Memories Jazz trio à la Cave de la Course

Par Philippe Desmond.

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Action Jazz n’a encore jamais parlé d’un lieu pourtant très dynamique question musique et jazz en particulier, la Cave de la Course. Depuis plusieurs années dans une relative discrétion mais bien relayée par les réseaux sociaux et notamment sa page Facebook, la maîtresse des lieux, la sympathique Jo, et son fils Jérôme animent cette cave à vin avec des concerts réguliers.

Ce soir là l’ambiance était New Orleans avec le Memories Jazz Trio de Denis Girault (clarinette), Jean-Michel Plassan (banjo) et Gaëtan Martin (Tuba). Ce dernier justement revient du NOLA 2016 à New Orleans où il a joué avec une formation de musiciens de la région.

La Cave de la Course est un lieu hors du temps actuel, au décor et à la devanture figés dans le milieu du siècle passé, un havre de nostalgie Améliepoulainien si j’ose dire. Un zinc, du vieux mobilier, des murs de bouteilles dont certaines doivent attendre depuis longtemps qu’un tire bouchon ne les réveille, des postes de radio qui me rappellent mon enfance, des filets de pêche, un vieux piano – qui marche ? – un joyeux capharnaüm très chaleureux. Pas un lieu vintage au design reconstitué mais un lieu authentique, d’époque, de plus de 80 ans comme la plaque 1934 l’indique.

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Particularité de la maison les soirs de concerts : on porte son manger. Pas de tapas sur ardoise ici, pas d’amuse-bouche, pas de sushis ; pas de soucis, si on veut casser la croûte on est prié d’amener son panier. Alors autour des tables des groupes d’amis saucissonnent, rillettent, tartinent, saladent, ça sent bon le pâté, vraiment une ambiance agréablement détendue. Une belle carte de vins et de bières rajoute à ce plaisir.

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Le décor étant planté parlons un peu musique, elle est ici un prétexte à passer un bon moment ensemble. Le trio joue sur une petite estrade, un genre de podium assez exiguë ; pas de big band possible, ici le trio paraît être la jauge maxi. La nature des trois instruments signe de suite le type de musique proposé, du New Orleans. Dès « Indiana », le premier titre, Denis Girault, un des quelques – plutôt rares – clarinettistes de la région et sa casquette de titi vissée à demeure sur la tête se montre excellent, précis et enjoué. Avec ce curieux instrument que reste le banjo Jean-Michel Plassan donne cette couleur si particulière, aussi bien rythmiquement que lors de chorus. Quant au tuba de Gaëtan Martin – un objet magnifique, astiqué comme un miroir en plus – il tisse bien sûr la rythmique avec ce son rond et moelleux qui vous parcours l’échine. Gaëtan, tubiste et aussi tromboniste réputé, me confie que le tuba est pour lui un instrument plein d’avenir qui ne doit pas se cantonner à l’accompagnement rythmique. Il lui trouve un tas de ressources lui qui en joue en jazz mais aussi en orchestre classique ; à suivre…

« Georgia Cabin » et d’autres titres de Sidney Bechet sont ensuite proposés, la clarinette prenant avec bonheur le rôle du sax soprano. Le trio assure , pas besoin d’un groupe étoffé pour faire vibrer et swinguer l’assemblée. La fin du premier set arrive, je dois partir ratant notamment la jam finale, quelques musiciens étant déjà là, comme Ben Ransom en embuscade avec son washboard, prêt à enfiler ses dés à coudre.

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N’hésitez pas à aller découvrir cet endroit, c’est très sympa mais amenez de quoi casser la croûte ; pas besoin de tire-bouchon ils en ont.

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No Mad dynamite The Party

par Philippe Desmond.

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Pour une fois nous partons au cinéma. L’association Larural que nous connaissons pour ses « jeudis du jazz » souvent chroniqués dans ce blog, proposait ce vendredi soir une projection ciné-concert du drôlissime film de Blake Edwards « The Party », l’histoire d’une réception hollywoodienne qui tourne mal à cause de la présence d’un acteur gaffeur incarné par le grand Peter Sellers ; un prélude aux contemporains « Very Bad Trip » mais surtout dans la lignée de Chaplin, Keaton ou Tati.

La BO du film signée Henri Mancini va du jazz cool à la Bossa Nova en passant par des sonorités pop de l’époque ; nous sommes en 1968. Cette BO est une forte caractéristique du film, pourtant le groupe No Mad la dynamite -allusion au début du film – en la réécrivant et en la jouant en live à la façon des accompagnateurs de films muets.

Autour du grand écran six musiciens de la Drôme et de l’Isère, Élodie Lordet (chant, accessoires) Florent Hermet (contrebasse, plat à tartes !), Julien Cretin (accordéon), François Vinoche (batterie), Nicolas Lopez (violon, bruitages aquatiques), Pierre Lordet (clarinettes,  guitare, clavier). Ils ont lancé ce projet sur une idée de Nicolas Lopez fan absolu du film ; comme moi. Ce film je le connais par cœur, découvert sur le tard dans les années 90 il est devenu culte pour moi et aussi pour mes filles encore toutes jeunes à l’époque. De nombreux enfants étaient là hier soir et se sont bien amusés d’ailleurs. C’est donc avec une curiosité mêlée d’inquiétude que je me suis rendu au centre Culturel de Créon.

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Le prologue hilarant et sa scène à grand spectacle passés, le groupe attaque fort sur le générique avec un thème proche de l’initial aux accents indiens, comme le héros principal du film. Ça commence bien car ça joue très bien

Ensuite il me faudra un temps d’adaptation, la bande son originale non musicale alternant avec des passages joués sans les bruits d’ambiance hormis quelques bruitages. Il est vrai que le début du film est d’un rythme assez lent et peu bruyant mais par contre truffé de gags. Certaines scènes sont d’ailleurs passées en accéléré, choix délibéré des artistes, ceux-ci accélérant bien sûr le tempo.

La scène avec le perroquet et sa mangeoire « Birdy Num Num » (à l’origine du nom du groupe électro Birdy Nam Nam) est – à ma grande joie – sauvegardée avec les dialogues : « intouchable » me dira Elodie Lordet.

Petit à petit la musique s’installe et se fond dans le film. Tous les styles y passent, du jazz aux sonorités orientales ou d’Europe centrale aux ballades langoureuses chantées par Elodie – très bien et avec humour – notamment à la place du classique « Nothing to Lose ». De l’humour musical encore quand le sax de l’orchestre de la party est doublé par un kazoo tremblotant et des tas d’inventions parfaitement synchronisées avec le film. Période et situation obligent la pop est aussi très présente et revisitée. Une vraie création musicale qui leur aura pris seulement six jours voilà maintenant quatre ans ; le spectacle est joué partout plus d’une dizaine de fois chaque année depuis.

Quand le film part en vrille dans un délire total je me surprends à oublier que les musiciens sont là. Je le leur dirai comme un compliment. Un vent de folie parcourt leur musique, tout comme il parcourt l’image. Un regard sur l’écran ou leur retour image, les musiciens obéissent au chef d’orchestre : le film. C’est lui qui donne la cadence, les parties chantées devant même se synchroniser avec les lèvres de l’actrice. On est loin de l’accompagnement des films muets, celui-ci ne l’étant pas, même si les dialogues s’effacent beaucoup devant les situations, comme chez Tati. De temps à autres l’improvisation n’est pas non plus oubliée. Un pari gonflé réalisé avec brio.

Merci encore à Larural de proposer au public – nombreux hier soir – des spectacles toujours originaux. Et comme toujours avec eux cela se termine entre amis autour de la table, les musiciens, dans leur grande générosité, s’installant pour un set de standards et de jazz Klezmer. On mange, on boit on danse, on est à Créon !

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http://www.la-curieuse.com/artiste/156-the-party

http://www.larural.fr/

Merci Siman Jazz Club


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Par Philippe Desmond photos  Thierry Dubuc et David Bert (Célia Kameni).

Hier au Siman Jazz Club se déroulait un concert exceptionnel à plus d’un titre.
Pour commencer nous étions un mardi au lieu du rendez-vous habituel du mercredi.
Ensuite la qualité musicale du groupe était  extraordinaire, le quartet de Tom Ibarra mais Dom Imonk va vous en parler dans sa prochaine chronique.
Mais surtout nous assistions au dernier concert en ce lieu après presque un an et demi de programmation continue le mercredi. Les raisons de cet arrêt – que tout le monde souhaite n’être qu’une interruption – appartiennent aux responsables du lieu et nous n’avons pas, nous Action Jazz, à les commenter.
Cette chronique est juste là pour rendre un hommage au travail de promotion de la musique de qualité et du jazz en particulier qui a été mis en oeuvre ici.
Remercions bien sûr l’équipe dirigeante du restaurant mais surtout les deux responsables de la programmation Hugues Payneau et David Bert qui avec l’appui du Rocher de Palmer et FIP Bordeaux ont su proposer tous ces beaux concerts.

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Une gageure difficile que de proposer de la musique à des personnes qui ne sont pas forcément venues pour elle, un équilibre à  trouver entre une animation musicale type piano-bar et un concert en face à face. Tout cela assorti d’une exigence de qualité, le pari était osé, il aura été tenu presque un an et demi.

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Entre ce dernier concert époustouflant et le premier de janvier 2015 que de découvertes, que de confirmations ! La merveilleuse Celia Kameni, sa voix, sa présence, l’énergie d’Edmond Bilal Band, le dépaysement offert par Ceïba, la chaleur d’Akoda, le swing du Rixtet, la coolitude du sax d’Alex Golino, le talent du trio de Serge Moulinier, le soleil de Marie Carrié,  le punch de Roger Biwandu, la finesse de Didier Ottaviani, le rayonnement de Monique Thomas, les cordes de Dave Blenkhorn et Yann Pénichou et tant d’autres, que de beaux moments passés dans cet endroit raffiné au point de vue magique sur Bordeaux !
Que de rencontres, que de liens tissés lors de ces soirées !

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Alors soyons positifs, restons optimistes. Notre amie la musique tu dois gagner et revenir ici très vite, certainement sous une autre forme, une autre formule mais reviens !

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La Gazette Bleue N° 16 vient de sortir ! Spécial Olivier Gatto & more

Hello à tous ! Voici la Gazette Bleue N° 16 Mai 2016!

SIGNATURE WEB

Special Olivier Gatto, mais aussi Omar Sosa et Jacques Schwarz-Bart, John Hollenbeck et le Big Band du Conservatoire de Bordeaux Jacques Thibaud – Officiel, Marie Carrié et Sébastien Iep Arruti. Beaucoup de chroniques, plus vos rubriques habituelles. Merci à toute l’équipe, ainsi qu’aux amis, artistes et partenaires, et à vous chers lecteurs ! Et n’oubliez pas le précieux agenda en fin de Gazette, en pistant bien les pages festivals qui arrivent à grands pas !

 

Bonnes lectures !

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Flashmob Jazzy avec Misses Swing ; quai numéro 1 voix : 3

par Philippe Desmond

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Mercredi 14h30 c’est une heure inhabituelle pour aller écouter de la musique ; qui plus est, dans un lieu original : le hall de départ de la gare Saint-Jean de Bordeaux. Certes certains endroits où jouent parfois les musiciens ressemblent à des halls de gare, ça rentre, ça sort sans s’occuper du concert, mais là c’est bien au sens propre qu’il faut prendre le terme.

On annonce un Flashmob Jazzy et les Misses Swing sont aux commandes. Ce trio inspiré des Andrew Sisters est composé de chanteuses de la région, Florence de Bengy (Mezzo), Laura Arazola (Alto mezzo) et Laura Minaé (soprano), de quoi chanter en harmonie donc, ce dont elles ne se privent pas. Pascal Ducourtioux aux percussions (et bruitages donnant une touche amusante au set) ainsi qu’à la direction musicale et Julien Birot à la guitare (avec une belle « pompe » swing) épaulent le trio.

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Cette formation est en train d’acquérir une certaine notoriété et prépare actuellement son deuxième album. Elle est là cet après-midi dans ce lieu insolite à l’invitation du Musée des Beaux Arts qui pour son exposition temporaire « Bacchanales Modernes » organise ainsi des événements hors ses murs.

Vu la taille imposante du hall il a fallu adapter le répertoire qui est délibérément swing et entraînant sans les ballades plus nuancées habituelles. Le but est d’attirer les voyageurs et les passants voire de les faire danser ; certains vont le faire ; une dame pose sa valise près de moi et s’en va swinguer, beaucoup tapent dans les mains, nombreux sont ceux qui filment et photographient. Un vrai succès de curiosité d’abord puis un succès tout court ensuite ; c’est gagné.

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Le répertoire est mêlé de compositions dont quelques titres Gospel et de standards. « Jericho », « Armstrong » (version Nougaro) « Sing Sing » des Andrew Sisters, le traditionnel « Swing low sweet chariot » … Les versions sont adaptées avec originalité loin d’une facilité confortable et le trio, élégamment vêtu de rouge et noir, a un show bien rodé entraînant souvent le public avec lui. Belle trouvaille que de commencer chaque set avec la fougueuse chanson « les triplettes de Belleville ». C’est gai, ça swingue !

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Spectacle vraiment insolite que d’entendre cette musique ici et une réelle bonne idée que d’amener la culture et le jazz en particulier vers les gens, qui visiblement apprécient. Un moment très sympathique avec Misses Swing.

L’histoire ne dit pas si les musiciens sont repartis avec le « A Train »…

Loïc Cavadore trio invite Sonia Nédelec ; du travail d’artistes

Par Philippe Desmond, photos Alain Pelletier.

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Les « Jeudis du Jazz » pour leur septième saison sont devenus un rendez-vous apprécié dans le Créonnais et au-delà. On parlerait presque d’habitude les concernant. Justement ces habitudes elles ne doivent pas s’installer dans le monde culturel et musical en particulier. Le programme de ce soir va être la parfaite illustration de ce qu’est un vrai travail d’artistes, avec ses prises de risques et ses mises en danger, loin d’une routine facile mais ennuyeuse à la longue.
Loïc Cavadore a eu carte blanche pour ce concert ; il a même eu page blanche ; il lui a été proposé une création pour l’occasion. La voie qu’il a choisie, celle de reprises de morceaux et chansons connus peut ainsi paraître hors sujet, la réalité est toute autre, il s’agit bien d’une vraie création de jazz, d’un spectacle complet et cohérent. Mais cela personne ne le sait avant le concert, ça va être la surprise.
Le public est un peu plus lent à arriver que d’ordinaire – mais il sera là – ce qui permet de déguster tranquillement le vin du jour du château Couteau ; un fait exprès pour cette soirée qui va couper les habitudes ? Assiettes de tapas, pâtisseries préparés par les bénévoles de Larural tout est là pour passer une bonne soirée.
Loïc Cavadore s’installe au piano, Nolwenn Leizour à la contrebasse et Simon Pourbaix à la batterie ; Sonia Nédelec l’invitée du trio les rejoint très élégante dans sa drôle de robe en corolle.

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L’intro de Simon aux mailloches ne permet pas de deviner le premier titre qui va au fil du phrasé de Sonia se laisser découvrir ; oui nous entendons bien « I’m Only Sleeping » des Beatles mais déjà le ton est donné, ce n’est pas une reprise c’est une interprétation au vrai sens du terme.
La contrebasse profonde de Nolwenn Leizour lance « Scarborough Fair » de Simon & Garfunkel chantée subtilement pas Sonia sous les gouttelettes de piano de Loïc et le drumming toujours enthousiaste de Simon, encore tout en retenue avant le final surprenant en climax de cette si jolie ballade. Superbe adaptation avec cette liberté qu’offre le jazz.

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On commence à comprendre la thématique du spectacle, de la pop tordue en jazz ; tu parles ! Voilà Brel qui déboule en attendant sa « Madeleine » qui ne viendra pas ; Sonia et le trio vont s’appliquer à traduire l’anxiété de l’attente dans un affolement complet du tempo qui passe du be-bop au hard-bop pour finir dans une déstructuration totale. La Madeleine est en miettes. Il me remonte alors à la mémoire ce concert de Brel vu en 1967 ici à Créon lors d’une Fête de la Rosière…
Voilà maintenant « Manon » ce joyau de Gainsbourg dans une interprétation sensible et émouvante, Simon aux baguettes s’y révélant explosif dans un développement surprenant du thème. Que de créativité des musiciens sur ces thèmes qu’on pourrait croire figés !

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Le titre suivant n’est pas connu du grand public mais c’est un morceau fétiche de Loïc Cavadore qui le propose souvent, « Bebe » d’Hermeto Pascual, une bossa nova qui va virer à la samba en passant par un superbe chorus de Nolwenn Leizour. Quel talent et quelle présence, la blondeur de ses cheveux et de sa contrebasse sur ce fond de rideau rouge.

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Le dernier titre du premier set, joué en trio, est une composition de Loïc Cavadore « Le Joueur de Flûte » écrite pour une pièce de théâtre. Une mélodie très riche qu’il développe subtilement au piano.
Curieusement une partie du public a l’air un peu désarçonné par ce qu’il a entendu avec – toujours ici – une écoute très attentive. C’est vrai que le groupe n’a pas choisi la facilité à une époque où nous sommes inondés de reprises édulcorées ou sans plus d’intérêts que les originaux, chantées – et non interprétées – par des vedettes en mal de vente de disques ou des chantailleurs de télé-crochets… Une autre partie du public, dont je fais partie, adore.

Le second set ne va pas ménager ses surprises, à commencer par une version d’un autre monde de « Modern Love » de David Bowie ; il a dû se régaler de là-haut. Une version qui après un départ truffé de breaks monumentaux vire au concerto ! « Ah si j’avais eu un vrai piano ! » me dira Loïc, lui qui a une formation classique et qui, en soliste virtuose qu’il est, épate même ses musiciens, son développement n’étant pas écrit et changeant à chaque fois me dira Nolwenn. Le tempo insistant de la grosse caisse le ramène sur terre, le thème revient, Sonia le reprend, c’est superbe.

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Climat poétique avec un titre de Nick Drake artiste peu connu disparu jeune dans les années 70. Sonia Nédelec y est à son aise, elle fait preuve de douceur et de délicatesse.

Une pluie de perles au piano introduit « Summer Soft » de Stevie Wonder, cette si belle chanson aux variations de tonalités caractéristiques. Et là devinez quoi, on enchaîne sur un titre de Pierre Perret, un des plus émouvants « Lily » avec des accords de piano que ne renierait pas Corea ; expressivité de Sonia, un choix osé, un choix réussi.

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Dernier titre avec « Al Otro Lado Del Rio » hommage au Che et une prise de risque absolue de Sonia Nédelec qui sans micro et a cappella enveloppe la salle de sa voix.

En rappel l’atmosphère se détend avec le petit bijou de Juliette « Tu Ronfles » lancé par une intro incroyable et amusante de Nolwenn Leizour à l’archet ; sa contrebasse respire, souffle, ronfle, s’ébroue !

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Prise de risque est l’expression qui revient dans les commentaires élogieux de fin de concert, merci à ces organisateurs et à ces artistes d’en prendre ainsi. C’était la première de ce spectacle, il y a des réglages à faire avouent les musiciens – « On a essayé de faire rentrer des ronds dans des carrés » lance Loïc – mais le niveau musical et artistique est déjà au dessus de bien des propositions actuelles.

Prochain « Jeudi du Jazz » en octobre avec des surprises nous a alléché Serge Moulinier…

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Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/