Gainsbourg revisité au Baiser Salé

par Philippe Desmond.

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Me revoilà comme chaque année fin mai un soir à Paris, entre deux premières journées d’une quinzaine ayant pour objet une autre de mes passions. Alors puisqu’il est question de sets, direction rue des Lombards mais pour des sets musicaux cette fois et dans un lieu que j’adore, le Baiser Salé. Tous les lundis soir c’est jam – voir chronique du 27 mai 2015 – autour de François Constantin le grand percussionniste.

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Mais avant la jam il y a toujours un concert, certes souvent pas trop long, mais qui lance bien l’affaire. Coup de chance ce soir c’est un hommage rendu en jazz à Serge Gainsbourg et avec un des spécialistes du genre le pianiste Pierre-Alain Goualch qui avait sorti l’album « Exploring the music of Serge Gainsbourg » en 2001. Musicien redoutable au clavier, aux collaborations riches et variées, il joue ici avec le monstrueux bassiste Diego Imbert et une grosse pointure de la batterie, Loïc Pontieux ; François Constantin est bien sûr aux percussions, principalement aux congas pour la touche latino et caribéenne de la maison.

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Ça commence très fort – et en retard comme toujours – avec le titre peu connu  » Panpan Cucul » . Gros groove, chorus époustouflants, bref une belle fessée d’entrée !

Un riff rythmique envoûtant de basse annonce  » Bonnie and Clyde » dans un arrangement que Valérie Chane-Tef a d’ailleurs adapté avec Akoda. Piano tynerien, rehaussé, si c’est encore possible, par un festival de percussions de François pour une version latino d’un autre monde.

Un peu de calme et de sensualité avec  » L’eau à la bouche » mais pas pour longtemps, le tempo et l’intensité augmentant rapidement.

Quant au « Poinçonneur des Lilas » qui arrive, la RATP aurait dû le garder tant sa cadence est bien plus rapide que les machines actuelles ; pas beaucoup de trous entre les notes ! Que ça joue mais que ça joue ! Ce pianiste qui pour moi est une découverte est vraiment extraordinaire et ses compères ne le sont pas moins. Les chorus de basse de Diego sont de vrais solos de guitare quant à Loïc sa précision et son feeling nous régalent. François lui je le connais mais il m’épate toujours, on dirait qu’ils sont plusieurs…

La jam commence sans qu’on s’en rende compte avec la venue sur la scène – minuscule – de Myriam Bouk Moun pour chanter « Je suis venue te dire que je m’en vais » dans une version tellement nouvelle que même elle ne l’avait jamais chantée ainsi ; un genre de salsa parfois scattée, François aux timbalès dynamitant le tout ; des malades !

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Arrive une surprise avec une connaissance des Bordelais, récemment entendu dans nos contrées avec le Youpi Quartet, l’harmoniciste Laurent Maur. Avec son petit instrument et son ampli de la taille d’un sac à main, dixit François, c’est lui qui va imposer son arrangement de « La Javanaise » dont il va tisser et tordre la mélodie à l’envi. Les acquiescements de tête admiratifs du patron confirment l’impression générale de vivre un grand moment.

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La chanteuse Alice Soyer rejoint le groupe, avec Laurent Maur, pour « Couleur Café  » la chanson s’adaptant idéalement au style musical du soir. « Elisa » ensuite se latinise elle aussi, le même traitement étant réservé de façon plus inattendue à la vieille « Harley Davidson » qui en perd son arrogance agressive et métallique au profit d’une souplesse toute sensuelle.

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Un concert de toute beauté regorgeant d’une énergie joyeuse et de virtuosité. Et ici c’est comme ça presque tous les soirs mais systématiquement tous les lundis. Au fait, lundi prochain, au même endroit, on prend les mêmes et on recommence pour cet hommage à Gainsbourg, ne loupez pas ça si vous êtes dans les parages, vous pouvez même y aller exprès.

La jam démarre vraiment ensuite avec une succession de musiciens talentueux. L’île de Cantaloupe se transforme instantanément en un continent de groove et le reste est à l’avenant. Il est près d’une heure du matin et le premier set commencé peu après vingt deux heures se termine juste. Je déclare forfait pour le second, demain j’ai match sur le Central.

 

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La Jam du lundi au Baiser Salé (Paris)

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par Philippe Desmond

La rue des Lombards à Paris dans le quartier des Halles est un haut lieu de la musique jazz. Le Sunset, le Duc des Lombards et le Baiser Salé en sont les endroits les plus prisés dans des genres différents.
Le Baiser Salé se distingue par sa touche afro, antillaise, fusion, il est reconnu comme le top des clubs en matière de musique métissée. De grands musiciens y ont fait leurs débuts parisiens : Richard Bona, Taffa Cissé, Etienne MBappé, Linlay Marthe, Geoffroy de Mazure, Émile Parisien, Angélique Kidjo, Laurent Vernerey, Loïc Ponthieu, NGuyen Lê. D’autres le fréquentent et y jouent régulièrement, Mario Canonge, Michel Zenino, Felipe Cabrera, Rémi Vignolo, Sylvian Luc, les Belmondo, Roger Biwandu…
Chaque lundi soir c’est jam sous la houlette de François Constantin un sacré percussionniste qui vient de finir la récente et remarquable tournée de Véronique Sanson. François est le fils de Jean Constantin immense artiste de music-hall qui chantait des pépites – « le Pacha », « les Pantoufles », « Ma Petite Rime » – et écrivait aussi pour d’autres. « Mon manège à moi » de Piaf c’est lui, « les 400 coups » aussi. François en a reçu son humour sa gouaille et son gabarit bien charpenté. Sa maman vous ne la connaissait peut-être pas mais sa voix oui, en effet Lucie Dolène n’est autre que la voix française de Blanche Neige de Walt Disney.
La salle est au premier étage du bar du même nom, pas très grande mais optimisée. On est les uns contre les autres et il y fait vite chaud d’autant que la musique « n’arrange pas » les choses. Mais on ne meurt pas de soif, on y consomme comme dans un bar avec un simple surcoût de 7 € sur la première consommation. On y croise souvent Gérard Darmon un fidèle des lieux.
La scène est minuscule : à droite un piano droit contre le mur, à gauche une batterie, au milieu les congas et la batterie de samba et dans les espaces intermédiaires un bassiste, selon le cas un sax ou autre. Cinq six c’est le maximum.
La jam commence vers 21h30 par un set plus ou moins long avec les musiciens du jour mais toujours avec François aux percus. Ce lundi il était entouré de Thierry Fanfant l’immense bassiste (Lavilliers entre autres), Mickael Lecoq au piano, excellent et Nicolas Viccaro l’étoile montante de la batterie. Entre autres titres « Pata Pata » de Myriam Makeba, « Ride like the wind » de Christopher Cross tous traités à la sauce hot jazz avec de gros chorus bien endiablés. Nicolas Viccaro a été extraordinaire, seul ou en battle avec François Constantin. Il est capable d’une polyrythmie magique ; un grand.
Ce lundi après un long et tonitruant set on passe à la jam, d’abord avec les invités de François – dont la prometteuse chanteuse guitariste de soul Hyleen Gil, ou encore le pianiste Vincent Bidal – puis avec les anonymes.

Mais d’abord on fait l’inventaire des musiciens présents : il y a des bassistes ? Oui tu t’appelles comment ? Et toi… Des batteurs ?….Des saxophonistes ?… C’est le marché aux musiciens, passage amusant de la soirée. Puis la jam démarre, François compose les groupes au feeling, on se met d’accord sur le tempo, la tonalité d’un standard et ça part. Pour avoir assisté à plusieurs jams je peux dire que certains – tous quasiment ! – soirs c’est de la magie pure. Il y a des moments de folie comme ça au débotté. Et de belles surprises parfois avec des musiciens internationaux de passage…
Donc le lundi soir à Paris c’est Baiser Salé ou rien, allez-y en confiance et saluez François de ma part c’est un gars épatant.
http://www.lebaisersale.com/