Uros Peric ressuscite Ray Charles à Léognan

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

Du 1er au 9 juin va se dérouler le 21ème  Festival Jazz and Blues à  Léognan mais en ce début mai l’opportunité de programmer Uros Peric en préambule s’étant présentée  Jacques Merle et son équipe ont sauté sur l’occasion.

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En 2014 en effet  Uros Peric avait enflammé le public (voir Gazette Bleue #6 de septembre 2014) et des liens d’amitié  s’étaient tissés avec les organisateurs ce que l’artiste n’a pas manqué de rappeler.
C’est donc une salle Georges-Brassens pleine qui l’accueille à  nouveau pour son “Tribute to Ray Charles”, certains avides de le revoir d’autres, comme moi, impatients de le découvrir.
Les “Tributes » on s’en méfie un peu parfois, certains sont artificiels, formatés. Ce soir il n’y a pas cette inquiétude car le line-up est prometteur. Uros s’est entouré de musiciens qu’Action Jazz connaît très bien pour la plupart. Dave Blenkhorn, le plus Bordelais des Australiens à la guitare, Sébastien Girardot, le plus Australien des Français à la contrebasse, le Girondin Guillaume Nouaux à la batterie et l’Anglais Drew Davies au sax ténor partagent la scène avec le Serbe de Slovénie Uros Peric.

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Un grand portrait de Ray Charles  nous sourit sur la scène, côté jardin, tout proche du piano à queue. Côté cour, trois micros en pied attendent, on verra qui après.
Les musiciens entament un blues instrumental et Uros les rejoint s’emparant du piano à la manière de qui vous savez.
Arrivent alors les premières mesures de “Born to lose” et là, miracle, Ray Charles se met à chanter. On ferme les yeux, c’est bien lui. Même timbre, même trémolo, l’illusion est parfaite. D’ailleurs les proches de Ray Charles ne s’y sont pas trompé,  sa fille Sheila , des musiciens, une choriste ont déjà ainsi collaboré avec Uros, légitimant  ainsi son projet. “Ray, sors de ce corps !” a t-on envie de dire. Même les mimiques sont là mais sans tomber dans la caricature.

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“Hallelujah I Love Her So” confirme la sensation. Très bon pianiste en plus et avec des sidemen de luxe qui donnent de l’épaisseur au set.

“Takes Two to Tango” permet l’apparition de trois belles créatures – “My ice-creams vanilla chocolate” confie Uros – et surtout talentueuses choristes, les Pearlettes, en référence  aux Raelettes de Ray. Des voix célestes en contrepoint de la voix rauque du leader, superbe.

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Tout le monde s’engage ensuite sur la “Route 66” l’occasion pour nos jazzmen – “ la crème de la crème “ nous lance en Francais Uros – d’épater le public par des chorus bien sentis. C’est bien du jazz et pas de la variété ; Dave Blenkhorn et sa musicalité, Sébastien Girardot et son tempo magistral, Guillaume Nouaux sa précision et sa créativité, Drew Davies et sa volubilité. Uros n’est pas en reste au piano, ne tenant pas en place sur son tabouret à la manière de…

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“Georgia” est appelée sur scène pour un moment de douceur puis “Miss around”, “Got my Mojo Workin”, “Hit the Road Jack” obligatoire, et bien sûr “What I Said” enthousiasment un public déjà conquis.
“I can’t stop Loving You” pour finir avec les superbes voix des Pearlettes, puis un long rappel pour clore un magnifique concert. Bel artiste que cet Uros Peric, sympathique aussi et courageux de s’attaquer ainsi à un monument universel. Mais sa notoriété est désormais mondiale.

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Il y en aura d’autres beaux concerts, bientôt avec le festival Jazz and Blues avec notamment, pour rester dans ce registre, les magnifiques chanteuses Dominique Magloire (le 3/6) et Lisa Simone (le 4/6) et bien d’autres.
Alors à très bientôt dans le coin !

http://www.jazzandblues-leognan.fr

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Shekinah Gatto Septet au Comptoir du Jazz

Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (couleur) Alain Pelletier (NB)

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Aujourd’hui 30 avril c’est la Journée Internationale du Jazz créée par l’UNESCO – rien moins – en 2005. Vous me direz que chaque jour est une journée internationale de quelque chose, de la Femme aux Droits de l’Homme en passant par celle des toilettes, oui les WC, vérifiez c’est le 19 novembre.

Nous sommes Action Jazz pas Action WC (ça doit bien se trouver en supermarché) alors parlons de la journée du Jazz.

A Bordeaux plein événements, au Tunnel pour la clôture de la saison avec la Dream Factory, Roger Biwandu, Nolwenn Leizour, Hervé Saint-Guirons et ce soir les guitaristes Dave Blenkhorn et Yann Pénichou , superbe concert m’a-t-on dit, ou encore à Pena Copas y Compas  avec Taldea et un jazz influencé par l’Espagne et Pat Metheny autour de Jean Lassalette, Christophe Léon Schelstraete, Stéphane Mazurier, Nicolas Mirande, Jeff Mazurier et Thomas Lachaize ; excellent aussi m’a-t-on confié.

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Il faut choisir ce sera donc au Comptoir du Jazz avec le septet de Sheki Gatto. Shekinah aux sax alto et soprano, à la flûte et au chant, Olivier Gatto à la contrebasse et à la direction musicale, Guillaume Nouaux à la batterie, Francis Fontès au piano, Mickaël Chevalier à la trompette, Sébastien Iep Arruti au trombone et Jean-Christophe Jacques aux sax ténor et soprano.

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Nous voilà donc au Comptoir du Jazz qui depuis quelques années n’avait plus guère que le comptoir, le jazz n’y trouvant plus le refuge traditionnel. Grâce à la nouvelle direction, à Benjamin Comba et Musik’Tour Production le jazz revit dans ce lieu emblématique.

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21h30 le quai de Paludate est encore calme et le Comptoir se remplit doucement. Un septet sur la scène foutraque du lieu avec en plus un piano à queue c’est quasiment une prouesse. Devant, la « cuivraille » et derrière la rythmique, Francis Fontès et son beau piano noir relégués au fond.

Ça démarre et ça va être un festival ! « Song from the underground railroad » de Coltrane permet au septet de s’échauffer, pas encore de chorus, ça viendra après. « One day I’ll fly away » de Joe Sample amorce, comme le titre l’indique, le décollage.

Attachez vos ceintures, c’est parti avec « My favourite things » de Coltrane et une suite de chorus majestueux de chacun des membres du groupe. Shekinah à la flûte telle Eric Dolphy, Jean-Christophe et son soprano – une bête de course – à la place du Maître, « Mc Coy » Fontès impressionnant – rappelons que ce n’est pas son métier, il est radiologue ! -, « Elvin » Nouaux, un des batteurs les plus musicaux et créatifs que je connaisse et la colonne vertébrale du tout, Olivier Gatto particulièrement en verve. N’oublions pas Mickaël Chevalier et sa trompette à l’état brut, magnifique dans ses prises de risque et le surprenant trombone de Sébastien Arruti, spectaculaire et inspiré avec cet instrument si bizarre. La salle qui commence à bien se remplir est aux anges.

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« Wise One » encore de Coltrane – ne nous plaignons pas – puis comme un cheveu sur la soupe un titre qui enflamme la salle, le classique du jazz New Orleans « Second Line Break », Shekinah en profitant pour présenter en chantant les membres du groupe.

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Pause. L’occasion de bavarder et d’apprendre que relancer le jazz au Comptoir c’est dur. Des concerts prévus jusqu’à l’été sont annulés, le public n’est pas assez présent ; pourtant il l’était en nombre ce soir. Il y a deux semaines le Rocher était plein à craquer, et un mois avant même, pour Marcus Miller. Il l’était aussi pour Billy Cobham. Où sont ces gens ? Aiment-ils le jazz ou le star système ? Savent-ils que les musiciens de ce soir jouent de temps en temps avec les plus grands ou plus célèbres, savent-ils qu’ils ont sous la main des talents remarquables ? Savent-ils qu’ils se privent de grands moments ? Quel dommage.

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On repart pour le second set avec « I have a dream » d’Herbie Hancock. La soirée est aussi un hommage à Martin Luther King, à Malcom X, à Rosa Parks qui on fait avancer la société US ; et il reste du travail comme l’actualité nous le montre… Une expo photos dans le hall leur rend hommage. Toujours dans cet esprit une merveilleuse adaptation du « What’s going on » de Marvin Gaye et pour finir le magnifique « Theme for Malcom » de Donald Byrd ; un vrai bouquet final ! Les musiciens prennent du plaisir ça se voit, ça rayonne sur le public.

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C’est fini ! Même pas ! Une jam se met en place, Stéphane Seva, Lo Jay, une élève de Shekinah viennent chanter, Colin Smith flûtiste est là aussi ainsi que Jonathan Hedeline un élève d’Olivier Gatto à la contrebasse. On est bien.

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Merci M’sieurs dames c’était super, on reviendra. Quand … ?

Une heure du mat j’ai des frissons… de bonheur, je me sens rajeuni ; ça ne vas pas durer longtemps, je croise des hordes de jeunes essayant d’entrer dans les boîtes de nuit voisines, des bouteilles d’eau minérale remplies de boissons brutales à la main pour certains, des yeux déjà trop rouges pour d’autres, j’ai trois fois leur âge. Je ne les envie pourtant pas, ils ne vont certainement pas passer un aussi bon moment que moi ce soir. Ça viendra, je l’espère pour eux.

 

Guillaume Nouaux & Tuxedo Big Band – chronique de « Drumology »

Par Dom Imonk

Parue le 01 septembre 2014 dans la Gazette Bleue N° 6

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On ne présente plus le batteur Guillaume Nouaux, dont l’éclectique omniprésence nous est salutaire. Il s’est produit dans bien des groupes et endroits, et sa renommée va jusqu’à l’international. Batteur fou de swing et grand connaisseur, il propose là un ambitieux album dont le titre dit tout. Mais il n’est pas tout seul dans cette aventure, car le Tuxedo Big Band, dirigé par Paul Chéron, participe aussi à construire ces quatorze belles reprises, avec de superbes arrangements et une équipe de douze musiciens aux interventions remarquables. L’esprit « swing » des années 30/50 est ainsi délicieusement remis en scène et c’est un vrai plaisir de se replonger dans ces « fondamentaux », qui ont tous participé à construire la musique jazz d’aujourd’hui, et continuerons sans nul doute à inspirer celle de demain.
Le « plus » de cet album, c’est que chaque reprise est en fait un hommage implicite au batteur qui jouait dans la version initiale. Les passionnantes notes de pochette de Jacques Aboucaya nous précisent tout cela dans le détail, formant une musique de mots au service de celle des sons.
L’écoute de cet album est très rafraîchissante et nous montre à quel point on savait écrire de la belle musique dans le passé. On vogue ainsi de « Liza » (George Gerschwin) avec Chick Webb à la batterie, à « Swingin the blues » (C.Basie /E.Durham) bat. Jo Jones, en passant par « Drumology » (L.Bellson/S.Cooper) bat. Louie Bellson (dont on apprend qu’il fut le premier à inclure deux grosses caisses dans son set de batterie !), « Hampton stomp » (L.Hampton) bat. Lionel Hampton ( !), « Carioca » (V.Youmans) bat. Buddy Rich, mais la liste est longue ! Sachez que d’autres batteurs renommés y sont aussi honorés comme Gene Krupa, Sonny Greer et Sam Woodyard, pour les plus connus.
Guillaume Nouaux s’adapte à tous les morceaux avec cette belle aisance qu’on lui connait. Son jeu élégant ne s’interdit pas la puissance nécessaire à driver le big band. On sent que son inventivité s’exprime toujours avec le respect de ses aînés qu’il vénère. Au-delà de ses talents indéniables de directeur et d’arrangeur, on apprécie beaucoup les interventions de Paul Chéron aux saxes et à la clarinette. Le Tuxedo est décidemment une très efficace machine à swing, et il faut redire la grande qualité de jeu des autres musiciens qui le composent, c’est précis, ça fouette bien les sangs, ça swingue quoi ! Et quelle cohésion entre eux tous !
« Drumology » est une vraie réussite. L’écoute du disque met en joie, et on se le repasse sans compter. On se les imagine tous sur scène avec les pupitres, la photo de pochette aidant, mais ça ne suffit plus, on va vraiment vouloir les voir en concert maintenant !

Dom Imonk

© Swing Era & GN 2014 – TBB 107