Je (ne) hais (plus) les dimanches

par Philippe Desmond.

Le problème des dimanches c’est qu’ils finissent par se terminer et débouchent ainsi sur le lundi. Pour beaucoup la reprise du boulot avec certes ses satisfactions mais aussi ses contraintes et ses soucis, pour d’autres l’absence de boulot et ses désagréments. « Je hais les dimanches » avait chanté Juliette Gréco. Et bien Action Jazz a trouvé la parade et depuis un moment déjà : aller écouter du jazz ! Et oui plutôt que se fader Drucker en fin d’après-midi et le film saucissonné de pubs un peu plus tard, il est ainsi possible de passer une belle soirée musicale à Bordeaux.

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On peut commencer à 18h30 au Molly Malone’s quai des Chartrons et cela de septembre à juin au moins. Ce soir c’est un de nos groupes favoris qui opère, Akoda en trio pour l’occasion – du moins au début – avec autour de Valérie Chane-tef, la pianiste compositrice, les fidèles Franck Leymerégie au set de percussions et Benjamin Pellier à la basse. On connaît leur jazz créole inspiré, teinté de des rythmes antillais et réunionnais , leurs envolées lyriques et chaleureuses avec une belle énergie et beaucoup d’élégance. Les trois sets, comme au tennis, vont nous le confirmer. D’autant que très vite le trio accueille un invité, qui n’en est pas vraiment un, François-Marie Moreau, « FM », au soprano et au chant avec notamment un très beau « Nature Boy ». Leur répertoire reprend les titres du dernier EP « Mariposa », pour la plupart composés par VCT, plus la très belle version, méconnaissable pour beaucoup, de « Bonnie and Clyde » de Gainsbourg et quelques standards dont un « Caravan » modèle de luxe, toutes options, double essieu et surtout de toute beauté. Duke a dû apprécier. Précisons qu’au troisième set un vrai invité a complété le groupe, finissant ainsi en quintet, Michaël Geyre, l’excellent accordéoniste du Peuple Etincelle, la formation jubilatoire et inclassable de la galaxie Lubat.

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La chaleur est encore intense et la musique en rajoute, obligeant le public à tester la large palette de couleurs de ce pub irlandais ; blanche, blonde, rousse, ambrée, brune, il y en a pour tous les goûts. Quant au fish and chips, le simple fait ce soir de le regarder vous fait couler de grosses gouttes sur le front. Mais pourtant fish and chips et burgers traversent sans cesse la salle aux mains des serveurs affairés. Du monde, beaucoup de musiciens venus écouter leurs collègues et amis, une ambiance conviviale et bon enfant, de la très bonne musique, une fin de dimanche après-midi idéale.

C’est fini, il est 21h30, il faut rentrer. Et bien non, ce serait trop triste.

Direction le CanCan, rue du Cerf Volant dans le vieux Bordeaux, où ça guinche jusque dans la rue au son de la musique New Orleans. Le lieu n’est vraiment pas très grand et malgré la clim il y règne une chaleur tropicale. Il faut dire que Perry Gordon & his Rhythm Club rajoutent des calories au climat général. Quatre musiciens sans retenue pour le plus grand bonheur des danseurs que l’étroitesse du lieu ne décourage pas : Ben Ransom à la trompette et au chant, Denis Girault à la clarinette, Nicolas Dubouchet à la contrebasse et le nouveau du groupe Florian Mellin à la guitare dobro.

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Bonne nouvelle, ici la musique New Orleans attire des hordes de jeunes qui viennent faire la fête et danser. On oublie trop que le jazz est à l’origine une musique festive et ce lieu vivant nous le rappelle. Déco vintage hétéroclite, bière artisanale locale et une belle carte de cocktails originaux aux noms insolites comme « Joyeux Bordel », « Sans Culotte », « Fallait que j’en prende ? », à base de breuvages aux noms oubliés, Guignolet, Rinquinquin…

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Sur scène, car il y en a une, Ben Ransom anime la soirée de son fort sympathique accent anglais, alternant la trompette et un chant aux effets eux aussi vintage. Répertoire old jazz, blues New Orleans et beaucoup de swing, la clarinette entraînante de Denis Girault faisant plus que répondre à la trompette. La rythmique souvent déchaînée de la contrebasse et de la dobro contribue à ne pas vous laisser de marbre ! Un bien bon moment.

Minuit approche, le Mississippi va redevenir Garonne, petit à petit les danseurs repartent réalisant qu’apparemment demain c’est lundi. Et oui cette fois c’est fini. Mais mardi ça redémarre chez le Pépère avec la jam mensuelle !

 

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One night in Arcachon

Par Philippe Desmond.

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Il y a des soirs comme ça où rien n’est prévu et où tout n’est que surprises.
Pour des raisons sportives me voilà amené à passer une soirée à Arcachon. Seul.
Arcachon ce n‘est pas Ibiza, c’est même plutôt le contraire. Heureusement j’ai vu que Denis Girault le jeune clarinettiste jouait ce soir au Bronx avec le guitariste Pierre Ballue. Je découvre ainsi le Bronx, un bar à vins récemment ouvert dans le centre ville, tenu par Olivier, un passionné de jazz – et de vin – dont il a fait le thème de la décoration du lieu. Ayant un petit creux je m’offre d’ailleurs une ardoise de tapas  “Miles Davis” aussi éclectique dans sa composition que la carrière du maître.
Aussi peu de monde que dans les rues alors qu’il est à peine plus de vingt heures. Dommage car les deux musiciens assurent. Des standards de swing avec une pointe de manouche à la guitare, une version de “Georgia” curieusement et joliment chantée par Pierre Ballue avec la voix de Louis Armstrong,”Dinette” de Django, pas unchained, Reinhard,  du old jazz avec “Ain’t she sweet”, un répertoire très classique mais un très bon duo. Rythmiquement ou en soliste Pierre Ballue est  excellent et au chant il s’amuse bien. Quant à  Denis Girault c’est un remarquable clarinettiste, aussi à l’aise dans les aigus haut perchés que dans les graves profonds et surtout très volubile.
Plaisir de jouer des musiciens qui se tendent des pièges et se font des surprises, trahis par des sourires d’étonnement.
Lors d’une pose Denis me dit qu’à 22 heures il rejoint au casino d’Arcachon le Test’UT Big Band de l’école de musique de la Teste et m’invite à le suivre. Banco donc, passons du Bronx à  Broadway !

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De 2 musiciens nous voilà donc à  22 ! Des cuivres partout, 6 trompettes, 3 trombones, des bois aussi,  4 sax ( et oui vérifiez, les sax sont des bois !) 2 clarinettes et bien sûr une section rythmique et harmonique. Mélange des générations,  mélange des statuts avec des amateurs et quelques pros ou anciens pros, mixité avec un bon tiers de femmes mais parfaite cohésion pour un “simple big band d’école” comme me dira modestement David Raymond le chef d’orchestre. Le répertoire est très varié et parfois audacieux, présenté avant chaque titre avec élégance et passion par Marie-Christiane Courtioux dont le mari, au piano, à été longtemps un collaborateur de Michel Legrand. La merveilleuse chanson d’amour “All the thing you are” de Jerome Kern, “North Africa” de Chick Corea et aussi le délicat “Cristal Silence” choix osé pour un big band,  “Black Bird” de Paul McCartney (!) pour finir par un superbe medley de Miles Davis, “So what”, “All Blues”, “Seven Steps to heaven” et “Milestone”. Un solo de batterie époustouflant ponctuant cette série, adouci par le rappel chanté  “Feeling good”.

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Ce big band, d’école donc, est vraiment remarquable tant à  pleine puissance que de façon plus feutrée, Quelle bonne idée à eu Denis Girault – dont le père et le frère  jouent dans l’orchestre –  en me proposant de le suivre !

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Combien d’écoles de musique creusent ainsi leur sillon, formant des jeunes, des adultes, des séniors,  loin des feux de la rampe illuminant souvent des choses sans intérêt et sans mérite. Dire que beaucoup de ces écoles sont actuellement menacées pour des “nécessités “ économiques !  Soutenons les en allant les écouter même si ce soir – décidément – il n’y avait pas foule au casino,  contrairement à leur précédent concert qui était bondé.
La semaine prochaine le Test’ UT big band recevra celui de Bighampton la ville de l’état de New York jumelée avec la Teste et les retrouvailles s’annoncent magnifiques. Et oui, retrouvailles car les testerains se sont eux déjà  produits là bas aux USA, pays des Big Bands, et ils n’en sont pas peu fiers !
Minuit, Arcachon est désert sauf un ou deux bars branchés, la saison va bientôt commencer,  ou pas.

Memories Jazz trio à la Cave de la Course

Par Philippe Desmond.

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Action Jazz n’a encore jamais parlé d’un lieu pourtant très dynamique question musique et jazz en particulier, la Cave de la Course. Depuis plusieurs années dans une relative discrétion mais bien relayée par les réseaux sociaux et notamment sa page Facebook, la maîtresse des lieux, la sympathique Jo, et son fils Jérôme animent cette cave à vin avec des concerts réguliers.

Ce soir là l’ambiance était New Orleans avec le Memories Jazz Trio de Denis Girault (clarinette), Jean-Michel Plassan (banjo) et Gaëtan Martin (Tuba). Ce dernier justement revient du NOLA 2016 à New Orleans où il a joué avec une formation de musiciens de la région.

La Cave de la Course est un lieu hors du temps actuel, au décor et à la devanture figés dans le milieu du siècle passé, un havre de nostalgie Améliepoulainien si j’ose dire. Un zinc, du vieux mobilier, des murs de bouteilles dont certaines doivent attendre depuis longtemps qu’un tire bouchon ne les réveille, des postes de radio qui me rappellent mon enfance, des filets de pêche, un vieux piano – qui marche ? – un joyeux capharnaüm très chaleureux. Pas un lieu vintage au design reconstitué mais un lieu authentique, d’époque, de plus de 80 ans comme la plaque 1934 l’indique.

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Particularité de la maison les soirs de concerts : on porte son manger. Pas de tapas sur ardoise ici, pas d’amuse-bouche, pas de sushis ; pas de soucis, si on veut casser la croûte on est prié d’amener son panier. Alors autour des tables des groupes d’amis saucissonnent, rillettent, tartinent, saladent, ça sent bon le pâté, vraiment une ambiance agréablement détendue. Une belle carte de vins et de bières rajoute à ce plaisir.

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Le décor étant planté parlons un peu musique, elle est ici un prétexte à passer un bon moment ensemble. Le trio joue sur une petite estrade, un genre de podium assez exiguë ; pas de big band possible, ici le trio paraît être la jauge maxi. La nature des trois instruments signe de suite le type de musique proposé, du New Orleans. Dès « Indiana », le premier titre, Denis Girault, un des quelques – plutôt rares – clarinettistes de la région et sa casquette de titi vissée à demeure sur la tête se montre excellent, précis et enjoué. Avec ce curieux instrument que reste le banjo Jean-Michel Plassan donne cette couleur si particulière, aussi bien rythmiquement que lors de chorus. Quant au tuba de Gaëtan Martin – un objet magnifique, astiqué comme un miroir en plus – il tisse bien sûr la rythmique avec ce son rond et moelleux qui vous parcours l’échine. Gaëtan, tubiste et aussi tromboniste réputé, me confie que le tuba est pour lui un instrument plein d’avenir qui ne doit pas se cantonner à l’accompagnement rythmique. Il lui trouve un tas de ressources lui qui en joue en jazz mais aussi en orchestre classique ; à suivre…

« Georgia Cabin » et d’autres titres de Sidney Bechet sont ensuite proposés, la clarinette prenant avec bonheur le rôle du sax soprano. Le trio assure , pas besoin d’un groupe étoffé pour faire vibrer et swinguer l’assemblée. La fin du premier set arrive, je dois partir ratant notamment la jam finale, quelques musiciens étant déjà là, comme Ben Ransom en embuscade avec son washboard, prêt à enfiler ses dés à coudre.

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N’hésitez pas à aller découvrir cet endroit, c’est très sympa mais amenez de quoi casser la croûte ; pas besoin de tire-bouchon ils en ont.