The Greg Abate Quintet – Chronique de « Featuring Phil Woods »

the greg abate quintet featuring phill woods - 2012

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

The Greg Abate Quintet « Featuring Phil Woods » est sorti en 2012. Son titre est explicite puisque Phil Woods joue sur cinq des dix morceaux qui composent l’album, et ça s’entend ! Greg Abate signe huit compositions, reprend « Marny » de John Patrick, alors que Phil Woods lui offre un remarquable « Goodbye Mr Pepper ».Très touchante collaboration en forme d’échanges à base de dialogues subtils entre les deux hommes, qui se respectent et se vouent mutuelle estime. Phil Woods est à l’alto, tandis que, outre l’alto, Greg Abate joue aussi du baryton et de la flûte. On est toujours dans ces atmosphères bop/post-bop, où tout est abordé, des tempos les plus soutenus aux balades les plus rafraîchissantes. Mentions spéciale au délicieux échange alto (Woods)/flûte (Abate) sur un « J.A.G. » bien guilleret. « Contemplation » est prétexte à des envolées de flûte et sont autant d’invitations à voler comme un oiseau, surtout que le suscité « Goodbye Mr Pepper » qui suit, ne nous engage pas à redescendre. Le disque se termine par un agile « Realization (Living the dash)», composition de Greg Abate, sur un tempo de course, qui confirme l’élégance de son jeu et la qualité de son écriture. Un mot sur les musiciens de la session, tous excellents et rompus à cet exercice : Jesse Green (piano), Evan Gregor (basse) et Bill Goodwin (batterie). Quand on reçoit Monsieur Phil Woods, on doit réunir les meilleurs, et c’est le cas ici. Un disque qu’on est fier d’avoir dans sa discothèque !

Par Dom Imonk

http://www.gregabate.com/

Rhombus Records – RHO 7112 (2012)

 

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ANNE QUILLIER 6 TET – Chronique de « DAYBREAK »

ANNE QUILLIER 6TET DAYBREAK

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

Découverts il y a presqu’un an, au Festival Jazz 360 de Cénac (33), nous avions été impressionnés par ce groupe. Anne Quillier nous offrit en avant-première ses compositions, fraîches et modernes, empreintes d’une poésie fine et ciselée, avec par moment un côté enjoué, élégant et pêchu, qui relançait cette belle équipée. Une grande qualité d’écriture que nous retrouvons donc dans ce « Daybreak », sorti en début d’année, et qui a très bien été accueilli par la critique. Neuf compositions, aux climats variés, qui se succèdent et comblent nos appétits. Les influences évoquées par le groupe sont de haut vol et on les y ressent. Citons par exemple Wayne Shorter, Ambrose Akinmusire, David Binney, ainsi que Vijay Iyer et Aaron Parks, deux pianistes qui se voient dédié un morceau chacun, « Dance with Robots » pour le premier et « Aaron’s piece » pour le second. Tous les titres émeuvent, mais certaines compositions plus que d’autres, comme « Ondes de choc » ou « Lost continuum », qui ont une profondeur particulière. La qualité de jeu des musiciens est de premier plan, ils ne furent pas lauréats du concours national de Jazz de la Défense pour rien ! Nous sommes définitivement conquis par Anne Quillier, qui excelle au piano et au Fender Rhodes, guettant toute opportunité, ainsi que par ses complices, Aurélien Joly (tp, bu), Grégory Sallet (saxes), Pierre Horckmans (clarinettes), Michel Molines (contrebasse) et le drive de batterie, presque rock par moment, de Guillaume Bertrand. Une chose est sure, si cet album n’est que « l’aube » (Daybreak), alors attendons impatiemment la journée qui la suivra !

Par Dom Imonk

https://labelpinceoreilles.bandcamp.com/album/daybreak

Label Pince Oreilles

VIRET FERLET MOREAU – Chronique de « L’ineffable »

VIRET FERLET MOREAU L INNEFABLE

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

Le printemps est enfin là, et ce disque arrive à point nommé pour célébrer la délicate beauté des choses qui s’éveillent. Son écoute, le nez à la fenêtre grande ouverte, ouvre l’âme à des éléments qui nous dépassent, et nous laissent muets d’admiration. La nature dans toute sa splendeur, ses grands arbres protecteurs, les fleurs, les parfums, les chants d’oiseaux qui se font la cour…Tout devient petite symphonie de l’instant, à nous de prendre le concert au vol, avec un bouton d’or comme ticket. Ce sont toutes ces impressions délicieuses que m’inspire ce disque dès son ouverture. Tout y semble simple et naturel, alors que ces trois hommes y bâtissent des constructions complexes, enrichies par l’évidente complicité qui les unit depuis plus de quinze ans, avec sept disques à leur actif. Ici, l’atmosphère voit s’animer un jazz vif, à la modernité semblant sans limite, respirant à pleins accords l’air frais et libre du vent contemporain. Jean-Philippe Viret (contrebasse), Édouard Ferlet (piano), signant chacun quatre compositions, et Fabrice Moreau (batterie), auteur du très beau « Valence », forment un trio d’exception, qui évolue bien au-delà de toute notion de virtuosité. Is sont depuis longtemps passés au stade d’après, celui de la création naturelle de beauté, ineffable, pure et accessible à tous. Romantisme et limpidité du piano, solidité et voix plurielle de la contrebasse, précision, clarté et puissance et de la batterie, les trois se testent, se confrontent, se séduisent, puis s’épousent, en une fête rare, servie par une prise de son parfaite. Album indispensable car ivre de sons.

Par Dom Imonk
http://www.viret.com
http://www.melisse.fr/lineffable-trio-viret/

Mélisse MEL666015

Chronique EDMOND BILAL BAND

EDMOND BILAL BAND

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

En quelques années, Edmond Bilal Band est devenu un groupe incontournable dans la région et s’est forgé une sacrée réputation en live. Bordeaux et ses environs ne sont jamais oubliés, Marciac non plus, près de vingt sets la saison dernière ! Mais no limit pour eux, ne se sont-ils pas retrouvés tout récemment à Douvres, Hambourg et même Berlin ? Tourner forge l’âme des musiciens, et façonne un métier. Et ils le possèdent de mieux en mieux. La route c’est idéal, pour faire tourner des morceaux, roder de nouvelles compositions, accumuler les idées, pour les futurs passages en studio. Et justement, ils en sortent avec un nouvel album très bien né. Le jazz-groove est toujours là, mais en plus pointu et pro, ils ont beaucoup travaillé depuis cet EP que nous avions eu plaisir à chroniquer dans ces colonnes. Tout a évolué en bien. On a ici plus de compositions, onze au total, dont cinq délicieux interludes très brefs, de vrais bijoux qui aèrent l’ensemble. Les titres sont plus charpentés, tournoyants et, surtout, ont cette élégance qui touche et les cale dans nos mémoires. Coup de cœur pour « La Repeinte » (l’hymne ?), « Zealot charge » et « Water Touch II » (ces chorus de guitare !), mais aussi pour le speed de « Spelgo Shuffle » et l’ambitieux « Un p’tit café ». On y retrouve avec plaisir les chaleureuses envolées de toute l’équipe. Aux avant-postes, Paul Robert (as,ts), Philippe Gueguen (p, kbs), Mathias Monseigne (el g) et un beau pacte rythmique pour pousser le tout avec Philippe Sifre (db,b) et Curis Efoua (dms). Vivement les festivals d’été pour les revoir en live, et avec ces morceaux, ce sera épatant !

Par Dom Imonk

https://www.facebook.com/EdmondBilalBand/

Autoproduit

OGGY & THE PHONICS – Chronique « ATLAS »

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Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

Oggy & The Phonics est un groupe de cinq jeunes musiciens, d’horizons divers, mais ayant tous commencé très tôt l’étude de la musique. Ils ont étudié à la prestigieuse « Haute École de Musique de Lausanne » (HEMU). Faisons les présentations : Louis Billette (sax), Théo Duboule (el g), Gaspard Colin (el b), Clément Meunier (clar) et Marton Kiss (dms). « Atlas » est leur premier album, il est produit par Free Art Kollectiv et la très belle pochette est signée Simone Ringer (la fille de Catherine). Ce qui frappe d’entrée c’est la qualité d’écriture des onze compositions, qui sont œuvre collective. On est aussi fortement séduit par la précision de l’enregistrement (Alain Wits et Emil Spanyi). Dès « Mi & Fa », on est embarqué dans un voyage à travers de belles histoires toutes simples, mais fort bien construites. L’ambiance est celle d’un jazz mutant de ce siècle, sans barrière. La beauté nostalgique qui habite « Adagio », « Slippery Leaf » et « Lyria » pousse à la méditation, alors que le groove furieux de « Staka » et le speed oblique de « Goûts et couleurs » nous entraineraient plutôt vers quelque piste de danse. Les musiciens ont des jeux très complices et l’humour est parfois bien présent, comme dans le « Buried alive » en deux parties, la première cachant bien le jeu de la seconde. On se régale de leurs chorus, inspirés et plutôt perchés. Chacun a un son très personnel, saxophone, guitare et clarinette s’en donnant à cœur joie, alors que la basse féline et profonde veille et que la batterie, épatante, relance sans relâche. L’album s’achève dans la fureur et la beauté avec « Comme le vent », Midnight bird » et « Air comprimé ». Une petite merveille de disque.

Par Dom Imonk

http://www.oggyandthephonics.com/

UTR 4591/Unit Records/Gema/Suisa

GEORGE SPANOS – Chronique « DREAMS BEYOND »

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D’Olympie à New York downtown.

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

George Spanos est né à Athènes, il y a un peu plus d’un tiers de siècle. Il s’est assez vite intéressé à la musique, commençant le piano à l’âge de huit ans, puis choisissant la batterie quelque six ans plus tard. Son apprentissage le pousse vers des univers éclectiques, où ses professeurs et prestigieux guides seront, entre autres, Victor Jones, Antonio Sanchez, Gary Burton et Horacio El Negro Hernandez.
Curieux de tout et devenant peu à peu un expressionniste aux multiples directions, il se produira en Europe (dont en de hauts lieux de la Grèce), aux USA et au Canada, dans divers styles, allant du jazz à la world, en passant par le classique, avec notamment le « Symphony Orchestra of Iasi ».
Puis, il y a à peine deux ans, il a rejoint la scène « downtown » de New York, et s’y est pour la première fois produit au Stone, club incontournable du Lower East Side, où se retrouve une bonne part de la mouvance d’avant-garde de la Grosse Pomme. Le maître des lieux, John Zorn, l’avait invité dans le cadre d’une « Improv Night » de folie, dont on entend encore parler aujourd’hui. Ce fut pour lui l’occasion de se frotter à quelques grandes figures, comme Ikue Mori et Sylvie Courvoisier, dont une vidéo de leur trio, glanée sur les réseaux sociaux et postée par George Spanos en personne, m’avait fortement intrigué.
Après un premier album, « Jungle of Illusions », encensé par la critique, le voici de retour avec le très ambitieux « Dreams Beyond », qu’il produit, et dont le titre sans équivoque, annonce bien ce que sera la teneur des sept perles qu’il a composées.
La liste des invités est impressionnante et explique le parfum cosmique et libertaire des divers climats « free » qu’on y traverse. Jugez plutôt, Juini Booth (contrebasse) et On Ka’A Davis (guitare) viennent tous deux de chez Sun Ra. Lawrence Clark (saxophone) a joué avec Rashied Ali et l’on ne compte plus les participations d’Ikue Mori (electronics) aux projets de John Zorn. Mais ce n’est pas tout ! Au chant c’est Lola Danza, également fondatrice de Evolver Records, le label de l’album. On retrouve par ailleurs d’autres sacrés illuminés des sons libres, qui participent aussi à cette fête volcanique : Vasko Dukovski (clarinette), Ben Stapp (tuba), Fung Chern Hwei (violon), Adam Fischer (cello), Sayun Chang (percussions), Keaton Akins (trompette), et Simone Weißenfels (piano).
La batterie de George Spanos est luxuriante et fourmille d’idées. Selon le cas, il saura tout offrir, du free jazz au bruitisme, en passant par quelques scories rock très aguichantes. Mais son instrument reste toujours au service de l’album et du groupe, sans masquer qui que ce soit, en créant une synergie et de l’unicité dans le magma final. On y retrouve aussi par bribes, la poésie des lieux qui l’ont vu grandir. La Grèce, et Athènes en particulier, sont chargées d’histoires, d’anecdotes, de parfums et de couleurs, que l’on perçoit dans son jeu. C’est un intuitif, un peintre des sons, dont le foisonnement évoque soleil, turbulence et espace.
Sept pièces d’aujourd’hui, aux titres évocateurs, qui nous emportent en un tourbillon futuriste, avec toute sorte de détails et d’implants, électriques, électroniques et j’en passe. « Intergalactic nucleus », « The Third dimension », « Innerspace », « Eternal voyage », « Eclipse », « Cosmic ray » et « Beyond the sky » semblent, rien qu’à leur énoncé, avoir été écrits en hommage aux révolutions brûlantes d’hier, menées par les John Coltrane, Pharoah Sanders et autres Ornette Coleman. Avec une grande force, « Dreams Beyond » en propulse de nouveau l’esprit, intact et majestueux, vers le futur.
Go ahead George !

Par Dom Imonk

http://www.georgespanosdrums.com

EVOLVER – TG 008

Vincent Peirani – Chronique de « Living Being »

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Par Dom Imonk

Parue le 01 mars 2015 dans la Gazette Bleue N° 9

L’âme magique de l’accordéon est enfouie en l’homme. Il dit les joies et les tristesses, et crie les révoltes et les envies de fuir. Longtemps mésestimé, cet instrument a séduit quelques beaux esprits qui ont su le remettre dans la lumière. Vincent Peirani est de ceux-là. De brillantes études, classiques d’abord, puis jazz par la suite, le voient maintes fois primé et le poussent, depuis plus de dix ans, à tourner avec les plus grands et à se produire dans nombre de projets. Il a forgé son style dans une diversité d’influences, et ses envolées créatives le posent en digne héritier de certains aînés défricheurs et libertaires. Ainsi, par moment, on sent son inspiration proche de celle d’un Marc Perrone ou d’un Michel Portal, mais des connexions sont aussi ressenties avec d’autres libres penseurs du son, comme Guy Klucevsek ou Tony Cedras.
C’est une photo de Manfred Bockelmann, tirée de son album « Das Blau der Erde », qui orne la pochette du disque. Une énorme souche d’arbre bleutée, tournée vers le ciel, mais qu’à l’écoute de l’album, l’on verrait plutôt remise en terre, pour s’ouvrir de manière effrénée à la lumière et revivre. Une équipe de fidèles amis entoure Vincent Peirani et œuvre à ce regain. On retrouve ainsi son frère d’âme, Émile Parisien (saxophone soprano et ténor), Tony Paeleman (fender rhodes et effets) et Julien Herné (basse électrique et effets), avec lesquels il a déjà joué, et Yoann Serra (batterie), vieille connaissance et première collaboration. L’album est traversé de frissons électriques, qui activent une respiration certes jazz, mais la rythment des influx musicaux très variés du leader, que ses hommes captent pleinement. Ainsi, après les deux « Suite en V » qui ouvrent l’opus d’une mélancolie acidulée, au pouls progressif, nous voici plongés dans le « Dream brother » de Jeff Buckley. Intense profondeur électrique, en couches sombres comme les eaux du Mississipi, qui font penser, les yeux mouillés, au livre (au même titre) de David Browne, dédié à Jeff et Tim. Puis « Mutinerie », de Michel Portal, est introduite par de mystérieuses nappes, chercheuses et méditatives, à la façon d’une Pauline Oliveros. Pièce imposante, qui s’échappe ensuite en tourbillons fusionnels débridés. Un Émile Parisien, à son zénith, mène la danse d’un lyrisme virevoltant, accélération au sang mutin, diablement fouetté par clavier, basse et batterie en un groove païen, sous les ponctuations du maître qui veille. Diversité et beauté marquent les autres compositions de Vincent Peirani. En plus des « Suite en V » du début, il nous accueille sur les hauteurs de «On the heights », somptueux morceau qui dès l’introduction, en troublants arrondis de fender rhodes, invite à l’élévation. On flottera ainsi jusqu’à sa fin, dans un généreux éther sépia. Un peu les mêmes impressions sur un « Some Monk » hallucinant. Accordéon interrogatif, batterie et basse pointilliste qui font monter la pression, puis calme, et ça repart d’un formidable chorus de claviers, suivi du sax et d’une ritournelle à la Nino Rota. Le festif est présent, avec deux jazz mutants bien vitaminés. « Air Song #2 », alerte et enjoué, piqures d’electro et d’octaver, batterie et basse persuasives, accordéon et soprano associés de groove. C’est fou ! Et « Workin’rythm » tout aussi turbulent, jeu de tac au tac étourdissant, haut voltage d’un courant alternatif qui survolte les sens. Pour refermer ce bien beau livre d’images, voici « Miniature », que Vincent Peirani signe de son accordéon de clown triste, intime et rêveur. On ressort tout secoué par l’intense originalité de cette musique. On n’a pas rêvé, cet album est un être furieusement vivant !

Par Dom Imonk

http://www.vincent-peirani.com/

ACT 9584 – 2