Natacha Atlas / James Carter Organ trio Monségur 08/07/16

Par Annie Robert, photos de Thierry Dubuc
La soirée des Hybridaswing         
Monségur. La bastide perchée. Dans des parfums de foin coupé, de douce soirée, de brise légère, et les reflets bleutés des vignes avant la pluie, les 24 heures du Swing entament leur première soirée. C’est un rendez-vous pris depuis longtemps chez les amateurs de jazz (27° édition !), une respiration de début de vacances que l’on a plaisir à retrouver. Regroupé autour de la halle et de la belle place à arcades du village, le festival va pendant trois jours accueillir son public fidèle et attentif.  Tout y est prêt.
Bien qu’il règne l’atmosphère décontractée et l’air de bienveillance qu’on lui connaît, il semble avoir replié un peu ses ailes. Adieu le village jazz et les animations du foyer. Le off est moins dense, la musique bouillonnante moins présente dans les rues. Dommage sans doute ( mais il y a des impératifs divers qui nous échappent à nous spectateurs et qui se rappellent vivement  aux organisateurs, on le sait bien.)
Sous la vieille halle en fer qui trône sur la place centrale, la soirée proposée semble belle en tout cas ; elle est placée sous le signe de l’hybridation, de la chaleur et des vertus toniques du croisement des influences, de la multiculture et du mélange.

NATACHA ATLAS 1

Natacha Atlas

C’est Natacha Atlas qui entame la soirée. La diva de la pop orientale, petit bout de femme gracieuse lance ses musiciens dans un tempo rapide, soutenu par un ostinato galopant avec Vasilis Sarikis aux drums un peu appuyés parfois et Andy Hamill à la basse.
La voix est chaude, puissante par instants, enfantine à d’autres moments, entrelacée de sanglots et de mélopées, soyeuse comme une liane. Lancinante ou charmeuse, elle s’appuie  sur le travail effectué avec Ibrahim Maalouf  qui lui a confectionné un album sur mesure, intitulé « Myriad Road » mélange de jazz et d’orient. Soutenue ce soir par la trompette claire de Byron Wallen, le violon virevoltant et flamboyant de Samy Bishai, elle passe sans difficulté, de la langue arabe, à l’anglais, de l’atmosphère joyeuse ou nostalgique des rues du Caire, aux morceaux jazz dans la tradition des clubs londoniens ( très délicat  « Something » ) ou à la musique du ballet d’Angelin Prejlocaj ( magnifique « Opium »). Cela donne une boule à facettes dont on recherche, indécis, la couleur, celle du sable ou de la fumée, de l’argile ou du charbon.

Une ballade en forme de berceuse, le piano remarquable, en touches impressionnistes ou en impros toniques et imaginatives d’Alcyona Mick se déploient tour à tour. Des chansons tournées vers la pop s’invitent également comme des bribes joyeuses de radio à travers les rues embouteillées d’une capitale arabe.
Il y a des moments de grâce et des moments de questionnements. L’émulsion ne fonctionne pas toujours, même si elle fonctionne souvent. C’est un hybride étonnant dont le terreau n’est peut-être pas encore assez profond pour donner sa pleine mesure et qu’il faudra voir évoluer.

Natacha Atlas band

Natacha Atlas band

 

Vingt minutes de pause et une petite bière plus tard, c’est au tour du James Carter Organ Trio de rentrer en lice. Changement d’atmosphère et changement de tonus. Mais hybridation également.

JAMES CARTER ORGAN TRIO 6

James Carter

Une présence de géant débonnaire, un sourire malin, et une présentation des morceaux en français (merci bien) nous inclinent illico au partage. James Carter et ses multiples saxophones revisitent Django Reinhardt, le manouche céleste et sa modeste guitare. L’homme de Détroit va croiser les pas et les notes de celui de Samois.
Il va le mouliner, le passer au presse-purée de son énergie pour en faire un « Django Unchained »  de belle facture. Il démarre en fanfare par un chamboulement complet de « Nuages » qui passe de la douceur nostalgique à la furie funkieuse…Ne gardant que l’ossature des mélodies et des phrases, c’est une réappropriation tonitruante et réjouissante qui nous embarque dans un ouragan de notes, de mots, de frappés, de dansés, d’excès en tous genres. Tous les standards sont repensés, décortiqués et habillés de neuf.
De la cire dans les oreilles, de la brume sur les yeux, des cheveux à défriser, un vieux sparadrap à enlever, un brin de vague à l’âme ?  Pas de problèmes, James Carter est là et Gérard Gibbs à l’orgue, Alex White à la batterie ne sont pas en reste.

JAMES CARTER ORGAN TRIO 2

Gerard Gibbs

JAMES CARTER ORGAN TRIO 3

Alex White

Nous voilà nettoyés au Carter, dérouillés au groove, punchés  au swing, carterpillarisés à l’after-beat.  Les sax deviennent jouets, trompettes, percussions sonores, ça slappe, ça chuinte, ça vibrionne… une technique éblouissante, une maîtrise qui impressionne et qui en fait quelques fois un peu trop dans la sur-démonstration de son savoir faire. Petit péché d’orgueil ou grand désir d’amour ? Cela n’entache en tout cas pas le plaisir que l’on prend à l’écoute, surtout quand la folie s’apaise, que le sax soprano délicat se fraye un passage. Le discours mélodique se met alors encore plus clairement en place, l’orgue Hammond chante sa poétique, la batterie swingue avec le bonheur de la baguette libérée. C’est sincère et magnifique, simple comme une caresse.
Une valse musette, un bout de vie en rose et « une douce ambiance » de feu clôturent ce set iconoclaste et même si les yeux sont un peu fatigués par l’heure tardive, l’énergie incroyable que James Carter nous a donnée si généreusement nous accompagnera un bon moment.

La soirée des hybridaswing a été contrastée, parfois heureuse, parfois interrogative mais de toute façon satisfaisante par son existence même, par ce désir forcené d’aller vers les autres , d’établir des ponts et des échanges. Le pont peut être tremblant ou solide, en pierre ou en lianes fines, en balancelles ou en poutrelles, il est là et c’est l’essentiel.
Merci Monségur et bonnes passerelles à venir.

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