23ème Nuit du Blues à Léognan.

Eric la Valette Band et Mighty Mo Rodgers

Par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

Mighty Mo Rodgers

Il y avait ce samedi soir un énorme concert de blues à Léognan. Que ceux qui l’ont raté ne me disent pas qu’ils n’étaient pas au courant, il y a des mois que Jacques Merle organisateur de la soirée et son association Jazz & Blues inondent d’informations les réseaux sociaux ou les panneaux d’affichage. Gros travail qui paye car la Halle de Gascogne est comble et ça fait du monde !

En première partie Eric La Valette Band, groupe de Toulouse, qui tourne depuis plus de dix ans assurant ses propres concerts ou des belles premières parties. Le leader au chant et à la guitare, Jeff Cazorla à la basse, Jérémy Cazorla à la batterie et Greg Lamazères à l’harmonica.

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Quasiment que des compositions dans tous les styles possibles qu’offre le blues, du plus lent au plus rock. Sur une trame de basse impeccable du père et un drumming énergique du fils, la voix sûre et la guitare d’Eric la Valette nous emportent dans des ambiances variées, les interventions à l’harmonica – peut-être avec trop de distorsion – ajoutant à l’énergie du groupe. Une bonne surprise et une très belle première partie qui place la barre très haut pour la suite avec notamment la visite sur scène du bluesmen Bordelais Lenny Lafargue et de sa magnifique Epiphone vermillon.

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Après la pause, arrive Mighty Mo Rodgers, textuellement le Puissant Maurice Rodgers, et son band, trois musiciens italiens, l’Italie n’étant pas forcément réputée pour ses bluesmen. Mais une certaine connexion a toujours existé entre ce pays et l’Amérique, notamment à Chicago creuset du blues mais pas forcément pour une activité aussi légale…  Mo est au chant et aux claviers, les autres à la guitare, basse, batterie, classique mais drôlement efficace.

Mighty Mo Rodgers

Dès les premiers accords et alors qu’on restait sur la très bonne impression du groupe précédent on comprend qu’on vient de passer dans la catégorie supérieure ; un je ne sais quoi de profondeur, de clarté, de précision qui fait la différence.

La voix d’abord, superbe, puissante, la façon de chanter ensuite en s’adressant au public comme un prêcheur qui invective ses ouailles. On ne peut que se sentir concerné…si on comprend l’Anglais ce qui apparemment n’est pas le cas de la plupart des gens. Pourtant Mo parle et chante très clairement avec un accent assez neutre. Il peut aussi bien rappeler Ray Charles qu’Otis Redding duquel il interprète le « Doc of the Bay » dont il fait reprendre – à grand peine – par le public la fin sifflotée.

La basse de Walter Monini est tout simplement monstrueuse ; avec mon voisin et ami guitariste on aura souvent au même moment la même réaction « écoute la basse ». Un jeu simple sur une Fender Bass 5 cordes mais d’une précision et d’une musicalité superbes.

Pablo Leoni, le batteur, lui c’est une machine, à prendre ici comme un compliment, ça claque, ça martèle, c’est remarquable. Nuances et sensibilité dans les morceaux lents, puissance et rythme de métronome dans les titres plus rythm’ and blues, tout va y passer.

Avec Luca Gordiano à la guitare – une magnifique Gibson 355 rouge – on va se prendre une grosse gifle ; comment à partir d’une musique simpliste comme le blues peut-on arriver à tirer des chorus de cette variété et de cette qualité ; avec mon voisin le guitariste nous avons passé le concert à attendre qu’il prenne ses solos et sans jamais être déçu ! Et pas un seul effet électronique, rien que le son naturel de cette merveilleuse demi-caisse.

Mo est classé dans la catégorie bluesman révolutionnaire, son discours et ses textes sont en effet politiques et engagés, assortis d’une touche de philosophie dont il est diplômé. Il nous ressasse que tout est blues, le monde est bleu vu de la Lune donc blues, que trois choses sont bien réelles « Death, Taxes and the Blues ». Avec sa troupe il va donc nous offrir une véritable leçon de blues. Mo a une présence et un charisme certain, c’est aussi un humaniste et il va nous improviser – apparemment – un titre en hommage à Paris la ville de lumière qui restera toujours debout ; il rappelle que lui-même a joué au Bataclan il y a quelques années.

Mighty Mo Rodgers

La fin du concert va être plus rythm’ and blues le but étant apparemment de faire enfin bouger un public qui visiblement se régale, enthousiaste certes mais qui reste un peu trop tranquille. La salle a du mal à se lever – comme lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats où nous étions trop peu à nous tenir debout – et Mighty Mo va devoir employer les grands moyens pour faire danser ou gigoter tout ce monde ; il va réussir mais au prix de beaucoup d’efforts. Comment ne pas avoir de fourmis dans les jambes avec de tels musiciens ?

Mighty Mo Rodgers

C’est un triomphe pour ce groupe qui va être assailli d’admirateurs en quête de dédicaces et d’acheteurs de CD à l’issue du concert. C’est aussi un triomphe pour nos amis bénévoles de « Jazz and Blues » qui dans cette période trouble ont dû avoir bien des inquiétudes sur la tenue et ensuite l’issue de ce concert ! Bravo à eux et vive le blues !

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