Nola News # 3

par Alain Piarou, photos : Irène Piarou

James Andrews

James Andrews

Ooh Poo Pah Doo !

Et oui, c’est bien le nom d’un club incontournable de Tremé (quartier historique de la Nouvelle Orléans) et il faut venir rencontrer Julie, la sympathique patronne qui fait vivre ce lieu. Ambiance de folie avec James Andrews, trompettiste, chanteur, percussionniste et showman. D’entrée, une second line se forme sur les airs enchaînés des succès de Tremé et croyez-moi, ça balance. Une battle entre James Andrews et un trompettiste norvégien, invité met le feu et ce sera comme çà pendant 3 heures. Les invités se succèdent et Big Chief fait son apparition et chante pendant que tout le public danse, les femmes avec leurs ombrelles et les hommes avec des mouchoirs blancs.

James Andrews, Big Chief

James Andrews, Big Chief

Un « when the saints » de folie, puis quelques tubes de Fats Domino (Blueberry hill, I’m walking, Blue Monday)  avant de se lancer dans le registre Blues puis dans les succès de Marvin Gaye puis James Brown. Soirée mémorable … et c’est comme ça, tous les lundis à l’ Ooh Poo Pah Doo Bar.

Stanton Moore

Stanton Moore

Stanton Moore

Il est des concerts qu’il ne faut pas rater et celui d’un des maîtres néo-orléanais de la batterie, Stanton Moore, en est un. Un trio magique avec David Torkanovski, majestueux et inventif au piano et James Singleton, toujours aussi efficace et créatif, à la contrebasse. Stanton Moore est extraordinaire d’aisance, de facilité sur tous les tempos. Il se plait à jouer avec ces musiciens et s’en donne à cœur joie sur des compositions personnelles mais aussi de David et de James. Encore un grand moment passé au Snug Harbor.

 

Maison à la japonaise

June Yamagishi & Keiko Komaki

June Yamagishi & Keiko Komaki

Le club sur Frenchmen street « Maison » se mettait à l’heure japonaise en recevant le formidable guitariste June Yamaghishi et la claviériste Keiko Komaki. Une bonne section rythmique accompagnait ces deux virtuoses qui offraient leurs compositions avant de se laisser aller au funk néo-orléanais. Très bon moment musical dans un club bondé et devant un public très réceptif … et démonstratif … et bruyant aussi.

Kermit Ruffins

Kermit Ruffins

A l’Armstrong Park, après la traditionnelle parade (second line) dans le parc et devant la statut de Louis Armstrong, c’est la figure locale, le trompettiste, chanteur, showman, Kermit Ruffins  (que l’on dit ici, l’héritier de King Louis) qui animait la deuxième partie de la soirée avec ses Barbecue Swingers et avec toujours beaucoup d’enthousiasme. Encore un bon moment de musique, de danse … et de crawfish.

Charlie Hunter

Charlie Hunter

Le « Maple Leaf » invitait pour une soirée inoubliable, un duo exceptionnel : Johnny Vidacovich (Astral Project) et Charlie Hunter. Guitariste extraordinaire, Ch. Hunter joue, en même temps, sur sa 8 cordes, une ligne de basse, accords et solo. Un son magnifique et un jeu époustouflant sur des improvisations faisant référence parfois à des chansons de variété ou en rendant hommage à Prince ou encore à Allen Toussaint. J. Vidacovich, batteur incontournable de la Nouvelle Orléans, laisse le plus souvent l’initiative au guitariste mais prend des solos de toute beauté et c’est un spectacle aussi visuel car on dirait un peintre devant sa toile. Les deux compères s’observent et se provoquent avec de grands éclats de rires. Grandiose !

Johnny Vidacovich

Johnny Vidacovich

 

JazzFest Week 1

Aya Takazama

Aya Takazama

Top départ avec déjà une grosse journée où la crème solaire était de rigueur pour écouter la crème des musiciens invités au New Orleans Jazz & Heritage Festival 2016. Aya Takazawa, excellente trompettiste japonaise se faisait très remarquer ainsi que compatriote saxophoniste. Bon pianiste et un contrebassiste (japonais, lui aussi) faisaient un accompagnement de qualité avec un batteur local qui n’était autre que Jason Marsalis. Excellent début de journée après un passage à la tente Gospel où s’activaient une trentaine de choristes.

Sur la scène « Acura », Buckwheat Zydéco faisait retentir son accordéon chromatique et chantait quelques classiques du genre devant un parterre d’inconditionnels de cette musique.

Jason Marsalis

Jason Marsalis

On retrouve Jason Marsalis sous la Jazz Tent avec un quintet de qualité. On remarquait, entre autre le talent du trompettiste Ashton Parker sur des thèmes originaux de Jason. De remarquables musiciens formaient ce quintet très agréable à écouter.

Ashton Parker

Ashton Parker

Le Big Band du pianiste Matt Lemmler avec une chanteuse qui sût se mettre le public dans la poche et un batteur de classe qui véritablement s’amusait, du nom de … Brian Blade.

Matt Lemmler

Matt Lemmler

Brian Blade

Brian Blade

Big Chief Donald Harrison Jr évoluait sur l’immense scène « Congo Square ». Cet infatigable saxophoniste était accompagné d’un jeune pianiste cubain, d’un percussionniste porto ricain, du guitariste local Detroit Brooks et du Bridge Trio. Au clavier, Connun Papas, à la basse électrique, l’excellent Max Moran et le superbe batteur néo-orléanais, maintenant, plus Newyorkais, qui a fait ses classes à Nocca (célèbre high school de Nola) : Joe Dyson. Donald Harrison le congratulait avec beaucoup de paternalisme car c’était son dernier concert avec lui. En effet, Joe Dyson se consacre maintenant à sa propre formation à New York. Il présentait son jeune remplaçant (21 ans) très prometteur. Très bon concert.

Géri Allen

Géri Allen

Après quelques coups de soleil, retour à la Jazz Tent pour écouter un magnifique concert de la pianiste Géri Allen entouré d’un autre jeune pianiste de 21 ans qui paraît-il se fait déjà un nom à New York, Christian Sanders.

Christian Sanders

Christian Sanders

Des duos exceptionnels puis Géri Allen lui laissait les commandes du camion sur 2 compositions personnelles, avant de revenir pour quelques solos qui faisaient lever l’assistance. Le guitariste, Russell Malone se taillait, lui aussi, une belle part, certes avec quelques impros de classe et sur une de ses splendides compositions. Une standing ovation récompensait cette très belle prestation, devant … George Wein, créateur de cet événement.

Russell Malone

Russell Malone

Enfin, pour clôturer cette première journée, place encore à un musicien local en la personne du trompettiste Christian Scott qui venait présenter sa stretch music.

Christian Scott

Christian Scott

Accompagné d’un saxophoniste alto Newyorkais, d’un saxophoniste ténor, néo-orléanais, d’un jeune guitariste, lui aussi néo-orléanais que l’on a vu grandir à la Nocca,

d’un très bon batteur et de … Joe Dyson aux percussions africaines,

Joe Dyson

Joe Dyson

Christian Scott dédiait une de ses compositions à sa grand-mère, présente au concert.

Les choix étaient difficiles en cette première journée de festival car, à la même heure, sur d’autres scènes, se produisaient Steely Dan, Janelle Monaé, Sharon Jones and the Dap-Kings, Dwayne Dopsie & the Zydeco Hellraisers, Walter Trout et Shades of Praise … entre autres…

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Léognan’s Boogie Festival 2016

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Un festival Boogie Woogie à Léognan, ville déjà célèbre pour sa belle appellation de vins partagée avec Pessac et pour son festival de Blues, pourquoi donc ? Tout simplement car, comme souvent, des passionnés ont formé une association pour promouvoir le genre et tant qu’à faire en organiser un festival, premier du genre et espérons le d’une longue série. A la tête de l’association Les Nuits du Boogie la famille Michiels dont le fils Florian est un très bon pianiste, il va nous le montrer ce soir.

Tout est né d’une rencontre avec le pianiste Jean-Pierre Bertrand une sommité du genre en France notamment créateur du Beaune Blues Boogie. Il est là ce soir et va jouer, un peu comme le parrain de la manifestation.

Mais qu’est ce que le Boogie Woogie ? C’est à l’origine une manière d’interpréter le blues au piano. Son nom vient de son rythme proche « ta-da ta-da » le battement des roues de trains sur les joints des rails (à l’époque non soudés entre eux), un double essieu de train s’appelant boogie (bogie en Français) ; le Woogie est associé artificiellement par assonance pour mieux sonner. C’est devenu un genre à part entière. Le site de l’association Les Nuits du Boogie vous en dira plus.

Le jazz est protéiforme mais le jazz a des racines, ce style en fait partie. Quel est le jazzman qui n’a jamais un jour joué du Boogie-Woogie, ce blues rapide à la rythmique caractéristique sur lequel on peut broder à l’infini ? De là à en faire une spécialité pour certains musiciens c’est une découverte pour moi.

Ce soir, nous annonce-t-on, nous avons la chance d’entendre deux des meilleurs spécialistes européens du genre, le Français Jean-Pierre Bertrand et l’Allemand Frank Muschalle. Florian Michiels, le régional de l’étape, aura l’honneur de partager la scène avec eux. On ne va pas être déçu.

Pour cette première édition, certainement à cause d’une organisation en rodage et ainsi d’une communication trop timide la salle Georges Brassens est loin d’être remplie. Qu’importe, les absents auront tort.

Deux pianos à queue se font face sur la belle scène, pourtant, pour commencer le concert les trois pianistes se ruent sur un seul d’entre eux pour jouer à six mains un Boogie-Woogie endiablé. Le ton est donné, celui du partage, du plaisir musical.

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Florian Michiels reste seul pour un blues, rejoint bientôt par le guitariste Nicolas Peslier (quintet de Marc Laferrière)  , le contrebassiste Gilles Chevaucherie (les Haricots Rouges) et le batteur Stéphane Roger (Mégaswing quartet, habitué du Caveau de la Huchette) des musiciens qui accompagnent souvent Jean-Pierre Bertrand. Pour Florian c’est un peu le baptême du feu et il va relever le défi haut la main.

Jean-Pierre Bertrand va ensuite le remplacer et nous montrer l’étendue de son talent avec quelques Boogie-Woogie débridés, main gauche rythmique en pilote automatique, la droite volant sur le clavier ; remarquable. Des titres de Joe Turner, de Memphis Slim, Clarence Williams pour une main droite agile ne dépassant pas le tiers droit du clavier et une débauche de triples croches. Et quelle gaieté dans le jeu ! Au gré des titres, la formation va aller du piano solo au quartet chacun apportant ses chorus avec talent et bonne humeur.

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Jean-Pierre Bertrand

Jean-Pierre Bertrand introduit alors son collègue allemand Frank Muschalle en nous précisant qu’avec lui le piano sonne différemment… Je crois bien que sans cet avertissement nous nous en serions rendu compte ! Une rythmique de main gauche très riche tout en gardant ce tempo d’enfer et une main droite qui fait se demander s’ils ne sont pas plusieurs à jouer en même temps, le tout avec un son profond et un liant extraordinaire. J’ai rarement entendu un pianiste jouant avec une telle aisance et une telle musicalité ; le son d’Oscar Peterson, mais dans un autre genre. Son interprétation du tube du genre « Boogie Woogie Stomp » valait à elle seule le déplacement !

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Frank Muschalle

Une pause bienvenue va nous permettre de déguster de délicieux vins du crus, Chevalier et Grandmaison, de savourer quelques gourmandises et de rencontrer les musiciens. Puis ça repart pour un second set qui va s’organiser en direct, au gré des deux principaux pianistes, se questionnant à haute voix sur le morceau à jouer et appelant les sidemen en fonction du choix. Une ambiance détendue pour une qualité musicale de très haut niveau . Les dialogues des deux pianos, certains diraient des battles maintenant, sont jouissives, n’ayons pas peur des mots. Le public s’enflamme – trop souvent à contretemps – on a envie de danser – zut j’ai oublié ma partenaire fétiche – on se régale !

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Final avec tout le monde sur scène et à trois aux pianos, Florian rejoignant deux de ses idoles en toute simplicité. Une très belle soirée à laquelle Action Jazz est heureuse d’avoir participé et des organisateurs satisfaits car pour un coup d’essai c’est un coup de maître musical. Que ceux qui ont raté ça cette année soient là l’an prochain !

En partant j’ai la chance de me trouver à côté de Florian Michiels quand son professeur de piano vient le féliciter avec émotion « bravo, tu as vraiment bien bossé » ; certainement vu le résultat.

:

http://lesnuitsduboogie.wix.com/lndb#!blank-1/o0r6l

 

 

Akoda en liberté au Caillou

par Philippe Desmond, photos Pierre Murcia.

Je l’avoue, Akoda fait partie des chouchous d’Action Jazz, de par la personnalité de son leader la pianiste compositrice Valérie Chane-Tef , la qualité musicale proposée, le talent du groupe et les différentes formes que celui-ci peut prendre. En quintet avec chanteuse, en quartet sans chanteuse, en quartet avec chanteuse invitée – Ceïba – et ce soir en trio. Prosaïquement c’est un format idéal pour l’exiguïté du Caillou – ce soir encore archicomplet – cela va s’avérer un format idéal pour la liberté musicale.

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Valérie est bien sûr au piano et au clavier électrique, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie au set de percussions. Toujours une curiosité d’ailleurs que de voir ce dernier, baguette dans une main l’autre sans rien, s’activer sur cet étrange équipage, mélange de batterie et de percussions, notamment un cajon installé à l’horizontale (!), cloche, cymbales de toutes tailles, congas, bendir… La sobriété matérielle de son collègue Benjamin contraste, quatre cordes seulement à une époque où les basses en voient le nombre augmenter, pas d’effets ; si justement ce soir il y en aura : un !

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Le répertoire on s’y attend va tourner autour de leur dernier EP « Mariposa » mais, on s’y attend moins, va comporter quelques belles surprises. Aux titres de l’album comme « Mariposa », le presque tube « Ou pas » et d’autres, vont venir s’ajouter de nouvelles compositions et des arrangements de titres d’autres artistes.

La première surprise pour un groupe se réclamant du « jazz créole » est la reprise de « Seven Days of Failing » d’E.S.T le trio suédois. Le regretté Esbjörn Svensson est un des pianistes favoris de Valérie Chane-tef, ceci explique cela. La douceur et le balancement du thème conviennent très bien à Akoda et l’adaptation est très réussie.

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Le public est appelé à baptiser un nouveau titre pour le moment intitulé par Franck « easy » en référence au easy listening qu’il est certes au début mais plus trop à la fin tant le tempo va se durcir. Pour le titre on cherche toujours.

Dans cette formule en trio le groupe est vraiment en totale liberté, plus de « contraintes » liées au chant. C’était le souhait de Valérie Chane-tef que de proposer cela, permettant ainsi une approche plus libre et donc plus jazz, les chorus et improvisations n’étant plus freinées par la structure musicale découlant du chant. Une autre façon de mettre en valeur ses propres compositions. La couleur du groupe est toujours bien présente avec cette forte assise de la basse, colonne vertébrale de l’édifice, parfaitement tenue par Benjamin, l’omniprésence et la créativité des percussions du toujours surprenant Franck et bien sûr le toucher subtile et chaloupé de Valérie ; on pense notamment à celui de Mario Canonge ce maître antillais du piano.

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Une autre reprise va arriver avec « Cinéma G » du jeune pianiste israélien Shaï Maestro interprété avec une extrême délicatesse par Valérie, Benjamin et Franck jouant tout en retenue. Tiens au fait le piano du Caillou va mieux, un accordeur a dû passer par là.

Le public – très à l’écoute pour un restaurant – est à nouveau sollicité pour deviner le thème qui arrive avec cette ligne de basse envoûtante et répétitive ; oui bon sang mais c’est bien sûr ! Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le découvrir quand vous irez voir Akoda ; juste quelques indices, disons que cela évoque un couple de gangsters et que la version originale est chantée par un mec pas dégueu. Vous pigez ?

Un autre des pianistes préférés de Valérie est appelé en la personne de Chick Corea avec un arrangement du mélodieux « Children’s song » . Le piano chante.

Et bien sûr la Guadeloupe, Cuba, la Réunion, autant de contrées qui seront évoquées musicalement à travers les titres joués. Akoda a vraiment une signature reconnaissable, c’est une qualité.

Alors qu’après les ovations la salle s’est vidée, un couple revient et s’approche de Valérie Chane-Tef. La dame guadeloupéenne, très émue, lui dit qu’elle est revenue car elle n’arrive pas à partir sans l’avoir embrassée tant elle a été bouleversée par le concert. Le genre de récompense que les vrais artistes apprécient ; Valérie apprécie.

http://akoda.e-monsite.com/

Akoda en quintet – avec sa chanteuse historique Mayomi Moreno – jouera au festival de Saint Emilion le samedi 23 juillet à 17 h.

Avalon Jazz Band chez le Pépère

par Philippe Desmond.

Ambiance Speekeasy hier soir Chez le Pépère ; on dit aussi Blind Pig pour ce genre de bar – à l’origine clandestin – ce qui convient parfaitement à ce lieu dédié au cochon et aux cochonnailles.

L’affiche est alléchante pensez donc un duo, une chanteuse et un violoniste, venant de New-York, associé à un trio local, pour un répertoire jazz à base de standards français : Avalon Jazz Band.

Tatiana Eva-Marie au chant et Adrien Chevalier au violon sont pour l’occasion associés à Stéphane Séva (washboard, percus et chant), Franck Richard (contrebasse) et Erwann Muller (guitare manouche) ces deux derniers du Hot Swing sextet. Du beau monde.

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La cave de chez Pépère est déjà bondée quand descendent les musiciens qui attaquent un instrumental avant d’accueillir Tatiana dans une robe à fleurs agréablement surannée, costume de scène ? On verra plus tard.

Un titre de Jean Sablon puis « Ta Main » de Charles Trenet, « Coquette » (de Nat King Cole, pas de Benjamin Biolay). Les cordes des violon, guitare et contrebasse amènent la touche manouche et le washboard une jolie couleur de fantaisie New Orleans. Arrive un peu de nostalgie avec « les Feuilles Mortes »que les Américains nous ont piqué pour en faire « Autumn Leaves ». Tatiana a un phrasé particulier, décalée sur le temps elle apporte une touche très personnelle dont on aura l’explication. On verra plus tard.

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Stéphane Séva enchaîne au chant – il y excelle – sur l’intemporel « In a Mellow Tone » du Duke avant que Tatiana nous confie « I Love Paris » de Cole Porter. Au violon Adrien Chevalier régale avec élégance et musicalité, la rythmique qui joue avec lui pour la première fois le soutenant parfaitement, peut-être un peu faible au niveau sonore. Chorus des uns et des autres et oui Trenet, Sablon, Kosma c’est aussi du jazz quand on le veut.

La pause arrive à point nommé pour décompresser les corps agglutinés jusque dans le colimaçon de l’escalier et renouveler une atmosphère chaleureuse certes mais surtout très chaude.

On repart avec « Les Roses de Picardie » immortalisées par Montand, puis la légendaire « J’attendrai », « Ménilmontant » de Trenet, « C’est si bon » tellement bon que nous chantons, « Qu’est ce qu’on attend pour être heureux », rien, nous le sommes.

Ce choix délibéré de répertoire, reflet en partie de l’époque Zazou des sombres années d’Occupation en France, il vient tout simplement de l’enfance de Tatiana dont les parents écoutaient ça et dont le papa imitait Yves Montand. Quand elle a voulu devenir chanteuse, il n’y pas si longtemps car elle est très jeune, elle a choisi de faire ce qu’elle aimait tout simplement. Sa façon de chanter est aussi un choix personnel « je m’occupe du texte et de son sens, son émotion, pas de la musique ». Surprenant et donc ce qui donne ce style légèrement décalé qui ne la fait pas chanter pas sur les notes mais autour.

Tout cela est en cohérence avec son personnage et sa façon de vivre, comme elle en a envie et non comme la norme l’impose. D’où sa façon aussi d’être, de s’habiller pareil à la scène comme à la ville avec ce côté candide et décalé. Une personne très attachante et authentique.

En plus ça marche, à New-York, où le duo est basé et se produit régulièrement avec le même type de formation que ce soir dans les clubs ou des salles prestigieuses, les gens sont friands de cette élégance française et de ce parfum de Paris ; et « pas que les vieux » précise-t-elle avec vigueur ! « Les gens sont là-bas lassés des choses trop sophistiquées, trop travaillées, trafiquées et cherchent aussi de l’authentique ».

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En rappel avant de dire bonsoir « Ah dis ! Ah dis ! Ah, bonjour ! » une bluette peu connue de Trenet et chantée dans une bonne humeur communicative ! Avec en plus de tels musiciens c’est du gâteau !

C’est fini on va pouvoir se décomprimer, je laisse Tatiana et sa collègue chanteuse bordelaise Blandine parler boutique. Dehors non pas Ménilmontant mais Mériadeck sous quelques gouttes de pluie pourpre… Atterrissage immédiat.

http://www.avalonjazzband.com/

Flashmob Jazzy avec Misses Swing ; quai numéro 1 voix : 3

par Philippe Desmond

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Mercredi 14h30 c’est une heure inhabituelle pour aller écouter de la musique ; qui plus est, dans un lieu original : le hall de départ de la gare Saint-Jean de Bordeaux. Certes certains endroits où jouent parfois les musiciens ressemblent à des halls de gare, ça rentre, ça sort sans s’occuper du concert, mais là c’est bien au sens propre qu’il faut prendre le terme.

On annonce un Flashmob Jazzy et les Misses Swing sont aux commandes. Ce trio inspiré des Andrew Sisters est composé de chanteuses de la région, Florence de Bengy (Mezzo), Laura Arazola (Alto mezzo) et Laura Minaé (soprano), de quoi chanter en harmonie donc, ce dont elles ne se privent pas. Pascal Ducourtioux aux percussions (et bruitages donnant une touche amusante au set) ainsi qu’à la direction musicale et Julien Birot à la guitare (avec une belle « pompe » swing) épaulent le trio.

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Cette formation est en train d’acquérir une certaine notoriété et prépare actuellement son deuxième album. Elle est là cet après-midi dans ce lieu insolite à l’invitation du Musée des Beaux Arts qui pour son exposition temporaire « Bacchanales Modernes » organise ainsi des événements hors ses murs.

Vu la taille imposante du hall il a fallu adapter le répertoire qui est délibérément swing et entraînant sans les ballades plus nuancées habituelles. Le but est d’attirer les voyageurs et les passants voire de les faire danser ; certains vont le faire ; une dame pose sa valise près de moi et s’en va swinguer, beaucoup tapent dans les mains, nombreux sont ceux qui filment et photographient. Un vrai succès de curiosité d’abord puis un succès tout court ensuite ; c’est gagné.

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Le répertoire est mêlé de compositions dont quelques titres Gospel et de standards. « Jericho », « Armstrong » (version Nougaro) « Sing Sing » des Andrew Sisters, le traditionnel « Swing low sweet chariot » … Les versions sont adaptées avec originalité loin d’une facilité confortable et le trio, élégamment vêtu de rouge et noir, a un show bien rodé entraînant souvent le public avec lui. Belle trouvaille que de commencer chaque set avec la fougueuse chanson « les triplettes de Belleville ». C’est gai, ça swingue !

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Spectacle vraiment insolite que d’entendre cette musique ici et une réelle bonne idée que d’amener la culture et le jazz en particulier vers les gens, qui visiblement apprécient. Un moment très sympathique avec Misses Swing.

L’histoire ne dit pas si les musiciens sont repartis avec le « A Train »…

Nola news 2016

par Alain Piarou, photos : Irène Piarou

New Bumpers at Fritzel's

New Bumpers at Fritzel’s

Bordeaux ‘s connection …

Le French Quarter doit sûrement être un quartier de Bordeaux car, hier soir on pouvait y croiser bon nombre de musiciens aquitains. Sur Bourbon street,  au célèbre Fritzel’s  on pouvait entendre les New Bumpers avec Fred Dupin au soubassophone, Gaëtan Martin au trombone, Stéphane Borde au banjo et Pascal Perrin à la clarinette et au soprano. Sébastien Arruti venait en plus jammer au deuxième set. Deux heures plus tard, on y entendait Jérôme Laborde et sa nouvelle formation. C’est un public de connaisseurs qui applaudissait les « frenchies ».

Glen David Andrews

Glen David Andrews

Glen David Andrews show !

Au « d.b.a. » club sur Frenchmen street, c’est le chanteur-tromboniste Glen David Andrews (encore un cousin de Troy « Trombone Shorty » Andrews) qui faisait son show. Trois minutes sur la scène et deux heures au milieu du public. Les Périgordins l’avaient découvert et largement apprécié en octobre dernier grâce à la belle initiative de Stéphane Colin et du MNOP Festival. Il vient faire chanter quelques personnes prise au hasard, aguiche les filles et dialogue avec le public pendant que son jeune et excellent saxophoniste fait preuve d’une maîtrise parfaite de son instrument et d’une créativité débordante lors de ses chorus. Deux sets d’1h30 durant lesquels Glen David Andrews joue, chante, passant de thèmes néo-orléanais à des classiques du funk et du rythm ‘n blues sans transition. Il ne tient pas en place une seconde, fait jouer ses musiciens, les congratule en les présentant. C’est le partage et la fête. Que du bonheur !

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Keiko Komaki

Organ night

C’est en écoutant Professor longhair, Dr John et les Meters dit-elle, que Keiko a appris cette musique qu’elle interprète à merveille. Organiste et pianiste, elle était leader d’un trio de classe, au Maple Leaf Bar. George Porter Jr, pas étonnant donc de le retrouver là, faisait chanter sa basse. Un jeu impressionnant et des chorus de toute beauté. Si Raymond Weber Jr ne prenait pas de risques, il s’avérait être un véritable métronome et un soutien très efficace à la batterie. Il prenait toutefois un chorus très remarqué en fin de deuxième set sur un « Caledonia » d’enfer. Keiko se taillait la part du lion et nous faisait passer du funk au Blues et au jazz fusion en jonglant du piano électrique à l’orgue avec une grande virtuosité. Beau concert.

Keiko Komaki, George Porter Jr, Raymond Weber Jr at Maple Leaf Bar

Keiko Komaki, George Porter Jr, Raymond Weber Jr at Maple Leaf Bar

Zydeco in the Park.

Sunspie and the Louisiana Sunspots

Sunspie and the Louisiana Sunspots

Le Parc Louis Armstrong accueille tous les jeudis « Jazz in the Park » à partir de la mi-avril. Et, pour cette première, c’est une soirée Zydeco et musique Cajun. Après la « second line » traditionnelle (défilé derrière des danseurs au son d’un Brass Band) dans le parc et devant la statue de King Louis, place à la scène avec, en première partie, Sunspie and the Louisiana Sunspots. Tous les classiques du genre étaient interprétés avec ferveur et les danseurs s’en donnaient à cœur joie au son de l’accordéon. Bonne ambiance familiale. C’est Amanda Shaw qui assurait la deuxième partie de programme avec toujours autant de punch. Formidable violoniste et bonne chanteuse de musique Cajun. A découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas ou méconnaissent ce style musical. Il y a quelques racines françaises dans tout ça.

The Louisiana Sunspots

The Louisiana Sunspots

Delta Blues night.

BB King Blues Club New Orleans

BB King Blues Club New Orleans

Ouvert il y a très peu de temps, le BB King Blues Club of New Orleans accueille, dans un cadre très sudiste, des musiciens du Mississippi et du Tennessee. On peut y manger « cajun » pour pas cher et sur la grande scène, 8 musiciens dans la tradition Blues du Delta, s’activent à vous faire penser que vous passez une soirée dans un des « juke joint » de Clarksdale (Mississippi), en bordure du Sunflower. Et pourtant, on est bien à New Orléans, en bordure du fleuve Mississippi. Belle section de cuivres, un organiste et une section rythmique à la hauteur, accompagnent un excellent chanteur et une formidable chanteuse qui n’hésite pas à aller dans les aigus. Le Delta n’est pas loin et on est bien dans la tradition. Ce nouveau lieu, déjà bondé le week end vaut le détour. Pas forcément authentique mais très plaisant.

Blues Band

Blues Band

Crawfish boil dance party !

Crawfish party at Maple Leaf Bar

Crawfish party at Maple Leaf Bar

Comme tous les dimanches soir, l’habitude est prise d’aller à la « crawfish party » organisée par le « Maple Leaf » club. Tables installées, voici les serveurs avec leurs paniers d’écrevisses, de crevettes, de patates, de saucisses et de maïs. Debout, de chaque côté, les amateurs de sea food se ruent sur la montagne de fruits de mer pendant que les musiciens font leur balance.

Crawfish Party at Maple Leaf Bar

Crawfish Party at Maple Leaf Bar

On débarrasse et le concert commence. Malgré une sonorisation, ce soir, défaillante, un des maîtres du funk, Joe Krown, à l’orgue,

Joe Krown

Joe Krown

Walter « Wolfman » Washington à la guitare,

Walter "Wolfman" Washington

Walter « Wolfman » Washington

Russell Battiste à la batterie

Russell Battiste

Russell Battiste

plus un percussionniste s’adonnent à faire balancer les corps sur du Blues mêlé de funk. Wolfman Washington va même chanter d’une voix rauque et profonde, un « every day I have the blues » sur lequel, Joe Krown va réaliser un chorus d’enfer. Le bar ne désemplit pas car il faut absolument éteindre le feu causé par le tabasco…

 

Paolo Fresu Devil Quartet- Le Off d’ Eymet samedi 09/04/2016

Par Dom Imonk, photos : Joel Delayre

Paolo Fresu

Paolo Fresu

Blottie aux portes du Périgord, Eymet est une charmante petite ville, dont le cœur s’enflamme chaque année pour le jazz, de l’automne au printemps. Ainsi, ce samedi, on vivait le concert de clôture de la 10° édition de ses « Off », amoureusement concoctés par l’association Maquiz’Art  que dirige avec passion Laurent Pasquon, un fou de musique, tout comme sa douce épouse Suzanne, et une solide équipe de bénévoles dont on salue aussi l’engagement. L’éclectisme de la programmation, ouverte à l’international, explique le succès de ces soirées. Jugez plutôt la richesse de cette dernière édition: Mowgli et Sabbagh/Humair/Monder en Octobre 2015, The Boss City et Meta en Novembre et Samy Thiébault en Décembre ; puis 2016 démarre avec B2Bill et Elvin P-Leez en Janvier, suivis de Gregory Privat/Sony Troupé et Yoann Loustalot en Février et de Portal/Peirani/Parisien et Panam Panic en Mars. C’est le grand retour du trompettiste bugliste Paolo Fresu, qui était déjà venu au « Off » avec son ami Omar Sosa, pour un magnifique concert en Octobre 2012. Ce soir c’est au tour du Devil Quartet d’embraser une salle toute neuve, au design et à l’acoustique parfaits. Le public est nombreux et c’est un vrai plaisir que d’y retrouver Suzanne et Laurent, ainsi que les amis de Bordeaux, Marc, Annie, Martine et Jean, et quelques autres têtes connues.

Le Devil Quartet est une formation qui délivre un jazz moderne et raffiné, plutôt groove et pêchu, ce qui n’exclut pas la finesse et la tendresse par moment. En plus d’être un musicien et compositeur réputé, Paolo Fresu est un humaniste clairvoyant, qui sait s’associer avec des personnalités qui le sont tout autant. On trouve ainsi à ses côtés de grands acteurs de la scène italienne: Bebo Ferra (guitare, effets), Paolino Dalla Porta (contrebasse) et Stefano Bagnoli (batterie). Le Devil Quartet a actuellement deux albums : « Stanley music ! »  (Emi/Blue Note 2007) et « Desertico » (Bonsaï Music/ Tuk records 2013) qui sera principalement joué ce soir, mais Paolo nous a confié qu’un troisième disque était en préparation.

Voilà que les lumières s’éteignent, le groupe arrive fringant, et le concert débute par « Ambre », balade gorgée d’un feeling nostalgique, qui nous séduit d’entrée par sa douceur, guitare cristal, basse féline et un Paolo Fresu impressionnant, dont le final le voit tenir la note à l’infini par respiration circulaire, soutenu par les samples magiques du guitariste. C’est un « Moto perpetuo » (Stanley Music !) up tempo qui prend la suite, morceau écrit pour un documentaire sur la Palestine. Les sonorités liquides de Bebo Ferra lui vont à ravir, on pense au Scofield de Decoy (Miles). Paolo ensorcelle les sons d’electro, qu’il diffuse en éclairs précis, alors que basse et batterie poussent le tout en sautillant, Stefano Bagnoli finira même en claquant simplement des doigts. Du grand art que l’on retrouve aussi dans le très beau « La follia Italiana » qui suit. Paolo Fresu est aussi un conteur de l’intime. Tout le monde était pendu à ses lèvres quand il a raconté l’histoire de l’hôtel  Universo (« hôtel de charme » dixit Paolo) à Lucca, ville au sud de Florence, où il devait jouer, et de la « chambre n°13 » qu’aurait jadis occupé Chet Baker, dont une photo trônait derrière le lit. Tout ceci dit avec humour et respect, pour annoncer « Blame it on my youth », reprise en son temps par Chet, vibrant hommage, la trompette sourdine nous tire les larmes, tandis que Bebo Ferra et Paolino Dalla Porta nous enchantent de deux somptueux chorus. « Desertico » – à moins qu’il ne s’agisse plutôt d’un medley « Desertico/Voci Oltre » – est l’un des rendez-vous majeurs de cette soirée. L’un des morceaux où le trompettiste s’adresse « spirituellement » à la fois à Miles Davis et à Jon Hassell, ses maîtres avoués. Tout y est, c’est magique. Tempo soutenu, tantôt une electro discrète à la Jon Hassell au début, tantôt des fulgurances à la Miles. Contrebasse et batterie sont les redoutables alliées d’une rythmique groove façon 70s, sur laquelle Bebo Ferra dépose des chorus princiers tatoués de samples fouillés. A un moment, on croit même détecter une allusion furtive au « My Man’s gone now » version We Want Miles. C’est fou ! Mais ça ne va pas se calmer car un « (I can’t get no) satisfaction » de braise va nous clouer au sol en fin de set.

Un premier rappel nourri par l’amour révèlera encore la belle âme de Paolo et de ses hommes. « Ninna Nanna per Andrea » hommage aux papas du groupe,  et à Suzanne, puis « Inno alla vita », dédié aux enfants migrants et à ceux d’Haïti pour laquelle Paolo Fresu s’est engagé et dont il est récemment revenu bouleversé. C’est un superbe « Bye bye blackbird » qui clôt cette très belle soirée, la précise sourdine et les silences de notre trompettiste mènent ce groupe d’exception vers la coda, en forme de berceuse. Les « Off » reviennent dans six mois, et Paolo Fresu a son festival « Time In Jazz » à Berchidda (Sardaigne) début Août, surveillons-les de très près. Un grand merci aux « Off » d’Eymet et aux musiciens, et disons tous en cœur « We want Devil Quartet ! », « We want Paolo ! ».

 

Le Devil Quartet

Le Devil Quartet

Paolo Fresu

Time in Jazz

Maquiz’Art