Plein phare entre les deux tours (2/2)

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

La Rochelle, le samedi 08 Octobre 2016

Rémy Béesau Quintet

Rémy Béesau       : Trompette

Pierre Maury        : Saxo ténor

Edouard Monnin : Piano

Pierre Elgrishi      : Basse

Vincent Tortiller  : Batterie

Nous voilà revenus pour le dernier soir du «Festival Jazz Entre les Deux Tours » où le public est reçu de manière chaleureuse et très conviviale par l’ensemble des bénévoles pour l’apéro jazz quotidien dès 18H30. En même temps la musique est présente avec ce soir, Hélène Fayolle au chant et à la guitare, Romain Deruette à la contrebasse et BrunoTredjeu à l’harmonica. L’ambiance sera Jazz Folk pour commencer cette soirée. C’est le moment des retrouvailles pour certains et des présentations pour les autres, ici personne n’est laissé de côté …

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Il est 20h15 précisément, les portes de la jolie salle de 300 places s’ouvrent. Chacun est installé, lorsque résonne une trompette qui nous raconte le levé du jour, d’abord tambour battant dans un grand parc, un beau matin d’automne frileux, où les éléments se déchainent dans la lumière timide d’un soleil qui persiste et enfin flamboie. L’heure est à la faune qui côtoie la ville mais reste aux aguets et soudain disparait … La cité approche, les rues s’entrelacent, s’illuminent, au loin les talons courent se pressent et les chats de gouttière dans la rue détalent comme on décoche une flèche  …

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Comme bon nombre de jeunes musiciens heureux de rejoindre la capitale pour y parfaire leur art, Rémy raconte aussi à travers son expression parfois une certaine nostalgie de son ile de ré, ou l’adolescence est encore proche … Le souvenir de ses yeux rêveurs, jetés au loin sur le miroitement d’une eau vaste. C’est une âme sensible voir romantique, une trompette qui ne trompe personne dans sa classe et sa générosité. Rémy est un jeune homme attachant comme sa musique.

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Il partage ce projet dans la joie et la complicité évidente avec son groupe d’amis, tous anciens élèves du Centre des Musiques Didier Lockwood.

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Céline Bonacina Crystal Quartet

Céline Bonacina : Saxophone baryton

Chris Jennings   : Contrebasse

Asaf Sirkis           : Percussions

Marko Crncec     : piano

C’est en compagnie d’une étonnante dame au saxophone baryton et de sa formation du moment que se déroule la clôture du festival.

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Entre force et douceur à chacun sa couleur, Céline Bonacina est une artiste singulière avec cet instrument presque aussi grand qu’elle. Lorsque son dynamisme naturel surgit elle laisse entrevoir un caractère joyeux à l’humour aiguisé autant que sa façon de canaliser cette énergie à travers son instrument impressionnant. Elle envoie du cuivre qui décoiffe et vous chauffe le cuir ! Du reste madame n’en perd pas sa féminité c’est sûr elle assure …

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Quant à Asaf Sirkis, lorsqu’il lâche ses battements affolés qui vous appellent et s’éloignent pour mieux vous revenir, ils s’approchent et vous frôlent, vous touchent pour mieux vous retenir, sur un rythme calmé et apaisé qui se fait discret, vous capte et disparait … A vous de rester là assis en attente, car on ne sais jamais. Céline Bonacina l’accompagne avec une envolée en balade sans nul doute nous y sommes tous sur les routes et loin de chez nous …

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Puis vient le moment pour nous de recevoir ou de traverser un petit cyclone comme le précise la dame au baryton. Ouf ! c’est passé et ce n’est pas faute d’avoir été prévenu !!! Nous en sommes tous restés époustouflés.

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Tiens ! Un piano seul approche, il parsème ses notes comme des gouttes de pluie passées au tamis et plonge dans le bleu béant, là où tout s’unit se mêle se confond dans l’ampleur de l’espace, c’est un big-bang qui s’éteint dans la course d’une étoile filante, lente …

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Cette poussière d’étoile venue de Scandinavie s’est prise dans les cordes d’une contrebasse pour nous chuchoter les flocons immaculés, les murmures du vent frais, la chaleur d’un foyer, sur une terre pleine de charme de tendresse garante d’un amour ravissant …

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Plein phare entre les deux tours (1/2)

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

La Rochelle, le vendredi 07 Octobre 2016

1ère partie : Tom Ibarra Groupe

Tom Ibarra : Guitare et composition

Pierre Lucbert : Batterie

Jean-Marie Morin : Basse

Christophe De Miras : Clavier

Nous sommes au «Festival Jazz Entre Les Deux Tours» dans sa 19ème édition. Il y a des ponts qui convergent et viennent se nicher ici Espace Bernard Giraudeau, pour partager l’histoire d’un soir les fruits de leurs éclosions musicales et oui, comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce soir deux jeunes rameaux qui s’épanouissent à leur manière sont mis à l’honneur …

D’abord il y a Tom Ibarra Quartet, coup de coeur du festival et pour cause …

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Tout juste 17 ans compositeur et virtuose de la guitare, endorsé (Ibanez Guitars, Roland & DV Mark) allié à ses attachants compères et formidables musiciens eux aussi. Pierre Lucbert aux tous frais 20 ans, à la batterie, endorsé (Yamaha), Jean-Marie Morin à la basse et Christophe De Miras au clavier.

Ce soir Tom pousse plus loin encore ses limites pour donner davantage de consistance à son jeu, du relief et de la profondeur viennent auréoler un style déjà bien affirmé.

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Qu’il se pose la question ou non, Tom connait son chemin, perçoit sa destination. Il avance pas à pas comme chaussé de bottes de sept lieux, nous mène par le bout du coeur et de l’oreille dans son sillon et pense à dire au passage « thank you Bob » (hommage à Bob Berg) … C’est un hommage qui en appelle un autre avec un « So What » personnel et éclatant en voix de guitare pour dire à sa façon, respect Monsieur Davis. Lorsque soudain, arrive un magnifique orage accompagné de ses éclairs pour un solo batterie de Pierre Lucbert.

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Plus rien ne bouge, jusqu’a ce que surgisse au détour d’un chemin, « Monsieur chat » dans toute sa splendeur fier et élégant il daigne tout de même nous accorder son félin regard avant de prendre la poudre d’escampette pour se jeter aux bras de la douce et tendre « Mona » qui ne rêve que d’une lointaine « Exotic city »…

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  • Question
  • Thank You Bob
  • So What
  • Solo batterie
  • Mr Chat
  • Mona
  • Exotic City

2ème partie : Panam Panic Featuring Beat Assailant

Robin Notte : Fender Rhodes – Piano

Max Pinto : Sax ténor

Julien Alour : Trompette – Bugles

Julien Herné : Basse

Aurélien Lefebvre : Batterie

Adam Turner (Beat Assailant)

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De quoi vous tenir éveillé toute une nuit sans caféine avec une telle équipe ! Soudée comme un seul homme dans un alliage à la fois souple et résistant qui partage maintes influences musicales, dont Jazz Funk, Groove, en passant par le Rap qui s’invite en beauté !

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Ce soir toutes ces sonorités se mêlent avec soin dans une composition générale absolument chatoyante aux extraits de calme vif et de vif éclatant. Nous sommes dès le début propulsés dans un drôle de vaisseau au rythme d’une trompette lumineuse et aérienne qui tranche dans le vif du silence, soutenus par un sax qui nous plaque et nous charme totalement. Maintenue suspendus pour le reste du concert où le clavier souffle la pluie et le beau temps. Il est clair que le soleil n’a pas voulu se coucher ce soir et nous non plus !!!

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« le langage de la batterie jazz » par Guillaume Nouaux

par Philippe Desmond.

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C’est bien beau de sortir le soir pour écouter du jazz mais ça finit pas écourter vos nuits. Alors aujourd’hui ce sera jazz le matin mais pas un concert, une conférence ou une master class, celle de Guillaume Nouaux sur « le langage de la batterie jazz ».

Nous sommes au Music Workshops un ancien magasin de musique bordelais transformé en école de musique et plus particulièrement de batterie, animée par les batteurs Julien Trémouille et David Muris mais aussi par Rija Randrianivosoa, professeur de guitare au CNR. Le lieu héberge aussi le luthier Omar Amal. Une vingtaine de personnes dont de tous jeunes batteurs est là pour écouter parler et heureusement jouer, le fantastique musicien qu’est Guillaume Nouaux. Sa batterie artisanale fétiche, une ART, siglée GN est là qui nous attend, la conférence sera donc illustrée.

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Guillaume en plus de ses qualités musicales est un érudit de son instrument et de la musique qui va avec. Très attaché à son histoire qu’il juge indispensable pour le pratiquer au mieux c’est aussi un passeur de message et ce n’est pas la première fois que j’ai la chance de le voir pratiquer cette activité.

Son premier geste en se mettant aux baguettes est d’enlever ses chaussures- je l’avais déjà remarqué lors de ses concerts – le toucher des pédales lui étant ainsi « plus confortable et aussi sensuel ».

Il va durant près de deux heures nous expliquer la naissance de la batterie, concomitante avec celle du jazz et réciproquement. Tous les éléments ou presque existent déjà dans les fanfares ou les orchestres classiques : la grosse caisse, les cymbales, les tambours et même la caisse claire vers 1850. L’assemblage du tout avec l’adjonction des toms, formes dérivées des tam-tam africains, va à l’image du jazz lui-même être influencé par toutes les parties du monde. Cymbales chinoises (au bord relevé) , turques (coniques) voire grecques… L’apport des esclaves noirs est décisif dans la naissance de la batterie. Guillaume nous raconte que pour avoir la paix sociale le Maire de New Orleans, port d’arrivée de ces pauvres malheureux – leur a généreusement octroyé le dimanche et que ceux-ci en profitent pour jouer de la musique – à Congo Square – avec tout ce qui leur tombe sous la main et notamment des percussions, apportant le rythme à une musique alors assez sage.

Une étape décisive est en 1909 l’invention par la marque Ludwig de la pédale de grosse caisse qui permet ainsi à une seule personne de jouer . Avantage économique aussi, une personne à payer au lieu de trois ! Jusque là un batteur pratiquait éventuellement le double drumming en tapant sur la grosse caisse avec les baguettes.

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Double drumming

Parallèlement les blancs jouent du ragtime ou du stride et petit à petit la batterie va s’imposer et faire naître le jazz New Orleans et donc le jazz. Il cite pour le style de groove NO, Baby Dodds un des premiers vrais batteurs, Zutty Singleton, puis plus récemment Herlin Riley ou Vernell Fournier batteur d’Ahmad Jamal ; tous des batteurs de NO réel berceau de l’instrument et d’une façon d’en jouer. La crise de 29 fera partir les musiciens vers les grandes villes, Chicago, NYC et ainsi propagera le jazz. Entre temps le hi-hat ou charleston viendra, après plusieurs prototypes peu commodes, compléter l’arsenal des batteurs.

Tout ce matériel il s’agit de bien s’en servir et Guillaume souligne l’adéquation entre le style de jazz et l’utilisation « de bon goût »de certains éléments et moins d’autres.

Arrivera Jo Jones et l’invention du « chabada » ou la cymbale devient prépondérante pour marque le temps au be-bop notamment. Il parle du shuffle, de l’influence des rythmes latinos, de l’accointance avec le rock et le rythm’n blues…

Tous ses propos sont illustrés d’extraits musicaux mais surtout – quel bonheur ! – de démonstrations à la batterie de tous les styles évoqués. Guillaume est capable de vous restituer le drumming de n’importe quel batteur, ou presque, en vous expliquant en même temps ce qu’il fait ; lumineux. Sa maîtrise de l’instrument est absolue et on voit qu’il aime partager sa culture. Vraiment un très beau moment.

Il a un avis très précis sur le rôle du batteur, qui doit mettre en valeur ses collègues mais aussi savoir se mettre en avant au bon moment. Un batteur peut rendre le concert bon mais aussi le rendre mauvais…

Dernier conseils pour les jeunes qui sont là : pour progresser penchez vous sur l’histoire de l’instrument l’évolution de ses styles, le pourquoi de cette évolution, son comment, et là vous pourrez peut-être apporter votre propre influence, sinon vous ne serez que des clones.

On sent qu’il aurait encore pu parler pendant des heures et nous l’écouter autant.

Il me remonte un souvenir ; il y a maintenant bien longtemps dans le but de faire de la planche à voile j’avais lu un guide d’apprentissage et je me souviens qu’en le refermant je m’était dit « super ! j’ai tout compris ». Aujourd’hui cela me fait la même impression. Mais je me souviens aussi que j’avais déchanté en tentant de rester simplement debout sur ce gros bout de plastique agité par les flots et le vent. J’ai bien peur d’avoir la même désillusion tout à l’heure en m’asseyant sur mon tabouret, baguettes à la main…

http://www.guillaumenouaux.com/

http://musicworkshops.fr/

Akoda invite Gaston Pose au Caillou

par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat.

Le Caillou, jeudi 29 octobre 2016

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Akoda chez Action Jazz on les connaît par cœur. Ben non, perdu !

Akoda c’est trois musiciens, ou quatre, ou cinq ou plus. Akoda c’est du jazz, du jazz créole comme ils le précisent et vous savez tous que ce qui caractérise le jazz, le vrai, c’est qu’il est imprévisible.

Confirmation ce jeudi soir au Caillou où je me rends par amitié, par plaisir bien sûr mais certain de ce que je vais entendre ; le samedi matin précédent j’étais aussi allé les écouter en show case au magasin Cultura de Bègles ; j’y avais même amené mes petits enfants de trois ans dont je me charge de l’éducation musicale… Ce jour là ils étaient quatre, Valérie Chane-Tef bien sûr, la pianiste compositrice leader du groupe, Franck Leymerégie aux percussions, Benjamin Pellier à la basse et François-Marie Moreau aux sax.

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Ce soir FM n’est pas là. Par contre une surprise nous attend en la personne de Gaston Pose (prononcer Possé) qui va compléter le groupe avec sa guitare de jazz.

Gaston Pose on le connaît notamment avec le Tri Nation guitar trio où lui l’Argentin joue avec le Français Yann Pénichou et l’Australien Dave Blenkhorn ; trois nations de… rugby. Valérie l’a invité, comme ça pour le plaisir, pour notre plaisir. Finalement vu d’ici l’Argentine n’est pas si éloignée des Caraïbes et ça devrait fonctionner ; ça va fonctionner et drôlement bien même. Gaston va amener sa touche latine, voire brésilienne en écho au piano chaloupé de Valérie. Pourtant il ne retrouve plus son médiator, pas son médicament mais son plectre, ce bout de plastique qui sert à pincer les cordes. Qu’à cela ne tienne une personne de l’assistance en découpe un dans une carte Fnac et voilà le travail !

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Le trio est en osmose parfaite, ils se connaissent par cœur, tombent toujours juste sur des rythmes parfois complexes et prennent visiblement du plaisir partagé ; Gaston Pose va s’intégrer avec justesse, écoutant d’abord, plaquant quelques accords discrets puis se lançant dans des chorus impeccables.

Les thèmes de l’album Mariposa sont égrainés et les ailes du papillons trouvent ce soir une couleur nouvelle et aussi chatoyante. Valérie, en chemise cravate s’il vous plaît, mène le groupe et dialogue tranquillement avec le public lors des transitions. Elle est toujours à la recherche du titre pour un morceau et demande au public de l’aider ; ça fait six mois que ça dure ! Je propose « Latino Concerto » libre de droits.

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Morceau de bravoure du groupe le « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg adapté d’un arrangement du pianiste Pierre-Alain Goualch (chronique du 24/05/2016 au Baiser Salé) ; du pur plaisir. Benjamin – qui me dira à la pose ne pas s’entendre, nous oui – y excelle à la basse sur un riff envoûtant.

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Franck, aux percussions, on dirait Shiva ; on ne sait pas combien il a de bras et de mains il est toujours époustouflant.

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Il me vient à l’esprit que comme ce soir Gaston est là ils pourraient aussi jouer du Nino Ferrer, « le Téléfon » par exemple mais j’ai trop honte de leur demander…

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Je préfère écouter les rythmes de maloya ou des morceaux venus de Guadeloupe, de la Réunion, berceau de Valérie, ou …des USA avec le « Children Song » de Chick Corea. On a même droit au standard des standards, avec « Caravan » qu’on imagine sur ces tempos, transporter des feuilles de tabac à cigare à Cuba plutôt que du sel au Sahara…

Voilà, encore une soirée qu’il ne fallait pas rater, ouf on y était !

Akoda sera ce mercredi 5 octobre au Point Rouge quai de Paludate, peut-être y aura t-il une autre surprise ?

Ah ! Au fait après le concert Gaston a retrouvé son médiator au fond de sa poche…

http://akoda.e-monsite.com/

 

Projet Karmarama de Mark Brenner au Rocher « Another World »

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Rocher de Palmer, vendredi 30 septembre 2016.

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Les frontières sont des inventions humaines, elles facilitent parfois les choses et souvent les compliquent, l’histoire en témoigne. En musique on parle plutôt d’étiquettes ou de chapelles certains esprits étroits s’abritant à l’intérieur de ces limites simplistes. Chez Action Jazz ce n’est pas le genre de la maison. La preuve ce soir nous allons écouter un groupe de pop – une étiquette me direz-vous – mais aux multiples facettes, des Beatles à la musique raga indienne et, rassurez vous les puristes, en passant par le jazz. De la musique en fait.

Mark Brenner, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un artiste, un vrai. Cet Anglais, girondin depuis vingt ans est multi instrumentiste (basse, guitare, ukulélé, sitar, batterie…) et aussi auteur compositeur. A son actif déjà sept albums, plutôt donc dans le genre pop. La pop il adore ça, mais attention pas n’importe laquelle, il en a certes fait son fond de commerce – je force volontairement le trait avec cette vilaine expression – car un artiste pour créer ça doit vivre, mais aussi sa marque de fabrique. Avec ses acolytes Thomas Drouart (claviers) et Antony Breyer (batterie) ils forment le meilleur groupe de reprises – ou covers ça fait plus chic – de la région. Ils sont capables de mettre le feu à la plus coincée des soirées, de faire dégoupiller une assemblée de notaires, ou de faire partir en vrille un camping de la côte en plein été. Beaucoup ne les connaissent que dans ce registre là. Certains, plus curieux, ont exploré d’autres facettes, celles de la création notamment, malheureusement moins vendeuses. Et pourtant…

Ce soir au Rocher de Palmer c’est donc la sortie officielle de l’album « Another World » entièrement écrit et composé par Mark, à un titre près d’Anoushka Shankar. En plus du trio de base, des invités, présents sur l’album ou non, sont annoncés : Shekinah Rodz chanteuse, saxophoniste alto, flûtiste, percussionniste (pas ce soir) un talent pur, plutôt estampillée jazz notamment avec son propre quintet déjà chroniqué sur ce blog, Jean-Christophe Jacques remarquable aux sax soprano et ténor, un pur produit de la scène jazz et jazz fusion (Post Image chroniqué aussi dans ce blog) les deux intervenant sur l’album et Emmanuel Lefèvre, que je découvre aux claviers et samples. Invité de dernière minute, le reconnu joueur de tabla Matthias Labbé qui accompagne de temps en temps le groupe por des concerts aux arrangements indiens (voir chronique du 28 mai 2016). Pour ce projet le groupe s’avance sous le nom Karmarama.

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On sait que les musiciens ont beaucoup préparé ce concert, c’est la première fois qu’ils lancent un album ainsi, espérant que le public répondra présent dans ce lieu magnifique qu’est le Rocher. Plus que présent le public, la salle est bondée. Les amis – ils en ont beaucoup – sont là, d’autres vont les découvrir.

La scène est couverte d’instruments, simplement mais joliment décorée, la première impression est bonne ; la première impression est la bonne. Les musiciens arrivent un par un, ajoutant leur touche musicale à cette intro un peu Floydienne initiée par le clavier d’Emmanuel Lefèvre. Le premier titre de l’album se profile « Technicolor » une ballade sur laquelle Shekinah va nous enchanter de sa voix et de sa flûte, et commencer son festival de la soirée ; elle va nous éblouir.

Mark et ses compères ont déjà joué dans toutes les situations, dans les bars, les soirées privées, sur la plage, récemment sur la fan zone de l’Euro 2016 en vedettes le soir de la finale devant des milliers de personnes ou encore en première partie de Francis Cabrel cet été à Arcachon et là pourtant on les sent tendus, très concentrés. Ils misent beaucoup sur ce concert et ont énormément bossé ; encore plus que d’habitude car ces gens là ont certes du talent mais surtout ils travaillent, répètent souvent. Reprises ou créations ils respectent le public tout simplement.

Mark adore les Beatles et les arrangements de « Human », rehaussés des violoncelles numériques de Thomas Drouart, nous le confirment, Eleanor Rigby n’est pas loin ; il revendique cette influence qu’il n’utilise pas comme un procédé mais qui fait partie de ses gênes. Il plaque sur cette jolie mélodie un texte à la fois nostalgique et humaniste. Les voix en harmonie, celle de Shekinah notamment sont impeccables, le tabla discret de Matthias ajoutant une touche délicate et colorée.

Ayant la chance de connaître l’album – superbement écrit et produit – depuis plusieurs semaines je le redécouvre, je le vois se développer comme dans la magnifique version du titre phare « Another World » dans lequel surgit Jean-Christophe Jacques pour un chorus improvisé de sax ténor encore plus riche que dans la version studio ; la magie du live. Allez, une étiquette jazz approved sur ce titre.

Tous les titres de l’album vont être égrainés mais surtout magnifiés, le concert partant franchement vers l’Inde à la fin. Cette musique, qui apporte ses arrangements et ses accords particuliers, pas mal d’autres l’ont intégrée, les Beatles bien sûr mais aussi John McLaughlin et Shakti ou encore Didier Lockwood avec Raghunath Manet ; la chance de tous les avoir vus… sauf les premiers.

Shekinah Rodz je l’ai dit, va nous éblouir, au chant, à la flûte, au sax alto. Il paraît que depuis quelques jours elle ne tenait plus en place et ce soir cette énergie s’est libérée pour nous, une chance.

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Son confrère saxophoniste Jean-Christophe Jacques n’est pas en reste, son duo au soprano avec Mark sur « Rewind the Life » est sublime de finesse ; c’est beau et émouvant.

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Emmanuel Lefèvre va apporter une touche électro avec ses samples et ses machines tissant des nappes harmoniques planantes. Matthias Labbé assis en tailleur, au tabla et au ghatam, va distiller ses sons épicés  ; « Il a un cerveau au bout de chaque doigt » souligne quelqu’un, belle formule.

Quant aux titulaires du groupe ils vont eux aussi nous épater nous qui croyions les connaître par cœur. Antony Breyer surplombe ses collègues sur sa toute nouvelle Yamaha bleue – comme la note – une vraie bête de course qu’il prend un réel plaisir à piloter ; breaks en place, variété des rythmes, quel travail. Thomas Drouart n’en menait pas large en arrivant, comme toujours, et on va le voir se détendre, toujours impeccable dans ses interventions aux multiples facettes ; à la rythmique de basse il est monstrueux.

Quant au boss, vêtu d’un sherwani blanc, s’il commence avec sa basse fétiche, il va vite passer à la guitare acoustique alternant avec le sitar qu’il maîtrise parfaitement. Son duo avec Matthias au tabla, arrivé tout en douceur on ne sait comment à la fin d’un titre, va subjuguer l’assistance et lancer le morceau de bravoure du concert « Paschim Vihar (I’m in love with sound) » un raga-électro-funk d’une autre planète, couronnement de la soirée.

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Surprise lors des rappels avec l’arrivée sur scène d’une danseuse de Baratha Natyam, cette danse classique sacrée de l’Inde, si gracieuse et expressive ; superbe Géraldine Nalini.

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Une soirée merveilleuse dans différents univers et que nous ne souhaitons pas sans lendemain ; producteurs, organisateurs de festivals ne laissez pas passer une telle qualité musicale. A l’heure où les festivals de jazz s’ouvrent à d’autres musiques profitez-en !

Dehors il pleut, fini l’été indien, mais ce que la vie peut être belle !

http://www.mark-brenner.com/

Marc Ducret et Journal Intime Toulouse 18/09/16

Par Stéphane Live

En ce dimanche 18 septembre, l’association « Un Pavé Dans Le Jazz » présente ses activités pour le trimestre à venir. Cette soirée à lieu à Toulouse, au Théâtre du Pavé, structure située dans les faubourgs de la ville rose.

L’accueil du public se fait autour d’un verre, et les premiers arrivants ont pu avoir un aperçu du concert de Marc Ducret et de Journal Intime (Sylvain Bardiau, trompette, Matthias Malher, trombone, Frédéric Gastard, saxophone basse) en entendant les balances. Ce son de cuivres envahi le hall du théâtre et l’attente est longue car l’avant goût était tonitruant.

On patiente en découvrant les futurs concerts mis en place par « Un Pavé Dans Le Jazz ». Un mélange de free jazz, de musiques improvisées dont une création dans une grotte de l’Ariège, ou comment l’art pariétal peut se mêler au jazz actuel. Cette programmation est proche de celle de l’association bordelaise Einstein On The Beach, que certains connaissent peut-être grâce aux sessions Le Monde Est Free au Rocher De Palmer.

Marc Ducret arrive sur cette scène avec un décor inexistant, un éclairage minimaliste, mais ce n’est pas un problème car notre esprit va se remplir de mille images au fil de ce set. Pas d’accessoire particulier pour la guitare, seulement une pédale d’effet et aucun dispositif électro-acoustique pour les trois cuivres. Marc Ducret nous conte la genèse de son album et les conditions dans lesquelles il a été composé. Le concert reprend le répertoire de l’album « Paysage, avec bruits », il n’y a pas meilleure description de ce que l’on verra sur scène ce soir que ce titre. Tout défile devant nous, des paysages avec des ambiances calmes ou plus tendues, oppressantes parfois…. Contemplatif par moment et plus sur la défensive pour d’autres… Lorsque les trois cuivres jouent ensemble on est dans une sorte de bestialité, de furie où la guitare de Marc Ducret vient délicatement se poser, tel le pointillisme des peintres, par petites touches le morceau avance et se construit. Dans des passages plus intimes l’échange est calme et léger, on apprend à écouter ces instants de quasi silence où les instruments apparaissent tranquillement et dialoguent, on écoute le souffle des musiciens, les doigts effleurer les instruments.

Les morceaux, d’environ 15 minutes chacun, nous font traverser des terres inconnues. La culture, l’imaginaire de chaque spectateur l’amènent sur des rivages différents. La richesse de ces expérimentations est de laisser libre cours au public, pas de règles établies pour l’écoute, on se laisse aller, l’imagination est au pouvoir. Aucune vision urbaine ici, de la nature, de la campagne, des forêts, des bords de mers….On marche, on court… On contemple, on observe l’environnement ou des animaux. Cette musique à la fois expérimentale, complexe et rafraichissante est un vrai régal pour les neurones.

On laisse les quatre musiciens, après 1h30 de concert, avec du regret mais le cœur rempli d’émotions, d’images et avec l’envie de réécouter tranquillement chez soi l’album studio de cette collaboration. Les habitants de la région bordelaise auront la chance de revoir le trio Journal Intime dans une configuration différente le 13 avril 2017 au Théâtre des Quatre Saisons de Gradignan.

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Coup de vent sur le bassin

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

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Best Western La Teste de Buch le samedi 17 septembre 2016

Ce soir l’association Bassin’ Jass présidée par monsieur Jean Claude Doignié invite la formation Tenor Battle composée aux saxophones ténors de Claude Braud, Pierre Louis Cas, Philippe Chagne et Carl Schlosser ténor et flûte.

La section rythmique est assurée par Patricia Lebeugle à la contrebasse, Franck Jaccard au piano et Stéphane Roger à la batterie.

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Ni flonflons ni paillettes, juste une sobre décontraction aux sourires généreux, c’est la touche des grands qui gagnent leur place, dans le coeur des gens.

D’ailleurs tout le monde est là de 7 à 77 ans, du découvreur au connaisseur. Ici et maintenant chacun peut y trouver son compte et marquer ses points …

Le voyage commence à l’heure, le décollage s’amorce enfin, nous voilà soudain empoignés par une première volée de mots fulgurants et cuivrés.

La formation riche d’amitié, d’une réelle complicité et d’humour que ces messieurs et dame partagent à volo …

C’est l’union sacrée des sages qui a su préserver son esprit d’enfant pour le laisser se manifester et courir librement hors de sa bulle comme un supplément d’âme frais et tendre.

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Il ne semble pas que les prévisions météorologiques aient annoncé tant de souffles ce soir et pourtant !!  Un souffle tournant depuis les points cardinaux, presque espiègle, fougueux, en petites fugues et bouquets fleuris, tout y est.

Dès la première page de la soirée nous sommes surpris de temps à autre les yeux mi-clos, entrain de déguster intérieurement la qualité de jeu de chaque artiste pour nous faire prendre conscience que nous sommes ce soir au creux de l’instant nommé privilège.

Tenor Battle, leur album sorti en janvier 2016 nous est présenté à cette occasion. C’est la musique des année 50, jazz swing, boogie, blues, adaptée par nos compères.

D’ailleurs c’est avec Flight of the foo birds de Neil Hefti popularisé par Count Basie mis à l’honneur ce soir, que précisément une femme féline est apparue subitement sur l’espace carrelé noir et miroitant. Comment vous dire ?… Aussi légère et vive portée par ce rythme surchauffé ondulant, sautillant, bondissant et enjoué, lorsque la belle prend la main de son ami ravi semble-t-il  … Les voilà tous deux glissants et virevoltants avalés dans le ruban multicolore des saxos, piano, contrebasse et battant pavillon de la joie d’un couple enchanté. Vous pouvez me croire, ce fabuleux duo a bel et bien existé, même s’il n’a pas quitté mon imagination avant ce soir. Ceci dit je suis certaine que d’autres ailleurs et à d’autres moments les ont également remarqué …

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Playlist de la soirée

1. My Delight (Rashaan Roland Kirk)

2. Stolen Sweets (Wild Bill Davis)

3. Flight of the foo birds (Neal Hefti)

4. Moten Swing (Bennie & Buster Moten)

5. After Supper (Neal Hefti)

6. Comin’ home baby (Bob Dorough and Ben Tucker)

7. Drums boogie (Gene Krupa)

8. Shiny Stockings (Frank Foster)

9. Cristo Redentor (Duke Pearson)

10. My Full House (David Newman)

11. The preacher (Horace Silver)

12. Robbin’s Nest (Charles Thompson/Illinois Jacquet)

13. In A Mellow Tone (Duke Ellington)

Le prochain concert de l’association Bassin’ Jass :

Le samedi 15 octobre, Les oracles du phono avec Nicolas Fourgeux ténor, Jacques Sallent trompette, Vincent Libera trombone, Jean Pierre Caré Banjo, Mathieu Bianconi Sousaphone, Stan Laferrière Batterie, Daniel Huck alto et chant.

http://www.bassin-jass.net