Plein phare entre les deux tours (2/2)

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

La Rochelle, le samedi 08 Octobre 2016

Rémy Béesau Quintet

Rémy Béesau       : Trompette

Pierre Maury        : Saxo ténor

Edouard Monnin : Piano

Pierre Elgrishi      : Basse

Vincent Tortiller  : Batterie

Nous voilà revenus pour le dernier soir du «Festival Jazz Entre les Deux Tours » où le public est reçu de manière chaleureuse et très conviviale par l’ensemble des bénévoles pour l’apéro jazz quotidien dès 18H30. En même temps la musique est présente avec ce soir, Hélène Fayolle au chant et à la guitare, Romain Deruette à la contrebasse et BrunoTredjeu à l’harmonica. L’ambiance sera Jazz Folk pour commencer cette soirée. C’est le moment des retrouvailles pour certains et des présentations pour les autres, ici personne n’est laissé de côté …

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Il est 20h15 précisément, les portes de la jolie salle de 300 places s’ouvrent. Chacun est installé, lorsque résonne une trompette qui nous raconte le levé du jour, d’abord tambour battant dans un grand parc, un beau matin d’automne frileux, où les éléments se déchainent dans la lumière timide d’un soleil qui persiste et enfin flamboie. L’heure est à la faune qui côtoie la ville mais reste aux aguets et soudain disparait … La cité approche, les rues s’entrelacent, s’illuminent, au loin les talons courent se pressent et les chats de gouttière dans la rue détalent comme on décoche une flèche  …

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Comme bon nombre de jeunes musiciens heureux de rejoindre la capitale pour y parfaire leur art, Rémy raconte aussi à travers son expression parfois une certaine nostalgie de son ile de ré, ou l’adolescence est encore proche … Le souvenir de ses yeux rêveurs, jetés au loin sur le miroitement d’une eau vaste. C’est une âme sensible voir romantique, une trompette qui ne trompe personne dans sa classe et sa générosité. Rémy est un jeune homme attachant comme sa musique.

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Il partage ce projet dans la joie et la complicité évidente avec son groupe d’amis, tous anciens élèves du Centre des Musiques Didier Lockwood.

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Céline Bonacina Crystal Quartet

Céline Bonacina : Saxophone baryton

Chris Jennings   : Contrebasse

Asaf Sirkis           : Percussions

Marko Crncec     : piano

C’est en compagnie d’une étonnante dame au saxophone baryton et de sa formation du moment que se déroule la clôture du festival.

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Entre force et douceur à chacun sa couleur, Céline Bonacina est une artiste singulière avec cet instrument presque aussi grand qu’elle. Lorsque son dynamisme naturel surgit elle laisse entrevoir un caractère joyeux à l’humour aiguisé autant que sa façon de canaliser cette énergie à travers son instrument impressionnant. Elle envoie du cuivre qui décoiffe et vous chauffe le cuir ! Du reste madame n’en perd pas sa féminité c’est sûr elle assure …

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Quant à Asaf Sirkis, lorsqu’il lâche ses battements affolés qui vous appellent et s’éloignent pour mieux vous revenir, ils s’approchent et vous frôlent, vous touchent pour mieux vous retenir, sur un rythme calmé et apaisé qui se fait discret, vous capte et disparait … A vous de rester là assis en attente, car on ne sais jamais. Céline Bonacina l’accompagne avec une envolée en balade sans nul doute nous y sommes tous sur les routes et loin de chez nous …

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Puis vient le moment pour nous de recevoir ou de traverser un petit cyclone comme le précise la dame au baryton. Ouf ! c’est passé et ce n’est pas faute d’avoir été prévenu !!! Nous en sommes tous restés époustouflés.

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Tiens ! Un piano seul approche, il parsème ses notes comme des gouttes de pluie passées au tamis et plonge dans le bleu béant, là où tout s’unit se mêle se confond dans l’ampleur de l’espace, c’est un big-bang qui s’éteint dans la course d’une étoile filante, lente …

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Cette poussière d’étoile venue de Scandinavie s’est prise dans les cordes d’une contrebasse pour nous chuchoter les flocons immaculés, les murmures du vent frais, la chaleur d’un foyer, sur une terre pleine de charme de tendresse garante d’un amour ravissant …

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Coup de vent sur le bassin

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

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Best Western La Teste de Buch le samedi 17 septembre 2016

Ce soir l’association Bassin’ Jass présidée par monsieur Jean Claude Doignié invite la formation Tenor Battle composée aux saxophones ténors de Claude Braud, Pierre Louis Cas, Philippe Chagne et Carl Schlosser ténor et flûte.

La section rythmique est assurée par Patricia Lebeugle à la contrebasse, Franck Jaccard au piano et Stéphane Roger à la batterie.

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Ni flonflons ni paillettes, juste une sobre décontraction aux sourires généreux, c’est la touche des grands qui gagnent leur place, dans le coeur des gens.

D’ailleurs tout le monde est là de 7 à 77 ans, du découvreur au connaisseur. Ici et maintenant chacun peut y trouver son compte et marquer ses points …

Le voyage commence à l’heure, le décollage s’amorce enfin, nous voilà soudain empoignés par une première volée de mots fulgurants et cuivrés.

La formation riche d’amitié, d’une réelle complicité et d’humour que ces messieurs et dame partagent à volo …

C’est l’union sacrée des sages qui a su préserver son esprit d’enfant pour le laisser se manifester et courir librement hors de sa bulle comme un supplément d’âme frais et tendre.

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Il ne semble pas que les prévisions météorologiques aient annoncé tant de souffles ce soir et pourtant !!  Un souffle tournant depuis les points cardinaux, presque espiègle, fougueux, en petites fugues et bouquets fleuris, tout y est.

Dès la première page de la soirée nous sommes surpris de temps à autre les yeux mi-clos, entrain de déguster intérieurement la qualité de jeu de chaque artiste pour nous faire prendre conscience que nous sommes ce soir au creux de l’instant nommé privilège.

Tenor Battle, leur album sorti en janvier 2016 nous est présenté à cette occasion. C’est la musique des année 50, jazz swing, boogie, blues, adaptée par nos compères.

D’ailleurs c’est avec Flight of the foo birds de Neil Hefti popularisé par Count Basie mis à l’honneur ce soir, que précisément une femme féline est apparue subitement sur l’espace carrelé noir et miroitant. Comment vous dire ?… Aussi légère et vive portée par ce rythme surchauffé ondulant, sautillant, bondissant et enjoué, lorsque la belle prend la main de son ami ravi semble-t-il  … Les voilà tous deux glissants et virevoltants avalés dans le ruban multicolore des saxos, piano, contrebasse et battant pavillon de la joie d’un couple enchanté. Vous pouvez me croire, ce fabuleux duo a bel et bien existé, même s’il n’a pas quitté mon imagination avant ce soir. Ceci dit je suis certaine que d’autres ailleurs et à d’autres moments les ont également remarqué …

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Playlist de la soirée

1. My Delight (Rashaan Roland Kirk)

2. Stolen Sweets (Wild Bill Davis)

3. Flight of the foo birds (Neal Hefti)

4. Moten Swing (Bennie & Buster Moten)

5. After Supper (Neal Hefti)

6. Comin’ home baby (Bob Dorough and Ben Tucker)

7. Drums boogie (Gene Krupa)

8. Shiny Stockings (Frank Foster)

9. Cristo Redentor (Duke Pearson)

10. My Full House (David Newman)

11. The preacher (Horace Silver)

12. Robbin’s Nest (Charles Thompson/Illinois Jacquet)

13. In A Mellow Tone (Duke Ellington)

Le prochain concert de l’association Bassin’ Jass :

Le samedi 15 octobre, Les oracles du phono avec Nicolas Fourgeux ténor, Jacques Sallent trompette, Vincent Libera trombone, Jean Pierre Caré Banjo, Mathieu Bianconi Sousaphone, Stan Laferrière Batterie, Daniel Huck alto et chant.

http://www.bassin-jass.net

Didier Ballan Jazz Ensemble, Chez Alriq Bordeaux 16/08/16

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

Didier Ballan Jazz Ensemble

Didier Ballan Jazz Ensemble

Partir, larguer les amarres, c’est un peu ce que propose la guinguette Chez Alriq, car l’eau qui lui chatouille les pieds, vaste comme une mer, en fait un port, une escale. On y embarque sans se faire prier, à la découverte de nouveaux paysages sonores, et ce soir, c’est le bateau du Didier Ballan Jazz Ensemble qui nous accueillait pour revivre son projet Japam, dont l’esprit colle parfaitement au lieu. Peu avant le concert, Didier Ballan nous parlait de l’Inde, pays vénéré, qu’il visita plusieurs fois, avec son épouse Christiane, cinéaste. Il évoquait la remontée du Gange jusqu’à sa source, parcours spirituel, sur des flots chargés d’histoire et de signes. Marqué par une telle aventure, l’un de ses projets est de filer ainsi sur la Garonne, pour atteindre son berceau, dans les Pyrénées espagnoles. Et qui sait, peut-être lui dédiera-t-il une composition. La présence de ce fleuve tout proche est source de sérénité, et ce magnétisme aquatique rend les gens heureux et curieux. De semblables flux traversent la musique de l’Ensemble. Le concert a délivré un message de paix, susurré dès l’ouverture, sur fond de bourdon joué par Didier Ballan à l’harmonium indien, par l’excellente Emilie Calmé (flûte, bansuri) jouant une douce introduction à Japam, hymne de vie, dont le thème qu’on n’oublie plus est une respiration. Tout est calme et s’accélère soudain d’une fièvre collective où Didier Ballan, passé au piano, et Emilie Calmé sont vite encerclés par les rythmes et les sons capiteux d’une troupe bien soudée. On retrouve la patte de Nolwenn Leizour (contrebasse), un jeu stylé, profond et précis, limite « vitousien » par moment, alors que Jéricho Ballan (batterie) s’affirme de jour en jour en s’envolant de plus en plus haut, tel un Peter Pan des baguettes. Ce soir à ses côtés Ersoy Kazimov (derbouka, bendir), l’associé idéal, subtil mais enflammé jongleur de peaux, carrément en état de grâce. Un chorus de guitare incendiaire d’un Christophe Maroye en grande forme, a conclu cette consistante mise en bouche.

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Ersoy Kazimov

Ersoy Kazimov

Christophe Maroye

Christophe Maroye

Le groupe fait corps et les morceaux se bonifient avec le temps. Ainsi « Amour » nous téléporte dans un paradis de douceur où quiétude et sérénité sont inspirées par une flûte fluide et onirique. « Jeru’s Dance », hommage calme et ensoleillé de Didier le père à son fils Jéricho, rondement mené, met tout le monde en valeur, et en prime un chorus tout en finesse du jeune batteur. Le premier set se termine déjà, avec un somptueux « Massala Café », méditatif au début, puis gagné par le rythme et un peu de mélancolie, lézardée d’une guitare torturée.

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Le deuxième set démarre très fort par « Kaos », une sorte de heavy rock mutant, torride et crépusculaire, mené par un riff de guitare hallucinant. La batterie n’a rien à envier à celle d’un Bonzo et la basse pilonne. Le binaire est roi, tout le monde s’affaire à la fusion de ce métal et le piano du chef est l’oiseau qui survole la cité en flamme. Au final, comme une rédemption, le guitariste roi pourfendra les fumées d’un éclair ferraillant. Après la tempête, l’accalmie avec « Doute », l’un des grands thèmes du projet, l’impression qu’on est en apesanteur dans un éther bleu pacifique. Piano, flûte, harmonies de guitare et pouls rythmique apaisé, tout respire une beauté, transmise aux délicieux « Madhavi » et « Cerise » qui referment ce set. Le public jubile et en veut plus, alors voilà le rappel.  » La surfeuse des sables « , titre qui démarre en mode bluesy et se mue bien vite en un groove irrésistible, guidé par la flûte très seventies d’Émilie Calmé, qui mène un bal où tout le monde prend de monstrueux chorus. Un vrai feu d’artifice qui clôt une magnifique soirée que l’on souhaite revoir bien vite. Le bateau s’est transformé en un immense tapis volant qui nous emmène tous, au loin, très loin, nous ne sommes pas prêts d’en redescendre !

Didier Ballan

Didier Ballan

http://www.didierballan.com/

http://www.laguinguettechezalriq.com/

Natacha Atlas / James Carter Organ trio Monségur 08/07/16

Par Annie Robert, photos de Thierry Dubuc
La soirée des Hybridaswing         
Monségur. La bastide perchée. Dans des parfums de foin coupé, de douce soirée, de brise légère, et les reflets bleutés des vignes avant la pluie, les 24 heures du Swing entament leur première soirée. C’est un rendez-vous pris depuis longtemps chez les amateurs de jazz (27° édition !), une respiration de début de vacances que l’on a plaisir à retrouver. Regroupé autour de la halle et de la belle place à arcades du village, le festival va pendant trois jours accueillir son public fidèle et attentif.  Tout y est prêt.
Bien qu’il règne l’atmosphère décontractée et l’air de bienveillance qu’on lui connaît, il semble avoir replié un peu ses ailes. Adieu le village jazz et les animations du foyer. Le off est moins dense, la musique bouillonnante moins présente dans les rues. Dommage sans doute ( mais il y a des impératifs divers qui nous échappent à nous spectateurs et qui se rappellent vivement  aux organisateurs, on le sait bien.)
Sous la vieille halle en fer qui trône sur la place centrale, la soirée proposée semble belle en tout cas ; elle est placée sous le signe de l’hybridation, de la chaleur et des vertus toniques du croisement des influences, de la multiculture et du mélange.

NATACHA ATLAS 1

Natacha Atlas

C’est Natacha Atlas qui entame la soirée. La diva de la pop orientale, petit bout de femme gracieuse lance ses musiciens dans un tempo rapide, soutenu par un ostinato galopant avec Vasilis Sarikis aux drums un peu appuyés parfois et Andy Hamill à la basse.
La voix est chaude, puissante par instants, enfantine à d’autres moments, entrelacée de sanglots et de mélopées, soyeuse comme une liane. Lancinante ou charmeuse, elle s’appuie  sur le travail effectué avec Ibrahim Maalouf  qui lui a confectionné un album sur mesure, intitulé « Myriad Road » mélange de jazz et d’orient. Soutenue ce soir par la trompette claire de Byron Wallen, le violon virevoltant et flamboyant de Samy Bishai, elle passe sans difficulté, de la langue arabe, à l’anglais, de l’atmosphère joyeuse ou nostalgique des rues du Caire, aux morceaux jazz dans la tradition des clubs londoniens ( très délicat  « Something » ) ou à la musique du ballet d’Angelin Prejlocaj ( magnifique « Opium »). Cela donne une boule à facettes dont on recherche, indécis, la couleur, celle du sable ou de la fumée, de l’argile ou du charbon.

Une ballade en forme de berceuse, le piano remarquable, en touches impressionnistes ou en impros toniques et imaginatives d’Alcyona Mick se déploient tour à tour. Des chansons tournées vers la pop s’invitent également comme des bribes joyeuses de radio à travers les rues embouteillées d’une capitale arabe.
Il y a des moments de grâce et des moments de questionnements. L’émulsion ne fonctionne pas toujours, même si elle fonctionne souvent. C’est un hybride étonnant dont le terreau n’est peut-être pas encore assez profond pour donner sa pleine mesure et qu’il faudra voir évoluer.

Natacha Atlas band

Natacha Atlas band

 

Vingt minutes de pause et une petite bière plus tard, c’est au tour du James Carter Organ Trio de rentrer en lice. Changement d’atmosphère et changement de tonus. Mais hybridation également.

JAMES CARTER ORGAN TRIO 6

James Carter

Une présence de géant débonnaire, un sourire malin, et une présentation des morceaux en français (merci bien) nous inclinent illico au partage. James Carter et ses multiples saxophones revisitent Django Reinhardt, le manouche céleste et sa modeste guitare. L’homme de Détroit va croiser les pas et les notes de celui de Samois.
Il va le mouliner, le passer au presse-purée de son énergie pour en faire un « Django Unchained »  de belle facture. Il démarre en fanfare par un chamboulement complet de « Nuages » qui passe de la douceur nostalgique à la furie funkieuse…Ne gardant que l’ossature des mélodies et des phrases, c’est une réappropriation tonitruante et réjouissante qui nous embarque dans un ouragan de notes, de mots, de frappés, de dansés, d’excès en tous genres. Tous les standards sont repensés, décortiqués et habillés de neuf.
De la cire dans les oreilles, de la brume sur les yeux, des cheveux à défriser, un vieux sparadrap à enlever, un brin de vague à l’âme ?  Pas de problèmes, James Carter est là et Gérard Gibbs à l’orgue, Alex White à la batterie ne sont pas en reste.

JAMES CARTER ORGAN TRIO 2

Gerard Gibbs

JAMES CARTER ORGAN TRIO 3

Alex White

Nous voilà nettoyés au Carter, dérouillés au groove, punchés  au swing, carterpillarisés à l’after-beat.  Les sax deviennent jouets, trompettes, percussions sonores, ça slappe, ça chuinte, ça vibrionne… une technique éblouissante, une maîtrise qui impressionne et qui en fait quelques fois un peu trop dans la sur-démonstration de son savoir faire. Petit péché d’orgueil ou grand désir d’amour ? Cela n’entache en tout cas pas le plaisir que l’on prend à l’écoute, surtout quand la folie s’apaise, que le sax soprano délicat se fraye un passage. Le discours mélodique se met alors encore plus clairement en place, l’orgue Hammond chante sa poétique, la batterie swingue avec le bonheur de la baguette libérée. C’est sincère et magnifique, simple comme une caresse.
Une valse musette, un bout de vie en rose et « une douce ambiance » de feu clôturent ce set iconoclaste et même si les yeux sont un peu fatigués par l’heure tardive, l’énergie incroyable que James Carter nous a donnée si généreusement nous accompagnera un bon moment.

La soirée des hybridaswing a été contrastée, parfois heureuse, parfois interrogative mais de toute façon satisfaisante par son existence même, par ce désir forcené d’aller vers les autres , d’établir des ponts et des échanges. Le pont peut être tremblant ou solide, en pierre ou en lianes fines, en balancelles ou en poutrelles, il est là et c’est l’essentiel.
Merci Monségur et bonnes passerelles à venir.

Pas de pétard mouillé pour Jimi…

Trio Francis Lockwood
Caillou du jardin Botanique  23 /06/2016

Par Annie Robert, photos Alain Pelletier

Francis Lockwood

Francis Lockwood

En face de nous, sur les quais de Garonne, on fêtait le vin, le vin de Bordeaux bien sûr…
Et ils étaient des milliers, le verre à la main, à transpirer sous un soleil de plomb dans l’espoir du divin breuvage…   Châteaux prestigieux ou petites cuvées, crus millésimés ou pas, blancs ou rouges, chacun attendait sa lampée de rêve… et il en a fallu sans doute beaucoup pour étancher la soif causée par les 35° ambiants, du feu en barre tombant sur Bordeaux…
De la chaleur et du rêve, sur l’esplanade du Caillou, on en a dégusté également mais pas de la même manière…
À l’ombre des parasols inclinés, calé dans un fauteuil de jardin, sirotant une bière fraîche, un mojito mentholé ou un verre de blanc givré, sur l’esplanade du Jardin Botanique, l’ambiance était plutôt au farniente délicieux qu’à la dégustation de sulfites. On était à l’aise et à l’ombre.
Et surtout assez impatient d’entendre ce que pouvait donner une interprétation en acoustique des grands succès de Jimi Hendrix.
Une folle idée que celle du Trio Francis Lockwood …. Avec deux difficultés majeures à contourner : l’absence de guitare et de voix, marques incontestées et fortes du guitariste.
De Jimi Hendrix, on connaît les succès planétaires dans les festivals, son style agressif, d’une virtuosité extravagante et un son particulier, reconnaissable entre tous, électrifié à fond, usant de toutes les possibilités de la guitare, fulgurances électriques et entrelacs psychédéliques, une approche révolutionnaire du genre, bien vibrante dans la tête de tous.
Comment passer de « ça » à un trio acoustique jazz classique : piano, contrebasse, batterie ?
Le défi n’était-il pas insurmontable et un peu délirant ?

Philippe Laccarrière

Philippe Laccarrière

Et bien tout simplement en n’essayant pas de transposer au clavier les éblouissements de la guitare. Le swing rythmique remarquable de Philippe Laccarrière à la contrebasse et de Frédéric Sicart à batterie vont lancer le set, le maintenir vivant et dense jusqu’au bout et le jeu lyrique de Francis Lockwood au piano va nous permettre de renouer dans de virevoltantes interactions avec les mélodies hendrixiennes. Une vraie redécouverte et un choix judicieux. Il ne fallait pas singer, pas imiter mais repenser les morceaux.

Frédéric Sicart

Frédéric Sicart

Évitant les solos étendus, Francis Lockwood a préféré des durées ramassées, traduisant ainsi celles des chansons originelles. Il  puise dans les « succès » hendrixiens (sauf le peu repris Burning of the Midnight Lamp) qu’il considère et traite comme des standards. Voodoo Child ,  Little wing  ou Fire  se mettent à vibrer sous la batterie rebondissante, les coups d’archets délicats et les envolées de lutin joyeux du clavier. Ces trois musiciens forts de leur expérience  n’ont qu’à se regarder pour s’entendre et se parler, efficaces, carrés et diablement inventifs.
Les thèmes se déploient, s ‘évaporent pour revenir en se faufilant comme des rubans flottants au vent  et c’est alors que nous saute aux yeux le côté mélodique et surtout la forte inspiration blues  d’Hendrix.
On découvre que sa musique émanait donc bien de formes musicales anciennes, parfois mêmes pré-blues, de formes nègres comme on en chantait pendant le travail de la terre ou les mélodies gospel. Une nouvelle écoute, une nouvelle approche : un Hendrix différent, plus émouvant mais toujours aussi puissant. Merci grandement à eux de nous l’avoir fait toucher du doigt et de l’oreille. En imposant un traitement acoustique à ces mélodies électriques, le trio a su en tirer l’essence, le côté un peu caché mais l’ossature profonde d’une œuvre si spéciale.
Quelques morceaux autres s’invitent  sans heurts: Poinciana ou All Blues de Miles Davis  dans une véritable filiation, et Pennylane les rejoint tout naturellement, sans fractures.
Transparaît alors une familiarité du trio avec l’univers et l’époque du guitariste, qui montre que Francis Lockwood peut faire siennes, sans surabondances stylistiques, les couleurs de son inspirateur, des couleurs qu’il partage et nous fait partager.
L’intensité jazzy monte au fur et à mesure du set, le vent se lève aussi, l’orage gronde au loin et se rapproche. Le plomb fondu qui a inondé Bordeaux se termine en éclair de musique chaude et d’orage à venir.
Le feu d’artifice de la Fête du Vin s’élancera ensuite dans la nuit rafraîchie, un peu mouillé, un peu secoué.
Nous, nous aurons assisté à un autre feu d’artifice qui n’avait rien d’un pétard mouillé, un beau feu d’artifice dû à trois beaux musiciens sans peurs et sans reproches et qui aurait satisfait Jimi Hendrix lui-même qui s’y connaissait en pétard, non mouillé bien sûr !

Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

http://chatquipeche.niceboard.com/

Fabrizio Bosso – L’Astrada – Marciac 21 mai 2016

Par Carlos Olivera –Photo Jazz In Marciac

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C’était une soirée parfaite pour un concert de jazz à Marciac. Le temps était frais dans le village après les 32 degrés que nous avions eu sur tout le Sud-Ouest ce samedi 21 mai.

Jazz à Marciac en mai ? Oui, bien sûr ! Car Marciac est avant tout un village qui vit  par le jazz. En se promenant dans les rues de ce village médiéval du Gers on trouve partout une référence à l’âge d’or du jazz. Les images de Miles Davis, Satchmo, Duke Ellington, etc., sont présentes comme une empreinte du festival annuel qui rassemble 250 000 visiteurs entre fin juillet et la mi-août.

Et le reste de l’année, celui qui veut passer par Marciac et écouter du Jazz y trouvera également son compte. Ce samedi de mai le jazz italien est à l’honneur avec le quartet de Fabrizio Bosso. Formé à Turin au conservatoire Giuseppe Verdi puis émigré aux États-Unis, ce trompettiste qui a joué avec les plus grands musiciens italiens possède une bonne dizaine d’albums à son actif.

Un quartet d’apparence classique (piano, contrebasse, batterie et trompette) qui ne l’est pas tout à fait. Les alternances rythmiques font de la première partie du concert une montagne russe musicale, les sonorités beebop et blues ravissent le public. La structure de la batterie et de la basse construisent une base rythmique souple qui accompagne à la perfection les textures sonores du duo piano/trompette et traduit la virtuosité de Bosso à produire des impressions multiples.

La deuxième partie du concert est l’occasion pour le quartet de présenter son travail sur Duke Ellington. Paru en 2015, Duke (Verve/Universal) est une succession d’arrangements des classiques du maître du swing. « Take the A train » et « Caravan » en particulier, font écho dans la mémoire du public qui se met à fredonner.

Le solo de Fabrizio Bosso introduit le début du rappel pour ensuite laisser ses compagnons finir le concert. Cette ultime élégance marque la fin du concert et introduit la saison des festivals.

Fabrizio Bosso – trompette
Julian Oliver Mazzariello – piano
Luca Alemanno – contrebasse
Nicola Angelucci – batterie
www.fabriziobosso.eu

http://www.jazzinmarciac.com