Ceïba à Ambarès : émotion sans frontières.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Blog Bleu d’Action Jazz parle de jazz, le jazz n’a pas de frontières, Ceïba n’a pas de frontières, Ceïba est du jazz ! Alors parlons de Ceïba.

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« Chants du Monde » résume le projet. Pour certains cette étiquette est attirante, pour d’autres, dont je fus,elle suscite la méfiance ; chants du monde, musique du monde, du folklore avec flûte de Pan, bonnets péruviens, tam-tam, tout l’attirail et le répertoire baba-folklo surfant sur des grandes idées parfois de circonstance. On est ici à des milliers de kilomètres de cette vilaine caricature. Je le sais depuis la première fois que j’ai vu Ceïba, c’était au Siman en septembre dernier (voir chronique sur le BB). D’ailleurs deux semaines après j’allais les revoir, en plein air lors d’une fête de village devant un large public qui avait été lui aussi plus que conquis.

Hier soir au Pôle culturel Ev@sion d’Ambarès Ceïba présentait ses nouvelles créations à l’issue d’une résidence d’une semaine dans cet endroit. Un projet rendu possible grâce à l’IDDAC de la Gironde (Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel) et la ville d’Ambarès. De l’argent public très bien utilisé cette fois. Le concert constituait ainsi le point d’orgue d’une semaine très riche selon les musiciens.

Les musiciens parlons en, ils sont tellement bons, tellement fusionnels ! Ceïba qui porte le projet est au chant, aux percussions (ah ce bâton de pluie !) et danse ; elle compose aussi bien sûr. Sa complice Valérie Chane-Tef joue du piano, chante, compose et arrange. Benjamin Pellier est à la basse, aux percussions et aux chœurs. Franck Leymerégie régale aux percussions sur un set très hétéroclite et assure aussi les chœurs. Tous les deux sont la colonne vertébrale de l’édifice, Franck spectaculaire bien sûr et Benjamin alternant groove implacable et délicatesse.

Mais ce soir il y a un bonus, la danseuse Khadi Sarr, originaire du Sénégal qui va rajouter sa puissance féline et gracieuse à la beauté de la musique. Car il s’agit de cela, de beauté et d’émotion. Ceïba a, dans cette salle Didier Lockwood, un écrin à la hauteur de la qualité de sa proposition artistique : grande scène, beaux éclairages et un son parfait. Toute la semaine ils ont travaillé dans ce lieu en conditions réelles de spectacle et le public va ainsi ressentir cette perfection et cette élégance que seul un vrai travail peut produire.

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Devant une salle comble, le spectacle va se dérouler magnifiquement, alternant les nouvelles compositions aux anciennes figurant sur leur premier album ; un second est en préparation. Ceïba a beaucoup voyagé et continue, elle y trouve son inspiration et son énergie. En Afrique, en Amérique Latine elle puise des pépites musicales ou capte des moments qu’elle arrange ensuite à sa façon avec Valérie Chane-Tef. Celle-ci nous entraîne dans des chorus de piano et des improvisations très jazz tels qu’elle en développe avec son groupe Akoda, classé « jazz créole » ; on retrouvera d’ailleurs une adaptation de « Ou Pas » qui figure sur son dernier EP et quelques citations. De plus ces deux artistes sont belles et lumineuses, irradiées par leur musique, Valérie toujours souriante – alors qu’elle avait une trouille noire m’avouera t-elle – et Marion (le prénom de Ceïba) le corps toujours en mouvement et partageant avec le public ses émotions de voyageuse. On les suivrait partout dans ces trains exotiques, ces pays lointains que leurs chansons évoquent.

Une autre femme a ce soir de l’importance, la danseuse Khadi Sarr, un corps de statue, puissante et ondulante, dans de belles robes drapées ou des voiles légers, et dont les interventions vont enrichir d’une façon inouïe le rendu visuel d’un spectacle déjà très esthétique. Une parfaite osmose entre musique et danse présentée ce soir pour la première fois.

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Des ballades émouvantes, des morceaux endiablés et gais, des trouvailles de percussions, des chansons sensuelles, beaucoup d’émotion – tiens des larmes qui coulent – de la musique tout simplement et d’une qualité rare ; en rentrant chez moi après le concert je suis tombé – failli me faire mal – sur les Victoires (?!) de la musique à la télé, j’ai tenu cinq minutes.

Quelle belle soirée mais elle n’est pas finie ! Le groupe a passé une semaine au Bénin en décembre dernier pour des concerts, des rencontres et une création, Il y a ainsi composé sur place un titre « Vent Nouveau » et en en tourné un clip vidéo – quel vilain nom dans ce contexte – dont nous avons la primeur. Belle chanson sur le racisme et encore des frissons qui parcourent le public et les musiciens encore sous l’émotion de ce voyage.

Nous les retrouvons après le spectacle émus mais radieux ; comme tous les vrais artistes ils n’étaient pas sûrs d’eux, notamment pour les nouvelles compositions ; la chaleur du public dès les premiers titres les a vite rassurés. Ils avouent avoir travaillé très dur toute la semaine, ils sont fatigués, rincés ; le spectacle les a portés.

On en redemande.

http://ceibamusic.com/

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