Jean-Claude OLEKSIAK Quartet – « A CIEL OUVERT »

JEAN CLAUDE OLEKSIAK 4TET A CIEL OUVERT

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Il y a dix ans, Jean-Claude Oleksiak a créé « JCO4 », nom du présent quartet avec le lequel il signe « A ciel ouvert », son premier disque, sur le label de Lafabrica’son, association versée dans la musique improvisée et qui défend les projets innovants de musiciens de cette mouvance. Il s’est entouré d’amis, dont le batteur Antoine Paganotti, ex de chez Magma. Toutes les compositions, signées du leader, révèlent une écriture brillante, ouvertes à des interactions, qui créent des territoires sonores neufs. Il n’y a pas de positions quiète pour ces quatre musiciens, rien n’est jamais acquis, mais des surgissements de propositions de toutes parts, des relances et des remises en question ébouriffantes. Les intitulés des morceaux sont beaux et poétiques. On est frappé par cette capacité à créer des thèmes/tubes potentiels, où le jazz est tatoué au vif d’une encre rock omniprésente. C’est surtout Pierre Perchaud qui entraine le groupe dans cette direction, lui qu’on a connu plus calme (ONJ). Mais c’est un vrai plaisir, car ces vagues acides créent un chaud et froid avec un Émile Parisien dont les envolées au soprano sont d’un lyrisme éblouissant. Jean-Claude Oleksiak assure des lignes de basse profondes et ça pompe, ça pointille, mais ça se durcit parfois, surtout au contact d’Antoine Paganotti, qui drive sa batterie avec du muscle rock. Tout le disque nous a conquis, avec des coups de cœur appuyés pour « Les pieds dans la lune », « Lala Paris bounce », « La contrebasse grimace » et « Nous trois », avec sa magnifique intro de contrebasse, et ce somptueux solo de guitare. Ce quartet se livre à cœur ouvert !

Par Dom Imonk

http://www.fabrica-son.com

LAFABRICA’SON LABEL – 2014 – FA01

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Diego IMBERT Quartet – « COLORS »

diego imbert

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Diego Imbert est un contrebassiste très demandé, et les divers projets auxquels il a participé lui ont permis de se forger une écriture riche, précise et stylée, que l’on retrouve dans tous ses albums. Pour « Colors », il est entouré de son groupe habituel. David El-Malek (sax ténor), Alex Tassel (bugle) et Franck Agulhon (batterie), participent à donner à ce disque une saveur que l’on croirait échappée de certaines formations des années soixante. Même s’il n’y a pas de piano, on pourrait presque penser à l’esthétique du quintet de Miles, ou même à certains disques de Wayne Shorter, dont l’inspiration est ressentie ici. A chaque instant, on se régale du jeu de Diego Imbert, magnifique par le son et cette façon ondulante et moderne de s’insinuer dans celui de ses camarades. Tous sont d’ailleurs visiblement en état de grâce et ravis de participer à cette vraie peinture sonore. Les deux souffleurs sont remarquables de complicité et, portés par les compositions de Diego Imbert, ils joignent à l’unisson leurs voix cuivrées, pour créer de vastes espaces visuels. Quant’ à Franck Agulhon, frère rythmique du leader, il fait partie de ces très grands batteurs qui étonnent et subjuguent, comme s’ils se réinventaient à chaque fois. Le disque s’écoule, comme la visite d’un musée d’art moderne. Chaque morceau est une toile, et l’intitulé des titres fait souvent référence aux couleurs et à la peinture. « Blue Azurin », « Purple Drive », « Aquarelle », « Outremer », « Red Alert ». Mention spéciale au superbe artwork de Pierre-Alain Goualch et Diego Imbert, ainsi qu’à une prise de son excellente. Ces couleurs nous ont captivés, vivement le plaisir de les voir en concert !

Par Dom Imonk

http://www.diegoimbert.com

TREBIM MUSIC/HARMONIA MUNDI– 2014 – SUCH 010

THE BRIDGE TRIO – « The Search : Departure »

THE BRIDGE TRIO

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

The Bridge Trio est formé de jeunes musiciens de la Nouvelle-Orléans (Là-bas, on dit « NOLA »). Ce disque est leur deuxième, nous avions chroniqué leur premier dans la gazette n°2 (janvier 2014). Conun Pappas (piano, Fender Rhodes, synths), Max Moran (basse et contrebasse) et Joe Dyson (batterie, percussions), sont tous issus du célèbre « NOCCA » (New Orleans Center for Creative Arts). Joe Dyson et Max Moran se sont aussi formés au Berklee College of Music de Boston et Conun Pappas a été diplômé de The New School for Jazz and Contemporary Music de New York City. Ils ont chacun déjà accompagné les plus grands, citons Alvin Batiste, Donald Harrison, Terence Blanchard, Christian Scott et bien d’autres. Ils font partie de cette nouvelle génération de jeunes musiciens surdoués, dons les talents fleurissent un peu partout à « Nola ». Le nouveau disque est toujours aussi riche en compositions, treize au total, dont neuf signées Conun Papas, deux de Max Moran et deux de Joe Dyson. Dès le premier morceau, « Acces approved », on est soufflé par un jazz groove rappelant un peu Herbie Hancock période Head hunters. C’est épais et sensuel, une pépite. D’autres morceaux restent dans la fraîche couleur acoustique des débuts (« The encourager »), mais l’ambiance est à plus de groove, grâce à la maîtrise du Fender Rhodes, alliée à une utilisation plus fréquente de la basse électrique, renforcée par la puissante batterie. On trouve aussi des accalmies comme « Wondering », une superbe balade. Ce disque est revigorant, pêchu en diable, et on est impressionné par le chemin parcouru. Belle réussite, NOLA n’a pas de souci à se faire !

Par Dom Imonk

http://www.thebridgetrio.com

Auto produit par The Bridge Trio – 2015 – 0002

HILDEGARD

HILDEGARD

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Hildegard est un groupe explosif et incroyablement doué, mêlant divers courants musicaux, rock, pop, expérimental, jazz. A la base, Sasha Masakowski (vocaux, synths) et Cliff Hines (guitare, basse VI, vocaux, synths, arrangts cordes), les leaders, sont issus de la scène jazz de NOLA, puisqu’ayant étudié à « NOCCA ». Ils ont d’ailleurs des albums à leur actif, citons entre autres « Old Green River » (avec les Sidewalk Strutters) et « Wishes » (avec Musical Playground) pour Sasha, et « Like Mystics of old » et « Wanderlust » pour Cliff. Ils ont beaucoup tourné et participé à des expériences solaires, comme Cliff Hines et le Mike Dillon Band. Pour Hildegard, ils se sont entourés de Max Zemanovic (batterie, percussions), de John Maestas (guitare, synths), de Max Moran (basse) et d’Andrew McGowan (piano, rhodes, orgue). C’est ce qui participe à donner ce son et cette richesse au disque. En toute simplicité, ils indiquent quelques influences comme Little Dragon, Knower, Tool, The Mars Volta et autres Tigran Hamasyan. On ne les citera pas toutes. Dix compositions aux ambiances très variées composent cet album, quatre de Sasha Masakowski et six de Cliff Hines. Parmi elles, il y a des atmosphères survoltées comme « A-Z » et « Sally Brown » qui ouvrent l’album, des mi-teintes comme « Siren Song » et « Witness » et des morceaux au feeling éthéré comme « Cabin 72 » et « Isolation ». La liste des invités révèle d’autres pointures de NOLA comme par exemple Oliver Bonie, Paul Thibodeaux et Martin Masakowski (bassiste, frère de Sasha). Signalons enfin le jeu de très haut niveau de tous ces musiciens, et le plaisir intense qu’on a pris à écouter ce disque.

Par Dom Imonk

http://hildegardband.com/

Auto produit par HILDEGARD – 2015

THE DOWNTOWN AVENGERS

THE DOWNTOWN AVENGERS

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

On ne s’ennuie jamais à New York, quand on aime les musiques tangentielles qui se jouent downtown. C’est ce qu’a dû se dire le violoniste Fung Chern Hwei. Natif de Kuala Lumpur, il est séduit par le violon dès l’âge de quatre ans, et trouvera un professeur à huit. Il a étudié, bercé des cultures chinoise, malaise, indienne et occidentale. Il arrive à New York pour y poursuivre ses études à la Aaron Copland School of Music, dont il sortira diplômé. Brillant musicien, il vogue du classique au hip hop, en passant par le jazz et le rock. Très demandé, il travaillera avec Uri Caine, Ryuichi Sakamoto, Stanley Clarke, Elliot Sharp et bien d’autres. Violoniste attitré du Sirius Quartet, il crée « The Downtown Avengers », qui est, selon lui, plus une « communion musicale » qu’un groupe. Ce disque, leur premier, sort fin 2014 sur le label Evolver que dirige Lola Danza, ici à la production et aux vocaux. Autour de Fung Chern Hwei sont réunis de sérieux aventuriers, allumés des sons : Vasko Dukovski (clarinettes), Ben Stapp (tuba), Sayun Chang (percussion), et l’on retrouve avec plaisir George Spanos (batterie et percussion). Les « avengers » sont les figurines de la pochette, sortes de « vengeurs » musicaux, libérateurs des sons. Ce disque est un régal d’échappées free. Dès « Testing Waters » et « Placing Dots », Sayun Chang et George Spanos, créent des merveilles qui évoquent la magie du « Magg Zelma » de l’Art Ensemble of Chicago (album « Full Force »), ou la bizarrerie du « Farmer’s reserve » de Mesdeski, Martin & Wood. Suit l’animé « Choosing the next leader » qui désigne Vasko Dukovski pour conduire le monstrueux » Alejandro muy muy grande ». Ça monte en puissance avec un « Cosmic Drift » qui porte bien son nom, on perd pied, on dérive, surtout que déboule un « Obey the chief » de folie, suivi des deux brûlots paroxystiques « Deep circle » et « Rotation II », où l’on croit presque entendre Linda Sharrock ! Cet album est fou, ces musiciens sont au-delà du terrestre ! La « bonus tracks » calme un peu le jeu, on a samplé les voix de ses vengeurs géniaux, de grands enfants hyperdoués. C’est le « New York downtown state of mind » quoi. Et on en redemande !

Par Dom Imonk

http://www.downtownavengers.com/
http://chernhwei.webs.com/
Evolver records (2014)

 

FUGU

FUGU

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

L’ambiance est plus expérimentale sur « FUGU » (2014). Il s’agit d’un duo où Fung Chern Hwei joue du violon électrique et son complice Ng Chor Guan du thérémine. Dans un pays qui ne permet pas tout, ils se sont bien trouvés, dans cette quête des sons libérés. Le disque, enregistré à Kuala Lumpur, comporte deux longues pièces, « FUGU #1 » et « FUGU #2 ». La musique est un dialogue épuré. Le violon, instrument humain, passe du répétitif, voire rugueux, aidé par des samples, à des ambiances plus évanescentes. Il fait partie du « réel ». Le thérémine évoque un contradicteur fantomatique, qui ne s’exprime pas dans le même langage. Il pose des questions électroniques, il émet des interjections, des exclamations, il s’énerve, on croit entendre les battements de son cœur mutant, une voix peut être aussi perçue, semblant chercher des réponses. On peut imaginer qu’il fait partie d’un monde parallèle. Les deux pièces du disque offrent chacune des alternances d’ambiances, tantôt mouvementées, tantôt éthérées et lunaires. Dans la deuxième, on est à un moment bouleversé par une voix de femme. Et si c’était celle de Clara Rockmore ? Cet album est un must-have, « FUGU » est un curieux poisson, mais il ne vous empoisonnera pas. Il est d’une irrésistible poésie !

Par Dom Imonk

http://whatisfugu.com/
http://chernhwei.webs.com/
Evolver records (2014)

Greg Abate Quartet – Chronique « MOTIF »

greg abate quartet motif 2014 - 1

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

Greg Abate est un saxophoniste, flutiste et compositeur, originaire du Massachusetts, et actuellement établi à Coventry, Rhode Island (USA). Au milieu des seventies, juste sorti diplômé du Berklee College of Music, il est embauché dans le groupe de Ray Charles, en remplacement de David « Fathead » Newman. Fin 70, il crée son groupe « Channel One », puis, dans les années 80, il rejoint le groupe d’Artie Shaw. Sa carrière en leader a vraiment débuté au début des années 90. Il a depuis sorti la bagatelle de quatorze albums, le dernier en date étant « MOTIF » (2014). Il livre dix superbes compositions, dont certaines plus ou moins allusives à des standards. C’est le cas de «Motif » (« All the things you are »), « Buddy’s rendez-vous » (« When lights are low ») ou encore « Steppin’out » (Giant steps »). « Bop’n Bob don’t stop » qui clôt l’album est écrite par Phil Woods qui est, avec Charlie Parker et Paul Desmond, l’une de ses principales influences. Il est entouré de musiciens hors pair, tous professeurs au Berklee College of Music, comme lui. Tim Ray (piano), John Lockwood (basse) et Mark Walker (batterie) poussent sans relâche leur leader dans un hard-bop – d’aucun diront post-bop – puissant et élégant, et lui s’échappe dans de sublimes envolées à l’alto et au soprano, mais nous séduit aussi quand il taquine flûte et baryton. Même si le rythme est en général assez rapide, les délicieux havres de paix que sont « Snowfall » et « Morning the leaves » sauront caresser les oreilles des romantiques. Greg Abate tourne plus de deux cent jours par an, tout autour de la planète. Il m’indiquait être déjà venu deux fois à Jazz à Toulon et trois fois à Jazz à Vienne. Il brûle de pouvoir être réinvité un jour. Alors avis aux programmateurs !

Par Dom Imonk

http://www.gregabate.com/

Whaling City Sound – WCS 070 (2014)