Chroniques Marciennes # 1

Par Annie Robert
Marciac 30 Juillet

Soleil et grisaille.
L’arrivée sur Marciac est toujours un moment délicieux: les grands maïs qui se plient en cadence (déjà) sous un petit vent, les bosquets touffus, les vignes bleues de St Mont qui partent à l’assaut des collines rondes, la fraîcheur du lac et celles des arcades, le soleil qui éclabousse sous les velums de la place centrale et les festivaliers débonnaires, les pieds dans des sandales ouvertes, un verre à la main, le sourire aux lèvres et l’éventail frétillant. La musique partout en flots joyeux et continus et les banderoles dansantes et colorées « Jazz In Marciac » nous ouvrent comme une fleur.
Qu’on découvre le festival ou qu’on y revienne comme pour un rendez-vous amoureux, le sentiment est le même. La foule est dense mais amicale, les repères vite trouvés avec la sensation de partager avec tous des instants agréables, parfois précieux et uniques, avec comme trait d’union une musique à faire vibrer les pierres.
Des bribes de vacances, des réminiscences de bien être, des moments de bonheur présent et à venir, une respiration d’été délicate, sans soucis, sans contraintes. Une fête totale et généreuse, un baume pour âmes fatiguées.
Et pourtant…
Cette année, la fureur du monde s’est faufilée jusque dans la petite ville du Gers. Des militaires en armes, mitraillettes au côté arpentent par quatre, les rues qui alimentent la bastide. Les fouilles à l’entrée des sites de concert et les plots en ciment qui limitent la circulation sur le chemin de ronde sont censés assurer la protection des amateurs de jazz et des badauds.
Depuis des années, une simple brigade de gendarmerie suffisait largement et sans heurts à réguler des milliers de festivaliers, à relever en fin de nuit quelques consommateurs excessifs, ou à régler des différents automobiles. C’était simple et facile. Cela ne demandait pas de préparation, pas de plan épervier, pas de tensions, pas d’angoisse. Personne ne demandait à être protégé sans doute parce que qu’on savait qu’il n’y avait pas de danger.
Mais voilà. Le danger ou le fantasme du danger est à l’œuvre. Les images, les douleurs portées par les informations sont présentes diffusément dans la tête de tous. L’imprévisible, l’incompréhensible s’installe, et pas seulement ailleurs.
Il n’y a pas moins de monde en terrasse, pas moins de force dans la musique, pas moins de plaisir, c’est juste un voile de gris. On apprend à faire avec…
Marciac jusqu’à présent était une parenthèse enchantée, une bulle où justement tous les métissages, les étonnements, les enrichissements, les palabres  étaient possibles. Cela le reste par la tolérance de la culture, son foisonnement , sa puissance d’intelligence massive, mais il y a au dessus de nous un petit nuage grisouilleux qui revient avec la régularité des patrouilles..
Pas de soucis. On l’oublie vite dès qu’un bon groove se manifeste, dés qu’on croise un copain, dès qu’on discute avec son voisin du concert tout frais pondu. Le nuage s’effiloche illico. On n’a pas la décision consciente de  résister à quoi que ce soit. On le fait sans le vouloir. On fait juste ce que l’on aime parce qu’on ne sait pas faire autre chose.
Mais cette année le kaki est invité à la fête par la force des choses.
Étrange période où l’échange se fait sous l’égide des fusils.

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Un commentaire sur “Chroniques Marciennes # 1

  1. Clément dit :

    Jolie chronique, hélas très fidèle… à une réserve près quand même : le kaki n’est pas invité par la force des choses, mais par une volonté politique. Il ne faudrait pas dédouaner les véritables responsables, ces pseudo pompiers mais bien pyromanes que sont nos gouvernants.

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