Didier Ballan Jazz Ensemble, Chez Alriq Bordeaux 16/08/16

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

Didier Ballan Jazz Ensemble

Didier Ballan Jazz Ensemble

Partir, larguer les amarres, c’est un peu ce que propose la guinguette Chez Alriq, car l’eau qui lui chatouille les pieds, vaste comme une mer, en fait un port, une escale. On y embarque sans se faire prier, à la découverte de nouveaux paysages sonores, et ce soir, c’est le bateau du Didier Ballan Jazz Ensemble qui nous accueillait pour revivre son projet Japam, dont l’esprit colle parfaitement au lieu. Peu avant le concert, Didier Ballan nous parlait de l’Inde, pays vénéré, qu’il visita plusieurs fois, avec son épouse Christiane, cinéaste. Il évoquait la remontée du Gange jusqu’à sa source, parcours spirituel, sur des flots chargés d’histoire et de signes. Marqué par une telle aventure, l’un de ses projets est de filer ainsi sur la Garonne, pour atteindre son berceau, dans les Pyrénées espagnoles. Et qui sait, peut-être lui dédiera-t-il une composition. La présence de ce fleuve tout proche est source de sérénité, et ce magnétisme aquatique rend les gens heureux et curieux. De semblables flux traversent la musique de l’Ensemble. Le concert a délivré un message de paix, susurré dès l’ouverture, sur fond de bourdon joué par Didier Ballan à l’harmonium indien, par l’excellente Emilie Calmé (flûte, bansuri) jouant une douce introduction à Japam, hymne de vie, dont le thème qu’on n’oublie plus est une respiration. Tout est calme et s’accélère soudain d’une fièvre collective où Didier Ballan, passé au piano, et Emilie Calmé sont vite encerclés par les rythmes et les sons capiteux d’une troupe bien soudée. On retrouve la patte de Nolwenn Leizour (contrebasse), un jeu stylé, profond et précis, limite « vitousien » par moment, alors que Jéricho Ballan (batterie) s’affirme de jour en jour en s’envolant de plus en plus haut, tel un Peter Pan des baguettes. Ce soir à ses côtés Ersoy Kazimov (derbouka, bendir), l’associé idéal, subtil mais enflammé jongleur de peaux, carrément en état de grâce. Un chorus de guitare incendiaire d’un Christophe Maroye en grande forme, a conclu cette consistante mise en bouche.

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Ersoy Kazimov

Ersoy Kazimov

Christophe Maroye

Christophe Maroye

Le groupe fait corps et les morceaux se bonifient avec le temps. Ainsi « Amour » nous téléporte dans un paradis de douceur où quiétude et sérénité sont inspirées par une flûte fluide et onirique. « Jeru’s Dance », hommage calme et ensoleillé de Didier le père à son fils Jéricho, rondement mené, met tout le monde en valeur, et en prime un chorus tout en finesse du jeune batteur. Le premier set se termine déjà, avec un somptueux « Massala Café », méditatif au début, puis gagné par le rythme et un peu de mélancolie, lézardée d’une guitare torturée.

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Le deuxième set démarre très fort par « Kaos », une sorte de heavy rock mutant, torride et crépusculaire, mené par un riff de guitare hallucinant. La batterie n’a rien à envier à celle d’un Bonzo et la basse pilonne. Le binaire est roi, tout le monde s’affaire à la fusion de ce métal et le piano du chef est l’oiseau qui survole la cité en flamme. Au final, comme une rédemption, le guitariste roi pourfendra les fumées d’un éclair ferraillant. Après la tempête, l’accalmie avec « Doute », l’un des grands thèmes du projet, l’impression qu’on est en apesanteur dans un éther bleu pacifique. Piano, flûte, harmonies de guitare et pouls rythmique apaisé, tout respire une beauté, transmise aux délicieux « Madhavi » et « Cerise » qui referment ce set. Le public jubile et en veut plus, alors voilà le rappel.  » La surfeuse des sables « , titre qui démarre en mode bluesy et se mue bien vite en un groove irrésistible, guidé par la flûte très seventies d’Émilie Calmé, qui mène un bal où tout le monde prend de monstrueux chorus. Un vrai feu d’artifice qui clôt une magnifique soirée que l’on souhaite revoir bien vite. Le bateau s’est transformé en un immense tapis volant qui nous emmène tous, au loin, très loin, nous ne sommes pas prêts d’en redescendre !

Didier Ballan

Didier Ballan

http://www.didierballan.com/

http://www.laguinguettechezalriq.com/

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Youpi Quartet à Cénac – Jazz 360, Samedi 19 mars 2016

Par Dom Imonk, photos Alain Pelletier

De g à d, Laurent Maur, Ouriel Ellert, Curtis Efoua et Emilie Calmé.

De g à d, Laurent Maur, Ouriel Ellert, Curtis Efoua et Emilie Calmé.

Pour sa deuxième soirée cabaret « inter festival », et forte du succès de la 1° édition en Novembre dernier, l’Association Jazz 360 a proposé ce soir la même formule à ses fidèles fans de jazz, venus encore plus nombreux, pour célébrer le printemps en musique. Tout se passe dans l’accueillante Salle Culturelle de Cénac. On retrouve les belles tables rondes qui nous invitent à la convivialité. Les plus gourmands ont déjà avisé les assiettes bien garnies, concoctées par les vaillants bénévoles qui s’affairent en cuisine. Et comme si cela ne suffisait pas, la soirée est parrainée par le Château du Garde, situé sur la commune, qui propose ses exquis Côtes de Bordeaux. Les discussions vont bon train, les rires, les éclats de vie, mais il faut faire silence car les musiciens arrivent. L’invité du soir est le Youpi Quartet, groupe devenu très actif sur Bordeaux et la région. L’allant de sa musique séduit le public, sa fraîcheur et la qualité de son écriture trouvant belle complice en l’improvisation. Le groupe s’est formé au cours de l’été 2014, à l’initiative de Laurent Maur (harmonica) et d’Émilie Calmé (flûtes). De beaux diplômes en poche et maintes fois primés, ils ont pu forger leur pétillante dualité en accomplissant le tour du monde, pour de multiples concerts, des rives du Pacifique, à celles de la Mer de Chine, en n’oubliant jamais l’Europe et notre douce France. Cette riche expérience les pousse à fonder ce quartet et à se rapprocher des deux jeunes et très talentueux musiciens que sont Ouriel Ellert (basse) et Curtis Efoua (batterie), qui, après de solides études eux-aussi, ont déjà sérieusement arpenté les routes du jazz, et collaboré à foule de projets. Tout ce joli monde se met en place, répète, commence à tourner et, début 2015, le Youpi Quartet enregistre un premier EP – « l’Ile nock » – qui montre déjà de belles dispositions à la composition. Puis les concerts se sont succédés, on a modelé et peaufiné le répertoire, et, de jour en jour, le groupe a pris son envol, et formé cette délicieuse complicité à quatre, qui nous a enchantés ce soir.

Emilie Calmé

Emilie Calmé

 

Laurent Maur

Laurent Maur

Comme des jongleurs de sons, Émilie Calmé et Laurent Maur échangent des bulles qui, en éclatant, délivrent un mélange de parfums world qui nous font voyager, allant de l’Argentine, avec « Denancimiento » et « La Cambiada »  (G.di Giusto), à un très beau « No man’s land » (E.Calmé) évoquant les steppes mongoles, en passant par le coréen «Ibuni Dugu Ieio » (E.Calmé). On est aussi très aguiché par « La rentrée » et un « Blagal bolero », pied de nez  bien funky à Ravel, qui verra un Curtis Efoua déchainé sur son beau kit de batterie « De France » (ces deux morceaux par Laurent Maur). Bassiste précis, élégant et fin compositeur, Ouriel Ellert ouvrira le 2° set avec un « Afrobeat évolutif » au groove syncopé irrésistible, suivi d’un « Wood’s dream » éthéré comme une clairière printanière. Tout au long des deux sets on aura été captivé par la cohésion et l’esprit d’aventure du groupe, mené par le tac-au-tac subtil et inspiré entre l’harmonica très pointu de Laurent Maur, dont le son pouvait parfois évoquer un mini accordéon festif, et les flûtes magnifiques et voyageuses d’Émilie Calmé. Et pour offrir charpente souple et féline à ces voltigeurs, rien de mieux qu’un pacte rythmique musclé et inventif, répondant au doigt et à l’œil, celui scellé par Ouriel Ellert et Curtis Efoua. Un rappel en forme d’improvisation a joliment terminé la soirée, pour notre plus grand plaisir.Le Youpi Quartet est l’un des groupes les plus enthousiasmants du moment. Sachez que vous les retrouverez à Bordeaux ce samedi 09 avril à 20 h au Théatre de la Rousselle, 77 Rue de la Rousselle (mais il y aura des activités dès 10h30, avec en particulier le vernissage de l’exposition de peinture de Bernard Ellert, le père d’Ouriel), et le vendredi 15 avril à 20h30 pour leur grand retour au Caillou du Jardin Botanique (*). Ne les loupez surtout pas.

Scoop : Richard Raducanu, président de Jazz 360, nous a confié qu’en plus de ces soirées, il envisageait aussi la programmation de « soupers » jazz sur Cénac, alors épicuriens du jazz, affaire à suivre de très près ! Et enfin, rendez-vous les 10, 11 et 12 juin 2016 à Cénac et alentours, pour la 7° édition du Festival Jazz 360. Un grand merci à Richard Raducanu et à toute son équipe de bénévoles.

(*) Cf dans ce blog, la fine chronique par Annie Robert de leur concert au Caillou du Jardin Botanique, le 28 août dernier.

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Youpi Quartet sur facebook

Festival Jazz 360

Site de Christian Coulais, l’oeil mémoire de Jazz 360

Château du Garde

La Gazette Bleue N° 14 vient de sortir ! Bonne année 2016 !

Bonjour ! Voici notre Gazette Bleue n° 14, la première de 2016, année que toute la rédaction vous souhaite heureuse et pacifique ! La flutiste Émilie Calmé vous y accueille. Découvrez nos interviews, portraits, chroniques et playlist, ainsi que les dates de belles réjouissances à venir !

Bonnes lectures !

La Rédaction.

Gazette Bleue N° 14

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Youpi Quartet

par Annie Robert, photo : Thierry Dubuc

Youpi Quartet

 

Un dérisoire et si nécessaire sparadrap                 Youpi Quartet

Le Caillou  20/08/ 1015

Hier soir, le monde semblait enfonçer  avec force ses maudites griffes dans les têtes: mort à Palmyre, fumées d’arsenic en Chine, désespoir des migrants à Calais et autres douleurs ignorées … brr .. c’était peu de dire que la gaieté ne nous accompagnait pas. Même si le ciel était clair, le monde était fichtrement gris.

Mais hier soir aussi, un rayon de soleil frôlait le Caillou, se tissait entre les tables colorées de rose et donnait vie alentours. Entre les grands arbres du Jardin Botanique, le clapotis  deviné de la Garonne, avec la mature tressée de l’Hermione, un peu de douceur dans ce monde de brutes se glissa jusqu’à nous et nous emmena en voyage sur le dos des instruments, un voyage joyeux, doré et revigorant. Le Youpi Quartet était sur scène. Merci à eux.

Ce fut une belle découverte pour un quartet original avec l’association  rare dans le monde du jazz de deux instruments peu utilisés: la flûte aux accents d’oiseaux d’Emilie Calmé et l’harmonica solide et véloce de Laurent Maur. Prenant le thème parfois à l’amble, parfois en contrepoint, tantôt leaders, tantôt accompagnants, ces deux-là s’entendent et se complètent parfaitement bien. Ils offrent à cette formation un côté aérien, musique de chambre (?)  avec une force légère mais réelle. Valses, biguines, morceaux dansants mais aussi rêveurs tels cette très belle composition sur le désert avec une flûte indienne aux respirations de souffle se succèdent. On les accompagne du Brésil aux Caraïbes, du  » made in France  » au sable chaud. On est drôlement bien. D’ailleurs les conversations se font discrètes et les bruits de couverts disparaissent, les enfants dansent et frappent du pied devant la scène, les têtes ondulent et se balancent.

Derrière la flûte et l’harmonica, une rythmique de très grande qualité. Retenez les noms de ces deux jeunes gens, on les reverra. Ouriel Ellert à la basse sait faire chanter son instrument comme personne, le rend mélodique et inventif, solide mais créatif. Un vrai plaisir qu’il doit pouvoir exprimer sans doute dans d’autres styles ( dans du funk, ou du bop, ça doit donner comme on dit!). Quant à Curtis Efoua à la batterie, ce n’est pas pour rien qu’il a été élu meilleur instrumentiste au Concours National de Jazz à la Défense cette année. Le batteur d’Edmond Bilal Band peut tout faire et sait être au service d’un groupe. Là, il est dans un registre discret, la grosse caisse est peu utilisée et le rythme est souligné d’une grande variété de sonorités douces. De la belle ouvrage.

Le soir tombant, la musique se fait plus vibrante, plus world, plus nostalgique. Les notes de flûte indienne s’envolent dans la nuit comme autant de promesses de rêves.

Dix heures, l’heure fatidique où la scène se transforme en citrouille, l’heure du repos pour les voisins l’heure de se séparer. Pendant une heure trente, une petite bulle de douceur jazzy, nous aura enveloppés, portés, accueillis et soustraits. On se retrouve revivifiés, de miel et de soirs bleus.

Merci à la musique, à toutes les musiques, à l’art , aux créateurs de garder ce tout petit pouvoir, si fragile; celui du dérisoire mais si nécessaire sparadrap à la douleur du monde…  ( je sais, c’est peut être grandiloquent mais…)

 

Akoda chez Alriq

Par Philippe Desmond

akoda

La nuit tombe sous les lampions, un massif paquebot glisse devant la guinguette, quittant Bordeaux vers le large, mais le voyage est aussi pour nous qui sommes restés à terre, Akoda va nous entraîner vers d’autres horizons, de l’autre côté de l’Atlantique, vers des contrées créoles, vers Cuba, vers le Brésil, vers l’Argentine…

Akoda c’est un des nombreux projets (Djazame, Ceïba, Nougaro en 4 couleurs) de Valérie Chane-Tef pianiste et compositrice, un groupe lauréat du tremplin Action Jazz en 2014, avec autour d’elle Mayomi Moreno au chant, François-Marie Moreau aux sax, à la flûte et à la clarinette basse, Benjamin Pellier à la basse et Franck Leymerégie aux percussions. Tous d’excellents musiciens.

Du « jazz créole » pour les racines afros comme elle le définit mais aussi latino, chaleureux, coloré, chaloupé, fait en majorité de compositions originales. Jazz, car les chorus et les développements sont là et même bien là. On  passe de la sensibilité au groove avec le même bonheur et toujours avec élégance. « Mano à Mano » pour débuter, titre de leur premier EP puis de nouvelles compositions comme « Mariposa » de leur prochain album dont un coin de voile se lève ; en effet Mayomi ne chante pas tous les morceaux, le groupe joue en quartet ou même en trio, quelques pistes pour le contenu de ce disque qui sortira le mois prochain… La Gazette Bleue de septembre vous en dira plus.

Après la pause et dans une fraîcheur certaine – et oui ma pauv’ dame, passé le 15 août l’été c’est fini… – on va avoir droit à un vrai festival avec notamment des invités surprises. Un nouveau titre magnifique « Inocencia » est l’occasion d’inviter Laurent Maur à l’harmonica, s’intégrant instantanément au groupe ; on vous l’a dit, c’est du jazz. Puis Emilie Calmé et sa flûte vont faire partie du voyage vers le Brésil pour une composition magnifiquement chantée par Mayomi. Le public joue le jeu, l’ambiance monte, certains dansent, on oublie la fraîcheur bordelaise. A propos monsieur Alriq si on avançait un peu l’heure des concerts maintenant ?

En rappel le groupe reprend l’endiablé « Acompaña la”, une cumbia, avec Ouriel Ellert invité à la basse qui va nous allumer une rythmique de feu bienvenue.

Beau voyage et belle soirée avec ce groupe finalement assez rare mais qu’on reverra avec plaisir le 23 septembre au Caillou pour nous présenter son nouvel album.