Ça balance à Capbreton. Août of Jazz 2016


Par Philippe Desmond.

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La déambulation musicale du Bignol Swing se termine sous les chaleureux vivas du public, juste le temps de passer un moment chez Tap-Tap le bar tapas du marché de Capbreton. « Tu viens aux balances cet après midi ? » me lance Bernard Labat un des organisateurs du festival Août of Jazz. Tiens, bonne idée, le temps est maussade on sera mieux qu’à  la plage. Bonne idée  ? Non, excellente idée !

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Sur scène au milieu de l’agitation habituelle de ces moments, pas moins de six musiciens, tous vainqueurs en leur temps du prestigieux prix Django Reinhardt de l’Académie du jazz. Allons-y : le « Roi René » Urtreger (piano, prix 1960), Henri Texier (contrebasse, 1977), Eric Le Lann (trompette, 1983 ), Louis Moutin (batterie 2005), Pierrick Pedron (sax alto, 2006 ) et Géraldine Laurent  (sax alto, 2008) !  Ils sont réunis grâce à  François Lacharme directeur musical du festival mais aussi président de l’Académie du jazz. On fait les choses bien à  Capbreton.

C’est René Urtreger qui « dirige » l’équipe ;  il n’arrête pas de plaisanter, de jouer avec les mots, de faire des calembours douteux. Un boute en train. Il joue aussi… Henri Texier tient le rôle du sage, assis derrière sa « grand mère » il recadre les tonalités bien assisté par Pierrick Pedron qui est visiblement un puits de science musicale. Louis Moutin toujours branché sur le 10000 volts donne le tempo ou plutôt le propose car ça discute pour quelques bpm ; pas au métronome, au feeling : padam padam padam. Éric Le Lann se bagarre avec un mini micro-clip de trompette qui cohabite mal avec son retour. Quant à  Géraldine Laurent elle ne tient pas en place mais donne toujours un avis pertinent, sur l’ordre des chorus notamment ;  c’est vrai que parfois ça  fait un peu armée mexicaine tout le monde commandant ou essayant de le faire. Mais que de bonne humeur sous les rires de René  ! Un bout de « Milestones « , deux trois réglages,  c’est bon, c’est « facile ».

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La playlist élaborée par le roi René


– C’était prévu ça ?
– non !
– On le garde c’est bon.

– OK mais sans les couac.


Sur scène les techniciens s’activent, se parlent à  haute voix pendant la musique “ la grosse caisse sur le 18”, les photographes mitraillent,  un joyeux bazar. On voit les choses se mettre en place, les assaisonnements se préciser, un moment  vraiment  intéressant qui montre que même les grands ont des hésitations, des incertitudes et se remettent sans cesse en question. Le concert apportera les réponses à ces questions : magnifique.

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Au tour de Sinne Eeg et se son trio de se mettre en place. Sauf que depuis deux jours ce trio n’est plus qu’un duo, le batteur étant tombé d’une scène  – accident relativement courant – et s’étant sévèrement blessé. Au pied levé,  ça s’est décidé la veille, c’est Dré Pallemaerts – qui jouait dans le trio de Paul Lay le vendredi – qui assure la suppléance. Il a reçu les partitions vers 17 heures au début des balances. Il va donc répéter des bouts de morceaux en déchiffrant, Sinne lui expliquant ce qu’elle souhaite et lui proposant même de placer un solo sur un titre.

– I’m sorry Dré it’s very tiny

Mais Dré n’est pas n’importe qui – en plus d’être musicien il enseigne la batterie au Conservatoire de Paris  – et il apprend vite. C’est ahurissant.

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François Lacharme m’avait averti « en balances elle ne se livre pas beaucoup  » pourtant je la trouve déjà très à  l’aise, voix immédiatement en place. Quelques légères vocalises, pas de scat. Elle est très pro, très pointilleuse. Pour « les moulins de mon coeur » de Michel Legrand elle va travailler une bonne demi heure, soignant les détails, reprenant l’introduction,  le final. Du travail de précision.

– It works.

– No ! It kills ! précise Sinne

Le concert donnera raison à François Lacharme, Sinne physiquement métamorphosée, coiffure sophistiquée, talons aiguilles au lieu de ballerines, va nous éblouir. Sa voix, son charme, sa présence sont extraordinaires. Nous avions vu la préparation de la pâte dans l’après midi, là  nous goûtons le pain tendre et croquant, doré à  point. Elle chante et  scate à merveille. Le trio au top et Dré comme s’il avait toujours joué dedans !


Le soir donc, grâce à ces instants privilégiés, le concert aura une autre couleur. Si vous avez un jour une telle opportunité saisissez la c’est unique.

NB : le compte rendu complet du festival paraîtra dans la Gazette Bleue de novembre. 

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Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.