Tonnerre de … Pau !

par Lydia De Mandrala (récit et photos)

Eric Séva 4tet

Eric Séva Quartet

Tonnerre de Jazz 3ième, et dans un 3ième lieu : la grange du château d’Idron, samedi 19 décembre.

Notre petite équipe est sur le pont et œuvre toute la journée.

Il s’agit de préparer la salle, nue à l’origine, d’accueillir les musiciens et stagiaires, de préparer les repas, la buvette, la caisse, etc.

La journée est chaude et ensoleillée, il fait plus de 20°. Sur le boulevard on voit les Pyrénées, à peine enneigées.

S’occuper de la salle pendant que les musiciens répètent est un plaisir. Ils sont bientôt rejoints par les stagiaires qui avaient à travailler un morceau (Cheeky Monkey) pour le jouer le soir. Oreilles aux aguets on note que la cohésion se fait petit à petit. On est déjà assurés que le concert sera bon.

Répétition des stagiaires

Répétition des stagiaires

Le public n’en sait rien encore. Ou plutôt il a choisi de nous faire confiance et vient en masse, honorant les réservations. C’est complet depuis la veille. On envisage de proposer à certains de rester debout.

Or donc, après dégustation de nos plats personnels autant que de nos échanges divers, on ouvre les portes au public. Moment de rush où nous sommes encore surpris du nombre d’adhérents (qui pourront bénéficier du tarif ad hoc lors des prochains concerts, ce qui prouve leur confiance et leur gourmandise).

Voilà J-C Tessier qui reprend son gimmick : « le concert de ce soir promet d’être exceptionnel ». Le mien sera : confiance et gourmandise.

Aucun ne sera déçu.

Ces hommes ont l’habitude de jouer ensemble. Même si Kévin Reveyrand, à la contrebasse, n’est pas le bassiste habituel (il remplace Bruno Schorp). L’album est sorti le 25 novembre, les musiciens ont encore besoin des pupitres pour lire leurs partitions. Ils sont encore en rodage mais le public est attentif, curieux, avec cette énergie de joie et cette exigence propre aux amateurs de jazz (trop longtemps sevrés à Pau).

Kévin Reveyrand

Kévin Reveyrand

Le plaisir est bien là, dans les ententes et la fusion quasi complète du trombone de Daniel Zimmermann avec les saxophones d’Eric Séva (baryton et soprano). Le baryton qui croit qu’il joue du trombone, le soprano qui apporte le décalage sonore.

Daniel Zimmermann

Daniel Zimmermann

Les compositions sont en majorité d’Eric Séva. Par exemple cette Rue aux fromages, née de la réminiscence des bals où son père tenait l’orchestre. Cela chante et danse, un peu nostalgique comme un secret enfoui.

Eric Séva

Eric Séva

Il emprunte aussi à Khalil Chahine 2 morceaux : Kamar d’abord (et Guizeh plus tard), où l’on reconnaît la danse de l’ailleurs, l’esprit de l’Afrique du nord, les hanches mobiles de l’Egypte.

L’accord est parfait entre le saxophone et le trombone, côte à côte. A l’arrière la contrebasse est mélodieuse. De l’autre côté la batterie de Matthieu Chazarenc est inventive, précise, presque précieuse, sonore et douce, sèche et vibrante au besoin.

Mathieu Chazarenc

Mathieu Chazarenc

Il souffle une douceur, une légèreté du voyage démarré, entre les paysages de villes ou de pays, et ce voyage aussi dans le temps de nos années passées. Ce nomade sonore nous promène sur les échelles du temps et de l’espace. Et la météo est à l’unisson : tant pis pour le ski, on a le jazz !

Tandis que saxophone et trombone tissent bras dessus bras dessous, la contrebasse virevolte, attentive, elliptique, qui nous laisse dériver.

Eric Séva nous raconte la douce poésie de ce voyage. Monsieur Toulouse : c’est l’histoire d’un Monsieur qui habite à Toulouse… à nous de le suivre. J’entends des fragments de pensées indicibles, traduites en notes.

L’accord du 4tet est toujours parfait, dans l’écoute et la lecture des partitions. Les lumières nous offrent des reflets bleutés ou orangés.

Eric Séva

Eric Séva

L’entracte est long : le temps nécessaire à parler et savourer le contact, se dire qu’on va de nouveau baigner nos oreilles dans ces sons mélodieux et forts. Le temps d’échanger au sujet des musiciens. Quelqu’un me dit « Qu’est-ce qu’il est bon le batteur ! Il induit tellement qu’on sent le groove même s’il ne l’a pas joué ! Il est juste en avant ! »

Ils reprennent. Avec Pipa qui nous transporte dans la moiteur du Brésil.

Eric nous raconte que Graffiti Celtique est joué « en l’honneur de Cabu, et pour la liberté d’expression, pour vous tous qui êtes là, à écouter de la musique vivante. Parce qu’il faut. » Le lien avec Cabu est fort : c’était un ami de ses parents, de sa famille. Et il a participé à des concerts par des performances dessinées. Nous imaginons deux écrans géants à l’arrière de la scène où l’on projette les croquis des musiciens qui jouent, le public qui s’esclaffe, parce « qu’il ne nous ratait pas ».

Les musiciens disent juste ce qu’il faut. Sans trop de notes : les bonnes, sur le fil. Ce sont des hommes sensibles et vrais.

Guizeh nous ramène en Egypte, la contrebasse sonne comme un oud, orientale et sonore, feutrée. Elle est relayée par la batterie qui nous enserre dans ses balais. Les cuivres attentifs, en retrait, reviennent au signal du regard.

Le trombone met sa sourdine et nous propulse dans une vieille salle de cinéma : je m’imagine dans des films italiens des années 50, comme Cinema Paradiso, dans les ruelles ombreuses où le linge sèche entre deux fenêtres là-haut. Il dit que la vie est dure, mais qu’on doit profiter de l’instant présent, qui file. Nous regardons la beauté et entendons les vibrations des fils ténus de cette vie qui s’égrène.

Vient le dernier morceau, ce fameux Cheeky monkey que les stagiaires ont répété. Ils s’installent devant la scène et attendent le signal pour y aller. Cela ne semble pas facile, mais leur prestation est pleine de cœur. Le public est heureux.

Le quartet au rappel nous joue Indifférence : « un standard français, comme l’Hymne à la joie d’Edith Piaf ». Et l’on entend encore cette douceur grave, de l’Humain qui ne nie pas ses faiblesses, mais va de l’avant. Les musiciens ferment les yeux une dernière fois avant de montrer qu’ils brillent de joie sous les applaudissements, nourris, les cœurs soulevés.

Eric Séva Quartet

Eric Séva Quartet

Le public sort petit à petit, comme à regret. Beaucoup resteront pour échanger avec les musiciens et les membres de l’association.

Encore une belle soirée.

 

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Rappel : Loïc Cavadore trio au Molly Malone’s

Par Philippe Desmond (désolé pas de vrai photographe avec moi…)

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La chronique récapitulant une année d’Action Jazz a obtenu un succès phénoménal, alors comme le font nos artistes préférés vous avez droit à un rappel, un « encore » comme disent nos amis américains.

Après les agapes païennes de ce long week-end et la frénésie de ces fêtes il fallait finir en douceur alors quoi de mieux que le Molly Malone’s le pub irlandais du quai des Chartrons qui chaque dimanche soir propose de 18 heures 30 à 21 heures un concert souvent dans un registre plutôt cool. Pour les fatigués du foie – qui moi ? – les parfums de fish and chips ou la simple vue des hamburgers géants sont un peu moins cool, mais après tout on est dans un pub pas chez un marchand de sushis.

La musicienne Rachael Magidson qui s’occupe de la programmation a choisi ce soir le trio du pianiste Loïc Cavadore. Ça tombe très bien car la Gazette Bleue de mars parlera de son premier album « Andantino » que nous avons eu la chance d’écouter et qui est très réussi ; c’est ainsi l’occasion de voir ça en live.

Christophe Jodet est à la contrebasse comme sur l’album mais le batteur Didier Ottaviani étant en vacances – et oui musicien c’est un métier pour ceux qui l’ignorent encore et ils ont le droit eux aussi de prendre des congés – c’est Simon Pourbaix qui le remplace. Ceux qui connaissent ces deux excellents batteurs imaginent déjà le contraste entre le stoïque et élégant Didier et l’exubérant et expressif Simon…

Loïc Cavadore n’est pas le plus connu des pianistes locaux et bien c’est très dommage car il est excellent. Bien servi par un piano certes électrique mais surtout très bien sonorisé, il va nous faire admirer un toucher d’une grande délicatesse, intimiste parfois mais aussi capable de changements de cadence avec un bon groove ou des couleurs orientales. Il a une formation de pianiste classique, ça s’entend et ça se voit quand on a la chance d’être juste à côté de ses mains. Une vraie confirmation pour ma part après la découverte de ses capacités sur le CD.

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Simon Pourbaix toujours aussi jovial va lui aussi jouer le plus souvent en retenue, ne sachant pas où mettre ses grandes jambes et ses grands bras dans le minuscule coin qui lui est réservé. Il nous fait une prestation remarquable d’inventivité avec des rim shots ou des cross-sticks bien sentis (je frime un peu depuis que je me suis mis à la batterie), des caresses à ses cymbales en profitant quand-même lors de montées en tempo et en volume pour lâcher les chevaux qu’il a sous le capot. Un régal dans son rôle de doublure

Derrière, et oui, dur métier, un contrebassiste c’est toujours derrière, Christophe Jodet  nous fait partager sa musicalité caractéristique au service d’une rythmique impeccable et nous offre quelques chorus bien sympathiques. Avez-vous vu à ce propos ce dessin qui circule sur le net où l’on voit un délinquant entre un contrebassiste et un policier, ce dernier répondant au musicien qui lui demande s’il a parlé « oui, pendant un chorus de contrebasse tout le monde parle » ! Bien injuste et vacharde cette vilaine blague pour ces piliers de l’édifice musical jazz.

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Le répertoire varié passe entre-autres du mélodieux « Bebê » du brésilien Hermeto Pascoal au groovant « The Jody Grind » d’Horace Silver, en passant par un arrangement par Loïc de « Andantino » de Katchaturian (mais si vous connaissez, Gainsbourg l’a piqué pour son « Charlotte for Ever ») ou une version émouvante du « Life On Mars » de David Bowie. Chaque fois le trio prend son temps et en parfaite harmonie développe les thèmes, Loïc Cavadore s’amusant à les entraîner vers de fausses fins. Du beau boulot, idéal pour cette soirée d’entre fêtes qui malgré quelques craintes de l’organisatrice a fait se déplacer pas mal de personnes. Elles ont eu raison ! Quelques figures locales du jazz présentes pour soutenir les collègues, c’est aussi bien sympa.

Voilà les amis, le concert 2015 est terminé, « bon bout d’an » comme on dit en Provence (prononcer bon boudin !) et à l’année prochaine ! Allez, une tisane et au lit.

Une année d’action et de jazz

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Et voilà une année musicale de passée, cinquante deux semaines sans que l’une ne soit l’occasion d’un concert de jazz. Personnellement, car je tiens les comptes, j’aurai ainsi assisté à près de 130 concerts, toutes catégories confondues, des bars aux grandes salles de spectacle en passant par les différents festivals. Tout cela sans me ruiner.

Et oui Bordeaux et sa région nous donnent la chance de vivre tout au long de l’année des moments de plaisir accessibles autour de la musique que nous aimons. Toute l’équipe d’Action Jazz traîne ainsi ses oreilles dans les bars ou restaurants programmant du jazz.

Au désormais traditionnel Caillou, du mercredi au samedi avec ses artistes locaux ou d’ailleurs, confirmés ou en devenir, on peut dîner ou prendre un verre, en terrasse l’été ou dedans quand les jours sont plus courts.

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Depuis un an le Siman un magnifique endroit surplombant la Garonne et ses quais, propose chaque mercredi soir un groupe, souvent de jazz dans une ambiance très confortable, autour d’ un repas ou de délicieux cocktails.

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Le vendredi soir au Bistrot Bohême les très accueillants maîtres des lieux organisent une soirée jazz toujours de qualité.

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Régulièrement le Comptoir du Jazz renaissant – mais jusqu’à quand ? – programme du jazz ou du blues.

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D’octobre à avril chaque jeudi au Tunnel – la cave du fameux restaurant italien l’Artigianno – Roger Biwandu s’entoure des meilleurs musiciens locaux pour des soirées de haut vol ; le même organise des concerts tonitruants un mercredi par mois à l’Apollo voisin.

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A l’apéro le dimanche soir le Molly Malone’s permet de finir en douceur le week-end. L’Avant Scène, le Komptoir Caudéran, le Chat qui Pêche, le Grand Louis, le Café des Moines, le Comptoir de Sèze, le Jamón Jamón, le Cottage du Lac, le Quartier Libre, Chez le Pépère, le Bootleg dans l’agglomération bordelaise, le Baryton sur le Bassin ou l’Orient à Libourne complètent cette offre musicale de qualité et financièrement très accessible.

L’été la foule se presse sous les lampions de la guinguette chez Alriq dans une ambiance très décontractée autour d’ une animation musicale toujours intéressante. Souvent plus de 500 personnes !

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Des associations ou des communes proposent aussi des rendez vous musicaux et jazz en particulier tout à fait accessibles et de qualité. Créon et les “jeudis du jazz” de l’association Larural, Artigues et ses “Apéros jazz”, Cénac avec l’association Jazz 360 qui organise aussi un remarquable festival chaque début juin et d’autres…

Les festivals d’été complètent la proposition et souvent avec des spectacles gratuits. Jazz 360 à Cénac, les 24 heures du swing à Monségur, Saint Emilion et sa remarquable programmation, Jazz and Blues à Léognan autour de son chef d’orchestre Jacques Merle, Jazz Ô Lac dans le cadre magique du lac de Lacanau – en sursis ? – Jazz and Wine dans des lieux magnifiques, le festival des Hauts de Garonne dans les jolis parcs de la Rive Droite, Andernos, Eysines, Uzeste et d’autres pour rester dans les plus proches endroits.

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Bien sûr il y a la Fête de la Musique où, à Bordeaux, Action Jazz anime la scène de la place du Palais. Malheureusement en 2016 pas de Fête de la Musique à Bordeaux, l’événement se télescopant avec l’euro de foot 2016… N’oublions pas le tremplin Action Jazz chaque début d’année , le samedi 30 janvier pour 2016, qui nous fait découvrir de nouveaux talents.

Pour les concerts plus importants, le Rocher de Palmer se démarque des autres lieux par la remarquable programmation de Patrick Duval et son équipe à des tarifs très raisonnables.

Certains soirs à Bordeaux c’est même l’embarras du choix ! Mais quel plaisir de vivre ces moments de musique en live, de côtoyer ces super musiciens très accessibles et à l’écoute de leur public. Action Jazz à travers ce Blog ou la Gazette Bleue – webzine bimestrielle – essaie de relayer ces moments du mieux possible avec ses quelques bénévoles passionnés. Oui, les photographes qui vous offrent ces si beaux clichés, les rédacteurs qui vous relatent les concerts , le maquettiste de la Gazette ou le webmaster le sont !

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Alors si vous voulez nous aider, nous soutenir, n’hésitez pas, notre association vous est ouverte ; elle est totalement indépendante ne disposant que d’un minuscule budget abondé par quelques adhérents. Pourtant sa notoriété dans le monde du jazz ne fait que croître, les chiffres de suivi du Blog ou de la page et du groupe Facebook explosent. Nous croulons sous les CD envoyés par les artistes ou leurs éditeurs dont nous tentons de publier des chroniques dans la Gazette Bleue avec un seul mot d’ordre : on en parle si on aime. Mais quelquefois même si on aime on n’a pas la place ou  le temps…

Merci à ceux qui nous suivent régulièrement, n’hésitez pas à nous faire connaître de vos amis, pas pour nous mais pour la musique et les musiciens que nous soutenons. Nous avons la chance d’être entourés de grands talents qui souvent n’ont pas la vitrine qu’ils méritent et que d’autres malheureusement occupent…

Action Jazz compte sur vous.

Que l’année 2016 vous comble musicalement !

http://www.actionjazz.fr/

NB : très bientôt la Gazette Bleue de janvier !

Jazz en milieu rural

par Roger Perchaud, photos Dominique Pelletier

François Salques et Sam Strouck Gipsy Trio

François Salque et le Sam Strouk Gipsy trio à CHALAIS, Sud-Charente.

Dimanche 13 décembre 2015 16h30

C’est un véritable challenge que l’association Respire Jazz s’était donné de proposer un concert de Jazz dans cette petite bourgade du Sud-Charente et si financièrement le pari n’est pas gagné, il l’est totalement quant à l’accueil fait aux musiciens par le public, venu des quatre coins du sud du département et même d’Angoulême et au-delà.

Il faut dire que les artistes y sont pour quelque chose. Outre leur talent, c’est leur générosité sur scène qui impressionna le public, qui en profita pour les rappeler quatre fois et nos quatre musiciens ne se firent pas prier.

C’est le Sam Strouk Gipsy Trio qui ouvrit la soirée avec  quelques morceaux marqués du sceau du jazz manouche, le guitariste Adrien Moignard en étant l’un des plus brillants représentant.

François Salque, virtuose du violoncelle, les rejoignit bientôt pour nous faire voyager un peu plus loin au delà des frontières, vers les musiques d’Europe de l’Est d’hier et d’aujourd’hui, pour mieux revenir au maître Django.

Des compositions de Samuel Strouk, talentueux guitariste lui aussi, complétèrent le programme.

Ils étaient admirablement soutenus par la contrebasse de Jérémie Arranger.

Une bien belle soirée dans une nouvelle salle qui surprit tout le monde, artistes, technicien et public, par ses qualités acoustiques et son confort.

Cette première expérience permet de bien augurer de l’avenir du jazz en Sud-Charente.

Mais Respire Jazz ne compte pas en rester là et prévoit « d’exporter » sa dynamique au-delà de ses frontières sudistes, vers le Grand Angoulême et même le Nord-Charente prouvant ainsi qu’il n’est pas nécessaire d’être une grosse structure pour  œuvrer au développement d’une offre culturelle de qualité en milieu rural.

François Salques et Sam Strouck Gipsy Trio (2)

 

Serge Moulinier Trio au sommet.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc

Ce soir, à Créon, Serge Moulinier a la pression. Dans ce lieu où avec les autres bénévoles de l’association Larural il accueille d’habitude les artistes c’est à son tour d’être sous les projecteurs. L’hôte devient hôte et réciproquement. Inconsciemment ou pas cela va rejaillir sur sa prestation et celle de ses acolytes et ils vont nous offrir un concert fantastique.

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Organisation bien rodée, ouverture des portes à 19 heures – et même avant car à cette heure là les tables devant la scène sont déjà occupées – dégustation de vin, assiettes de tapas, pâtisseries, boissons sucrées, brassées ou fermentées, conversations animées, convivialité…
A 20 heures extinction des feux dans la salle alors que la scène s’habille de rouge et le concert commence. Il commence très fort, c’est de bon augure.

Côté jardin Serge Moulinier avec un vrai beau piano et deux claviers électriques, côté cour Didier Ottaviani et ses fûts dont une magnifique caisse claire en bois, un vrai tambour, et au milieu Christophe Jodet à la contrebasse ; doghouse bass disent parfois curieusement les anglophones !

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Pas de round d’observation, « Blues art » du premier album de Serge entre dans le vif du sujet de suite. Le son est superbe, le piano sonne très bien, la contrebasse est ronde et profonde, la batterie est présente mais pas trop. On a déjà vu ce trio plusieurs fois mais ce soir il va avoir une autre dimension.

Allons y pour les références, ça peut aider les absents à se faire une idée ; Serge me rappelle par son toucher et la chaleur de son jeu le Oscar Peterson de Nigerian Marketplace, quant au trio Alain Piarou le comparera lui à EST. Il y a pire comme références.

Mais surtout le trio a sa propre personnalité à commencer par toutes les compositions originales – sauf une on y reviendra – très mélodieuses et qu’on se surprend à fredonner à l’unisson. Beaucoup de clins d’œil dans ces compos issues du dernier album « Tyamosé Circle » : « No Meat, and No Fish for Chris » écrite pour Christophe Jodet, celui-ci faisant chanter réellement son instrument ou ronronner à l’archer ; « Bal à Joe » en hommage au grand Zawinul avec des nappes au synthé rappelant la grande époque du Weather Report ; « Black Jacques » un hommage aux faux airs de fugue à l’atypique Jacques Loussier qui adaptait Bach en jazz.

Les trois musiciens sont au sommet de leur art, ils ont tant joué ensemble que l’osmose est parfaite, même eux s’en rendent compte, ils me le diront. Didier dans ces derniers titres n’est pas batteur, il est caresseur de peaux et de cymbales, superbe.

Pause buffet, le jazz nourrit l’âme, pas le ventre, déjà les premières réactions de spectateurs dont nombreux ignoraient ce qu’ils venaient écouter et ne le regrettent pas maintenant, des félicitations aux musiciens – mais attention les gars on vous attend au second set ! – un compliment aux ingés son et ça repart avec « Ding Ding Dong Song » une variation sur « Frère Jacques » ; putain de moine que c’est bon !

Au tour du batteur d’être mis en avant avec « It’s now for Did’ » et il va bien en profiter ; Avec un solo de batterie extraordinaire de dix minutes au moins – mais on ne les a pas vu passer – la version de ce soir pourrait être rebaptisée « Moby Did » (private joke aux amoureux de Led Zep) . Didier, me faire ça le jour où je débute la batterie c’est un coup bas !

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Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le trio va se transformer en quintet avec l’arrivée d’Alain Coyral au sax ténor et de Christophe Maroye à la guitare électrique, une bonne vieille Telecaster. Prémices du nouveau projet de Serge Moulinier sur lequel nous reviendrons dans la Gazette Bleue.

Noël approche, et voilà déjà un cadeau avec une version du « All Blues » de Miles Davis à tomber ! Puis une composition originale avec « Court Métrage » et un titre dédié à Moulinier junior « Pedrito ». Croyez moi le quintet est déjà bien en place, ça va faire mal !

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Rappel, un en trio l’autre en quintet et une nouvelle fois une salle heureuse – à féliciter pour sa qualité d’écoute remarquable – et des bénévoles récompensés de leurs efforts.

Quelle chance, je le dis souvent, d’avoir si près de nous de tels musiciens, parlons en autour de nous, il n’y a pas que the Voice et Drucker dans la vie, il y a la vraie musique en live celle qui vous traverse, celle qui vous rend heureux.

Bon c’est pas tout, c’est jeudi et on va se faire un petit after au Tunnel à Bordeaux ou Roger Biwandu et son Cheeseburger De Luxe jouent ce soir de la soul et du funk. Le plaisir on ne s’en lasse pas.

Jimi Drouillard et Affinity Quartet au Caillou

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

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Affinity Quartet c’est toujours un plaisir de les entendre mais en plus ce soir ils ont un invité – ou réciproquement – et pas des moindres, un guitariste hors-pair avec un CV long comme un manche de Fender. Pensez donc il a joué avec François Béranger, Nicole Croisille, JJ Milteau, Dédé Ceccarelli, Quincy Jones, Eddy Mitchell, Chris Rea et bien d’autres… Actuellement il travaille notamment avec Sanseverino et Christophe Cravero. Il enseigne aussi la guitare. Il s’appelle Jimi Drouillard, il vit et travaille à Paris où il est connu dans tous les studios et reconnu de tout le monde musical, de la variété au jazz.

Jimi est originaire de Bordeaux où il a appris la guitare avec Henri Martin, et il revient de temps en temps dans le coin pour jouer comme il dit « avec ses vieilles ». Plus de quarante ans qu’ils se connaissent avec le bassiste Dominique Bonadeï et le batteur Philippe Valentine ; « c’est légèrement important » comme il dit.

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Ce soir l’affiche annonce un « Tribute to Louis Armstrong » ; pourtant pas un seul trompettiste dans le groupe. Un hommage à Armstrong sans trompette c’est comme un hommage à Anquetil (ou l’autre Armstrong) sans vélo ou Milan sans Remo me rétorque Jimi toujours plein d’humour. Au fait il s’appelle Jimi comme moi Keith ou Miles sauf que pour lui le pseudo se justifie pleinement quand on l’écoute jouer.

« Oh When the Saints Go Marching In » ouvre le concert et on comprend de suite la tournure que vont prendre les évènements ; on va se passer aisément de la trompette, la Telecaster – insolite en jazz – de Jimi et les sax d’Hervé Fourticq feront largement l’affaire pour jouer les mélodies ; ça donnera même lieu à de sacrés duels. A la rythmique avec Philippe Valentine – magnifique – et Dominique Bonadeï – excellent – bien sûr le maître Francis Fontès au piano qui tourne le dos à tout le monde vu la nouvelle disposition de l’instrument. Jimi le lancera de la voix pour les chorus, un rétroviseur n’étant pas encore installé à côté du clavier.

Le répertoire New Orleans de Satchmo va subir une cure de jouvence en partant sur des tempos latinos Jimi se transformant alors en Carlos ; pour la guitare pas pour le gabarit, quoi que… Le « Summertime » va s’avérer caniculaire et insolite avec l’utilisation de la pédale wah-wah, le son dirty – c’est écrit sur la pédale – et des citations bondiennes. Quelle chance d’avoir ce remarquable guitariste près de nous, de le voir triturer ses cordes avec ou sans médiator, avec finesse ou violence et toujours dans le bon registre.

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A côté de moi, aux anges, un ami guitariste amateur venu pour retrouver 44 ans après ce copain de répète au lycée technique de Talence qui déjà à l’époque impressionnait tout le monde. L’occasion pour moi de découvrir que Jimi et moi étions au même lycée à la même époque aussi ; jamais trop tard pour faire connaissance.

La seconde partie va donner l’occasion à Jimi Drouillard de jouer et chanter quelques compositions personnelles en plus de quelques classiques réarrangés de main de maître par Francis Fontès. Le « St James Infirmary » blues est interprété magnifiquement et le concert se conclut en beauté avec « What a Wondeful World ».

Vous avez raté ce magnifique concert ? Pas de panique, Jimi et ses vieilles remettent ça ce vendredi 18 décembre à 20h30 au Bistrot Bohème de Bordeaux. En plus, comme au Caillou, on y mange très bien !

http://jimidrouillard.com/

 

Célia Kaméni enchante le Siman

Par Philippe Desmond. Photos David Bert

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Ce soir certains sont devant leur télé pour regarder Lyon qui se déplace à Valence, nous, nous sommes au Siman pour voir Lyon qui se déplace à Bordeaux, Il n’y a pas que le foot dans la vie, Dieu merci, il y a le jazz et c’est pour écouter quatre musiciens lyonnais que nous avons affronté la froidure humide de cette soirée ; nous n’allons pas le regretter.

Devant le trio « Third Roam » composé de Julien Bertrand (trompette, bugle) Sébastien Joulie (guitare) et Thomas Belin (contrebasse) la chanteuse Célia Kaméni va rendre un bel hommage à sa prestigieuse aînée Billie Holiday. Celle-ci aurait elle pu chanter sans broncher juste à côté de la magnifique cave vitrée du Siman, c’est une autre histoire…

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Après une intro du trio, Célia Kaméni attaque en douceur avec « Day in , day out », clin d’œil à Lady Day ? De suite la voix de Célia nous séduit, une voix couvrant sans forcer plusieurs tessitures, élégante et précise et beaucoup plus claire que celle de Billie usée par les divers excès. Célia a une formation classique puis soul et sa reconversion vers le jazz est une réussite totale. Dotée d’une présence certaine pas seulement due à sa taille et à son charme elle va enchaîner les standards avec beaucoup de classe s’effaçant souvent devant les chorus de chaque musicien du trio. Une trompette très présente donne à celui-ci la couleur, nuancée par la chaleur de la guitare sur un fond rythmique de contrebasse solide et l’absence de batterie est compensée par chacun des musiciens.

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Aussi à l’aise dans les ballades que dans les morceaux plus swing, utilisant avec expression ses longues mains Célia Kaméni a certainement un bel avenir devant elle, C’est avec une facilité étonnante – apparente bien sûr- qu’elle va nous interpréter « The man I Love » et « I Got Rythm » de Gerswhin, les magnifiques « Yesterdays » ou « The Man I Love », « Just One of Those Things » ou encore « The End of a Love Affair » et bien d’autres. Le public du restaurant pas trop attentif au début va succomber au charme ce cette talentueuse artiste.

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Le Siman qui encourage et propose de nombreux artistes locaux s’ouvre maintenant à des groupes extérieurs et à des découvertes et c’est tant mieux, Plusieurs musiciens bordelais sont d’ailleurs eux aussi présents pour découvrir ce groupe et surtout cette nouvelle voix française du jazz.

Le Siman Jazz Club c’est tous les mercredis soir à 21 heures ; on peut y dîner ou tout simplement y prendre un verre, ou plusieurs…

https://www.facebook.com/Siman-Jazz-Club-763826756999293/?fref=ts