Tom Ibarra Quartet au Caillou le 28/05/16

Par Dom Imonk, photos Thierry Dubuc

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Tom Ibarra Quartet

Il n’y a pas que le Petit Poucet qui sème des cailloux pour retrouver son chemin, Tom Ibarra fait ça très bien aussi, il en a même retrouvé un gros, le Caillou du Jardin Botanique, dans le ventre duquel il s’était déjà produit il y a à un peu plus de trois mois, avec un quartet pour moitié renouvelé, se cherchant encore un peu, mais qui annonçait la couleur future du groupe. C’est le dernier concert du Printemps de Music [at] Caillou, avant que ne démarrent les très attendues Estivales dès le 1° juin. Beaucoup de monde pour cette ultime soirée, il y en a dedans, qui se régalent déjà de mets gouteux et de fins élixirs, d’autre préfèrent le grand air, mais les oreilles aux aguets. Le quartet c’est donc toujours Tom Ibarra à la guitare et aux compositions, Pierre Lucbert à la batterie, Christophe de Miras aux claviers et Jean-Marie Morin à la basse électrique. Ils sont tout sourire, pas de stress, mais aux regards entendus que l’on croise, quelque chose nous dit qu’on va passer une soirée mémorable, si l’on se souvient du feu qu’avaient mis début Mai ces quatre diables au Siman Jazz Club, dont on salue au passage l’équipe de passionnés.

Un premier set particulièrement riche a mis le public en condition, en piochant des thèmes de « 15 », l’album de Tom sorti fin 2015. L’énergie du live transfigure les « Be careful » , « Mr Chat » et autres « Thank you Bob » (dédié à Bob Berg). Ils sont développés et dévoilent à chaque fois une âme neuve, alors qu’on se délecte des petits nouveaux, de vrais brûlots, qui se rodent au mieux comme« I’m sick », « Question », « Inside » et « My Red Book », envoutante allusion au projet « Jazz India » dont on reparlera. Autant dire que ceux qui ne connaissaient pas en ont pris pour leur grade et sont repartis le cd dédicacé sous le bras, même si d’aucuns ont pu trouver le groupe un peu sous-sonorisé au début, mais ça s’est arrangé par la suite. Il est clair que depuis sa refondation, le quartet a gagné en cohésion et en rigueur, ce qui renforce l’impact de la musique, servie par un son de plus en plus affuté et évolutif. Chacun est à sa place pour alimenter le groove d’une musique qui, de façon presqu’imperceptible, précise son essence, parée d’habits jazz-funk, voire soul, en délaissant tant soit peu l’écharpe fusion des tout débuts.

Le deuxième set a carrément mis l’aiguille dans le rouge en ouvrant avec le « So what » de Miles Davis, très pêchu et funky. Mais de petits soucis techniques sur le clavier ont agacé le groove qui, n’y tenant plus, est reparti de plus belle dès les choses réparées par Benoît Lamarque, bienveillant maître des lieux. Résultat des courses, un son gros comme ça, de la patate dans tous les virages et un final sur le « Billie Jean » de Michael Jackson, plus funky que soul cette fois-ci, ingrédients savamment épicés qui ont achevé la conquête d’un public qui n’en revenait pas. Et il n’avait d’ailleurs pas tout vu, car d’autres nouveautés sont venues enfoncer le clou dans le sol d’un Caillou réjouit, comme « The notes », « The Lego », dédié à un fan anonyme, et « Death », autre extrait gorgé de spiritualité, tiré du projet « Jazz India ». C’est un « Mona » au feeling encore renouvelé et plus profond, qui est venu conclure ce set. Morceau mystérieux, le petit secret de son auteur…

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Christophe de Miras et Jean-Marie Morin

Le groupe évolue et murit en mode accéléré. Chaque concert  réserve sa part de surprises et de petits signes témoignent de ces changements, comme par exemple le jeu expert de Christophe de Miras, qui privilégie de plus en plus des envols jazzy, teintés de groove vintage, laissant à Jean-Marie Morin et sa superbe basse six cordes au son de velours, le soin de garder le temple du fusionnel dont ses lignes longues et racées raffolent. Quant à Tom Ibarra et Pierre Lucbert, leur complicité les soude d’une joie évidente de jouer dans l’échange incessant, et chacun sourit sans retenue des trouvailles de l’autre, qui jaillissent d’un peu partout. C’est presqu’un spectacle dans le spectacle. On ressent de plus en plus une sorte de gémellité entre eux, voire une « union sacrée ».  Je chipe « le diamant s’affine » à ma voisine, et c’est tout à fait ça. Du haut de ses 16 ans, Tom Ibarra est, rappelons-le, endorsé par Ibanez, mais son jeu s’est enrichi du soutien de la marque Roland. En effet, il utilise désormais un GT 100 (Boss) qu’il manie déjà à merveille pour offrir un nouveau son particulièrement riche et profond, ceci s’accordant à ravir à son souhait de jouer moins de notes, laissant toute la lumière à celles qui demeurent. Il nous a encore enthousiasmés par la limpide beauté de son jeu, sa justesse, mais aussi par sa direction de groupe très précise. Quant à Pierre Lucbert, c’est un batteur qui impressionne par sa déconcertante facilité à nourrir d’un drive riche et puissant le groove du quartet, et à savoir aussi gérer les accalmies. Alternances de climats parfaitement maitrisées, petits roulements par-ci, gros breaks ajustés au millimètre par-là, bref, ce n’est pas pour rien qu’à 19 ans, il est le plus jeune endorsé de la marque Yamaha, et qu’il a récemment obtenu son DEM Musiques Actuelles avec d’excellentes notes.

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Tom Ibarra

Pierre Lucbert

Pierre Lucbert

Comme si ces quatre garçons n’avaient pas suffisamment mis le feu au Caillou, deux rappels torrides ont suivi, avec « Exotic City » et le « Happy » de Pharrell Williams, qui ont sérieusement ravivé les braises de ce jazz-funk agile et efficace en diable. Et, croyez-le ou non, à peine la scène quittée et une ovation d’un public ébahi, que voici déjà de retour Tom, aux claviers, et Pierre à la batterie pour une sympathique jam improvisée, histoire de remettre le couvert du groove, alors que Christophe et Jean-Marie les rejoignent bien vite. Une sorte d’after-show de folie, dont le grand Prince était friand, on pense très fort à lui. Ne soyez pas tristes si vous avez loupé leurs concerts, le Tom Ibarra Quartet sera le 04 juin à Molières (Dordogne), le 06 juillet au Club House Rugby à Bordeaux (Ancien Comptoir du Jazz), le 23 juillet au Festival de Jazz de Saint-Émilion et le lendemain au Festival de Jazz d’Andernos.  Et le 02 septembre, ils seront de retour au Caillou du Jardin Botanique dans le cadre des Estivales 2016 !

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Tom Ibarra Quartet

Tom Ibarra

Le Caillou du Jardin Botanique

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