Les fougueux héritiers …

"on lee way" Quintet

« on lee way » Quintet

One Lee Way : tribute to Lee Morgan                                             Targon  28/ 02/ 2016

A Targon, dans l’Entre deux mers, joli écrin de pierres blondes, la municipalité a décidé de prendre la culture à bras le corps (merci à elle !!) et de proposer un rendez-vous régulier  (tous les derniers dimanches du mois) à ses 2000 habitants.  Danse, théâtre, musique et plus si affinités …Et ça marche !! Les habitudes se prennent vite, le nouveau centre René Lazare était rempli de spectateurs curieux pour un après-midi jazz de belle facture. Et ceux qui venaient d’un peu plus loin  n’ont pas été déçus d’avoir fait quelques kilomètres.
Le Quintet One Lee Way rendait hommage à Lee Morgan, un trompettiste des années 60, une figure majeure du hard bop, un compositeur et un mélodiste fertile déployant un style très reconnaissable à la fois funky, soul et d’une énergie colorée exemplaire, le son Blue Note par excellence.
Les cinq compères sur scène se sont montrés à la hauteur de leur illustre aîné et lui ont rendu sans rougir un hommage remarqué. Pari osé et réussi.
À la section rythmique impeccable, charpentée mais subtile, deux artisans joyeux dans le sacrifice : Lionel Ducasse à la batterie et Jérôme Armandie  à la contrebasse, juste ce qu’il faut de beau phrasé, de régularité et de soutien. Des solos peu nombreux mais délicats. Sans eux, point de salut pour les oiseaux des îles…Ils étaient présents et parfaitement présents. Au piano, énergique dans ses nappes d’accords bluesy  et inventif en diable dans ses improvisations, Nicolas Lancia balançait un swing, un groove qui faisait fourmiller les doigts de pieds, danser les phalanges et tortiller les épaules.
Et puis devant, les vedettes, les siffleurs de thèmes, les raconteurs de citations et d’arpèges … le quintet hard bop c’est comme ça… Ce sont les soufflants qui tiennent le haut du pavé et chez Lee Morgan, cette structure du groupe est caractéristique. Elle a été plus que respectée avec deux musiciens complices à fond et généreux : Paul Robert  au saxophone ténor, au son ample et rond, un improvisateur fécond  pouvant être insolent ou charmeur et Jérôme Dubois à la trompette claire et puissante, au timbre délicat et tonique, la cheville ouvrière du groupe. Tous les deux se connaissent depuis le conservatoire, ils partagent une technique impeccable et un sens du groove qui les portent sans fatigue. À l’amble ou en questions réponses, leurs phrases se mélangent et se parlent, s’étalent et rebondissent. Ils se comprennent sans se regarder, anticipent ce que l’autre va faire, devinent comment étayer, se faire discret ou prendre le relais. Les grands standards de Lee Morgan se succèdent, joyeux et enivrants, entrecoupés de trois belles créations du groupe qui puisent dans la même énergie vitale, la même joie, la même fougue. Une belle ballade nous permet de reprendre notre souffle pour repartir de plus belle.
Une heure et demie de sons rebondis, d’harmonie et de swing… du pur sucre, du pur acide, du pur ce que l’on veut…les héritiers se sont montrés à la hauteur du maître, peut être même qu’ils l’ont réinterprété…

Dites, les gars remettez-nous ça quand vous voulez….

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Le mystères des alchimistes



Par Annie Robert, photos Alain Pelletier

Michel Portal / Bojan Z / Vincent Peirani/
Auditorium de Bordeaux 27 février 2016

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Il en est de la musique et du jazz comme de l’alchimie : du mystère, du mélange, beaucoup de travail, de la matière et du feu. Touillez, brassez, insuffler, espérer et attendre…
Parfois de nobles matériaux accouchent d’un pet de lapin ou d’une essence pauvre, parfois avec des ingrédients juste un peu différents et un soupçon de « je ne sais quoi », l’alambic s’exalte et s’abandonne à la création superbe, au grand œuvre tant attendu.
Ce soir, il y avait dans la cornue, trois magnifiques ingrédients, trois musiciens de premier plan, à la fois proches et éloignés. Trois générations également.

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Michel Portal, à 80 ans, est une figure majeure du jazz que l’on ne présente plus. Clarinettiste classique de formation, amoureux de Brahms ou de Mozart, compositeur innovant, partenaire des plus grands, il sait donner à ses clarinettes des accents free et facétieux. Il s’appuie sur un caractère bien trempé, presque une colère expressive et une présence forte. Il embrasse la musique, la soulève et la fait plier à ses envies. Un papi râleur, furax et divin.

Bojan Z, la petite cinquantaine éclatante, est lui un pianiste qui n’a peur de rien, inclassable, virtuose, inventeur permanent, traficoteur d’instruments, il se délecte des échanges, des mélanges, des folies décalées. Sa carrure d’athlète a partagé la scène avec des musiciens de tous horizons, de tous pays, un « xénophoniaque » fertile qui étonne sans cesse.
Quant au petit dernier, le petit jeunôt mais pas le moindre, c’est un miracle à lui tout seul.

Vincent Peirani, issu lui aussi de la musique classique, donne à l’accordéon un son nouveau, tremblant d’émotions, de paroles et de sonorités. À 35 ans, ce géant aux pieds nus, ce compositeur fécond a joué avec tout ce que le jazz compte de belles personnes.
Qu’allait donc donner la réunion de ces trois-là ? Trois âges, trois approches, trois univers… Allaient-ils se neutraliser, se regarder de haut ou bien se sublimer mutuellement, se transmuter ? L’élixir serait-il au bout du mélange ? Bien sûr, ils s’étaient déjà croisés, avaient joué l’un avec l’autre, sans l’un ou sans l’autre, avec les uns, avec les autres, mais les trois ensembles rarement…  Une fois paraît-il, à Marciac l’année dernière, un beau souvenir pour ceux qui y étaient)
La salle était dans l’attente et l’espoir. Pas un siège de libre… Un Auditorium bourré à craquer dans des ronds de lumières dorées.
Dès le premier morceau, l’alambic s’est rempli de graines de pluie de piano, de sons chauds de clarinette basse, de larmes grisées ou de rires clairs d’accordéon. Cela s’est mis à bouillonner comme un concerto tragique et gai à la fois. Imaginez des bulles de conversation tous azimuts entre un aîné, leader pas si sage et sans contraintes et ses puînés pas si respectueux que cela. Affections, échanges, prises de risques, mais travail choral permanent (à l’image du titre d’une des compositions de Peirani) et vraie création d’une œuvre commune. La musique tournoie, se love, se ploie, s’efface et se redresse. Pas de temps faibles, pas un seul instant de répit. Les accents yiddishs côtoient la valse et le concerto, le voyage dans les steppes de l’Asie mineure, se mêle à la disharmonie heureuse de Satie, aux accents de blues et aux ponts de Paris. Les thèmes s’éclatent, se perchent et se détendent en une mosaïque recollée à coups de caresse et de rage. Compositions de l’un et de l’autre se succèdent. (Bailador Dolce pour en citer deux). La salle est emportée dans un manège de chevaux de bois, dans les jupes blanches des derviches tourneurs. Les instruments deviennent des supports sur lesquels on frappe, on scande, dans lesquels on chuchote et on siffle. La voix squattée s’y faufile également. C’est puissant, étonnant, rempli de grâce et de flamboyance. La magie des alchimistes est à l’œuvre, celle qui transmute tout, du lyrique, du folklorique, de l’humour et de la soie. Trois grands et beaux musiciens qui se sont trouvés et reconnus. Et des miettes de pierre philosophale en partage pour le public. On en ressort tourneboulés, ravis par cet équilibre fragile et parfait, fruit d’une belle intelligence et d’une expressivité émotive permanente. La salle debout les a lâchés après deux rappels et une standing ovation plus que méritée.
Les alchimistes ont frappé fort !!

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Tom Ibarra Quartet au Caillou le 20/02/16

Par Domimonk, photos Thierry Dubuc

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Ce samedi, c’était le retour du Tom Ibarra Quartet au Caillou du Jardin Botanique, lieu indispensable à la vie du jazz et musiques alliées à Bordeaux, il faut le dire et le répéter ! La salle est pleine à craquer et fourmille de fans irréductibles de ces sonorités, les parents et amis sont là, les yeux luisants d’impatience. Des quelques concerts passés de Tom Ibarra, on sentait qu’il y avait un devenir certain dans la démarche musicale du jeune homme, et une éclosion irrésistible de son talent. Cela s’est confirmé par la récente sortie de son tout premier album « 15 » (*), proposant de belles compositions qui seront en partie jouées ce soir. L’évolution qu’un jeune groupe peut vivre, s’accompagne souvent d’un « tumulte » créatif qui se retrouve dans les arrangements que l’on peaufine, d’un concert à l’autre, dans des sonorités qui varient, mais aussi quelquefois dans un choix de musiciens différents. Ainsi, Christophe de Miras a tout d’abord remplacé Thibault Daraignes aux claviers, puis c’est Pierre Lucbert qui prend désormais la suite de Thomas Galvan à la batterie. Saluons avec respect et amitié Thibault et Thomas pour leur talent et le beau travail accompli aux côtés de Tom, et souhaitons-leur qu’une belle carrière s’ouvre à eux aussi, ce qu’ils méritent amplement.
Le concert a débuté sur les chapeaux de roues par un « I’m sick » qui a posé le décor et ne donnait pas l’impression, malgré son titre, que tous ces jeunes gens soient le moins du monde malades, bien au contraire ! Le quartet commence à chauffer l’espace et « Distance » et « Exotic City », un vrai tube, accélèrent la cadence. D’entrée, on sent une réelle entente entre tous, quelques clins d’yeux échangés ça et là, au moment de breaks ou de reprises, confirment que, même s’ils confient ne pas avoir beaucoup répété, tous sont en phase et bien dans leurs baskets, pour ce jazz groove frais et très énergisant. Se révèle aussi une complicité particulière naissante, entre Tom Ibarra, jeune endorsé de la marque Ibanez, et Pierre Lucbert, qui lui est endorsé par Yamaha. Ils se sont déjà rencontrés et ont joué sur la scène Action Jazz de la fête de la Musique à Bordeaux, en Juin dernier, Tom et son quartet de l’époque, et Pierre, d’abord au sein du groupe jazz soul de Marine Garein-Raseta, puis avec la formation plutôt jazz funk Hyperloops. Gageons qu’ils avaient certainement du mutuellement s’observer et se dire qu’un jour peut-être, ils joueraient ensembles. Retour au concert, on joue maintenant « Thank you Bob », une belle composition de Tom, dédiée au grand Bob Berg. Émotion, calme et paix. « Inside » suit et c’est un « So what » de folie, notre bon Miles ne l’aurait pas renié, qui clôt le 1° set, avec, grosse cerise sur le gâteau, « Billie jean », brûlant tatouage soul, qui fait de ce final un vrai « thriller » jazz funk.

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Un petit break, et voici nos garçons de retour guillerets, pour un 2° set qui démarre avec « Mr Chat » et « Be careful », deux cartouches bien affutées, des tubes là aussi, où le quartet s’en donne à cœur joie, s’étant rodé lors de la première partie. Ne vous fiez pas au sourire de Jean-Marie Morin, le bassiste en profite pour vous assener de solides lignes de basse, charpentant la musique d’un groove souple et élégant, qui claque parfois en mode funk, en télépathie avec le batteur. Sourires aussi de Christophe de Miras, qui, après avoir résolu quelques difficultés de son, a pu délivrer de belles parties de clavier assez fusion, des chorus inspirés, alternant avec la jazzité servie sur un plateau par ses beaux sons de piano.

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Escale au port de la sérénité pour un superbe « Death », en mode mid tempo, composition de Tom, tirée du projet « Live & Death », formé lors de son récent voyage en Inde, avec de jeunes musiciens du cru. Elle s’enflammera vers la fin, illuminée de vie. Autre thème inédit dédié à un anonyme, « Le Discret », un jazz funk bien huilé impeccablement joué par la bande, qui est en mode « échappement libre », le rodage étant chose passée. Sachez que non, Tom Ibarra n’est pas Mao, mais ça ne l’a pourtant pas empêché de nous proposer, juste avant les rappels, un « My Red Book » bourré d’enseignements. Le public est enthousiaste, il n’en croit pas ses oreilles, nous non plus ! Deux titres en cadeaux, «Mona », tendre et gorgé de feeling, et un 2° « Exotic city », speedé, brûlant comme de la braise. Le quartet nouvelle formule a impressionné le Caillou, Tom et Pierre se sont jaugés et entendus, ils se sont trouvés. Ils ont chacun superbement joué, rythmique, chorus, magnifiques envolées de guitare pour l’un, polyrythmie experte et maitrisée des futs et cymbales pour l’autre, du grand art, en totale harmonie avec la toile savante tissée par la basse et les claviers, et ce, sur des compositions bien nées qui fédèrent. Une soirée magique, la leçon donnée par la jeunesse, on en redemande, mais on sait déjà qu’il y en aura d’autres, on y sera, nombreux !

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Tom Ibarra
(*) Chronique de « 15 » dans la Gazette Bleue à paraître début Mars.
Tom Ibarra quartet, récompensé « Espoir Action Jazz 2016 » au 4e Tremplin Action Jazz samedi 30 janvier 2016 au Rocher de Palmer.

Nick Hudson, Toby Driver & Keith Abrams, au Quartier Libre le 19/02/2016.

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

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Maintenant, à Bordeaux, il y a des quartiers où le bruit n’est pas le bienvenu, c’est interdit ! Les riverains ne sont pas contents, ils préfèrent surement l’opium télévisuel qui ramollit les neurones, c’est tellement mieux ! Donc il faut faire avec. Et la ville pourrait bel et bien porter longtemps le vocable de “belle endormie”, sauf qu’il y a encore de nombreux endroits qui font de la résistance, pour que vivent les musiques que les gens aiment vraiment, et nous devons les soutenir. C’est le cas du Quartier Libre, en plein Saint Michel, qui a su contourner la difficulté en proposant plus tôt ses spectacles. Et quelles programmations ! Ainsi, vendredi dernier, lors d’une « Cassette Party », ce sont de vifs représentants des scènes anglaise et américaine qu’on y a retrouvés en concert, étant actuellement en tournée européenne, près de quarante dates pour ce BALLADS : European tour 2016.
Le premier set est mené par Nick Hudson, artiste basé à Brighton (UK), musicien aux projets multiformes, construisant de singuliers univers, allant du prog au psyché, en passant par des bribes d’expérimental, de folk/pop et de jazz. Il peut avec une égale conviction reprendre en solo « Gotham lullaby » de Meredith Monk, « After school special » de Mr Bungle ou « The bed » de Lou Reed, ou carrément se fondre dans les grandes envolées du collectif « The Academy of sun ». Ce soir, accompagné de sa guitare et de sa belle voix, il a interprété des chansons graves et pleines d’émotion, une sorte de folk habité, où l’on pouvait par endroits ressentir un peu de la magie simple d’un Nick Drake. On a ainsi eu droit à de superbes morceaux, avec entre autres «Time is the greatest failure », « White rose of Peru », « Alice in Sunderland » et un final saisissant formé de « Something falling slowly », tiré de son album « A day without comfort », et de « Dambala », repris du groupe caribéen folk/psyché Exuma. Il faut écouter Nick Hudson, c’est un artiste à l’âme vraie et sincère, et sa musique est très touchante.
C’est alors le tour de Toby Driver, qui lui vient de Brooklyn. Il est connu comme un brillant créateur, friand de musiques expérimentales et multi-instrumentiste. Sur scène, il chante et joue surtout la basse, mais ce soir, c’est guitare, samples et un peu de clavier qui enrichissent sa magnifique voix. Il a lui aussi défriché d’impressionnants territoires sonores avec ses groupes devenus cultes, comme Maudlin of the Well, et en particulier Kayo Dot, dont il est venu accompagné du batteur Keith Abrams.

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Toby Driver était déjà passé à l’I-Boat de Bordeaux, et à Jazz In Marciac, en tant que bassiste capuché au sein des mythiques Secret Chiefs 3 de Trey Spruance, mouvance Zorn. Et en parlant de ce dernier, évoquons son club The Stone, dans le lower east side, et regardez cette belle vidéo d’ Avignon par Toby Driver au Stone, qui y fut filmée en Août 2015, et qu’il nous a jouée ce soir. C’était un peu ça l’esprit de son set. Une poésie fragile dite par un troubadour urbain, marchant et chantant sur un fil tendu entre les immenses tours de la Grosse Pomme, avec sa Telecaster comme barre d’équilibre, le sobre drumming de Keith Abrams figurant les percussions incantatoires de quelque célébration occulte. Et puis, sans être dans le même registre, on pouvait aussi furtivement penser au Jeff Buckley de Live at Sin-é. Avant « Avignon », on avait pu écouter « The Scarlet Whore/Her Dealings With the Initiate”, “Marked” et “Parsifal”. Après, c’est “Boys on the hill” et “Craven’s dawn” qui clôturèrent un set d’une rare profondeur. Soirée exceptionnelle qu’il ne fallait pas manquer. La tournée est encore longue, alors un conseil, retenez vite vos dates et ne les loupez pas !

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Nick Hudson
Toby Driver et Kayo Dot

Thomas Bercy Trio et Alexis Valet : les magiciens d’Uz

par Philippe Desmond.

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Un dimanche à la campagne, direction le bout du monde ou plutôt un autre monde : Uzeste. Déjà en arrivant on prend la Collégiale en pleine gueule, énorme pour ce petit village du Bazadais, une église qui s’est étoffée en un édifice des plus massifs grâce à la promotion de l’Uzestois Bertand de Got à la fonction de pape sous le nom de Clément V au XIVème siècle.

Une autre figure – que je n’oserai pas baptiser pape même s’il est quelque part un missionnaire – a rendu célèbre ce village, Bernard Lubat bien sûr et sa Compagnie. D’ailleurs en ce dimanche après midi vient de s’achever l’Uzestival Hivernal 2016. Le concert de ce soir y est associé.

Une troisième personne a pris aussi de l’importance à l’ombre de ces deux piliers et donc avec l’assentiment du second, il s’agit de Marie-Jo Righetti la patronne du Café du Sport qui programme elle aussi de la musique en complément de l’Estaminet.

Ici on n’est pas au Sunset ou à la salle Pleyel, on est dans un bar, un vrai, un cercle comme on disait avant. On ne sait d’ailleurs pas très bien la limite entre la salle et les parties privées, on a l’impression de se trouver dans la salle à manger dont les meubles ont été poussés. Le zinc bien sûr avec ses piliers qui certainement connaissent mieux la musique de la note rouge ou jaune que celle de la note bleue , un vieux buffet par ci, un vaisselier et sa collection de louches par là, la cheminée noircie, le bureau en ordre modéré ; dehors sous la tonnelle ça discute, ça rigole. On est à la maison.

Le lieu va se remplir petit à petit, les randonneurs attirés par un temps très clément – normal ici – venus se rafraîchir laissant la place aux amateurs de jazz ou simplement aux habitués du dimanche soir. Tout le monde a l’air de se connaître. Toutes les générations sont représentées, il y a des enfants partout, un chien vous passe entre les jambes , il ne manque que les poules et les canards. Attention pas de condescendance dans mes propos, avant de devenir un banlieusard boboïsant je vivais à la campagne dans un petit village où je reviens souvent et je suis cent fois plus à l’aise dans un lieu comme ce soir que dans des salons dorés ou des bars hype au design nordique épuré.

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Mais parlons musique un peu, enfin !

Marie-Jo en association avec le Collectif Caravan actif dans le Sud Gironde a fait venir le trio de Thomas Bercy (piano) ; Jonathan Hedeline tient la contrebasse (doghouse aussi en Anglais, tiens revoilà le chien qui passe) et David Muris remplace Elvin Jones à la batterie ; et oui ce soir au programme on a droit au répertoire de McCoy Tyner, peut-être mon pianiste préféré et quel compositeur ! Mais le trio aime inviter comme récemment dans plusieurs lieux bordelais – voir la chronique de Dom Imonk du 24 janvier – et ce soir Alexis Valet et son vibraphone sont mis en avant. Rappelons qu’Alexis a récemment gagné avec son sextet le Tremplin Action Jazz 2016. Dans ce bar où les parties de belote sont légion le Valet ne peut être qu’un atout maître pour la tierce de Thomas Bercy ; il va l’être.

« African Village » ouvre le feu car il s’agit bien de feu avec McCoy Tyner, une musique puissante énergique, foisonnante assise sur cette rythmique cyclique caractéristique de la contrebasse tirant souvent vers la transe. Paradoxe de la chose, cette musique d’apparence complexe s’appuyant sur des bases mélodiques simples qui accrochent l’oreille reste accessible et devient vite envoûtante.

Justement voilà la mélodie de « Just Feelin’ » idéale pour le vibraphone d’Alexis qui distille ses gouttes de pluie sur un orage de piano. Thomas a bien la patte de McCoy, main gauche énergique et main droite prolifique. Jonathan et son élégance – même vestimentaire – régale et se régale, quant à David lui aussi est dans l’esprit du grand Elvin avec cette utilisation des toms medium et basse si caractéristique.

Puis « Sama Layuca » et sa mélodie aux accents orientaux, la légère ballade « Aisha » encore plus adoucie par l’harmonie du vibraphone ; Alexis y excelle vraiment. Arrive « Passion Dance » avec un invité surprise, Brice Matha au sax soprano (du sextet d’Alexis primé au Tremplin) qui va participer grandement au décollage du désormais quintet juste avant la pause.

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Sympa la pause, l’occasion de discuter dehors devant l’engageant  panneau « Les Pyrénées 210km » sous un soleil encore chaud pour février, avec les musiciens, les amis, d’autres musiciens, des inconnus, les voitures devant ralentir pour utiliser la seule file restante. Et en plus Marie-Jo nous offre de délicieuses merveilles, Uzeste c’est cool je vous dis.

Ça repart avec « Changes » et son swing puis voilà le superbe « Utopia » dont les notes me parvenaient pendant la balance lors de ma visite de la collégiale voisine ; un bonheur. « Contemplation » calme un peu le jeu avant l’emblématique titre d’Antonio Carlos Jobim « Wave » magnifié par McCoy Tyner et qui nous est restitué ici. Une intro déferlante au piano pour voir surgir cette si belle mélodie, les chorus des uns et des autres s’enchaînant magistralement. Quel beau concert ! Et c’est pas fini comme dit l’autre car arrive la petite musique de « Walk Spirit Talk Spirit » sur ce beat de transe et cette assise envoûtante de contrebasse. Et ça tape dans les mains, ça remue, ça danse, les enfants notamment ! Superbe final, jouissif !

Rappel obligatoire avec « Blues For Gwen » les musiciens n’en peuvent plus après avoir tant donné, ils en rient, tout le monde en rit, tout le monde est heureux !

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Dehors la Collégiale se détache de la nuit, à l’intérieur, le seul qui n’a pas bougé ce soir, le gisant de Clément V en marbre blanc de Carrare ; d’ailleurs avec une telle énergie musicale qu’est ce qu’on en sait s’il n’a pas bougé ?

Le Bistrot Bohême accueille George Washingmachine

par Philippe Desmond ; photo NB Thierry Dubuc.

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Au Bistrot Bohême

Vendredi soir, les équipes d’Action Jazz sont déployées sur plusieurs fronts : au Grand Café de l’Orient à Libourne, au Quartier Libre dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux, au Caillou à la Bastide et pour ma part au Bistrot Bohême. Chaque fin de semaine, le vendredi, ce lieu accueille depuis un bon moment des groupes de musique, plutôt du jazz mais dans des styles très variés. Récemment du  New Orleans avec Perry Gordon ou encore la chanteuse Christine Mocco dans un répertoire de standards chantés en passant par le rockabilly de Raw Wild.

Hier soir le Bistrot recevait un musicien du bout du monde, George Washingmachine ou « Washo », un chanteur violoniste – entre autres – australien. Ce pseudonyme, car c’en est un vous vous en doutez, est une variation sur son vrai nom et un de ses illustres homonymes : il s’appelle Stephen Washington, ce nom voulant déjà dire « lessiveuse » en Anglais ; de là à passer à la machine à laver – il se présentera ainsi – il n’y avait qu’un pas. Pour autant, pas de joueur de washboard ce soir.

George joue en Europe avec différentes formations, du swing au manouche, et souvent avec le plus bordelais des australiens – ou l’inverse – le grand guitariste Dave Blenkhorn. Deux débutants assurent la rythmique ce soir, le jeune Olivier Gatto à la contrebasse et le petit Roger Biwandu à la batterie ; deux énormes pointures dans le genre bien sûr. La veille Washo était en trio au Caillou avec Dave et Laurent Vanhée et les deux Aussies avait ensuite rejoint la jam du Tunnel.

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Au Caillou jeudi soir

Le lieu est gai et convivial, les patrons adorables et malgré la salle pleine de ses cinquante convives tout se passe en douceur. Le bar accueille les imprudents comme moi qui n’ont pas réservé et offre une position de choix sur les musiciens. Une bonne adresse.

Concert de standards pour ce lieu et ce type de soirée, George Washingmachine chantant et jouant sur du velours avec ces trois compères. Olivier toujours aussi concentré régale à la contrebasse, sa main droite s’échappant pour faire des arabesques entre deux mesures de swing. Dave et son toucher fin et élégant dialoguant avec le violon pendant que Roger en configuration légère ce soir passe des rimshots aux balayages avec une retenue que ce genre de répertoire et de salle nécessite. Il va nous offrir un solo avec les balais d’une grande richesse n’oubliant pas pour autant de faire parler sa grosse caisse. George s’avère un chanteur très à l’aise, plein d’humour et le son du violon qu’il maîtrise parfaitement ajoute cette touche enjouée et surannée tellement agréable.

Merci aux musiciens et bien sûr au Bistrot Bohême pour sa constance à proposer au public des soirées de qualité, dans les assiettes et sur scène.

http://www.lebistrotboheme.com/

Marie Carrié quartet au Phare Jazz Club de Capbreton

Vendredi 12 février. Bernard Labat, Photo Thierry Dubuc

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Ils étaient nombreux (salle complète) au premier rendez-vous de l’année de notre PHARE JAZZ CLUB de CAPBRETON (Landes). L’association JAZZ PARTNER’S, hôte des lieux, avait choisi d’inviter pour la circonstance le « Marie Carrié Quartet ». Bien connus dans la grande région, Yann Penichou (guitare), Hervé Saint-Guirons (orgue hammond), Didier Ottaviani (batterie) et Marie Carrié (chant) sont arrivés à bon port, aprés un voyage perturbé par les intempéries. En quelques mots le président de l’association, Serge Mackowiak, dresse un bilan et annonce les projets pour cette nouvelle année, tout en remerciant nos partenaires institutionnels et privés ainsi que notre fidèle traiteur Michel, applaudissements. Dans la foulée, un petit jeu, permettant de faire gagner un exemplaire du nouvel album du trio Penichou, Saint-Guirons et Stéphano Lucchini, Up and Down, permet de finir les desserts et cafés. Le set peut commencer. Nos trois jammeurs démarrent sur une couleur brésilienne et Marie nous propose Maria da Mercedes du compositeur Djavan. Suit une intéressante adaptation du Pretty Eyes de l’emblématique pianiste hard boppeur Horace Silver. Le décor est planté, une navigation et un mix des répertoires brésiliens et jazz. Marie n’oublie pas de rendre hommage à la belle et talentueuse Peggy Lee avec I Love Being Here With You. Suivent deux adaptations des célébres Fast United Reason avec solo remarqué de Didier et Summertime des frères Gershwin. Les musiciens sont en place, Marie commande avec autorité les démarrages et laisse vagabonder sa douce voix.Yann et ses six cordes souligne et s’envole avec finesse et mélodie. Hervé et Didier groovent et relancent judicieusement.Le public attentif en redemande. Retour carioca avec Baden Powell Vou Deitar E Rolar et Joao Bosco avec une version très rythmée de Bala con Bala. Tout le monde apprécie. Billie Holiday ne sera pas oubliée. Marie explique que le prochain morceau Then There Eyes a été enregistré pour la première fois par Louis Armstrong et immortalisé par la Diva au Gardénia. Nos oreilles sont attentives et réceptives. Sans oublier un Sophistaced Lady, ellingtonien dans l’âme, pour lequel Yann nous distille une intro et un solo très intimiste. La soirée se poursuit jusqu’aux rappels. L’occasion d’entendre Marie et Yann en duo, formule qu’ils apprécient, et ça se sent bien. Une belle version de la ballade My Old Flame chantée également par Billie et jouée par nombre d’icônes (Charlie Parker, Miles Davis, Chet Baker…), remporte les faveurs des night-clubers du soir. Tout le monde se quitte sous des notes une nouvelle fois brésiliennes. Merci à Marie, Yann, Hervé et Didier pour cette belle soirée. Ce quartet bien en place respire la complicité. Leurs sourires et leur disponibilité restera un bon souvenir pour nous tous.