Sophie Bourgeois et Affinity au Caillou

par Philippe Desmond.

Vendredi 14 octobre 2016

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Allô Philippe, avec ma femme on aimerait bien aller au restaurant et découvrir du jazz, tu as quelque chose à nous proposer ? Bien sûr, rejoignez moi au Caillou car je ne veux pas manquer le concert d’aujourd’hui.

L’été, indien ou pas, est vraiment fini et en cet automne le Caillou s’est replié dans ses quartiers d’hiver ; pourtant ce soir c’est le printemps pour Sophie Bourgeois. L’éclosion d’un album « This is New » en est le principal signal (chronique du CD et portrait dans la prochaine Gazette Bleue de novembre). Elle n’a d’ailleurs jamais chanté ici car il faut constater que ses prestations sont trop rares. En attendant de restituer l’album avec le trio de l’enregistrement, Sophie se produit ce soir avec Affinity, ses amis de toujours, Francis Fontès au piano, Dominique Bonadei à la basse électrique et Philippe Valentine à la batterie. Ils ont « l’habitude » depuis longtemps de jouer ensemble même s’il faut être attentif pour ne pas les rater.

Dans sa petite robe noire très rive gauche Sophie va de suite entrer dans le vif du sujet avec « I’ve Got the World on a String », rien à voir avec une quelconque conquête du monde grâce avec la petite pièce de lingerie féminine, ce que ses compères taquins voudraient laisser entendre, nous précise t-elle avec humour. Sa voix est haute, de suite bien en place et on sent déjà son plaisir de chanter. « All of You » et « Just One of Those Things » de Cole Porter ensuite pour cette grande amatrice de comédies musicales américaines. On sent Sophie libérée, heureuse de chanter et en plus le trio lui ouvre la route merveilleusement.

Le piano droit du Caillou – un Yamaha numérique « pas mal pour un piano électrique » selon son pilote du soir très exigeant en la matière et ne jurant que par les vrais – est tout neuf et Francis Fontès lui impose un rodage plus qu’accéléré ; toujours remarquable le Doc, quand on pense qu’il prend encore des cours… Dominique Bonadei et sa belle basse 5 cordes, ça tombe bien une par doigt, maintient le cap avec brio, faisant oublier aux puristes qu’il ne joue pas de la contrebasse. Quant à Philippe Valentine il habille le tout de ses baguettes ou de ses balais, en nuances ou en puissance mais sans jamais marcher sur les pieds de Sophie. Une affaire qui tourne bien rond.

Voilà « The Man I Love » la merveille de Gershwin un autre des auteurs de prédilection de la chanteuse, la plainte de Lady Day « Fine and Mellow », la ballade blues « Angel Eyes » immortalisée par Ella, et Sophie radieuse et souriante qui commence à scatter. Les swinguants « Lullaby of Birdland » et « I Don’t Mean a Thing » pour atteindre la pause et déjà un beau succès.

Mes amis sont ravis et moi rassuré, toujours délicat de conseiller des néophytes.

Changement d’atmosphère avec l’indémodable « One Note Samba » de Jobim et une bien jolie « Javanaise » très raccord avec sa robe à la  Gréco, suivie du « Jardin d’Hiver » de Monsieur Henri. Et oui Sophie chante même le jazz en Français ce qui n’est finalement pas si courant. Car il est bien question de jazz, la chanteuse apportant ses touches de scats et s’effaçant souvent derrière son trio de luxe qui nous propose des envolées superbes. « I Got Rythm » pour – presque – finir et en rappel Sophie nous ramène prestement à la maison en « Caravan » le véhicule de prédilection des amateurs de jazz depuis que Duke l’a sortie du garage en 1936.

Belle soirée encore chez nos amis du Caillou et grâce à Sophie Bourgeois qui prend un nouveau départ avec un plaisir manifeste. Sur plusieurs titres elle s’est mise vraiment en danger, commençant notamment un titre pas des vocalises a capella, ou se lançant avec succès dans des improvisations. On espère avoir très vite d’autres occasions d’entendre cette belle chanteuse.

Quant à mes amis ils le resteront et ils reviendront ! Merci Sophie et Affinity.

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Jimi Drouillard et Affinity Quartet au Caillou

par Philippe Desmond ; photos Thierry Dubuc

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Affinity Quartet c’est toujours un plaisir de les entendre mais en plus ce soir ils ont un invité – ou réciproquement – et pas des moindres, un guitariste hors-pair avec un CV long comme un manche de Fender. Pensez donc il a joué avec François Béranger, Nicole Croisille, JJ Milteau, Dédé Ceccarelli, Quincy Jones, Eddy Mitchell, Chris Rea et bien d’autres… Actuellement il travaille notamment avec Sanseverino et Christophe Cravero. Il enseigne aussi la guitare. Il s’appelle Jimi Drouillard, il vit et travaille à Paris où il est connu dans tous les studios et reconnu de tout le monde musical, de la variété au jazz.

Jimi est originaire de Bordeaux où il a appris la guitare avec Henri Martin, et il revient de temps en temps dans le coin pour jouer comme il dit « avec ses vieilles ». Plus de quarante ans qu’ils se connaissent avec le bassiste Dominique Bonadeï et le batteur Philippe Valentine ; « c’est légèrement important » comme il dit.

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Ce soir l’affiche annonce un « Tribute to Louis Armstrong » ; pourtant pas un seul trompettiste dans le groupe. Un hommage à Armstrong sans trompette c’est comme un hommage à Anquetil (ou l’autre Armstrong) sans vélo ou Milan sans Remo me rétorque Jimi toujours plein d’humour. Au fait il s’appelle Jimi comme moi Keith ou Miles sauf que pour lui le pseudo se justifie pleinement quand on l’écoute jouer.

« Oh When the Saints Go Marching In » ouvre le concert et on comprend de suite la tournure que vont prendre les évènements ; on va se passer aisément de la trompette, la Telecaster – insolite en jazz – de Jimi et les sax d’Hervé Fourticq feront largement l’affaire pour jouer les mélodies ; ça donnera même lieu à de sacrés duels. A la rythmique avec Philippe Valentine – magnifique – et Dominique Bonadeï – excellent – bien sûr le maître Francis Fontès au piano qui tourne le dos à tout le monde vu la nouvelle disposition de l’instrument. Jimi le lancera de la voix pour les chorus, un rétroviseur n’étant pas encore installé à côté du clavier.

Le répertoire New Orleans de Satchmo va subir une cure de jouvence en partant sur des tempos latinos Jimi se transformant alors en Carlos ; pour la guitare pas pour le gabarit, quoi que… Le « Summertime » va s’avérer caniculaire et insolite avec l’utilisation de la pédale wah-wah, le son dirty – c’est écrit sur la pédale – et des citations bondiennes. Quelle chance d’avoir ce remarquable guitariste près de nous, de le voir triturer ses cordes avec ou sans médiator, avec finesse ou violence et toujours dans le bon registre.

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A côté de moi, aux anges, un ami guitariste amateur venu pour retrouver 44 ans après ce copain de répète au lycée technique de Talence qui déjà à l’époque impressionnait tout le monde. L’occasion pour moi de découvrir que Jimi et moi étions au même lycée à la même époque aussi ; jamais trop tard pour faire connaissance.

La seconde partie va donner l’occasion à Jimi Drouillard de jouer et chanter quelques compositions personnelles en plus de quelques classiques réarrangés de main de maître par Francis Fontès. Le « St James Infirmary » blues est interprété magnifiquement et le concert se conclut en beauté avec « What a Wondeful World ».

Vous avez raté ce magnifique concert ? Pas de panique, Jimi et ses vieilles remettent ça ce vendredi 18 décembre à 20h30 au Bistrot Bohème de Bordeaux. En plus, comme au Caillou, on y mange très bien !

http://jimidrouillard.com/