dernier au Rocher (voir chronique sur le blog) , dont, relativité des choses, il se souvenait à peine… « Yes, Bayonne, I remember it was in Spain no ? ». Mais 39 ans après j’ai eu ma dédicace !

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Francis Fontès sera ce Jeudi 26 novembre au Tunnel.

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Le Tunnel 6 Rue des Ayres à Bordeaux

Trio avec Roger Biwandu (dr) et Laurent Vanhée (cb) à 21h30 ; entrée gratuite, consommation.

Article paru dans la Gazette Bleue n°13 de novembre 2015

Par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

En entrant dans le salon impossible de le rater, il est là majestueux dans sa belle livrée noire, entouré d’instruments, une batterie, des guitares, une contrebasse, un piano droit ; il a voyagé dans toute l’Europe et maintenant il s’est posé ici à Bordeaux, finis les voyages, finis les transports fastidieux et risqués pour lui, il est entre de très bonnes mains. « Il » c’est un piano à queue Yamaha, un vrai pas un quart, LE piano que Chick Corea et Jacky Terrasson ont utilisé pendant des années lors de leurs tournées en France et en Europe ; il y a d’ailleurs leurs dédicaces à l’intérieur. Les bonnes mains qui l’utilisent désormais sont celles de Francis Fontès qui l’a racheté d’occasion ; « une bonne affaire » s’empresse-t-il de dire. Ce piano résume presque à lui seul la vie musicale de Francis ; la qualité et la recherche permanente de la perfection.

Francis est né en Guadeloupe – d’ailleurs notre entretien va se faire autour d’un verre d’un produit local réputé –  et y a commencé le piano classique, tard me dit-il, à dix ans. Un frère ainé déjà pianiste de jazz lui donne le virus et lui fait découvrir cet univers.

A douze ans lors d’un long séjour en Métropole à Bordeaux il assiste au concert de Miles Davis au Français donné en novembre 1971 ; Keith Jarrett est au Fender-Rhodes… Cet évènement est fondateur pour lui et désormais il va travailler à fond sa technique et sa culture musicale.

Retour en Guadeloupe, collège, lycée et seul il effectue un travail intense sur son piano ; du jazz donc mais aussi du classique ; plus de quarante ans après ça n’a pas changé. Il joue et apprend avec le regretté guitariste André Condouant qui a collaboré avec les plus grands ; celui-ci lui explique les harmonies, les impros et l’expression « travail intense » revient dans notre conversation… Il côtoie là-bas le pianiste Alain Jean-Marie qui lui aussi a des références majeures. Le piano est en train de devenir sa vie.

Mais les études supérieures l’appellent à Bordeaux, des études de médecine s’il vous plaît. Travail intense bien sûr – vous aviez deviné – les cours de médecine et de piano classique en parallèle, rien d’autre ! Mais le samedi soir se passe chez Jimmy où l’on ne joue pas de Chopin mais du jazz, nous sommes en 76-77.

En 1980 les études de médecine sont bien lancées alors il participe à son premier groupe, un sextet fondé par le trompettiste, désormais tromboniste à pistons, Patrick Dubois : Jazz Connection. Les bars, les clubs de jazz sont encore nombreux à l’époque : le Jimmy bien sûr mais aussi les Argentiers, l’Arrache-Cœur, l’Alligator, le Jazz Pub. Epoque dorée pour le jazz vivant et les jams où les musiciens pouvaient se rencontrer dans des endroits fixes et partager.

1989 voit la naissance d’un nouveau groupe, toujours en activité, Affinity Quartet avec Dominique Bonadei à la basse, Philippe Valentine aux baguettes et Hervé Fourticq au sax. L’apprentissage continue confie Francis ; on a bien compris que pour lui il ne s’arrêtera jamais.

Entre temps il est devenu rien moins que docteur en radiologie, métier qu’il exerce toujours bien sûr. D’où son surnom « Doc » qui n’est pas usurpé du tout. Maladie familiale, ses deux frères, ainé et benjamin, étant eux aussi médecins, pianiste et contrebassiste de jazz…

Deux carrières au top niveau à mener de pair ? « Simplement une question d’organisation ». A Bordeaux s’en suivent des collaborations avec les musiciens locaux qu’il apprécie tant, Roger Biwandu, Olivier Gatto et Shekinah, Nolwenn Leizour, Mickaël Chevalier (« quel travail il nous a donné pour son dernier concert ! »)… mais aussi avec Ernie Watts pour deux concerts, un quatre mains avec Jacky Terrasson, des concerts avec Francis Bourrec, le guitariste Philippe Drouillard, John Patitucci… Quelques jolies références.

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A la question posée sur ses influences musicales fuse la réponse « Miles, Miles, Miles » ; c’est clair et net. Mais il la complète vite par ce qui constitue son socle : Herbie Hancock, Bill Evans, Chick Corea, Mc Coy Tyner, Keith Jarrett pour les pianistes et aussi Wayne Shorter, John Coltrane… Même langage même si les musiques sont différentes.

Pour les entendre il parcourra les festivals d’été de Paris à Vienne en passant par Nice, Antibes… Quelle passion ! Non, Francis rectifie : « La musique et le piano ne sont pas une passion pour moi, c’est ma vie, c’est moi, je pense musique » ; ah pardon… Son entourage le sait lui offrira en 2010 un beau cadeau, un billet d’avion pour New York pour le concert des 70 ans d’Herbie Hancock au Carnegie Hall !

Des projets ? Pas le temps mais toujours une activité intense. Jouer bien sûr – le niveau des musiciens n’a jamais été aussi relevé constate-il – mais aussi partager comme récemment avec Valérie Chane-Tef qu’il a conseillée pour le dernier album d’Akoda Instrumental. Francis Fontès ne compose pas mais il adore écrire des arrangements, déstructurer, restructurer. Il regrette, malgré tous les excellents musiciens actuels, l’absence de vrai courant novateur.

Notre entretien touche à sa fin, je n’ai même pas levé la tête et Francis l’a remarqué ; « tu n’as pas vu au-dessus de toi ? » En effet comment ne pas l’avoir remarquée, une grande mezzanine en forme de… piano à queue me surplombe !

On s’approche du vrai piano, celui de Chick et Jacky, Francis en soulève le capot digne d’une Jaguar type E et bien sûr se met à jouer : un titre de Michel Petrucciani, puis « le Temps » d’Aznavour réarrangé par ses soins et «Around Midnight » pour finir. Je comprends alors pourquoi il n’aime pas trop jouer sur les claviers électriques.

Vous n’avez jamais entendu Francis Fontès ? Alors n’hésitez pas guettez les concerts où il sera, vous pourrez en plus mesurer les progrès qu’il aura fait car le « Doc », toujours en quête du meilleur,  reprend depuis peu des cours de piano !

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23ème Nuit du Blues à Léognan.

Eric la Valette Band et Mighty Mo Rodgers

Par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

Mighty Mo Rodgers

Il y avait ce samedi soir un énorme concert de blues à Léognan. Que ceux qui l’ont raté ne me disent pas qu’ils n’étaient pas au courant, il y a des mois que Jacques Merle organisateur de la soirée et son association Jazz & Blues inondent d’informations les réseaux sociaux ou les panneaux d’affichage. Gros travail qui paye car la Halle de Gascogne est comble et ça fait du monde !

En première partie Eric La Valette Band, groupe de Toulouse, qui tourne depuis plus de dix ans assurant ses propres concerts ou des belles premières parties. Le leader au chant et à la guitare, Jeff Cazorla à la basse, Jérémy Cazorla à la batterie et Greg Lamazères à l’harmonica.

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Quasiment que des compositions dans tous les styles possibles qu’offre le blues, du plus lent au plus rock. Sur une trame de basse impeccable du père et un drumming énergique du fils, la voix sûre et la guitare d’Eric la Valette nous emportent dans des ambiances variées, les interventions à l’harmonica – peut-être avec trop de distorsion – ajoutant à l’énergie du groupe. Une bonne surprise et une très belle première partie qui place la barre très haut pour la suite avec notamment la visite sur scène du bluesmen Bordelais Lenny Lafargue et de sa magnifique Epiphone vermillon.

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Après la pause, arrive Mighty Mo Rodgers, textuellement le Puissant Maurice Rodgers, et son band, trois musiciens italiens, l’Italie n’étant pas forcément réputée pour ses bluesmen. Mais une certaine connexion a toujours existé entre ce pays et l’Amérique, notamment à Chicago creuset du blues mais pas forcément pour une activité aussi légale…  Mo est au chant et aux claviers, les autres à la guitare, basse, batterie, classique mais drôlement efficace.

Mighty Mo Rodgers

Dès les premiers accords et alors qu’on restait sur la très bonne impression du groupe précédent on comprend qu’on vient de passer dans la catégorie supérieure ; un je ne sais quoi de profondeur, de clarté, de précision qui fait la différence.

La voix d’abord, superbe, puissante, la façon de chanter ensuite en s’adressant au public comme un prêcheur qui invective ses ouailles. On ne peut que se sentir concerné…si on comprend l’Anglais ce qui apparemment n’est pas le cas de la plupart des gens. Pourtant Mo parle et chante très clairement avec un accent assez neutre. Il peut aussi bien rappeler Ray Charles qu’Otis Redding duquel il interprète le « Doc of the Bay » dont il fait reprendre – à grand peine – par le public la fin sifflotée.

La basse de Walter Monini est tout simplement monstrueuse ; avec mon voisin et ami guitariste on aura souvent au même moment la même réaction « écoute la basse ». Un jeu simple sur une Fender Bass 5 cordes mais d’une précision et d’une musicalité superbes.

Pablo Leoni, le batteur, lui c’est une machine, à prendre ici comme un compliment, ça claque, ça martèle, c’est remarquable. Nuances et sensibilité dans les morceaux lents, puissance et rythme de métronome dans les titres plus rythm’ and blues, tout va y passer.

Avec Luca Gordiano à la guitare – une magnifique Gibson 355 rouge – on va se prendre une grosse gifle ; comment à partir d’une musique simpliste comme le blues peut-on arriver à tirer des chorus de cette variété et de cette qualité ; avec mon voisin le guitariste nous avons passé le concert à attendre qu’il prenne ses solos et sans jamais être déçu ! Et pas un seul effet électronique, rien que le son naturel de cette merveilleuse demi-caisse.

Mo est classé dans la catégorie bluesman révolutionnaire, son discours et ses textes sont en effet politiques et engagés, assortis d’une touche de philosophie dont il est diplômé. Il nous ressasse que tout est blues, le monde est bleu vu de la Lune donc blues, que trois choses sont bien réelles « Death, Taxes and the Blues ». Avec sa troupe il va donc nous offrir une véritable leçon de blues. Mo a une présence et un charisme certain, c’est aussi un humaniste et il va nous improviser – apparemment – un titre en hommage à Paris la ville de lumière qui restera toujours debout ; il rappelle que lui-même a joué au Bataclan il y a quelques années.

Mighty Mo Rodgers

La fin du concert va être plus rythm’ and blues le but étant apparemment de faire enfin bouger un public qui visiblement se régale, enthousiaste certes mais qui reste un peu trop tranquille. La salle a du mal à se lever – comme lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats où nous étions trop peu à nous tenir debout – et Mighty Mo va devoir employer les grands moyens pour faire danser ou gigoter tout ce monde ; il va réussir mais au prix de beaucoup d’efforts. Comment ne pas avoir de fourmis dans les jambes avec de tels musiciens ?

Mighty Mo Rodgers

C’est un triomphe pour ce groupe qui va être assailli d’admirateurs en quête de dédicaces et d’acheteurs de CD à l’issue du concert. C’est aussi un triomphe pour nos amis bénévoles de « Jazz and Blues » qui dans cette période trouble ont dû avoir bien des inquiétudes sur la tenue et ensuite l’issue de ce concert ! Bravo à eux et vive le blues !

Tonnerre de Jazz : deuxième !

Rédactionnel et photos : Lydia Sanchez

Concert Mobility Quartet, maison des lacs à Laroin

13 nov 2015, un vendredi

Ou Tonnerre de Jazz : deuxième !

Mobility Quartet

Mobility Quartet

J’étais habillée de noir. Comme à mon habitude quand je prends des photos de scène.

Nous étions dans un cocon, dans cette salle polyvalente que nous avons aménagée pour la musique, les musiciens disaient que le son était bon.  Nous avons mis sur la table nos spécialités à partager (très important de bien nourrir les musiciens !), en attendant le public. Et celui-ci est venu nombreux. Avec déjà des habitués. Cela fait plaisir, au deuxième concert, d’avoir 50 réservations et des fidèles en recherche de musique. On se dit que vraiment, il manquait du jazz à Pau.

Les musiciens montent en scène après l’introduction de J-C Tessier qui nous parle d’un concert exceptionnel, avec un trompettiste fabuleux (des mots qui deviennent une antienne). Cette fois ce sont presque tous des enseignants en musique.

Ils semblent timides, ont une sorte de retenue et en même temps montrent qu’ils ont l’habitude d’être devant un public. Pour se chauffer ils jouent deux morceaux, avant de les désannoncer. C’est le rythme qu’ils vont garder pratiquement jusqu’au bout.

Laurent Carle, au piano, l’homme venu du classique, présente à la fois les morceaux et les musiciens. Pédagogue, il nous explique l’improvisation. Croit-il que le public n’est pas amateur de jazz ? Mais aussi qu’ils vont jouer à la fois des compositions personnelles et des morceaux d’autres musiciens.

Laurent Carle

Laurent Carle

En tout cas ces quatre hommes, qui se connaissent bien, mais n’ont formé le groupe que récemment, s’écoutent, sont attentifs, et jouent bien.

Mobility : leur nom est une composition de Laurent Carle.

Majeur : une composition de Pierre Dayraud, le batteur. Un morceau joué au début et qu’ils reprendront en rappel.

Pierre Dayraud

Pierre Dayraud

Le début est une mise en jambe, en bras, en souffle. Le public est plutôt froid. Petit à petit le quartet chauffe l’ambiance et le public applaudit de plus en plus. Ils ont fait connaissance, ils commencent à apprécier. Le groupe a besoin de temps pour sentir que la cohésion autour de Pablo Valat (trompette et bugle) est bonne. C’est la deuxième fois seulement qu’ils jouent ensemble, puisque chacun est occupé ailleurs, et leur entente doit se tisser patiemment. Cela s’entend.

Pablo Valat

Pablo Valat

Néanmoins le programme est varié et donne la vedette à chacun des musiciens. Avec un avantage à celui qui brille au milieu : le trompettiste. L’équilibre est bon, on prend plaisir à attendre le morceau suivant.

Dear old Stockolm, tiré d’un traditionnel, repris par Miles Davis, est taillé pour Pablo Valat. De même que Sail away, un morceau de Tom Harrell. Blue in green, écrit par Bill Evans et Miles Davis. Ou encore Woody’n you de Dizzy Gillespie. Il faut dire qu’il est bien éclairé, au centre de la scène, entouré de la section rythmique. Avec One finger snap (Herbie Hancock) c’est un dialogue avec Laurent Carle, parfaitement soutenu par batterie et contrebasse.

Car dans l’ombre (parce que peu éclairés) se tiennent Laurent Chavoit sur la droite, et au fond, comme souvent le batteur. La scène est un peu haute, les spots un peu trop présents parfois. Cela ne joue pas en faveur d’une grande complicité avec le public.

Laurent Chavoit

Laurent Chavoit

Avec Tekufah de John Zorn on voyage aux confins de la mélodie et du jazz disjoncté. C’est une apothéose dans ce concert, somme toute, de jazz classique.

La cohésion est bonne, l’entente est palpable. Le set passe sans ennui.

Ce quartet joue un jazz qui est une démonstration de complexité et de savoir faire, un peu pesant, trop sérieux et puissant, qui ne laisse pas assez de place à la joie. Il nous a manqué l’étincelle.

Cependant le public est content d’avoir entendu cette bonne musique. Et les musiciens ensuite ont pu discuter avec les spectateurs autour de la buvette.

La prochaine fois, ce sera encore mieux, peut-on se dire, le cœur bien rempli.

Ensuite nous avons pu lire sur nos smartphones les nouvelles qui parlaient d’attentats et de morts à Paris.

Snawt/Fred Wesley & The New JB’s Rocher de Palmer 12/11/2015

Par Dom Imonk – Photos Philippe Desmond

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Quand l’hiver approche, une chaude soirée funky, ça ne se refuse pas, alors « Let’s Snawt tonight ! », c’est « Snawt » qui nous y invite, un collectif bourré de talent, qui tourne beaucoup et attire de plus en plus de fans, la preuve, ce soir c’est plein. Révélation du Tremplin Action Jazz 2015, on avait déjà pu juger de leurs qualités, et ils progressent diablement. La route les forge et nourrit cette soul-funk légèrement enjazzée. On les sent très pro. Ils construisent un spectacle percutant, avec une chorégraphie sobre et bien en place, qui taquine avec humour des compositions très pêchues. Leur groove envahit la scène et tout s’anime avec une précision qui fait un peu penser aux maîtres d’outre-Atlantique. Le public répond au doigt et à l’œil aux invitations à danser et à chanter de Pauline Pou, jolie voix soul ; dont le ton sait se durcir, pour se faire mieux entendre des quatre « boys » turbulents. Julien Deforges pourfend l’espace de jets brûlants de sax, un peu dans l’esprit d’un David Sanborn, il bouge beaucoup et finira même le set en short et bretelles roses, posture fun irrésistible, façon Funkadelic. Yann Lefer se met en quatre, il est partout et sa belle guitare électrise à merveille ce funk, surtout lors de superbes chorus, on en aurait voulu plus ! Enfin, un pacte de plomb est formé en arrière-boutique, par deux fondus de rythme qui charpentent le pouls Snawt : Alexandre Castera, dont le drive costaud fricote allègrement avec les lignes de basse bombées de Goog Deschanel. Ce soir, ils se sont vraiment donnés à fond pour chauffer la place à leur héro, Snawt was in the place, ça on peut le dire !

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Snawt

Après un break pas très long, léger frémissement dans la salle, Fred Wesley arrive à pas feutrés, comme un prince, suivi de The New JB’s. Ça coupe toujours le souffle de voir là, devant soi, l’un des papes du funk « in person ». Avec ses amis Maceo Parker et Pee Wee Ellis, il fait partie des mythiques « JB Boys » du Godfather James Brown, dont il fut longtemps le directeur musical. Il partage aussi avec eux d’autres expériences, notamment avec George Clinton. Et ça va se sentir tout au long du concert. Un funk historique, agile et puissant, générant un groove torride, d’une précision qui nous terrasse dès les premières notes. Massés devant la scène, les gamins de la classe de jazz de Monségur n’en croient pas leurs oreilles, mais ne se laissent pas impressionner pour autant. Fred Wesley les a remarqués d’entrée, s’étonnant qu’ils ne soient pas encore au lit à cette heure, et, attendri, leur parle avec curiosité et humour. Ils adorent ! Le spectacle est donc aussi dans la salle, les petiots se trémoussent, ça bouge beaucoup derrière, il fait chaud, c’est funky quoi. Mais il y a du jazz là-dedans. C’est ça la marque de Fred Wesley, qui étudia d’abord le classique, puis le trombone. On sent ces influences très nettes dans son jeu riche, ses traits rigoureux, ses arrangements mais aussi dans le choix de ses musiciens qui semblent échappés de quelque big band. Des soufflants chauds bouillants avec Gary Winters, tranchant comme un glaive à la trompette et au buggle et Ernie Fields Jr. très classe au saxe et à la flute, et ce délicieux jeu vintage. Ajoutons les capiteuses parties de clavier de Peter Madsen et la guitare funky/bluesy à souhait de Joel Johnson. Enfin, pour finir de nous plomber, Bruce Cox (batterie) et Dwayne Dolphin (basse) ont été impressionnants de groove, mais il fallait ça pour propulser un tel groupe. Bref, une soirée de folie, dont on n’est pas encore redescendu. En prime, Fred Wesley signait des autographes à la sortie du concert et échangeait avec ses fans. 72 ans, pas sommeil du tout, adorable homme, frais comme un gardon. Quelle leçon de vie ! Big respect Mr Wesley, on vous aime et vous nous manquez déjà !

Par Dom Imonk – Photos Philippe Desmond

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Fred Wesley

 

Jouer ? Ne pas jouer ?

Par Philippe Desmond.

 

Jouer ? Ne pas jouer ? Voilà la question ce soir pour bon nombre de musiciens. Elle fait débat. Ce n’est pas grave.

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Certains ont choisi la première option, ils ont raison. Nous ne devons pas nous incliner devant des individus ou des organisations qui nient officiellement toute culture. Officiellement, car à la tête de ces organisations pensez bien que les têtes pensantes ne se privent pas de mener des vies pas si austères que ça. Ces gens sont des manipulateurs, nous ne devons pas nous laisser manipuler. On a déjà ce qu’il faut ici… En ces circonstances et parce que la vie doit continuer alors musiciens jouez !

D’autres ont choisi la seconde option, ils ont raison. Ils sont musiciens donc des êtres sensibles. Leur travail, car c’est un travail, ils le font avec cette sensibilité que nous apprécions tant. Ils sont là pour nous rendre heureux , s’ils ne le sont pas eux-mêmes ils ne le peuvent pas. Ils sont là pour nous toucher, s’ils sont trop atteints ils ne le pourront pas. Alors musiciens ne jouez pas ! Vous rejouerez bientôt.

Liberté de jouer ou pas, égalité dans cette alternative,  fraternité dans la musique.

C’est comme vous le sentez les amis, on aura toujours besoin de vous.