Monique Thomas Quartet « C’est si bon »

par Philippe Desmond, photos Irène Piarou.

Centre culturel de Créon, jeudi 20 octobre 2016.dsc00413

Il en va des habitudes comme du reste ; il y en a souvent de mauvaises mais heureusement il y en a de bonnes. Les « jeudis du jazz » de Créon d’après vous font partie desquelles ? Bien sûr des secondes et cela depuis maintenant huit saisons. Toujours le dernier jeudi avant les vacances scolaires… sauf cette année avec ce calendrier insolite où elles ont commencée un mercredi. Mais ce léger dérèglement n’aura pas suffi aux deux cent cinquante personnes présentes de rater ce rendez-vous.

Larural, l’association qui pilote de main de maître ces soirées n’est pas allée bien loin pour programmer cette première session de la saison. Elle a certes été chercher une chanteuse américaine mais à deux rues d’ici, la désormais Créonnaise – depuis 2005 – Monique Thomas. Pour l’accompagner, et bien plus encore, le batteur Didier Ottaviani son mari à la ville, Hervé Saint-Guirons à l’orgue et Yann Pénichou à la guitare.

Le principe de la soirée est toujours le même, ouverture des portes à 19 heures, dégustation de vin – ce soir les vignobles Desages à Baron – assiette garnie, pâtisserie, et à 20 heures jazz !

Carlina Cavadore et Serge Moulinier présentent le spectacle et la saison qui s’annonce, les lumières s’éteignent et comme à chaque fois ici le miracle se produit. Une salle animée, bruyante jusque là devient la plus attentive qui soit, avec une écoute exceptionnelle. Les musiciens apprécient vraiment.

Nous ne le savons pas encore mais nous allons assister à un concert exceptionnel mené de main de maîtresse par une époustouflante Monique Thomas. Non seulement elle chante merveilleusement mais elle a une présence scénique étonnante, capable de passer des émotions dans son chant tout en assurant les transitions avec un humour et une fantaisie remarquables. Une aisance incroyable, de la puissance, des nuances, des graves aux suraigus, aucune esbroufe, aucun procédé, un talent pur… et certainement beaucoup de travail !

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Monique est américaine donc, élevée au Gospel à Philadelphie. Messe obligatoire chaque dimanche, un peu contrainte et forcée, mais contrairement à chez nous où l’ambiance y est souvent mortifère, rythmée par ces chants et rythmes qui ne peuvent vous laisser de marbre et parlent à vos émotions, croyants ou pas. C’est de cela dont elle va tirer cette envie de chanter pour notre plus grand bénéfice ce soir.

Monique a décidé de nous faire un tour d’horizon du jazz, du Gospel au New Orleans et bien d’autres aspects. Départ en trombe avec un premier titre dynamique où transparaît déjà l’aisance de la chanteuse et la maîtrise des musiciens. L’orgue sonne très bien, déjà un chorus d’Hervé pour s’en persuader, la guitare de Yann est chantante et Didier se joue de sa batterie avec sa finesse habituelle. Ça devrait bien se passer.

Assez vite Monique attaque un Gospel commencé a cappella, puis rejointe par le trio et les battements de mains du public. Ce public elle va l’embarquer avec elle toute la soirée, le sollicitant, le faisant chanter, taper dans les mains comme dans le traditionnel « Sea Lion Woman » ou « See Line Woman » repris par Nina Simone, mais aussi en lui donnant le frisson comme dans cette déchirante version de « Strange Fruit » chantée dans un silence de cathédrale, quelques larmes coulant sur les joues de certains, dont les miennes. Il faut dire que les étranges fruits en question ne sont autres que des pendus, des esclaves noirs, un témoignage d’une autre époque que certains, lors des élections américaines qui se profilent, aimeraient voir revivre… Monique l’Américaine passe aussi un message politique, plus précisément humaniste.

Mais aussi Monique la Créonnaise qui exprime avec humour sa joie de vivre ici et de se produire devant ce public local. Public qu’elle va gâter avec par exemple ce très bel arrangement de « Cheek to Cheek » et ses variations de rumba, avec le classique « Moanin’ » d’Art Blakey sur lequel elle va scatter superbement, le trio étalant lui tout son talent. Répertoire éclectique avec aussi le langoureux « Tight » de Betty Carter, « Look for the Silver Lining » message d’espoir, « Basin Street Blues » où Monique nous fait vocalement le solo de trompette de Louis, « Let my People Go » avec au passage un message contre le racisme, le sexisme, l’oppression…

Une leçon de chant, de swing, mais aussi de l’émotion et du contenu, loin d’un récital sans saveur, avec des musiciens que nous connaissons par cœur à Action Jazz mais qui nous ont encore épatés ce soir. Ils étaient pourtant un peu inquiets car même si les titres étaient des standards, c’était la première fois qu’ils les jouaient dans cette configuration et avec ces arrangements.

Final de « second line » Irène et Alain Piarou, habitués de NO, ayant des fourmis dans les jambes ; « là-bas pour ce genre de morceau tout le monde se lève et défile en faisant tourner les serviettes » précise Irène. En France aussi on fait tourner les serviettes mais pas là-dessus…

Salut et rappel enthousiaste du public qui se voit offrir une merveille de « C’est si bon » Monique, en bon professeur qu’elle est, guidant le chant de tous. Un bonheur.

Ce soir il fallait être à Créon, le feeling du jazz y était présent. Prochain rendez-vous le jeudi 15 décembre avec le Tri Nations trio.

http://www.moniquethomasmusic.com/

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Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !

Du Quartier Libre au Chat qui Pêche. Bordeaux 03 juin 2016

Par Dom Imonk

 

Capucine Quartet

Capucine Quartet

En quelques mois, le Quartier Libre est devenu un lieu incontournable des nuits Bordelaises, en accordant certains soirs une attention particulière au jeune jazz émergeant de la Cité. En effet, beaucoup de nouveaux talents, dont une majorité formée au Conservatoire tout proche, viennent y jammer tous les mercredis, à partir de 18h, et c’est l’occasion de les découvrir, dans ce lieu que peu à peu ils s’approprient, pour notre plus grand plaisir. Grâce en soit rendue aux clairvoyants programmateurs. Mais il n’y a pas que le mercredi qu’on y festoie, pour preuve, vendredi dernier se produisait « Capucine Quartet », un tout nouveau groupe formé de quatre jeunes et talentueux musiciens du cru, qui sont venus raconter leur histoire en quelques thèmes bien inspirés, et joliment tournés. L’écriture, c’est surtout le fait de Thomas Gaucher (guitare) et de Felix Robin (vibraphone) mais, à ce qu’ils nous ont confié, cela devient vite affaire commune, en partage d’idées avec Louis Laville (contrebasse) et Thomas Galvan (batterie). Thomas Gaucher nous cite ses riches influences, de Grant Green à Lage Lund, en passant par Kurt Rosenwinkel, et on en retrouve quelques sucs dans son jeu agile, au boisé élégant, tout en restant sobre et roots dans ses effets et ses sons. Il y a une réelle complicité entre tous, et en particulier avec Felix Robin qui, d’une belle envolée, a ouvert « Intership », l’un des titres phare du quartet. Grâce, fluidité et couleurs marquent son jeu déjà bien assuré, sur un magnifique Bergerault, et fondent une vraie alliance avec le guitariste. L’autre moitié du groupe est indispensable. Une rythmique solide et inventive, qui charpente à ravir ce jazz frais et acidulé, par les lignes de basse sobres et efficaces de Louis Laville, se partageant entre walkings effrénés mais domptés et chorus volubiles, et par le subtil drumming de Thomas Galvan, dont on retrouve avec plaisir le tact et la délicatesse sur les balades, aux balais et dans quelques bruissements coloristes, mais qui se révèle redoutable s’il s’agit de grossir le trait et d’initier un puissant pouls binaire, quand le ciel du tempo s’obscurcit. D’autres compositions comme « Armand », « Journal du Dimanche », « Casa Pino »et les standards « If I should lose you » (Robin/Rainger) ou « Pent-Up house » (Rollins), achèvent de nous convaincre qu’il faudra suivre de près ce « Capucine quartet », dont on se régalera des floraisons futures !

La Jam du Quartier Libre

La Jam du Quartier Libre

Et comme toujours au Quartier Libre, après une pause houblon bien rafraîchissante, voici venu le moment tant attendu : une jam libre et délurée, et de celle-ci, on se souviendra. Alexis Valet, figure marquante de ces lieux (et de quelques autres…) et musicien très pointu, s’empare du vibraphone, dont il semble jouer à quatre mains, et c’est reparti ! On rappelle que son sextet a remporté le Prix du Jury du Tremplin Action Jazz 2016, et qu’on retrouvera cette vive formation à Quinsac, le dimanche 12 juin à 13h30 Place de l’Église, dans le cadre du Festival Jazz360. La fête a donc repris, en un bien joyeux festival où se succèderont Louis Gachet à la trompette, Alexandre Aguilera à la flûte, Alexandre Priam-Doizy à la basse, Nicolas Girardi puis Yoan Dupuy à la batterie, Charlotte Desbondant et Émeline Marcon au chant, ainsi qu’un grand gaillard à l’accordéon. L’un des doigts de Jonathan Bergeron n’étant pas disponible pour jouer du sax, celui-ci nous a quand même offert en final un scat d’anthologie, qu’on n’est pas prêt d’oublier ! Soirée bouillante, finie sur les chapeaux de roue, on en redemande ! Il faut vraiment assister à de tels concerts dès qu’on le peut, venir voir ces jeunes musiciens, discuter avec eux, être présent et les encourager. Il y a de la vie pour un jazz tous âges dans la nuit Bordelaise, il faut bien la pister, elle serpente un peu partout. Preuve en est que, sur les conseils d’un avisé camarade, nous nous sommes ensuite retrouvés à cinq minutes de là, au Chat qui Pêche, pour un autre superbe concert…

http://capucinequartet.wix.com/jazz

http://quartierlibrebordeaux.com/v1/

Alex Golino Quartet

Alex Golino Quartet

Il est presque minuit, rien de mieux que les choses imprévues même s’il se fait tard. Nous voilà donc arrivés au Chat Qui Pêche, cercle associatif qui, une bonne partie de l’année, propose des artistes de diverses tendances, dont celle du jazz. Thomas Saunier, responsable du lieu, nous accueille chaleureusement, pour l’un des derniers concerts de la saison, la programmation devant reprendre en septembre. Ce soir, c’est le quartet du grand Alex Golino qui se produit. Muni de son imposant saxophone ténor, il va nous faire rêver, accompagné de trois superbes pointures : Hervé Saint-Guirons à l’orgue électronique, Didier Ottaviani à la batterie et Yann Pénichou à la guitare. Le concert est à peine commencé et l’on admire le cadre de ce lieu, à la touche kitsch intemporelle qui ravive les mémoires, comme cette affiche du festival Sigma 1985. On s’assoie dans de profonds canapés un peu usés, ou sur des chaises au bar, on est bien calé, et en position idéale pour l’écoute. La musique flotte tel un nuage ensoleillé et les envolées d’Alex Golino soufflent des brises d’été dont la grâce et la volupté sont d’une classe assez irrésistible. Son jeu subtil et patiné nous envoute. Les thèmes abordés sont variés et mettent quelques glorieux aînés à l’honneur. On fond à l’écoute des « Corcovado », « Wave » et autre « O grande amor » de Jobim, qui placent notre saxophoniste à de limpides altitudes, jadis fréquentées par Stan Getz et Joe Henderson, quoiqu’on puisse parfois penser à un Harold Land. Le groove a aussi marqué cette intime soirée, le public arrivant petit à petit en quête d’after hours. Ainsi, quelques perles de Kenny Burrell, mais aussi de Wes Montgomery, sont  venues à point nommé souligner la belle inspiration du jeu précis et expert d’Hervé Saint-Guirons et de Yann Pénichou, deux associés défenseurs du son vintage, pur et sans fard, qui vénèrent ces artistes et n’ont pas hésité à prêter leur âme à ce fin répertoire. Rappelons que l’an dernier, nos deux compères s’étaient retrouvés sur le superbe « Up & Down » du Yann Pénichou Organ Trio. Tout le monde s’est donc visiblement régalé de « Far Wes », « SOS » et du mélancolique « West Coast Blues » de Wes Montgomery, mais aussi de thèmes plus classiques tels que  « Kenny’s sound » et « Chtilin’s con carne » de Kenny Burrell. Autre artisan du son du quartet, Didier Ottaviani, qui est probablement l’un des batteurs les plus passionnants qui soient, car une élégance naturelle se retrouve en tous points et coins de son jeu. Chez lui, tout est affaire de couleurs savamment dosées, de scintillements qui luisent plus qu’ils n’éblouissent,  ses roulements, attaques et breaks d’une délicate précision, effleurent à baguettes retirées dès l’impact, en faisant danser les sons, avec légèreté et en douce vélocité. Au cours des deux sets, comme pour adoucir un peu plus l’atmosphère, le groupe nous a aussi joué quelques autres pépites, gorgées de feeling, parmi lesquelles « Invitation » (Kaper/Washington) et « Love letters » (Victor Young), histoire de jouer les chats, avec nous les souris, et de pêcher l’envie de bien vite les retrouver.

http://chatquipeche.niceboard.com/

Vocal Jazz Jam Session au Fellini

par Philippe Desmond, photos PhD et le Fellini.

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Monique Thomas

Tous les mercredis en fin d’après midi à Bordeaux c’est la jam du Quartier Libre (voir chronique du 20/01/2016), un moment très vivant grâce aux jeunes talents du Conservatoire proche et à quelques autres. Un petit passage hier soir le temps notamment d’un joli « Jean-Pierre » de Miles avant de me rendre à une autre jam ; et oui il y a de la concurrence ou plutôt de l’émulation car l’objet de cette dernière est relativement différent.

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au Quartier Libre

La Vocal Jazz Jam Session est organisée pour la première fois au Fellini par la chanteuse Monique Thomas et se poursuivra au moins jusqu’en juin prochain chaque dernier mercredi du mois. Bonne idée, belle idée que de permettre ainsi à des chanteuses et chanteurs de jazz d’exprimer leur talent, d’acquérir de l’expérience, voire de se jeter à l’eau, entourés par un trio de super musiciens. Hervé Saint-Guirons au piano, Timo Metzemakers à la contrebasse et Didier Ottaviani à la batterie. Monique Thomas avouera humblement que c’est ce dernier qui lui a soufflé l’idée. Elle est la maîtresse de cérémonie, carnet de jam à la main, allant de chanteuses en chanteurs demander quel titre et sur quelle tonalité chacun souhaite se produire. Une jam quoi !

Mais bien sûr à elle l’honneur – et à nous le plaisir – d’ouvrir la session, ce sera avec « Day in Day out ». Une Américaine qui chante dans une trattoria italienne, transportons nous alors dans les 40’s à Little Italy, ce quartier de Manhattan qui fleure bon comme ici la pasta et la pizza. Pourtant nous ne sommes qu’à Bègles, au Fellini. Le décor de Cinecittà, sous le patronage, entre autres, de Federico et Marcello et avec la présence pulpeuse de Sophia et Monica ne peut qu’accentuer ce dépaysement. Un autre titre et la jam commence. Une pro pour bien lancer l’affaire en la personne de Meriem Lacour (Arty Chokes – the Band) puis Lucienne Razafindramanitra. Vont ensuite se succéder des élèves de Monique, du Ciam, du Conservatoire, des amateurs, des semi-pros. Une jam quoi !

Est-ce un clin d’oeil à « la Cité des Femmes » de Fellini mais il y beaucoup de chanteuses (9) et peu d’hommes (3). Tiens justement en voilà un, élève de Monique je crois, avec un vrai nom de crooner, Bill Waters, sur une belle version de « Moanin’ ». Arrive la talentueuse Emeline qu’on a de temps en temps l’occasion d’entendre dans le coin, puis Marine Garein-Raseta – grand prix Action Jazz 2014 – dans une version émouvante de « Body and Soul ».

On « Take the A train » avec Caro pour rejoindre Marina Kalhart qui se produit pour la première fois avec un tel groupe ; après sa seconde intervention sur « the Girl from Ipanema » elle me livrera qu’avec ces musiciens elle était sur l’autoroute, un vrai bonheur. Pas loin d’Ipanema se trouve le « Corcovado » chanté délicatement par un certain Georges visiblement Brésilien. Tiana, professeur de chant, nous livre son talent avec « Love for Sale », Meriem, Marine et Emeline reviennent pour notre joie ; « I can ‘t give you anything but love » ce qui n’est déjà pas mal, « Summertime » (bientôt), Angel Eyes… Arrive alors le tour d’une chanteuse qui a elle choisi de scatter ce qu’elle sait si bien faire avec une réelle présence scénique instantanée, la trop rare Carole Simon. Une leçon.

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Carole Simon

Je vous annonce un mois d’avril pluvieux à Paris, Gilles, ayant visiblement perdu un pari, se lançant dans un risqué « April in Paris » heureusement vite aidé par Carole, tout cela dans une franche rigolade ; une jam quoi !

Un succès pour cette première session avec notamment la présence amicale de figures importantes de la scène jazz en la personne d’Alé Kali, Alex Golino, Roger Biwandu, Franck Agulhon et Pascal Legrand qui prendra les baguettes pour finir en beauté avec la patronne du soir l’éblouissante Monique Thomas.

Donc le 27 avril à 8 heures du soir (pas 8 ½) tous au Fellini, il y aura peut-être cette fois là Ginger et Fred…

Alex Golino 4tet au Siman : so cool !

par Philippe Desmond, photos David Bert.

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L’ambiance générale est pesante en ce moment, la musique heureusement est là pour nous apporter ces moments de bonheur comme ce soir au Siman Jazz Club de Bordeaux Bastide.

En surplomb de la Garonne devant ce décor que des milliers de touristes viennent de plus en plus découvrir et dont nous ne nous lassons jamais se prépare le concert du soir avec le Alex Golino Quartet.

Beaucoup d’habitués, d’amis ont répondu à l’appel car ils savent qu’avec les quatre compères présents ils vont passer une belle soirée. Le rendez-vous musical du mercredi au Siman est désormais bien installé, merci à ses organisateurs.

Alex Golino avec son sax ténor patiné un peu vintage est le leader du jour ; le saxophoniste italo-grec installé depuis longtemps à Bordeaux en est une figure majeure de la scène jazz ; son talent, son velouté et sa gentillesse sont unanimement appréciés. Mais j’en soupçonne certains de se rapprocher de lui pour qu’il leur présente sa sœur Valeria, la belle actrice de cinéma…

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Hervé Saint-Guirons est venu avec les inséparables Mojo et Leslie, son orgue et sa cabine d’amplification ; bon choix pour ce set que d’associer la chaleur douce du clavier et des basses profondes de cet instrument au velours du sax d’Alex. Il sait aussi faire le faire crier lors de chorus tonituants.

A la batterie une autre pointure en la personne de Didier Ottaviani ; que ceux qui pensent que cet instrument ne sert qu’à marquer le tempo aillent l’écouter, ils comprendront vite que cela est très réducteur car en réalité Didier joue de la musique avec ses baguettes et ses pieds. Finesse, art du contretemps, du décalage, du silence, caresses des peaux et des cymbales il est un spectacle à lui seul.

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Yann Pénichou, autre pilier de la scène, est ce soir particulièrement en verve avec sa guitare. Il faut dire que le répertoire choisi par Alex fait la part belle au guitariste Wes Montgomery à qui il va rendre ainsi un hommage confraternel appuyé. De long chorus pleins de verve et de sensibilité vont ainsi nous être offerts.

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On sent que les gaillards se connaissent par cœur car la cohésion est manifeste, pas besoin de grands signes, tout s’enchaîne naturellement, des blues les plus rapides aux ballades langoureusement soufflées par Alex en passant par quelle délices de bossa nova.

Tantôt dans le rôle de Stan Getz ou de Johnny Griffin, Alex, tout en sensibilité, va nous enrober de sa sonorité chaleureuse. Du cool jazz, idéal pour le lieu et le moment. Certains diront des standards encore, ceux là ignorent que les standards sont des (belles) bases pour faire de la musique vivante et créative, le mot interprétation prenant ici tout son sens. En jazz rien n’est jamais pareil.

A l’invitation d’Alex, le trompettiste Mathieu Tarot vient se joindre au groupe pour un très beau final, très beau oui mais malheureusement final ! On étirerait la soirée encore longtemps avec cette musique et cette perspective sur la façade fabuleuse des quais rive-gauche mais nous ne sommes que mercredi…

http://www.siman-bordeaux.com/events/

 

Soul Jazz Rebels au Molly Malone’s

par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc (NB) et Pierre Murcia (effets).

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Un coup de blues le dimanche soir ? Alors soignons le mal par le mal, direction le Molly Malone’s car il paraît qu’il va s’y jouer du blues. Du monde ce soir et du matériel sur la minuscule scène avec le quartet Soul Jazz Rebels pour l’hebdomadaire concert de fin de dimanche.

Le quartet est composé de solides musiciens, le local de l’étape Hervé Saint Guirons (portrait dans la Gazette Bleue #10 de mai 2015) à l’orgue, les Toulousains Cyril Amourette à la guitare et Jean Vernhères au sax ténor, Christian Ton Ton Salut – surtout citoyen du monde tellement il le parcourt – à la batterie. Tous sont de remarquables sidemen appréciés des autres musiciens et pas des moindres. Ils sortent juste du mixage du premier album du groupe « Chittlin Circuit » chez Blackstamp Music qui sortira en juin.

Structure toulousaine donc pour ce groupe que le Bordelais a rejoint l’an dernier pour y apporter son talent d’organiste et donner la couleur sixtie’s souhaitée par Ton Ton Salut. On est me dira Hervé dans une musique simple de jazz blues, deux accords mais surtout du groove. La plupart des titres joués vont être des compositions originales « à la manière de ». De qui ? On pense évidemment à Lou Donaldson le saxophoniste d’Art Blakey qui mena ensuite une carrière souvent associé à des organistes. Mais la palette est plus large bien sûr, Jimmy Smith, Lonnie Smith…

« Un jazz simple d’abord qui demande juste d’être joué parfaitement » précise Hervé avec sa modestie habituelle. C’est le cas ce soir et pour la plus grande joie du nombreux public. Car les musiciens en plus de la cohésion du groupe vont nous proposer à tour de rôle un festival de chorus.

Jean Vernhères (néo bordelais en fait) possède une très belle musicalité au ténor avec lequel il est capable de développer des thèmes à l’infini avec un groove épatant.

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Cyril Amourette (quel joli nom) est une référence à la guitare et va nous régaler avec sa Gretsch demi-caisse aussi bien lors de chorus riches et magnifiques qu’en soutien du groupe où il sonne parfois comme un autre sax. La puissance du groupe lors de certains passages fera ainsi penser qu’on entend un big band.

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Hervé a sorti l’orgue donc et bien sûr sa Leslie*. la couleur et le velouté qu’apporte l’orgue sont décisives dans le son vintage du groupe, aussi bien en rythmique de basse jouée du pied gauche (à pied de chaussette!) qu’en harmonie au clavier. Un vrai plus.

Derrière mais souvent devant Ton Ton Salut à la batterie et la richesse de son drumming vont époustoufler tout le monde, ses propres musiciens compris. Il suffit de les regarder lors des solos aux baguettes pour le comprendre. Quel grand batteur ! Ça swingue, ça bounce, ça groove grave.

Les bières de toutes couleurs, les burgers, les fish and chips virevoltent au milieu d’un tumulte de notes réjouissantes car ce blues jazz plein de groove est une musique gaie. Le public est ravi. Et comme les musiciens se régalent aussi ils ne vont pas nous priver, des tempos d’enfer aux ballades blues dont une très belle composition d’Hervé Saint Guirons.

Trois sets gagnants avec un renfort bordelais dans le troisième en la personne du guitariste Yann Pénichou pour une dernière manche époustouflante sous les cris du public ; ce soir le Malone’s n’a pas molli.

On attend l’album avec impatience ainsi qu’un clip qui vient juste d’être tourné et qui promet d’être très original…

http://www.souljazzrebels.com/

*Cabine Leslie : un système de haut parleur avec diffuseur rotatif qui donne ces effets de son tournant à l’orgue

Marie Carrié quartet au Phare Jazz Club de Capbreton

Vendredi 12 février. Bernard Labat, Photo Thierry Dubuc

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Ils étaient nombreux (salle complète) au premier rendez-vous de l’année de notre PHARE JAZZ CLUB de CAPBRETON (Landes). L’association JAZZ PARTNER’S, hôte des lieux, avait choisi d’inviter pour la circonstance le « Marie Carrié Quartet ». Bien connus dans la grande région, Yann Penichou (guitare), Hervé Saint-Guirons (orgue hammond), Didier Ottaviani (batterie) et Marie Carrié (chant) sont arrivés à bon port, aprés un voyage perturbé par les intempéries. En quelques mots le président de l’association, Serge Mackowiak, dresse un bilan et annonce les projets pour cette nouvelle année, tout en remerciant nos partenaires institutionnels et privés ainsi que notre fidèle traiteur Michel, applaudissements. Dans la foulée, un petit jeu, permettant de faire gagner un exemplaire du nouvel album du trio Penichou, Saint-Guirons et Stéphano Lucchini, Up and Down, permet de finir les desserts et cafés. Le set peut commencer. Nos trois jammeurs démarrent sur une couleur brésilienne et Marie nous propose Maria da Mercedes du compositeur Djavan. Suit une intéressante adaptation du Pretty Eyes de l’emblématique pianiste hard boppeur Horace Silver. Le décor est planté, une navigation et un mix des répertoires brésiliens et jazz. Marie n’oublie pas de rendre hommage à la belle et talentueuse Peggy Lee avec I Love Being Here With You. Suivent deux adaptations des célébres Fast United Reason avec solo remarqué de Didier et Summertime des frères Gershwin. Les musiciens sont en place, Marie commande avec autorité les démarrages et laisse vagabonder sa douce voix.Yann et ses six cordes souligne et s’envole avec finesse et mélodie. Hervé et Didier groovent et relancent judicieusement.Le public attentif en redemande. Retour carioca avec Baden Powell Vou Deitar E Rolar et Joao Bosco avec une version très rythmée de Bala con Bala. Tout le monde apprécie. Billie Holiday ne sera pas oubliée. Marie explique que le prochain morceau Then There Eyes a été enregistré pour la première fois par Louis Armstrong et immortalisé par la Diva au Gardénia. Nos oreilles sont attentives et réceptives. Sans oublier un Sophistaced Lady, ellingtonien dans l’âme, pour lequel Yann nous distille une intro et un solo très intimiste. La soirée se poursuit jusqu’aux rappels. L’occasion d’entendre Marie et Yann en duo, formule qu’ils apprécient, et ça se sent bien. Une belle version de la ballade My Old Flame chantée également par Billie et jouée par nombre d’icônes (Charlie Parker, Miles Davis, Chet Baker…), remporte les faveurs des night-clubers du soir. Tout le monde se quitte sous des notes une nouvelle fois brésiliennes. Merci à Marie, Yann, Hervé et Didier pour cette belle soirée. Ce quartet bien en place respire la complicité. Leurs sourires et leur disponibilité restera un bon souvenir pour nous tous.