Vocal Jazz Jam Session au Fellini

par Philippe Desmond, photos PhD et le Fellini.

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Monique Thomas

Tous les mercredis en fin d’après midi à Bordeaux c’est la jam du Quartier Libre (voir chronique du 20/01/2016), un moment très vivant grâce aux jeunes talents du Conservatoire proche et à quelques autres. Un petit passage hier soir le temps notamment d’un joli « Jean-Pierre » de Miles avant de me rendre à une autre jam ; et oui il y a de la concurrence ou plutôt de l’émulation car l’objet de cette dernière est relativement différent.

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au Quartier Libre

La Vocal Jazz Jam Session est organisée pour la première fois au Fellini par la chanteuse Monique Thomas et se poursuivra au moins jusqu’en juin prochain chaque dernier mercredi du mois. Bonne idée, belle idée que de permettre ainsi à des chanteuses et chanteurs de jazz d’exprimer leur talent, d’acquérir de l’expérience, voire de se jeter à l’eau, entourés par un trio de super musiciens. Hervé Saint-Guirons au piano, Timo Metzemakers à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie. Monique Thomas avouera humblement que c’est ce dernier qui lui a soufflé l’idée. Elle est la maîtresse de cérémonie, carnet de jam à la main, allant de chanteuses en chanteurs demander quel titre et sur quelle tonalité chacun souhaite se produire. Une jam quoi !

Mais bien sûr à elle l’honneur – et à nous le plaisir – d’ouvrir la session, ce sera avec « Day in Day out ». Une Américaine qui chante dans une trattoria italienne, transportons nous alors dans les 40’s à Little Italy, ce quartier de Manhattan qui fleure bon comme ici la pasta et la pizza. Pourtant nous ne sommes qu’à Bègles, au Fellini. Le décor de Cinecittà, sous le patronage, entre autres, de Federico et Marcello et avec la présence pulpeuse de Sophia et Monica ne peut qu’accentuer ce dépaysement. Un autre titre et la jam commence. Une pro pour bien lancer l’affaire en la personne de Meriem Lacour (Arty Chokes – the Band) puis Lucienne Razafindramanitra. Vont ensuite se succéder des élèves de Monique, du Ciam, du Conservatoire, des amateurs, des semi-pros. Une jam quoi !

Est-ce un clin d’oeil à « la Cité des Femmes » de Fellini mais il y beaucoup de chanteuses (9) et peu d’hommes (3). Tiens justement en voilà un, élève de Monique je crois, avec un vrai nom de crooner, Bill Waters, sur une belle version de « Moanin’ ». Arrive la talentueuse Emeline qu’on a de temps en temps l’occasion d’entendre dans le coin, puis Marine Garein-Raseta – grand prix Action Jazz 2014 – dans une version émouvante de « Body and Soul ».

On « Take the A train » avec Caro pour rejoindre Marina Kalhart qui se produit pour la première fois avec un tel groupe ; après sa seconde intervention sur « the Girl from Ipanema » elle me livrera qu’avec ces musiciens elle était sur l’autoroute, un vrai bonheur. Pas loin d’Ipanema se trouve le « Corcovado » chanté délicatement par un certain Georges visiblement Brésilien. Tiana, professeur de chant, nous livre son talent avec « Love for Sale », Meriem, Marine et Emeline reviennent pour notre joie ; « I can ‘t give you anything but love » ce qui n’est déjà pas mal, « Summertime » (bientôt), Angel Eyes… Arrive alors le tour d’une chanteuse qui a elle choisi de scatter ce qu’elle sait si bien faire avec une réelle présence scénique instantanée, la trop rare Carole Simon. Une leçon.

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Carole Simon

Je vous annonce un mois d’avril pluvieux à Paris, Gilles, ayant visiblement perdu un pari, se lançant dans un risqué « April in Paris » heureusement vite aidé par Carole, tout cela dans une franche rigolade ; une jam quoi !

Un succès pour cette première session avec notamment la présence amicale de figures importantes de la scène jazz en la personne d’Alé Kali, Alex Golino, Roger Biwandu, Franck Agulhon et Pascal Legrand qui prendra les baguettes pour finir en beauté avec la patronne du soir l’éblouissante Monique Thomas.

Donc le 27 avril à 8 heures du soir (pas 8 ½) tous au Fellini, il y aura peut-être cette fois là Ginger et Fred…

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Just a wild night of Blues !

par Carlos Enrique Olivera, photos : Philippe Marzat.

 

 Ronnie Baker Brooks au Rocher de Palmer, mercredi 23 mars.

La petite salle de 200 personnes du Rocher de Palmer est pleine et une ambiance d’impatience la remplit alors qu’on attend le début du concert. Je suis prêt pour l’avalanche guitaristique que toute soirée de blues de Chicago promet mais sur la scène nous attend une surprise ; un seul homme accompagné d’une contrebasse et de quelques cymbales. Pourtant le public entre rapidement dans une sorte de transe, emporté par le son répétitif et en boucle de la percussion électronique libéré depuis la scène, pour en être ensuite sortit par le riff furieux de rock n’ roll de la contrebasse. La première partie du show est lancée.

"Damage Case" Julien Prugini

« Damage Case » Julien Prugini

Ce n’est pas facile de faire face à la foule avec seulement une contrebasse mais Julien Perugini (connu aussi sous le nom de Damage Case) le fait avec tellement de naturel qu’on oublie qu’il n’y a pas un groupe derrière lui. Le chanteur et contrebassiste (et par moments guitariste aussi) gère très bien la scène tout seul. Il est presque sauvage quand il chante la chanson folk « Where did you sleep last night ». On vit des temps bizarres, nous dit Perugini avant de commencer à chanter « Sinnerman » de Nina Simone ; et il prend un air cérémonieux avant de passer à un hommage au rockeur récemment disparu Lemmy (du groupe Motorhead) avec « Ace of Spades ».  Damage Case fini la première partie du concert et on se demande quelles surprises nous réserve encore cette soirée.

"Damage Case" Julien Perugini

« Damage Case » Julien Perugini

Après quinze bonnes minutes de réglages du son, Ronnie Baker Brooks monte sur scène. Et c’est là que la pyrotechnie guitaristique commence. Le son de Chicago prend d’assaut la salle du Rocher de Palmer et chacun vibre au rythme du blues. On peut le sentir, le public aime le blues. Chanson après chanson, la foule suit intensément les mouvements de Ronnie Baker Brooks, le son de sa guitare, les inflexions blues de sa voix et son caractère aimable.

Ronnie Baker Brooks

Ronnie Baker Brooks

Il continue le concert avec « See you hurt no more », chanson d’une saveur soul où les claviers sont beaucoup plus présents, et sa voix nous rappelle l’expressivité d’un jeune Ray Charles. Le blues reprend sa place avec “I just wanna make love to you” de Muddy Waters, et il arrive à faire chanter le public pour la première fois. Un moment de réflexion sur les temps qu’on est en train de vivre, des mots de solidarité avec Bruxelles et les familles en deuil, et il enchaîne avec « Times have changed », un blues lent où on retrouve l’agréable présence du clavier qui accompagne la guitare de Baker Brooks. On est déjà proche de la fin du concert et il arrive à faire chanter le public pour la deuxième fois. Il présente ensuite ses musiciens, l’excellent batteur Maurice Jones, le bassiste Ari Seder, et aux claviers Daryl Coutts.

Ronnie Baker Brooks

Ronnie Baker Brooks

Et alors qu’on pense que les surprises s’arrêtent là et que le concert touche à sa fin, Ronnie Baker Brooks quitte la scène. Où est-il passé? se demandent les photographes et le public. Guitare en main, il sort par une petite porte à côté de la scène et marche vers le public. Il joue de la guitare en saluant les gens qui se massent autour de lui. C’est la folie totale. Il marche au milieu du public, monte sur une chaise et joue de sa guitare avec les dents (tous les guitaristes ont rêvé d’être Jimi Hendrix), et tout le monde autour de lui crie.

Ronnie Baker Brooks

Ronnie Baker Brooks

Il remonte ensuite sur scène et termine le morceau, se joint aux musiciens pour saluer le public et c’est la fin du concert. Mais le public en demande plus.  Il retourne donc sur la scène avec un rock n’ roll puissant qui fait danser les gens, car depuis un moment le public ne se sert plus des chaises et tous sont debout. Après ce moment de danse folle, Baker Brooks, agité et heureux, remercie le public. Et nous, de notre côté, on remercie l’énergie, la bonne humeur, et ce moment heureux de musique puissante qu’il nous a offert.

Ronnie Baker Brooks Blues Band

Ronnie Baker Brooks Blues Band

Show devant !!!

par Annie Robert, photos : Thierry Dubuc

Ibrahim Maalouf   « Red and Black Light »

Rocher de Palmer  24 /03 /2016

Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf  est pour moi un souvenir fort, rempli d’une qualité musicale, et émotionnelle très particulière. Découvrir «  Beyrouth » sous le grand chapiteau de Marciac, le son si singulier de sa trompette à quarts de ton, la clarté de son propos et la qualité de ses compositions, une salle en pleine communion, a laissé une marque d’une douceur un peu amère et pourtant adorée. Un grand et beau moment comme une douleur apprivoisée dans le flanc du Liban. Un trait musical comme il y en a peu.

Depuis le bonhomme s’est tracé une large et belle route. Musiques de films, improvisations géantes très relayées, opéra hip-hop, il travaille vite et beaucoup. Et cette boulimie, cette présence forte a tendance à agacer le milieu du jazz qui lui reproche parfois « d’avoir vendu son âme au diable ». Il faut dire que c’est également un homme d’affaire accompli, omniprésent médiatiquement, prolifique et qui aime mélanger les registres et les partenariats. Cette ouverture d’esprit est sa marque de fabrique. Alors ? Jazz, pas  jazz… ? Rock, pop, hip hop ?

Lui-même se présente souvent en disant qu’il ne sait pas vraiment. Du coup, il se peut que certains tenants d’un jazz pur et dur n’y retrouvent  pas leurs petits….

Il existe une sempiternelle histoire dans le milieu du jazz, à la fois un peu condescendante et envieuse… La différence entre un rockeur et un jazzman ? Le rockeur déploie dix  accords devant mille personnes, le jazzman mille accords devant dix personnes…Ibrahim Maalouf peut déployer mille accords, c’est certain et finalement ce n’est pas très important.

Ce soir, à l’occasion du concert autour de « Red and Black Light » les mille personnes étaient présentes, la salle était gonflée de mille respirations et de mille attentes, un public mélangé, jeunes et moins jeunes, familles et enfants.

Et les néons marqués Red and Black Light dormaient encore sous leurs belles italiques prêts à scintiller et à s’élancer.

Pour ce qui est des mille accords, je ne sais pas s’ils étaient là, mais mille puissances ça oui ! Les quatre musiciens sur scène ( Eric Legnini au synthé, François Delporte à la guitare, Stéphane Galland à la batterie) envoyaient plus de décibels que douze orchestres symphoniques survoltés. Il fallait s’accrocher à son nombril pour ne pas s’envoler. Les spectateurs découvraient un projet tout à fait différent, de l’Ibrahim Maalouf nouvelle mouture, du pop rock électrisé à fond exploitant toutes les facettes de l’électronique : boucles, distorsions, réverbs et effets appuyés, et tout cela dans un écrin lumineux à décoiffer les chauves. Comme diraient les plus jeunes que moi… un truc de Ouf !!

Red & black

Red & black

Du grand spectacle, sons et lumières, lumières et sons, jusque dans un numéro d’ombres chinoises très glamour avec danseur de hip-hop tenant une trompette. Projections, rais de lumières, spots colorés et rapides gérés par ordinateur. L’œil était autant sollicité que l’oreille et ce n’était pas peu dire.

Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf

C’est un grand et gros show, qui allait en s’enflant, où chaque effet était calculé, et voulu. Tapis de synthés, énergie surcalibrée s’imposaient sans ménagement et vous chahutaient les sangs dans une étrange expérience, à la fois dérangeante et étonnante. Les teintes orientales qui sont la marque d’Ibrahim Maalouf se frayaient par instants un chemin, rattrapées très vite par des rythmes implacables et un jeu intensif de sons superposés, dont le fil se perdait parfois pour ressurgir plus loin en boucles répétées. De beaux moments collectifs au tambour, de belles envolées de trompettes succédaient à la lumière blanche et aux saturations sonores quelques fois à la limite du douloureux .

Une énergie pure qui se voulait simple, efficace et directe. Un choix musical nouveau, différent. Certains spectateurs étaient enthousiastes, d’autres plus réservés, d’autres scotchés et indécis, oscillant entre le plaisir et la crainte.

Milles impressions donc, faute de milles accords peut être ( ou peut être pas ?)  Pourtant, il suffit parfois d’une simple note toute dépouillée, toute pleine, toute pure, toute sensible pour que l’émotion pointe le bout de son nez…la note claire de la trompette à quarts de ton par exemple.

Ce soir, la chimie musicale était à l’explosion de couleurs et de sons, à la folie, le remue-méninges était si puissant et si tourneboulant que l’émotion était partie en balade ailleurs, sans rien dire, discrète et un peu seule, en délaissant le grand et gros show, pour s’en aller glisser sur les branches bleues d’un cèdre du Liban. Pas de griffe émotive ce soir, juste des basses au creux du ventre et de la lumière au fond de l’œil. Mais franchement ça en jetait grave !!

Ibrahim Maalof "Red & Black"

Ibrahim Maalof « Red & Black »

Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/

 

Jallobourde, le jazz aux sources

Jallobourde Thomas Bercy

Par Louis Gilly

la 7e année du festival JALLOBOURDE « le jazz aux sources » a rencontré un franc succès à Martignas, Saint Jean d’Illac, Cestas et Canéjan, avec près de 1000 entrées. En partenariat avec FIP, sa fréquentation s’améliore, avec de nombreux amateurs allant d’une commune à l’autre et la visite d’amis musiciens ou organisateurs d’Action Jazz, de Jazz and Blues de Léognan et du Festival d’Eymet en Dordogne.

Le départ est donné le vendredi 15 janvier 2016 sur la Jalle à Martignas avec l’exposition de peintures de Luce Bé dans la Galerie Claude Manet : une explosion de couleurs lumineuses pour des abstractions inspirées de notre actualité. Le samedi 16, le CLAM ! invitait dans la Salle Gérard Philipe la Compagnie Swing’Hommes pour son nouveau spectacle “SATANE MOZART”. Comme l’an dernier avec “Beethoven ce manouche”, le pianiste Jérémy Bourges, le guitariste Pierre Bernon et le contrebassiste Benoît Marot ont prouvé l’universalité de la musique dans l’espace et le temps, bien aidés de complices pour des mises en scènes infernales, cette fois au sens propre, avec un feu d’artifice instrumental (accordéon, banjo, mandoline, percussions, trombone, basse, soubassophone). La bonne humeur s”est prolongée bien après le spectacle autour du saucisson et du verre traditionnel sous le portrait de Gérard Philipe.

Le vendredi suivant 22 janvier, dans la petite Salle Louis Armstrong de Saint Jean d’Illac, le THOMAS BERCY TRIO accueillait MAXIME BERTON devant des amateurs enthousiastes. Virtuose bourré d’idées au piano, Thomas a travaillé intensément avec ses voisins du Bazadais, le bassiste Jonathan Hedeline et le batteur David Muris, sur un projet autour du répertoire de McCoy Tyner. Le trio a invité le jeune Maxime Berton, bordelais devenu parisien pour multiplier ses rencontres jazzistiques, explorateur des pistes de John Coltrane aux saxos ténor et soprano et à la flute. Pour cette soirée JAZZILLAC (35e saison), on pouvait remarquer “Changes” (McCoy Tiner / Michaël Breaker), puis “Infinity”, jazz rock des années 2000, et dans l’abstrait contemporain “Contemplation” et “Search for peace” de l’album Real McCoy, sans oublier une partie “trans” avec “Walk Spirit Talk Spirit”.Les sympathiques échanges après concert n’en finissaient pas, le festival Jallobourde étant apprécié par sa diversité de programmation autogérée dans chaque commune.

Le lendemain 23 janvier, la translation sur l’Eau Bourde était réussie avec le groupe toulousain AWEK dans la Halle du Centre Culturel de Cestas. Invités de festivals prestigieux, Bernard Sellam (chant, guitare), Stéphane Bertolino (harmonica), Joël Ferron (basse) et Olivier Trebel (batterie) ont offert un blues d’une qualité exceptionnelle, une plongée vers les sources, celles de notre musique toujours porteuse d’un bel avenir. Vingt ans à parcourir le monde, avec des trophées de meilleur groupe et meilleur harmoniciste, en France, en Allemagne et aux USA ! Rythm and blues et Rock n’ roll variaient le menu, provoquant une montée sur scène acrobatique du président de la nouvelle Communauté de Communes Jalle-Eau Bourde pour un rappel de nos sources aquatiques.

A nouveau sur l’Eau Bourde, le festival s’est achevé dans la salle Simone Signoret de Canéjan, avec le jeune et énergique quintet bordelais FOOLISH KING, produisant un funk volcanique avec sa chanteuse Charlie Dale, accompagnée par Charlie Dufau à la guitare, Julien Bouyssou à l’orgue, Victor Bérard à la basse et Julien Lavie à la batterie. Forts de leur expérience aux Scènes d’été en Gironde la saison précédente terminée à Saint Jean d’Illac, après du blues d’une grande sensibilité, les musiciens ont déchaîné l’enthousiasme des danseurs descendus sur l’avant scène. Un beau feu d’artifice final dans une salle de précurseurs qui vient de fêter ses 30 ans !

 

De charme et d’ombre …

par Annie Robert, Photos : Thierry Dubuc

Hugh Coltman

Hugh Coltman

Hugh Coltman                        Salle du Vigean Eysines  17 /03 /2016

Dans le jazz, les «  tribute to »,« les hommages à »,« les reprises de »  sont des pratiques récurrentes et acceptées. Elles ne sont pas le reflet d’un manque d’imagination ou de créativité, ni le désir  de se mettre à l’abri. Bien au contraire, c’est une façon pour les musiciens de se replonger dans les heures passées à repiquer des solos, de creuser encore les microsillons bien usés par des écoutes successives, de rendre aux Maîtres tout ce qu’ils leur ont apporté. Et chaque fois c’est un sacré risque: celui de ne pas se montrer à la hauteur, de faire de la pâle copie (tiens, je pense à Bruel singeant Barbara ouh là.…), de ne pas restituer  le vif argent, l’axe vital d’un grand musicien.
Un pari osé mais tonifiant.

Ce soir, Hugh Coltman, le bluesman anglais à l’allure de beau gosse rockeur mais so british, nous invite dans l’univers de Nat King Cole pour les  40 ans de sa disparition, un grand retour en arrière dans les transistors et les postes en noir et blanc. Premier grand crooner noir, il fut parfois regardé de loin par sa propre communauté, qui le trouvait trop sage, trop lisse, trop consensuel, trop uncle Tom et pas assez revendicatif. Il faut dire que la voix de velours, les arrangements pur sucre étaient là pour amadouer les familles bien pensantes et les jeunes filles en fleur de la petite ou de la haute société blanche. Et pourtant ….
Nat King Cole fut victime d’un ostracisme racial violent lui aussi comme tant d’autres  mais c’était une victime sans colère et  la plupart de ses chansons s’épanouissaient quand même dans  l’amour et le romantisme. Il s’agissait de « sourire malgré tout », de rester digne et de garder à l‘intérieur la part d’ombre, de peur et de douleur.
C’est cette part d’ ombre que Hugh Coltman nous invite à explorer, en choisissant de révéler la face blues de Nat King Cole, en s’éloignant des arrangements candies qui lui collent à la peau.
Pour Hugh Coltman aussi, c’est une aventure nouvelle dans laquelle il s’est lancé avec humilité et un plaisir tendre. Plus connu pour son groupe pop/ rock  The Hoax où sa voix a fait merveilles,  il a découvert le jazz sur la pointe des pieds avec China Moses ou Eric Legnini, s’y est senti bien et y persiste avec raison.
Ce soir  c’est  un quartet de choc  qui l’épaule: Frank Agulhon à la batterie ( un solo d’une inventivité éblouissante et tout en douceur.. du jamais entendu !)  Christophe Minck à la contrebasse ( du funk et du rythme bluesy), Gael Rakotondrabe, au  piano ( swinguant, véloce et tonique, une belle découverte ) et Thomas Naïm à la guitare (  des solos d’enfer dont Clapton n’aurait pas à rougir…).

Hugh Coltman & Thomas Naïm

Hugh Coltman & Thomas Naïm

« Desenchanted » commence le set et la voix s’élève à la fois séductrice et ronde, légèrement voilée et émouvante : des suraigus d’une grande maîtrise, toujours pleins et parfaits, une puissance étonnante même sans micro et un swing à couper le souffle. Sans arrêt, Hugh Coltman va bousculer les rengaines, pousser les limites, transformer les arrangements, s’approprier les chansons. « Pretend » « Meet me » Sweet Lorraine » « Mona Lisa »  vont se retrouver chavirées, revisitées, rockysées , funkysées  sans perdre une once de leur charme et de leur efficacité mélodique. « Nature Boy » prend des allures d’opéra tragique et une battle s’engage entre la voix et le piano sur  « Lovin you »  dans une entente délicate. Eclats brillants de joie et de rythme et sombres échos se succèdent et se mélangent dans les mêmes morceaux. On a l’impression qu’une peau  a été enlevée, qu’un voile s’est déchiré et que les chansons se présentent à nues réveillées par une voix aux  inflexions rauques ou célestes. Une mention spéciale à « Smile » musique de Chaplin dont l’émotion nostalgique affleure et à « Morning Star » avec le seul accompagnement piano d’une simplicité vocale à fendre l’âme…deux chansons révélatrices  puisqu’on doit «  sourire même quand le cœur a mal… »
La soirée se termine sur un «  Walkin » en forme de rock endiablé, avec des spectateurs dansant (à fond pour certains !!) et tapant des mains et un rappel très tendre autour de «  Small Town » pour se quitter en douceur. Tous debout avec le même bonheur !

Gaël Rakotondrabe

Gaël Rakotondrabe

Hugh Coltman a bien réussi son pari, rendre un hommage à Nat King Cole en ajoutant sa griffe, son atmosphère et ses couleurs propres. Le charme et l’ombre s’entrelacent dans sa voix  pour en saisir les belles et tragiques nuances, il redonne à ces chansons si souvent chantées une profondeur insoupçonnée. Pour «  sourire quand même  quand le cœur a mal »  ….

Hugh Coltman Quartet

Hugh Coltman Quartet

Sur les ailes des pygargues

Eric Bibb et JJ Milteau, Entrepôt du Haillan, 10/03/ 2016
par Annie Robert, photos Alain Pelletier

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Plusieurs guitares, des harmonicas diatoniques en petites friandises, des claquements de doigts et des claqués de pieds, un sombrero d’hidalgo beige, une voix chaude, légèrement voilée et le décor est posé, le voyage peut s’enclencher dans les paysages du country-blues. « Pick a bale of cotton » avec son rythme folk endiablé nous happe immédiatement sous un flot d’images. Et nous voilà partis. On embarque dans les chariots des petits blancs, dans les champs de coton du Sud et les bayous de Louisiane. Les mustangs ébrouent leurs naseaux et une douleur sourde se faufile, omniprésente avec en contrepoint des espoirs fragiles chevillés au corps. C’est un pan d’histoire qui se réactive et qui résonne en ces temps d’incertitudes, d’immigrations et de déracinement comme un drôle de miroir ancien, bouleversant, universel et honteux. Le blues est à l’œuvre.
Eric Bibb et JJ Milteau rendent hommage ce soir, devant une salle archi pleine à Lead Belly. Mauvais sujet et charmant bougre, troubadour et colporteur moderne, ce chanteur folk afro américain le plus célèbre de tous les temps aura converti à la vérité du blues des millions de fans, bien au-delà des frontières de sa propre communauté. Ses chansons ont été reprises maintes fois, des jazzmen aux rockeurs, des folk-singers aux groupes modernes, sans que l’on sache vraiment qu’il en était l’auteur : « My girl » (Where did you sleep last night) de Nirvana, « House of the rising sun » (The Animals puis Johnny Hallyday), « Midnight Spécial » de Creedence Clearwatter Revival… et il faut désormais ajouter Keith Richards dans la longue liste de ceux qui ont interprété le délicieux « Goodnight Irène ». On redécouvre ces petits bijoux au fur et à mesure de la soirée en chuchotant «  ah bon…c’était de lui ? »
Le groupe est dans une formation minimale qui n’enlève rien à sa puissance. Larry Crockett (rien que le nom fait rêver..) à la batterie propose une rythmique tantôt douce au ballet, tantôt forcenée qui va du bruit sourd des rails du chemin de fer, direction l’Ouest, au chuintement des hautes herbes des plaines. Avec sa basse bizarre en forme de petit violoncelle et sa voix d’outre-tombe, Gilles Michel et son allure de sage Cheyenne assure un soutien sans faille et énergique.

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JJ Milteau fait bien plus qu’accompagner Eric Bibb. Harmoniciste reconnu, délicat, et fulgurant, il est un vrai et grand partenaire. Il donne une couleur particulière au concert en convoquant toutes les composantes de l’harmonica (ou plutôt des harmonicas, il en a plein !)   Son instrument a des airs de bête traquée, d’éclairs zébrés, de vents dans les arbres, de petits cris d’oiseaux, de plaintes et de souffles, parfois en solo, parfois en simple accompagnant. On se délecte de cette pleine entente entre les deux hommes.
Quant à Eric Bibb , sa voix, sa guitare à douze cordes et ses combinatoires hyper sophistiquées, tout est tissé de la nostalgie tantôt désespérée, tantôt revendicative et coléreuse de cette Amérique mythique si proche pour lui et pas si éloignée de nous. Les petites joies du quotidien, les chants de travail et les berceuses, les peines de cœur et les injustices se succèdent, c’est une vraie mosaïque de nouvelles romancées qu’il nous distille, le sourire ou le sanglot dans la voix avec une poésie permanente. Et les chansons qu’il convoque sont bien à cette image, sauvages ou résignées. Cette appropriation des chansons de Lead Belly dans un mélange de force et d’humilité fait toute la saveur de ce concert. Et le public fredonne et tape dans les mains, totalement sous le charme, ravi. Ce « folklore » nous parle, nous enchante et nous trouble aussi.
On vit un beau moment de partage généreux, une belle soirée de musique gaie, tendre, folle ou triste, parfois tout en même temps. Du blues quoi…
Nul doute que le vieux Lead Belly aurait apprécié cet hommage, qu’il aurait lui aussi tapé du pied et chanté à pleins poumons s’il n’était pas déjà parti au-dessus des grandes plaines sur les ailes des pygargues à tête blanche, ces oiseaux à l’élégance rare qui peuvent de leurs yeux perçants découvrir ce qui est caché, même profondément, ce que l’on n’a pas trop envie de voir, ce qui rend honteux ou mélancolique, tous les exploits et toutes les lâchetés d’un monde qui n’épargne pas les faibles.

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