Resultats du Tremplin Action Jazz 2016

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Alexis Valet sextet vainqueur du grand prix du jury Action Jazz 2016

Révélation AJ : Gaetan Diaz Quintet

Prix de la Note Bleue : Laure Sanchez Trio

Espoir AJ 2016 : Tom Ibarra quartet

Bientôt un compte rendu de cette magnifique soirée


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Sophisticated Ladies, trois d’un coup au Caillou le 28 /01/16 !

Par Annie Robert, photos Alain Pelletier, Thierry Dubuc, 

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Comme dans l’histoire du Vaillant Petit Tailleur des frères Grimm, il y en avait non pas sept mais trois d’un coup, hier soir au Caillou du jardin botanique.
Trois quoi ? Mais trois filles voyons, trois nénettes qui jazzaient à l’envi, trois donzelles dans ce monde d’hommes.
Le jazz n’est pas un monde de parité, pas besoin de longues recherches  pour s’en rendre compte et si à présent les filles se fraient un petit chemin  timide sur les scènes, cela reste tout de même un phénomène plutôt rare.
Longtemps elles ont été cantonnées au rôle d’oiseaux de paradis, chantant avec  les grands orchestres de swing. Certaines à coup d’épaules, de talent, de personnalité ont été plus que de belles chanteuses. Merci Ella, Sarah, Billie, Anita et bien d’autres. Et leurs jeunes émules n’ont à présent rien à leur envier. Mais par contre où étaient donc, où sont donc les instrumentistes ?
Qui peut citer une « batteuse » ( y a t- il même un mot pour cela ? ) une guitariste, une bassiste de jazz ?   Seules quelques pianistes, quelques saxophonistes, quelques contrebassistes, une ou deux trompettistes, flûtistes ou violonistes se produisent régulièrement… Et on les remarque, il y en a si peu.
Le jazz aurait-il  donc un sexe et les instruments également ?
Loin des polémiques et des constats, je n’allais donc pas bouder mon plaisir d’écouter trois musiciennes. Pour une fois. D’ailleurs si les choses étaient bien faites cela ne devrait pas même pas m’étonner….
On va gommer directement les réflexions du style, «  elles jouent bien pour des filles… » «  elles sont plutôt mignonnes et si gracieuses .. »  Allez Zou  à la poubelle, les stéréotypes, les sous entendus et le reste. On s’en fiche.

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Ce trio-là s’est bien trouvé, chant pour toutes les trois en lead ou en vocals, contrebasse pour Laure Sanchez, trompette et bugle pour Rachaele Magidson et piano pour Paola Vera, rien ne manque à son équilibre et à sa fluidité.
«  Commençons par du jazz, ensuite un peu de jazz et on finira par …du jazz »
déclare Rachaele qui démarre le set.

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Elles ont choisi un répertoire de standards câlins et enveloppants, cools et presque soyeux. La voix en lead circule de l’une à l’autre, légère pour Laure, médium pour Rachaele et  plus profonde pour Paola, toujours justes et bien  timbrées. Scats et solos se répondent et se complètent. Chacune a son charme et lorsqu’elles chantent à trois, l’harmonie se fait  presque naturellement. Bien sûr revers du vocal jazz , forcément très « calé » un peu moins de liberté et d’impro possible, mais elles n’en abusent pas ( d’ailleurs ce ne serait pas un problème !).
Avec le son inventif d’une contrebasse très « parlante », un piano délié et alerte, des drums caressés  ou toniques et quelques notes de trompette bouchée, on se croirait  dans une boîte de middle jazz à claquer des doigts embarqués par le swing. Quelques notes de latino ou de chansons françaises et une ballade irlandaise nostalgique  se faufilent entre un « black Coffee » bien bluesy  et  un  «  Lullaby of Birdyland » élégant. Tout va bien, on est en terrain connu et confortable. La soirée est douce et souriante. Ca roule.
Elles terminent par un clin d’œil riant à la féminité, à toutes les femmes sympas ou pas, charmantes ou pas, attachantes ou pas  avec la célèbre chanson  « Lady is a tramp » pleine de tonus.
Ces trois-là dégagent une belle vitalité, un grand plaisir de jouer, une joie légère. Elles vont bien heureusement au-delà  du concept de « groupes de filles » qui ne serait que du marketing musical. Non elles sont heureuses de jouer ensemble, prennent plaisir à faire partager leur amour du swing.

Bon les filles, assez parlé du fait que vous soyez des nanas, vous êtes juste des musiciennes et des excellentes, on a passé un délicieux moment. Même les mecs ont oubliés que vous étiez jolies, c’est dire !!!

Daniel Mille au Rocher de Palmer, Samedi 23/01/2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

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Douce nostalgie, beauté et profonde sensibilité, c’est ce qui est ressorti de ce concert, donné dans une salle « 650 » quasiment pleine. Daniel Mille est venu y jouer son remarquable « Cierra Tus Ojos » sorti il y a deux ans, hommage à Astor Piazzolla. Il nous a confié avoir découvert il y a bien longtemps ce grand homme, associé à Gerry Mulligan, sur un disque scellant déjà une rencontre au sommet entre tango et jazz west-coast (Piazzolla & Mulligan – « Reunión Cumbre – Summit» -1974). C’est tout jeune que Daniel Mille aborde l’accordéon. Il l’abandonne un temps, mais c’est grâce à Richard Galliano qu’il y reviendra et l’étudiera au Conservatoire National de l’École Normale de Musique. Depuis il a emprunté divers chemins musicaux qui l’ont vu maintes fois primé. Son style riche et éclairé s’est aussi forgé par la curiosité et l’amour des rencontres, croisant chanson, jazz, et même world, avec le même bonheur fait de simplicité, de vérité et de cœur. Ce sont les musiciens du disque qui l’entourent, de vrais magiciens : Grégoire Korniluk, violoncelle et direction, Paul Colomb, violoncelle, Frédéric Deville, violoncelle et Diego Imbert, contrebasse. Avec une grâce complice, ils ont délicatement répondu aux contes de Daniel Mille, dont les notes semblaient danser un peu partout autour de ces hommes, de valses mélancoliques aux silences réfléchis en pas plus empressés et sifflets de fêtes. Ce sont ainsi de délicieuses scènes, portant l’âme populaire à son niveau le plus noble, qui se sont peu à peu jouées, avec cette pétillante diversité qui fait aussi la nature humaine, ses joies et ses peines, le grain simple de sa vie. La beauté enveloppe tout, en de précieux drapés qui s’étendent et protègent un public bouche bée. Il faut se laisser emporter sans résister par « Milonga para tres », « Vuelvo al sur », Llueve sobre Santiago » et quelques autres pépites telles que « Cierra tus ojos y escucha » (qui figurait déjà sur le disque de Piazzolla et Mulligan), afin d’entrer librement dans ce rêve. « Oblivion » sera joué en un équilibre trouvant appui délicat sur le chuchotement beau et triste de Daniel Mille et le riff admirable de douceur de Diego Imbert, lequel fut déjà joué par le piano d’Eric Légnini sur un autre disque du maître : « Après la pluie » (2005). D’autres perles seront aussi jouées comme ce splendide « Ave Maria », qui fit murmurer d’aise le public, au simple énoncé du titre du morceau. Le temps n’a pas compté, tout s’est vécu si naturellement et dans une telle sérénité ! Standing ovation pour ce groupe d’exception, qui est revenu pour s’envoler en un « Libertango » agile, frais et bien disposé à nous emmener danser avec lui dans les étoiles.

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Le Rocher de Palmer

 

Thomas Bercy Trio invite Maxime Berton au Caillou, Bordeaux le 21/01/2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

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McCoy Tyner est l’un de ces géants, toujours présents, qui marquèrent de notes d’or le jazz des années soixante, qui résonnent encore aujourd’hui, au plus profond de nos nuits bleutées. Il fut le pianiste du quartet de John Coltrane de 1960 à 1965, puis le quitta pour mener ses propres projets. Il avait cependant commencé à enregistrer des disques sous son nom dès 1962 avec l’album « Inception » (Impulse !). Son style est reconnaissable entre tous, puissance rythmique imparable de la main gauche, alliée à une luxuriante main droite, jusqu’aux rives du free. Il s’est aussi révélé un compositeur très prolifique, avec à son actif un nombre respectable d’albums sortis sous son nom, et de collaborations à bien d’autres. Au cours d’une tournée dans notre douce région, c’est dans ce riche répertoire que le pianiste et arrangeur Thomas Bercy a choisi diverses pièces, pour les jouer avec son trio – Jonathan Hedeline (basses) et Davis Muris (batterie) – et, en invités de marque, Marc Closier (sax ténor) pour les trois premières dates, puis, pour les six dernières, le jeune parisien Maxime Berton (sax ténor & soprano, flûte), prix du soliste au Tremplin de Getxo jazz 2015.

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Thomas Bercy a toujours animé avec passion ses projets où il invite à chaque fois divers artistes, souvenons-nous par exemple de son « Jazz Band », à la musique ambitieuse et voyageuse. Il est aussi très actif dans le Sud de la Gironde, sa base, où il se produit régulièrement lors de jams endiablées qu’il organise au Caravan Jazz Club à la Belle Lurette (Saint-Macaire). Très fin pianiste, son jeu riche et aventureux n’a peur de rien et lui permet de se plonger dans divers courants, et les fluides tumultueux, libres et illuminés du grand McCoy Tyner l’ont visiblement fort bien inspiré. Pour soutenir une telle musique, qui peut parfois partir comme des chevaux fous, il faut la charpenter d’une solide rythmique, gardons à l’esprit Jimmy Garrison et Elvin Jones derrière le Trane ! Thomas Bercy a su choisir ses compagnons. Ainsi, le jeu déterminé et sans fard d’un Jonathan Hedeline très concentré, avec cette rigoureuse et élégante souplesse qu’on lui connait, associé à celui d’un David Muris alliant puissance d’impact des relances et subtiles couleurs lors des accalmies, ont contribués à asseoir de très beaux envols. Maxime Berton nous a impressionnés par la maturité de son jeu. S’adaptant en l’instant à chacun des thèmes, il se laisse emporter par leur force en créant des spirales fulgurantes, que ce soit dans la profondeur du ténor ou dans les altitudes étoilées du soprano, avec des passages éthérés à la flûte. Marc Closier, qui avait débuté la tournée, est venu rejoindre le groupe pour quelques morceaux brûlants de passion collective (dont « Passion Dance » et « Walk Spirit, Talk Spirit »), soufflant de très belles notes, intérieures et graves, avec une délicieuse évanescence qui pouvait par moment s’échapper vers un free possédé. Autre invité de marque sur ces mêmes titres, le trompettiste Mickaël Chevalier qu’on a eu beaucoup de plaisir à retrouver dans ce contexte. Son jeu est précis, beau et sans esbroufe, il y a là de la lumière, des vagues, ou des eaux calmes, un horizon argenté à l’infini, comme cette mer qu’il aime tant.

En treize thèmes, Thomas Bercy et son groupe ont su recréer la magie McCoy Tyner. Fort respectueusement, et avec beaucoup de cœur, tous ont montré à quel point ils pouvaient être touchés à l’âme par la spiritualité et la force qui habitent la musique du maestro. De « Changes » à « Walk Spirit, Talk Spirit », c’est une belle part de sa carrière qui a été abordée, en passant par « Aisha », co-signée avec le Trane sur « Olé » (1961), mais aussi par quatre morceaux tirés de « The Real McCoy », son premier album sur Bluenote en 1967, considéré comme l’un de ses meilleurs par les connaisseurs. En guise de rappel, le groupe redevenu trio + 1 nous a offert un bien beau « Caravan » (Juan Tizol/Duke Ellington), que McCoy Tyner affectionnait pour l’avoir repris en 1965 sur son « Plays Ellington » (Impulse !). Très beau concert dont on se souviendra, et pour celles et ceux qui l’ont loupé, sachez qu’on retrouve le Thomas Bercy Trio + Maxime Berton, avec des invités surprise, dimanche 24 janvier à 18 h au Molly Malone’s 83 Quai des Chartrons à Bordeaux (Tel : 05 57 87 06 72).

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Maxime Berton
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Le Caillou du Jardin Botanique

Tonnerre de Jazz #4

par Lydia de Mandrala

salle Delacaze à Billère

Paul Jarrett Trio

Paul Jarrett Trio

PJ3 + invités

Le trio qui joue sur du velours…. Celui des tapis qui recouvrent la scène. Car Tonnerre de Jazz est une association qui a du standing : elle promène ses tapis pour le confort des musiciens !

Vous savez maintenant que sa première caractéristique est de proposer un concert de jazz mensuel dans un lieu différent, à Pau ou dans l’agglomération.

Cette fois cela joue un jeudi : un pari supplémentaire.

18h. J’entends, de l’extérieur, la musique prenante, exigeante, swingante.

Dans ce cocon de confort : scène noire, fond noir, profondeur, sol rouge des tapis, j’entrevois, arrivant sur le côté, les musiciens qui terminent la balance.

Immédiatement je lâche mes soucis et autres problématiques pour entrer dans le moment et la musique.

Retrouvant avec plaisir ce trio que je connais déjà et vois évoluer depuis quelques années. Impatiente d’en entendre davantage. Quand ils descendent nous échangeons des nouvelles, des plaisanteries, nous parlons de l’association et de comment la faire évoluer.

Tout se poursuit à table où chacun des membres de l’association a amené un plat à partager, ou une bonne bouteille. Le tout est donc entrecoupé de commentaires culinaires et d’exclamations de plaisir. L’instant est convivial et à la fois porté par l’intention que nous y mettons, le sens. La musique est notre but. Nous sommes tendus vers elle.

Le public, impatient d’entrer dans la salle pour se réchauffer, est bien présent.

Après la brève introduction de notre Président les musiciens montent sur scène.

Paul Jarrett

Paul Jarrett

A leur suite on part sur les tapis, survolant des paysages savoureux et intéressants. Paul Jarret (guitariste et leader) nous explique ensuite « on a commencé avec … rien. On ne savait pas ce qu’on allait jouer, c’était une impro, qui s’est terminée avec des accents de Skylark, un standard ».

Ils continuent avec un morceau dédié à Paul Bley (mort le 3), il le jouait avec Paul Motian et Charlie Haden (eux aussi morts récemment) : When will the blues leave. « C’est une sacrée période  en ce moment. Mais nous on est là, et vous aussi, alors on y va ! »

La complicité de ces trois-là !

Et le public porté, sur le fil, attentif et conquis dès l’abord : qui applaudit chaudement cette fougue et cette virtuosité.

Alexandre Perrot

Alexandre Perrot

Regards d’Alexandre Perrot (contrebasse) vers Paul, regardant Ariel Tessier (batterie). Genre « tu entends comme il nous fait ça ? »

Et puis chacun, replié sur son instrument l’instant d’après. En communion, avec soi et les autres.

Le plaisir. La fraîcheur.

Paul « D’ordinaire on ne joue pas ça avec le PJ5 : ce sont surtout des compo pop rock jazz. »

Ça joue sur la scène, ça applaudit dans les fauteuils roses. Avec chaleur.

« Merci à vous et à TdJ. Des asso comme ça il n’y en a pas dans toutes les mairies, et pouvoir écouter du jazz près de chez soi c’est précieux »

Après l’assentiment du public il y a un blanc… des regards entre les musiciens.

Paul explique « Ariel ne veut pas jouer ce qu’on avait prévu » Rires. « Alors on va jouer une compo de Thelonious Monk : Nutty »

Ariel Tessier

Ariel Tessier

Force et présence.

Applaudissements nourris, respectueux.

Puis vient un solo de guitare. Comme dans un western. Désert et solitude. Cheval et poussière. Le saloon qu’on vient de quitter. J’imagine la contrebasse comme un cactus qui salue Jolly Jumper. La batterie nous entraîne à nous demander ce qui va se passer. On attend peut-être un événement brusque. On laisse se dérouler le pas du cheval dans la terre battue.

Paul Jarrett

Paul Jarrett

Paul danse, il est bien plus mobile que la dernière fois que je l’ai vu. Alexandre est recueilli sur sa contrebasse. Illuminé quand il regarde ses complices. Il se sert de sa contrebasse comme d’une percussion en tapant sur le manche.

La danse de Paul continue, jambes agiles et pieds sur les pédales. Trees est une de ses compositions. C’est un régal de vélocité, une joie communicative.

C’est donc le sourire aux lèvres qu’on va se désaltérer, et continuer d’échanger sur la musique.

Au 2ème set et en trio ils démarrent par un morceau de Wayne Shorter Fee fi fo fum.

Ensuite Antoine Perrut, saxophoniste local, les rejoint sur scène pour jouer une bossa composée par Paul. L’exercice est différent et requiert inventivité, écoute, ouverture.

Puis c’est Mehdi Firah un autre saxophoniste qui vient former un 5tet. Ils ont eu le temps de travailler dans l’après midi une composition de Mehdi : Credo, qui fait partie d’une œuvre de quatre morceaux. Cela exprime la beauté, la force, la présence. Mehdi est éclairé comme une madone.

Le troisième saxophone est Fabien Vergez. On s’est un peu invités dit Antoine.

Mais ça permet de vrais échanges et c’est très enrichissant explique Paul.

Et les voilà qui enchaînent sur une composition d’Antoine : VT, pour Vincent Thomas, peut-être certains d’entre vous le connaissent. J’entends quelques « oui, oui » dans la salle (il s’agit d’un batteur, fondateur du groupe Maroconnection).

Le public est enthousiaste et présent, responsif.

Paul Jarret remercie les trois saxophonistes, disant que c’est précieux d’aller écouter du jazz près de chez soi, surtout en ces temps troublés.

Le PJ3 ensuite nous joue Blue train de John Coltrane, flirtant avec la magie, la beauté presqu’inatteignable. Ces trois-là ont de la poésie dans les yeux, ils vivent un rêve éveillé dans une concentration extatique.

Au salut leurs yeux brillent.

Le public sort, sourire aux lèvres, cœur grandi. Encore une fois la soirée était réussie.

Paul Jarrett Trio + guests

Paul Jarrett Trio + guests

La jam du mercredi au Quartier Libre

par Philippe Desmond.

Comment ? Tu n’es jamais venu à la jam du Quartier Libre le mercredi ! Je sens le reproche poindre dans la bouche de ce jeune musicien de jazz. OK mercredi prochain je viens ! Au passage lui n’y est pas…

Bel endroit moderne que ce « restaurant bar concerts » dans cette rue des Vignes, étroite comme toutes celles du vieux quartier Saint-Michel de Bordeaux. De quoi s’asseoir, un joli bar et un coin pour les musiciens avec scène, rampe de spots et sono. On sent que les trois associés de l’établissement, dont un célèbre musicien, sont des pros et respectueux des artistes.

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Le mercredi donc c’est jam de 19h à 21h ; j’arrive à 19h05, c’est déjà commencé et ça donne bien. Et il y a quasiment  la queue pour jouer ! Que des jeunes sur scène et autour ! Le lieu est investi par la classe jazz du Conservatoire et ça fait drôlement plaisir de voir que la transmission se fait, que la relève est assurée. On va s’en persuader en les écoutant tout au long de la soirée.

Répertoire de standards de be-bop et de hard-bop, quelques titres emblématiques de Miles Davis tel « Jean-Pierre » pour lequel le volume sonore monte soudainement ou une version jungle de « So What » bourrée de percussions et enthousiasmante.

Quelques jeunes déjà pros sont là, tel le batteur Jéricho Ballan ou le saxophoniste soprano Maxime Berton de passage à Bordeaux pour plusieurs concerts avec Thomas Bercy.

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Certains, assez nombreux, seront présents dans diverses formations pour le Tremplin d’Action Jazz du 30 janvier ce qui promet une belle soirée. Citons Aurélien Gody le contrebassiste, le pianiste Robin Magord, et le batteur Nicolas Girardi – il joue avec son sac à dos – qui va nous régaler lors d’un solo bourré de citations. D’autres aussi sont là comme Alex Aguilera et sa flûte toujours à l’affût d’une occasion de jouer ou Thomas Gaucher le guitariste déjà vu aux jams du Tunnel. Ils sont tous excellents.

Tout ce monde rentre sur scène, en sort dans un joyeux bazar, organisé quand même par le batteur Thomas Despeyroux chargé de l’animation de la jam. Des housses d’instruments traînent partout. Mais surtout le talent et la joie et la soif de jouer sont perceptibles. Une bonne vingtaine de musiciens vont faire le bœuf ce soir avec une réelle qualité musicale. Et pour garantir le sérieux de la chose, le prof est là, Julien Dubois responsable de la classe de jazz du Conservatoire qui va nous confirmer au sax alto qu’il a les épaules pour enseigner à ces jeunes pousses.

Une petite demi heure de dépassement et on remise le matériel. Belle soirée, à mercredi prochain !

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Voilà un nouveau lieu, pas seulement dédié aux jazz mais à la musique ou à d’autres événements, qui va vite faire sa place dans le milieu culturel bordelais et avec un sacré coup de jeune, parole d’ancien !

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

 

Edmond Bilal Band au Caillou, Bordeaux le 15/01/2016

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Edmond Bilal Band est un être musical protéiforme qui, comme le caméléon, change de couleur dès que son inspiration le lui dicte, ou quand les aléas de la vie le lui imposent. Ainsi les avait-on découverts il y a quelques années, en un quintet très prometteur, voguant dans un jazz groove au flow grossissant de concert en concert. Trois EP (dont deux chroniqués dans la Gazette Bleue : n°1 & n°10), avaient fixé plusieurs de leurs compositions, souvent reprises en live, certaines allant peu à peu devenir les hymnes du groupe. L’année dernière, le Edmond Bilal Band s’est produit en quartet, avec une musique plus punchy, des thèmes plus resserrés, en quête de sonorités toujours plus affutées. Nous avons adoré ça, mais nous n’étions pas les seuls car la formation a ainsi écumé diverses scènes de l’été, dont Jazz in Marciac, et il fit un peu avant un passage très remarqué à La Défense Jazz Festival, dont le batteur Curtis Efoua Ela ressortit primé. Fin 2015, ce furent aussi les fameuses « Dover sessions », filmées aux KETV Studios de Douvre, on en reparlera. Ce vendredi soir, le caméléon Edmond s’est posé en trio sur un Caillou ravi de les accueillir. Un public nombreux, des fidèles, des amis. Un répertoire encore en mutation joué par un groupe arrivé bien musclé en technologie, formé de Paul Robert (saxophone ténor, moog, effets), Mathias Monseigne (guitare, basse, effets) et donc Curtis Efoua Ela (batterie, effets). De nouveaux morceaux ont été proposés comme « @transversale » et « Patapatwi », les deux joués à Douvre et déjà visibles sur la chaine youtube d’Edmond, ainsi que le fort pêchu « Captain B », très bientôt en vidéo lui aussi. Le trio est passé à une lecture carrément « drum & bass » de son répertoire. Ça souffle fort et ça décoiffe, un peu à la manière du « Bedrock » d’Uri Caine, ou de son « Philadelphia experiment ».

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Paul Robert fait joujou avec son nouveau moog, ce qui épice les flux et colorise le ton. Son saxophone garantit la « jazzité » du propos, on le sait fan de Cannonball Adderley, et on sent une belle soul dans son jeu. Mais grâce à ses pédales d’effets, son souffle s’échappe souvent vers des éthers électronisés, et ses phrases ainsi démultipliées créent un mood planant qui contraste bien avec le groove endiablé des deux autres compères.

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Curtis Efoua Ela est impressionnant de drive. Il jongle avec ses boules de rythme, de peaux en cymbales, agilité et précision d’impact étant ses marques. Il est partout et ses tempos ensorcelés, aidés d’un peu d’electron, enflamment la musique et sont le fondement d’une pulse fraîche et hachurée, qui booste l’ambiance et la repeint à neuf.

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Parlons de la basse « pointilliste » de Mathias Monseigne qui joue en mode « morse hypnotisant », il « electro-choque » les morceaux, pas volubile mais omniprésent dans le son, comme un percussionniste à quatre cordes. Il est tout aussi indispensable quand il s’empare de sa fidèle guitare bleue. Les pédales d’effets enrichissent son jeu mutant, qui devient beaucoup plus rythmique, des riffs et accords s’entrelacent, dans des humeurs obliques, au boisé acide, et ce, un peu au dépend de ses chorus d’antan, mais on sait qu’ils reviendront un jour.

Outre les morceaux déjà cités, on a eu droit à des pépites, telles que la brûlante reprise du « Listen here » d’Eddie Harris, à d’autres récentes compositions comme « M’Brabouch » et « Alerte V », et enfin aux tubes, transfigurés par le drum & bass, que sont « Watertouch II», « Zealot charge » et un « Hymne à la repeinte », carrément devenue une « Free repeinte » lunaire et sinueuse, ouverte par un sax cosmique. Ces nouvelles couleurs de peinture « bilalienne » nous ont bluffés et prouvent l’aisance avec laquelle le groupe sait se remettre en question. Et puis les ingrédients sont là: Une formation ayant muri en peu de temps, des musiciens chercheurs et trouveurs d’idées neuves, des compositions enlevées et bien rodées à l’expérience du live. On suivra de près leurs mutations futures. Après deux sets enflammés, Edmond Bilal Band a encore offert à son public qui le rappelait, une superbe improvisation planante créée dans l’instant, beau cadeau qui nous fait espérer les revoir au plus vite en concert. Le groupe démarre la nouvelle année sur les chapeaux de roue. Ainsi, le 23 janvier 2016, à l’initiative du Rocher de Palmer, on retrouvera Edmond Bilal Band à San Sebastian, devenue capitale européenne de la culture. Et ensuite, le 18 février 2016 à Paris, à l’occasion d’un showcase auquel ils participeront à la prestigieuse Maison Selmer.
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Caillou du Jardin Botanique