Plus près que « là-bas », Monségur et son festival.

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Aller à Monségur aux « 24 heures du swing » c’est un peu comme une préparation à un autre festival plus couru, vous savez là-bas, au mois d’août dans ce coin un peu perdu du Gers… Le parallèle est assez frappant, déjà pour arriver jusqu’ici au fin fond de l’Entre deux Mers, comme pour là-bas ça se mérite. La ville de Monségur est elle aussi une bastide avec ses traditionnelles galeries à arcades – chez moi à Créon on parle d’arceaux » – et ici aussi la place est animée par des bars, des restaurants, des boutiques, des stands de tout et de rien, d’artisans et de marchands avec un fond musical perpétuel de circonstance. Mais si on veut clore la comparaison, j’y trouve un avantage ici dans la mesure où l’on est encore à une échelle plus artisanale que là-bas. Mais avec une sacré belle organisation, ne vous méprenez pas sur mes propos.

A mon arrivée j’ai juste le temps d’assister à la dernière partie du concert de Laure Sanchez Trio sur la jolie petite scène installée rue Barbe, comme ça en plein milieu. Le trio, prix de la Note Bleue au dernier tremplin Action Jazz est désormais bien rodé et offre un répertoire de compositions originales plein de fraîcheur de musicalité et de groove. Pour ce dernier Laure n’hésite pas à utiliser sa basse électrique tout en chantant.

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Robin Magord est vraiment épatant au piano, quant à Nicolas Girardi il invente sans cesse à la batterie celle-ci avec sa toute petite grosse caisse paraissant sortie d’un magasin de jouet. Invité surprise, un chien, celui du voisin, fait un moment les chœurs !

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Il reste moins d’une heure avant le concert sous la halle, le temps d’aller se régaler au stand du boucher local dont le pavé de bœuf va s’avérer à tomber ; un petit vin des voisins de Duras et nous voilà prêts pour affronter la soirée ; elle va être longue, deux heures du matin pour la fin du dernier concert !

La halle se remplit doucement, la fouille est bon enfant. Quelle beauté cette construction de fonte et de verre du XIX siècle ! Pour l’acoustique par contre…

Ce soir, que des Anglais au programme, comme quoi ils ne sont pas tous prêts à se replier frileusement sur leur île. La chanteuse Malia pour commencer, accompagnée d’un trio piano, basse, batterie. J’attendais une brune, c’est une blonde qui arrive vêtue de blanc et noir un chapeau melon sur la tête, référence à John Steed ou à Malcolm McDowell dans Orange Mécanique ? Vous ne verrez pas de photo, les instructions de la diva étant claires, les photographes accrédités peuvent agir sur le seul premier titre et pas de gros plan ! Et le service d’ordre est vigilant. Thierry n’aura pas eu le temps de mitrailler et après tout si elle ne veut pas qu’on fasse sa promo, ça la regarde. D’autant que le concert ne va pas nous marquer, elle chante très bien et dans plusieurs tessitures, les musiciens jouent bien mais, est-ce le son difficile ici, le répertoire un peu plan-plan, nous n’avons pas accroché. Les « Fipettes » de Bordeaux qui étaient à nos côtés ont, elles, adoré !

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Un petit tour sur la place avant que la deuxième partie ne démarre, la soirée est douce, c’est vraiment l’été. Place à Incognito, présenté comme du soul-jazz-funk ; exact.  Neuf musiciens, trois chanteuses, un gros son. Le leader Jean Paul Maunick, Mauricien d’origine, va animer le concert, présentant les titres avec ses commentaires humanistes et en français.

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A tour de rôle les trois chanteuses occupent le devant de la scène dans des registres allant d’Aretha Franklin à Randy Crawford des Crusaders avec parfois un light show à la Soul Train. Mais à mon avis c’est en instrumental que le groupe donne toute sa puissance, la musique partant en liberté avec un groove d’enfer, la fin du concert étant ainsi énorme !

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Il est minuit bien tassé, direction la place des Tilleuls ; les stands de cuisine espagnole, marocaine sentent bien bon en passant, on se laisserait presque tenter.

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Latin Spirit joue déjà ; ils se définissent ainsi : « des harmonies salsa, des chorus jazz, des rythmes cubains » ; voilà vous savez tout. Ou presque. Au programme du Tito Puente, Poncho Sanchez ou Paquito Riviera et surtout de la joie ! Le public un peu timide au début ne va plus vouloir s’arrêter de danser !

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Avec un super son (enfin) dans ce lieu magnifique les musiciens vont nous régaler ; on en connaît bien certains à Action Jazz, notamment Franck Leymerégie (congas) et Benjamin Pellier (b) d’Akoda et même Valérie Chane-Tef (p) pigiste de luxe ce soir, associés à d’autres excellents musiciens bordelais.

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Mayomi Moreno mène la danse au chant ; Rodolphe Russo (fl, direction musicale) Bertrand Tessier (st) Rémy Béesau (tr) Renaud Galtier (tb) Frédéric Jarry (dr). Chaud bouillant ce concert et qui nous amène à deux heures du matin sans aucun effort, le genre de moment qu’on adore dans les festivals.

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L’air de rien il y a une heure de route pour rentrer à Bordeaux, bon mais c’est quand même plus près que là-bas… Dire que demain avec le programme swing qu’il y a je ne vais pas pouvoir revenir…

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Akoda en liberté au Caillou

par Philippe Desmond, photos Pierre Murcia.

Je l’avoue, Akoda fait partie des chouchous d’Action Jazz, de par la personnalité de son leader la pianiste compositrice Valérie Chane-Tef , la qualité musicale proposée, le talent du groupe et les différentes formes que celui-ci peut prendre. En quintet avec chanteuse, en quartet sans chanteuse, en quartet avec chanteuse invitée – Ceïba – et ce soir en trio. Prosaïquement c’est un format idéal pour l’exiguïté du Caillou – ce soir encore archicomplet – cela va s’avérer un format idéal pour la liberté musicale.

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Valérie est bien sûr au piano et au clavier électrique, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie au set de percussions. Toujours une curiosité d’ailleurs que de voir ce dernier, baguette dans une main l’autre sans rien, s’activer sur cet étrange équipage, mélange de batterie et de percussions, notamment un cajon installé à l’horizontale (!), cloche, cymbales de toutes tailles, congas, bendir… La sobriété matérielle de son collègue Benjamin contraste, quatre cordes seulement à une époque où les basses en voient le nombre augmenter, pas d’effets ; si justement ce soir il y en aura : un !

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Le répertoire on s’y attend va tourner autour de leur dernier EP « Mariposa » mais, on s’y attend moins, va comporter quelques belles surprises. Aux titres de l’album comme « Mariposa », le presque tube « Ou pas » et d’autres, vont venir s’ajouter de nouvelles compositions et des arrangements de titres d’autres artistes.

La première surprise pour un groupe se réclamant du « jazz créole » est la reprise de « Seven Days of Failing » d’E.S.T le trio suédois. Le regretté Esbjörn Svensson est un des pianistes favoris de Valérie Chane-tef, ceci explique cela. La douceur et le balancement du thème conviennent très bien à Akoda et l’adaptation est très réussie.

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Le public est appelé à baptiser un nouveau titre pour le moment intitulé par Franck « easy » en référence au easy listening qu’il est certes au début mais plus trop à la fin tant le tempo va se durcir. Pour le titre on cherche toujours.

Dans cette formule en trio le groupe est vraiment en totale liberté, plus de « contraintes » liées au chant. C’était le souhait de Valérie Chane-tef que de proposer cela, permettant ainsi une approche plus libre et donc plus jazz, les chorus et improvisations n’étant plus freinées par la structure musicale découlant du chant. Une autre façon de mettre en valeur ses propres compositions. La couleur du groupe est toujours bien présente avec cette forte assise de la basse, colonne vertébrale de l’édifice, parfaitement tenue par Benjamin, l’omniprésence et la créativité des percussions du toujours surprenant Franck et bien sûr le toucher subtile et chaloupé de Valérie ; on pense notamment à celui de Mario Canonge ce maître antillais du piano.

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Une autre reprise va arriver avec « Cinéma G » du jeune pianiste israélien Shaï Maestro interprété avec une extrême délicatesse par Valérie, Benjamin et Franck jouant tout en retenue. Tiens au fait le piano du Caillou va mieux, un accordeur a dû passer par là.

Le public – très à l’écoute pour un restaurant – est à nouveau sollicité pour deviner le thème qui arrive avec cette ligne de basse envoûtante et répétitive ; oui bon sang mais c’est bien sûr ! Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le découvrir quand vous irez voir Akoda ; juste quelques indices, disons que cela évoque un couple de gangsters et que la version originale est chantée par un mec pas dégueu. Vous pigez ?

Un autre des pianistes préférés de Valérie est appelé en la personne de Chick Corea avec un arrangement du mélodieux « Children’s song » . Le piano chante.

Et bien sûr la Guadeloupe, Cuba, la Réunion, autant de contrées qui seront évoquées musicalement à travers les titres joués. Akoda a vraiment une signature reconnaissable, c’est une qualité.

Alors qu’après les ovations la salle s’est vidée, un couple revient et s’approche de Valérie Chane-Tef. La dame guadeloupéenne, très émue, lui dit qu’elle est revenue car elle n’arrive pas à partir sans l’avoir embrassée tant elle a été bouleversée par le concert. Le genre de récompense que les vrais artistes apprécient ; Valérie apprécie.

http://akoda.e-monsite.com/

Akoda en quintet – avec sa chanteuse historique Mayomi Moreno – jouera au festival de Saint Emilion le samedi 23 juillet à 17 h.

Ceïba à Ambarès : émotion sans frontières.

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Le Blog Bleu d’Action Jazz parle de jazz, le jazz n’a pas de frontières, Ceïba n’a pas de frontières, Ceïba est du jazz ! Alors parlons de Ceïba.

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« Chants du Monde » résume le projet. Pour certains cette étiquette est attirante, pour d’autres, dont je fus,elle suscite la méfiance ; chants du monde, musique du monde, du folklore avec flûte de Pan, bonnets péruviens, tam-tam, tout l’attirail et le répertoire baba-folklo surfant sur des grandes idées parfois de circonstance. On est ici à des milliers de kilomètres de cette vilaine caricature. Je le sais depuis la première fois que j’ai vu Ceïba, c’était au Siman en septembre dernier (voir chronique sur le BB). D’ailleurs deux semaines après j’allais les revoir, en plein air lors d’une fête de village devant un large public qui avait été lui aussi plus que conquis.

Hier soir au Pôle culturel Ev@sion d’Ambarès Ceïba présentait ses nouvelles créations à l’issue d’une résidence d’une semaine dans cet endroit. Un projet rendu possible grâce à l’IDDAC de la Gironde (Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel) et la ville d’Ambarès. De l’argent public très bien utilisé cette fois. Le concert constituait ainsi le point d’orgue d’une semaine très riche selon les musiciens.

Les musiciens parlons en, ils sont tellement bons, tellement fusionnels ! Ceïba qui porte le projet est au chant, aux percussions (ah ce bâton de pluie !) et danse ; elle compose aussi bien sûr. Sa complice Valérie Chane-Tef joue du piano, chante, compose et arrange. Benjamin Pellier est à la basse, aux percussions et aux chœurs. Franck Leymerégie régale aux percussions sur un set très hétéroclite et assure aussi les chœurs. Tous les deux sont la colonne vertébrale de l’édifice, Franck spectaculaire bien sûr et Benjamin alternant groove implacable et délicatesse.

Mais ce soir il y a un bonus, la danseuse Khadi Sarr, originaire du Sénégal qui va rajouter sa puissance féline et gracieuse à la beauté de la musique. Car il s’agit de cela, de beauté et d’émotion. Ceïba a, dans cette salle Didier Lockwood, un écrin à la hauteur de la qualité de sa proposition artistique : grande scène, beaux éclairages et un son parfait. Toute la semaine ils ont travaillé dans ce lieu en conditions réelles de spectacle et le public va ainsi ressentir cette perfection et cette élégance que seul un vrai travail peut produire.

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Devant une salle comble, le spectacle va se dérouler magnifiquement, alternant les nouvelles compositions aux anciennes figurant sur leur premier album ; un second est en préparation. Ceïba a beaucoup voyagé et continue, elle y trouve son inspiration et son énergie. En Afrique, en Amérique Latine elle puise des pépites musicales ou capte des moments qu’elle arrange ensuite à sa façon avec Valérie Chane-Tef. Celle-ci nous entraîne dans des chorus de piano et des improvisations très jazz tels qu’elle en développe avec son groupe Akoda, classé « jazz créole » ; on retrouvera d’ailleurs une adaptation de « Ou Pas » qui figure sur son dernier EP et quelques citations. De plus ces deux artistes sont belles et lumineuses, irradiées par leur musique, Valérie toujours souriante – alors qu’elle avait une trouille noire m’avouera t-elle – et Marion (le prénom de Ceïba) le corps toujours en mouvement et partageant avec le public ses émotions de voyageuse. On les suivrait partout dans ces trains exotiques, ces pays lointains que leurs chansons évoquent.

Une autre femme a ce soir de l’importance, la danseuse Khadi Sarr, un corps de statue, puissante et ondulante, dans de belles robes drapées ou des voiles légers, et dont les interventions vont enrichir d’une façon inouïe le rendu visuel d’un spectacle déjà très esthétique. Une parfaite osmose entre musique et danse présentée ce soir pour la première fois.

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Des ballades émouvantes, des morceaux endiablés et gais, des trouvailles de percussions, des chansons sensuelles, beaucoup d’émotion – tiens des larmes qui coulent – de la musique tout simplement et d’une qualité rare ; en rentrant chez moi après le concert je suis tombé – failli me faire mal – sur les Victoires (?!) de la musique à la télé, j’ai tenu cinq minutes.

Quelle belle soirée mais elle n’est pas finie ! Le groupe a passé une semaine au Bénin en décembre dernier pour des concerts, des rencontres et une création, Il y a ainsi composé sur place un titre « Vent Nouveau » et en en tourné un clip vidéo – quel vilain nom dans ce contexte – dont nous avons la primeur. Belle chanson sur le racisme et encore des frissons qui parcourent le public et les musiciens encore sous l’émotion de ce voyage.

Nous les retrouvons après le spectacle émus mais radieux ; comme tous les vrais artistes ils n’étaient pas sûrs d’eux, notamment pour les nouvelles compositions ; la chaleur du public dès les premiers titres les a vite rassurés. Ils avouent avoir travaillé très dur toute la semaine, ils sont fatigués, rincés ; le spectacle les a portés.

On en redemande.

http://ceibamusic.com/

Un papillon sur un Caillou ; Akoda Instrumental

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

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Valérie Chane-Tef est une femme de caractère, un petit gabarit mais une forte personnalité. Ce soir en s’installant au Caillou elle a carrément fait pivoter le grand piano d’un demi-tour à la grande surprise de Benoît le maître des lieux. Personne n’avait jamais osé le faire ni le demander ; elle l’a fait sans le demander et elle a eu raison, se retrouvant ainsi physiquement au centre de son quartet  comme elle se retrouve au centre de son nouveau projet, Akoda Instrumental.

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Action Jazz en a déjà parlé dans la dernière Gazette Bleue, l’idée de cette variante d’Akoda sans la chanteuse Mayomi Moreno – à qui Valérie va rendre un bel hommage – est donc de redonner à la pianiste-compositrice l’importance et la liberté que la présence de parties chantées limite un peu.

Pour l’entourer on retrouve l’excellent François-Marie Moreau qui va nous montrer l’étendue de son talent et de son matériel, du sax soprano au magnifique et rutilant sax baryton en passant par le ténor et la flûte ; il va mettre se commettre sur un mini xylophone genre jouet, faisant dire à Alain Piarou – le président d’Action Jazz pour ceux qui l’ignoreraient encore – que maintenant qu’il est un grand il pourra en commander un vrai au Père Noël. Une ambiance amicale en plus ce soir comme vous le voyez.

A la basse toujours Benjamin Pellier qui dans son rôle apparemment paisible de rythmeur de fond va nous livrer une prestation de haute volée, finissant en sueur tel un guitar hero. Il est excellent dans tous les registres et son apport est énorme. Sa ligne de basse chantante sur une des rares reprises va nous envouter un moment avant que nous ne reconnaissions le titre : « Bonnie & Clyde »  de Gainsbourg.

Au set de percussions bien sûr Franck Leymerégie va, comme il le dit lui-même, nous « faire sa tambouille ». Avoir la chance d’être à côté de lui et de voir fonctionner cette fabrique artisanale – mais tellement pro – de sons et de rythmes est un vrai bonheur. Baguette dans une main, rien dans l’autre, passant de sa caisse claire aux congas, au cajon, aux cloches, au bendir (ah cette vibration !), aux nombreuses cymbales, et à tout un tas de machins, le pied marquant le temps au charley, il est redoutable.

Cette soirée est le premier concert du groupe dans cette configuration et correspond à la sortie de « Mariposa » (Papillon) l’album EP de sept titres, dont six compositions de Valérie. Celle-ci est tendue, elle a le trac, comme les tous les vrais artistes qui prennent des risques, croient en ce qu’ils font et respectent leur public. Ce trac tombe dès que la musique commence et nous allons avoir droit à un vrai festival.

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Le premier set qui commence avec un titre lent sur fond de chants traditionnels va nous livrer l’essentiel de l’album. Citons quelques titres, le mélodieux « Mariposa » l’occasion pour FMM de nous offrir un long et beau chorus de soprano, le superbe « Innocence » dans lequel VC-T plaque des accords délicats, le tube de l’album, « Ou pas », du jazz merengue bien chaloupé où le piano se promène. Quelques reprises d’Akoda réarrangées – avec la patte de Francis Fontès – complètent le set avec bonheur. La joie règne sur scène et dans la salle, on est drôlement bien !

Le second set est résolument plus débridé avec des reprises et plus de liberté dans les chorus. Il commence en trio –sans FMM – et le piano rayonne, Valérie est en liberté elle en profite, se régale et nous régale. Quel talent. De « Batarsité » du Réunionnais – comme elle – Danyel Waro au vieux standard « Softly, as in a Morning Sunrise » en passant par une version exceptionnelle – et méconnaissable longtemps – du « Bonnie & Clyde » de Gainsbourg nous allons avoir droit à une prestation exceptionnelle. Le public est mis à contribution pour des « palmas » pas si simples et il assure ! Le quartet est au taquet, souvent en battle à quatre !

En rappel Akoda Instrumental nous joue « Y que tu quieres » ; ce que je veux c’est d’autres soirées comme celle-ci, tiens pourquoi pas au Siman, quai de Queyries à Bordeaux mercredi prochain, le 30 septembre à 21 heures ; on prend les mêmes et on recommence !

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Au fait le piano ? Aux dernières nouvelles il devrait rester comme ça.

Akoda chez Alriq

Par Philippe Desmond

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La nuit tombe sous les lampions, un massif paquebot glisse devant la guinguette, quittant Bordeaux vers le large, mais le voyage est aussi pour nous qui sommes restés à terre, Akoda va nous entraîner vers d’autres horizons, de l’autre côté de l’Atlantique, vers des contrées créoles, vers Cuba, vers le Brésil, vers l’Argentine…

Akoda c’est un des nombreux projets (Djazame, Ceïba, Nougaro en 4 couleurs) de Valérie Chane-Tef pianiste et compositrice, un groupe lauréat du tremplin Action Jazz en 2014, avec autour d’elle Mayomi Moreno au chant, François-Marie Moreau aux sax, à la flûte et à la clarinette basse, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions. Tous d’excellents musiciens.

Du « jazz créole » pour les racines afros comme elle le définit mais aussi latino, chaleureux, coloré, chaloupé, fait en majorité de compositions originales. Jazz, car les chorus et les développements sont là et même bien là. On  passe de la sensibilité au groove avec le même bonheur et toujours avec élégance. « Mano à Mano » pour débuter, titre de leur premier EP puis de nouvelles compositions comme « Mariposa » de leur prochain album dont un coin de voile se lève ; en effet Mayomi ne chante pas tous les morceaux, le groupe joue en quartet ou même en trio, quelques pistes pour le contenu de ce disque qui sortira le mois prochain… La Gazette Bleue de septembre vous en dira plus.

Après la pause et dans une fraîcheur certaine – et oui ma pauv’ dame, passé le 15 août l’été c’est fini… – on va avoir droit à un vrai festival avec notamment des invités surprises. Un nouveau titre magnifique « Inocencia » est l’occasion d’inviter Laurent Maur à l’harmonica, s’intégrant instantanément au groupe ; on vous l’a dit, c’est du jazz. Puis Emilie Calmé et sa flûte vont faire partie du voyage vers le Brésil pour une composition magnifiquement chantée par Mayomi. Le public joue le jeu, l’ambiance monte, certains dansent, on oublie la fraîcheur bordelaise. A propos monsieur Alriq si on avançait un peu l’heure des concerts maintenant ?

En rappel le groupe reprend l’endiablé « Acompaña la”, une cumbia, avec Ouriel Ellert invité à la basse qui va nous allumer une rythmique de feu bienvenue.

Beau voyage et belle soirée avec ce groupe finalement assez rare mais qu’on reverra avec plaisir le 23 septembre au Caillou pour nous présenter son nouvel album.

Djazame au Caillou

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par Philippe Desmond.

Les soirées imprévues sont souvent les plus agréables, c’était le cas hier où par hasard je me suis arrêté au Caillou en rentrant chez moi sans avoir consulté le programme du jour.

Dans la remorque-scène – j’en reparlerai – quatre musiciens délivraient une musique douce devant un parterre de convives dînant en terrasse par cette belle soirée d’été.

Tiens pour une fois me dis-je la parité est respectée, deux hommes et deux femmes. Mais derrière ce beau piano blanc n’est-ce pas Valérie Chane-Tef ? Si bien sûr et la chanteuse et oui c’est Ceïba pourtant elle chante en Français… Je suis ainsi tombé sur un concert de Djazame un des nombreux projets de Valérie (Akoda, Nougaro en 4 couleurs, Ceïba…) une formation dédiée à la chanson française sur des arrangements originaux et variés allant du jazz au latino en passant par la bossa. Dans le projet Ceïba – tiroir « Musique du Monde » – celle-ci chante en neuf langues (!) sauf le Français, Djazame fait ici le contrepoint. Derrière la batterie Paul Magne et à la basse Patrice Feugas, qui ce soir remplace Benjamin Pellier, complètent le quartet.

Au répertoire que j’ai pris en marche, Gainsbourg avec « couleur café », « Requiem pour un con », Tété, Le magnifique « Jardin d’Hiver » d’Henri Salvador et bien sûr Nougaro avec notamment « Dansez sur moi ». On est dans un registre plaisir, Ceïba ne forçant pas sa voix et le trio tout en douceur faisant plus que l’accompagner, Valérie notamment se lançant dans des chorus originaux mais toujours respectueux de l’œuvre initiale. En cette belle soirée et dans ce lieu l’accord est parfait et sur scène on sent la joie de jouer.

Encore une belle idée que ce projet et toujours cette grande qualité musicale.

Mais les bonnes choses ont une fin et une fin plus précoce que d’habitude en ce lieu. Voilà que des problèmes de voisinage se posent ici aussi et qu’il a suffi d’une seule personne habitant à 200 mètres pour mettre un grain de sable dans cette belle mécanique du Caillou ; un grain de sable va-t-il  bloquer un caillou ? A la demande du public et des musiciens l’arrêt prévu à 22 heures se déplace d’une vingtaine de minutes grâce à une fin encore plus douce en décibels.  A suivre, mais il est malheureux de constater que de plus en plus de grincheux égoïstes et procéduriers essaient de dicter leur triste loi. Comment parler de bruit quand il s’agit de musique comme ce soir ou comme le jazz en général…

Cette fin de soirée précoce me permet ainsi d’assister à un grand moment, le rangement de la scène mobile. Démontage du matériel des musiciens, remontage de la batterie initiale, le piano restant ancré dans des cales en bois, les enceintes et les spots aussi ; on attelle la lourde et longue remorque à une vieille 205, trois personnes à l’arrière de la remorque pour faire contrepoids avec le piano, demi-tour viril devant la terrasse, descente sur la route dans une gerbe d’étincelles car ça frotte devant, derrière, tout ça à la lumière d’un gyrophare bleu police. Pour faire 100 mètres et ranger la scène dans un garage voisin dans des craquements et frottements inquiétants. Mais ça passe comme ça passera quatre soirs par semaine tout l’été. Et encore j’ai raté la mise en place qui est paraît-il encore plus épique, la 205 pilotée – c’est le mot – par Benoît, attelée de son lourd vaisseau étant obligée de monter la rampe à grande vitesse pour ne pas caler ! Un gros 4×4 y a déjà laissé sa boîte de vitesses !

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Très sportif le rangement de la scène…

Merci à tous ceux qui se donnent la peine de proposer aux musiciens de se produire et au public de se régaler. Et dehors les grincheux !

(Pardon pour la qualité des  photos mais je n’avais pas ce soir un de mes bons photographes attitrés)

Nougaro en 4 couleurs

Créon le 16 avril 2015.

Texte : Philippe DESMOND ; (belles) photos : Thierry DUBUC

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La salle bondée est bruyante, animée, vivante, gourmande, les assiettes passent, les pâtisseries circulent, le son des bouchons qui sautent rythmant le tout. Nous sommes à Créon pour un traditionnel jeudi du jazz. Au menu, pardon au programme, un hommage à Claude Nougaro. Du jazz Nougaro ? Et comment ! Serge Moulinier qui présente la soirée rappelle que le 12 avril 2002 le petit taureau déjà atteint était venu ici-même pour son spectacle « Fables de ma Fontaine ».

C’est à la mode les hommages, même du vivant des artistes, Renaud, Dutronc y ont eu droit dont le dernier récemment. Des hommages vraiment ? Des dommages plutôt, tant ces produits marketing sont insipides de par les adaptations et les interprétations par des pseudo-vedettes.

Ce soir nous sommes dans un autre registre nous allons vite le découvrir. D’abord celui qui va chanter est une femme…

Un narrateur est aussi présent. Pas n’importe lequel, Christian Vieussens. Qui mieux que lui, compagnon de musique et de bouteilles de Claude lors de ses collaborations avec la compagnie Lubat, lui qui a un peu le même gabarit et qui a surtout la même verve et le même amour des mots, ces mots qu’on casse comme des œufs, qui mieux que lui pour citer ses poèmes, parler ses chansons, jouer avec ses mots ; un « homme lettres ». Il va ainsi ponctuer le récital des textes poétiques de Nougaro, ces textes plein d’allitérations gourmandes comme Claude l’avait fait à la fin de sa carrière dans ce lieu.

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Ça commence, la lumière est belle, pourtant « la Pluie » arrive aussitôt pour nous faire des claquettes. Ils sont là tous les cinq dans un décor minimaliste et élégant. Et elle se met à chanter. Elle, Carole Simon merveilleuse de charme, rayonnante dans sa robe corset. Et ça va aller crescendo dans l’émotion et dans la beauté musicale. « Ma cheminée est un théâtre » nous révèle les racines espagnoles de Carole, ses bras mimant les flammes avec cette grâce de la danseuse de flamenco qu’elle sait être aussi. C’est beau une femme qui chante.

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Mais ils sont cinq donc et je n’en ai évoqué que deux ; ce soir on célèbre Claude, artiste au prénom mixte, un homme et une femme pour dire ses mots c’est logique finalement.

Sur scène Valérie Chane-Tef au piano et avec quel talent mais surtout créatrice de ce projet un peu fou. Arrangements, réécriture tout ça c’est elle. Elle dirige le groupe de son beau regard bienveillant, même pas peur d’endosser le costume de Maurice Vander ! A la rythmique le discret et excellent Benjamin Pellier et sa basse et le local de l’étape Didier Ottaviani remarquable de finesse et de précision. Avec eux pas de problème, le jazz sera lui aussi à l’honneur.

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Les titres s’enchaînent dans des arrangements originaux ne singeant pas les œuvres originales mais les interprétant – au vrai sens du terme – avec audace et respect à la fois. « Splaouch », « Paris mai », « Une petite fille »… Carole nous dira qu’elle a dû adapter les paroles qui à l’origine sont celles d’un homme et qui auraient pu être ridicules dans sa bouche, une réussite encore.

Après une pause où le public déjà interloqué a pu un moment retomber sur terre, le concert part vers des sommets d’émotion. « Cécile ma fille » bouleversante – des larmes de bonheur coulent, je confirme – « Il y avait une ville » surréaliste et magnifiée, « Le cinéma »…

Christian Vieussens seul nous susurre alors de sa flûte la mélodie de « Rimes » d’Aldo Romano, nous en récite les vers, puis reprend son instrument accompagné par le public d’un doux murmure chantant ; magique.

Le jazz, le narrateur l’a évoqué, Don Byas, Mingus… le voilà qui déboule maintenant. « A bout de souffle » et Dave Brubeck (dans lequel chanteuse et musiciens n’ont pas le temps de s’écouter et foncent, me dira Carole, elle accrochée à l’histoire eux au rythme) « Sing Sing Song » et Nat Adderley, « l’Amour sorcier » et Maurice Vander, « Bidonville » et Vinicius de Moraes… Ce concert est une merveille.

Après l’ovation finale d’un public debout voilà le sublime « Dansez sur moi » version française du « Girl talk » de Neal Hefti ; tiens un clin d’œil ?

Une ombre s’éclipse dans les cintres, n’ai-je pas aperçu une écharpe blanche ? Lui aimant tant les femmes je suis sûr qu’il est venu faire un tour pour les écouter et les voir magnifier son œuvre. Les hommes n’ont pas démérité loin de là, il a bien dû avoir envie de leur donner une tape dans le dos.

Pari audacieux, pari risqué mais pari bien gagné ! Merci à ces artistes pour ce concert, merci à Valérie Chane-Tef pour son audace. Personnellement il y a longtemps que je n’avais pas eu une telle émotion. Allez les voir le 13 juin au Centre Culturel La Ruche à Saucats dans le cadre du festival Jazz and Blues.

Merci à l’équipe de Larural d’offrir – c’est le mot juste – au gens la possibilité de découvrir des belles choses car il est sûr que la majorité des personnes présentes ne venaient pas pour ces artistes en particulier mais parce qu’elles savaient que la qualité serait au rendez-vous. On était même au-delà.