Le Hot Swing Sextet enfièvre la Guinguette.

par Philippe Desmond.

?

Guinguette Alriq le jeudi 8 septembre 2016.

A Bordeaux depuis quelques jours la canicule étire l’été et entretient une ambiance de vacances, faisant presque oublier que la rentrée est déjà bien installée. Mais ce jeudi soir brutalement les degrés ont chuté, dix de moins que la veille et il fait presque frisquet en arrivant à la Guinguette Alriq. Qu’à cela ne tienne le Hot Swing Sextet s’en occupe, il va enfiévrer le lieu de sa sensationnelle énergie musicale, une énergie qu’on souhaite la plus renouvelable possible.

Comme d’habitude la Guinguette est bondée, son succès et sa fréquentation ont été extraordinaires toute la saison pour la plus grande joie des musiciens qui ont ainsi bénéficié de cette magnifique exposition devant un public pas forcément là pour eux mais qui aura ainsi pu les découvrir. Détail non négligeable, les artistes ayant un intéressement à la recette, trouvent ici un lieu qui récompense leur talent et leur travail de façon très correcte ; ce n’est pas le cas partout.

Dès les premières mesures des couples se lancent sur la piste de danse , le ton est donné ; bientôt ça va danser partout. Et oui, un tel groupe de jazz swing il y a quelques années n’aurait pas forcément intéressé grand monde, ou alors des vieux nostalgiques de cette musique old school de leur jeunesse. Par bonheur, petit à petit et grâce notamment à des associations de danse swing, le public s’est réapproprié ce jazz festif, et ce public est jeune. Ce soir deux associations bordelaises sont présentes pour passer aux travaux pratiques, Tap Swing et Swing Time.

La qualité du groupe est bien sûr un élément décisif ; qualité musicale mais aussi esthétique. Il se sont sapés comme des milords, costards sombres, cravates, casquettes de titi pour les uns chapeau claque pour d’autres ; il ne leur manque que les gants blancs.

Le HSS c’est Thibaud Bonté à la trompette, Bertrand Tessier aux saxophones ténor/soprano, Erwan Muller et Ludovic Langlade à la guitare, Franck Richard à la contrebasse et Jericho Ballan à la batterie, tous d’excellents musiciens. Ils ont choisi délibérément de jouer cette musique de swing des années 30, ce jazz primitif, ce jazz de fête, loin de l’image intello que certains styles du genre ont pu faire naître. Mais attention, pas au prix d’une qualité musicale moindre. Si entre deux passes de rock-swing on dresse l’oreille on entend des chorus de feu, des duels de haut vol ; le swing ne se décrète pas, il se fabrique et ici l’atelier est très performant. Leur dernier CD en témoigne.

La nouvelle piste en bois, la bonne, la vraie, est maintenant prise d’assaut obligeant le repli pour certains sur l’ancienne piste rugueuse en béton qui vous ralentit les pirouettes et use vos souliers, on danse même sur la terrasse entre les tables et les plantes vertes. La température est remontée, que dis-je la température, la fièvre ! En effet arrive le morceau de bravoure historique du swing, le « Big Apple » qui se danse en solo et en cercle chacun passant au centre à tour de rôle. De la folie douce.

20160908_235300

Dans le second set Gaëtan Martin et son trombone viennent rajouter un turbo au moteur déjà puissant du groupe qui va ainsi tout dévaster sur son passage ! Je m’enflamme ? Pas sûr, l’état de ma chemise peut en témoigner… Le lendemain c’est les courbatures et douleurs musculaires qui rappelleront à certains et certaines la soirée endiablée qu’ils ont passée.

Mais voilà minuit, des dizaines de cendrillon redescendent sur terre et partent se coucher, demain il y a école mais au moins ça c’est fait, ce plein d’énergie, de joie et de musique.

En bonus la playlist pour les amateurs (merci Franck) :

1 set
My blue heaven
St Louis blues
I can’t give you anything but love
All that meat and no potatoes
Shine
St James infirmary
Honeysuckle rose
Big Apple 
920 special
Topsy

2 set

Margie
Bei mir bist…
What’s your story
Who’s sorry now
The mooche
Avalon
I’m gonna lock my heart
By and by
Sweet Georgia Brown

Rappel
Ain’t she sweet
I found a new baby

http://melodinote.fr/artist/hot-swing-sextet/

http://www.actionjazz.fr

 

 

 

Publicités

Didier Ballan Jazz Ensemble, Chez Alriq Bordeaux 16/08/16

Par Dom Imonk, photos Irène Piarou

Didier Ballan Jazz Ensemble

Didier Ballan Jazz Ensemble

Partir, larguer les amarres, c’est un peu ce que propose la guinguette Chez Alriq, car l’eau qui lui chatouille les pieds, vaste comme une mer, en fait un port, une escale. On y embarque sans se faire prier, à la découverte de nouveaux paysages sonores, et ce soir, c’est le bateau du Didier Ballan Jazz Ensemble qui nous accueillait pour revivre son projet Japam, dont l’esprit colle parfaitement au lieu. Peu avant le concert, Didier Ballan nous parlait de l’Inde, pays vénéré, qu’il visita plusieurs fois, avec son épouse Christiane, cinéaste. Il évoquait la remontée du Gange jusqu’à sa source, parcours spirituel, sur des flots chargés d’histoire et de signes. Marqué par une telle aventure, l’un de ses projets est de filer ainsi sur la Garonne, pour atteindre son berceau, dans les Pyrénées espagnoles. Et qui sait, peut-être lui dédiera-t-il une composition. La présence de ce fleuve tout proche est source de sérénité, et ce magnétisme aquatique rend les gens heureux et curieux. De semblables flux traversent la musique de l’Ensemble. Le concert a délivré un message de paix, susurré dès l’ouverture, sur fond de bourdon joué par Didier Ballan à l’harmonium indien, par l’excellente Emilie Calmé (flûte, bansuri) jouant une douce introduction à Japam, hymne de vie, dont le thème qu’on n’oublie plus est une respiration. Tout est calme et s’accélère soudain d’une fièvre collective où Didier Ballan, passé au piano, et Emilie Calmé sont vite encerclés par les rythmes et les sons capiteux d’une troupe bien soudée. On retrouve la patte de Nolwenn Leizour (contrebasse), un jeu stylé, profond et précis, limite « vitousien » par moment, alors que Jéricho Ballan (batterie) s’affirme de jour en jour en s’envolant de plus en plus haut, tel un Peter Pan des baguettes. Ce soir à ses côtés Ersoy Kazimov (derbouka, bendir), l’associé idéal, subtil mais enflammé jongleur de peaux, carrément en état de grâce. Un chorus de guitare incendiaire d’un Christophe Maroye en grande forme, a conclu cette consistante mise en bouche.

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Nolwenn Leizour & Émilie Calmé

Ersoy Kazimov

Ersoy Kazimov

Christophe Maroye

Christophe Maroye

Le groupe fait corps et les morceaux se bonifient avec le temps. Ainsi « Amour » nous téléporte dans un paradis de douceur où quiétude et sérénité sont inspirées par une flûte fluide et onirique. « Jeru’s Dance », hommage calme et ensoleillé de Didier le père à son fils Jéricho, rondement mené, met tout le monde en valeur, et en prime un chorus tout en finesse du jeune batteur. Le premier set se termine déjà, avec un somptueux « Massala Café », méditatif au début, puis gagné par le rythme et un peu de mélancolie, lézardée d’une guitare torturée.

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Le deuxième set démarre très fort par « Kaos », une sorte de heavy rock mutant, torride et crépusculaire, mené par un riff de guitare hallucinant. La batterie n’a rien à envier à celle d’un Bonzo et la basse pilonne. Le binaire est roi, tout le monde s’affaire à la fusion de ce métal et le piano du chef est l’oiseau qui survole la cité en flamme. Au final, comme une rédemption, le guitariste roi pourfendra les fumées d’un éclair ferraillant. Après la tempête, l’accalmie avec « Doute », l’un des grands thèmes du projet, l’impression qu’on est en apesanteur dans un éther bleu pacifique. Piano, flûte, harmonies de guitare et pouls rythmique apaisé, tout respire une beauté, transmise aux délicieux « Madhavi » et « Cerise » qui referment ce set. Le public jubile et en veut plus, alors voilà le rappel.  » La surfeuse des sables « , titre qui démarre en mode bluesy et se mue bien vite en un groove irrésistible, guidé par la flûte très seventies d’Émilie Calmé, qui mène un bal où tout le monde prend de monstrueux chorus. Un vrai feu d’artifice qui clôt une magnifique soirée que l’on souhaite revoir bien vite. Le bateau s’est transformé en un immense tapis volant qui nous emmène tous, au loin, très loin, nous ne sommes pas prêts d’en redescendre !

Didier Ballan

Didier Ballan

http://www.didierballan.com/

http://www.laguinguettechezalriq.com/

Andernos … 45ème … ça tourne !

Par Ivan-Denis Cormier, Photos : Philippe Marzat
Inauguré en cette douce journée ensoleillée du vendredi 22 juillet 2016, le 45e festival de jazz d’Andernos s’ouvrait sous les meilleurs auspices. Nul coup de canon pour ameuter le voisinage, mais un modeste « ding » de l’instrument le plus minimaliste qui soit –le triangle– façon subtile d’évoquer le thème des festivités : « Percussions en tous genres, vous êtes désormais autorisées à battre le pavé trois jours durant ! » Dans cette station balnéaire d’ordinaire si sage, si tranquille, du fond du bassin d’Arcachon, où grands parents et familles choisissent de passer l’année au vert, l’été au chaud, comblés par la douceur de l’air, le bleu du ciel et de la mer, le festival de jazz est devenu un temps fort désormais indispensable, une institution sous la protection des élus, pompiers, gendarmes, agents de sécurité, et sous le regard amène des commerçants et artisans qui contribuent à faire d’Andernos un lieu éminemment vivable, et disons-le quasi-paradisiaque pour un festivalier.
Dans un de ces coins de France à dimension humaine où le culte de l’authenticité et de la bonne chère l’emporte encore sur celui de l’argent et du pouvoir, où les barres de béton et  les hypermarchés n’ont guère droit de cité, une musique urbaine aussi peu paisible que le jazz n’allait-elle pas détonner ? Une musique de rebelles, quand ce n’est pas de sauvages, caractérisée par des soubresauts, gesticulations et éructations, une musique d’aliénés qui génère autant de stress qu’elle en libère ; une musique violente qui exprime confusément la rage de ne vivre sans autre horizon qu’horizontalement, de grands axes bruyants, surpeuplés, embouteillés et survoltés et verticalement, d’immenses façades plutôt grises, sinon souillées de graffiti  ? Certains clichés ou a priori ont la vie dure ; un choc culturel brutal, un rejet total étaient à craindre, et pourtant…
A en juger par l’écoute attentive de ceux qui ont eu la bonne idée de venir entendre ces tambourineurs, souffleurs, gratteux produire des sons étranges sûrement venus d’ailleurs, il n’y a ni panique ni révulsion, la curiosité est là et la soif de découvrir des sensations nouvelles évocatrices d’autres horizons finalement pas si lointains que cela semble satisfaite. Toutes les conditions étaient réunies pour favoriser cette écoute. Andernos adhère à des choix esthétiques audacieux –entendez, sans intolérance aucune– dont le jazz est plus petit dénominateur commun. Pour la municipalité, saluons un vrai respect et une volonté d’accueillir non seulement dignement, mais chaleureusement ces visiteurs d’un soir. Admirons l’engagement des énergies locales, rassemblées et organisées, dévouées et généreuses. Le big band qui a l’honneur d’inaugurer la scène du jardin Louis David tandis que les bénévoles servent aux invités boissons, verrines et huîtres a choisi le mélange des genres, signe d’ouverture d’esprit qui correspond bien à la volonté du grand maître des cérémonies Eric Coignat ; idéalement situés et très conviviaux, les lieux sont propices à l’échange, la communion. La ferveur des artistes se nourrissant toujours aussi de celle de l’auditoire, on peut s’attendre à un vrai succès –pas seulement un succès d’estime, manifesté par quelques applaudissements polis– chacun aura compris qu’ici on ne se fiche pas du monde, qu’on offre au visiteur une expérience globale hors du commun. L’effort consenti est aussi financier –l’hospitalité n’est pas un vain mot : la gratuité de ce festival exceptionnel est admirable, c’est l’autre raison qui emporte l’adhésion.
La maison Louis David qui borde le jardin s’est transformée en centre culturel et ce soir, en musée où est présentée une magnifique collection privée d’instruments à vent, des plus rudimentaires –didgeridoo ou chofar — aux plus sophistiqués, trombone à coulisse et à pistons, cornet, trompette ou bugle, saxophone. De surprise en surprise, ce festival-là a pris le parti de nous instruire, d’étonner et de réjouir.

Alexis Valet

Alexis Valet

Direction la scène qui jouxte la jetée, pour y écouter Alexis Valet, vibraphoniste, et son sextet lauréat du tremplin d’Action Jazz cette année. Ce groupe se compose de jeunes et de plus anciens. Percussif dans son essence, son jazz post-moderne déroule des mélodies soignées, des harmonies très travaillées et ne cède jamais à la facilité. Julien Dubois, qui œuvre au saxophone et Sébastien ‘Iep’ Arruti, au trombone, en musiciens accomplis, exposent avec brio des thèmes auxquels ils donnent du sens et de l’expression, s’appuyant sur une rythmique solide ;

Sébastien "Iep" Arruti

Sébastien « Iep » Arruti

Aurélien Gody à la contrebasse pilote le tempo, qu’il souligne, ponctue ou appuie bien par quelques mesures de walking bass, et on se régale du jeu très fin du batteur Jéricho Ballan qui donne à l’ensemble un relief saisissant. A la guitare, quelques accords bien ouverts et quelques lignes mélodiques style contrechant donnent de l’épaisseur et une texture particulière à chaque titre et Yori Moy emploie une palette de sons différente selon les morceaux ; le maître d’oeuvre, lui, est toujours présent mais intervient de façon décisive en chorus,

Jéricho Ballan

Jéricho Ballan

Les compositions sont riches, relativement complexes, du coup, les improvisations présentent pour les solistes de nouveaux défis, car les suites d’accords sont tout sauf conventionnelles et poussent chacun à explorer et à articuler des combinaisons harmoniques inédites, la gageure étant de construire un discours en référence au thème qui s’inscrive dans la tradition jazzistique –variations infinies sur un thème pré défini. Le public a-t-il de l’oreille ? Apparemment oui, et il la prête volontiers –cette curiosité et cette marque de respect de la part de néophytes étonnent dans le bon sens.

Aurélien Gody

Aurélien Gody

Retour au jardin Louis David pour écouter le trio du Québécois Jérôme Beaulieu. Dès les premières envolées on est frappé par la qualité et surtout la précision rythmique de l’ensemble. Ce sera décidément le temps fort de la soirée. La progressivité de la montée en puissance et la netteté des changements de plans sont frappantes. Le public n’a pas à compter les mesures : le groupe lui fait ressentir le découpage de façon évidente, le plonge dans une expérience physique qui prend aux tripes et monte à la tête. Sans compter que l’abord jovial du contrebassiste Philippe Leduc à l’enthousiasme communicatif suscite immédiatement l’empathie. Les trois acolytes emmènent l’auditeur dans un univers assez proche de celui d’Esbjörn Svensson mais en plus dynamique et plus coloré, notamment grâce à un pad de percussions échantillonnées, utilisé par le batteur William Côté avec sagacité et parcimonie. L’utilisation de l’archet par Philippe Leduc est judicieuse et révèle du même coup la justesse des notes (jusqu’à NHOP cela n’a pas toujours été le fort des contrebassistes de jazz) A consommer sans modération.

Philippe Leduc, "Misc"

Philippe Leduc, « Misc »

Pas de faute de goût, finitions impeccables, dans ce répertoire qu’immortalise l’album Misc. , tout séduit et impressionne. La maîtrise des volumes, des masses et timbres sonores, le soin apporté à l’architecture et les surprises que créent les variations montrent un formidable travail de composition et de cohésion instrumentale en amont. Dans l’entame des morceaux, on réalise que l’accentuation des notes, qui définit la pulsation avant même que n’interviennent la basse et la batterie, est parfaitement dosée et que le toucher du pianiste est bel et bien magistral. L’on comprend que Jérôme Beaulieu traite résolument le piano comme un instrument à percussion (il l’est par nature, mais ses autres attributs ont peut-être fait oublier qu’il peut aussi se réduire à cela) c’est un choix esthétique qui ravit. Et lorsque le ‘drive’, l’énergie d’un couple contrebasse-batterie dansant prennent le pas sur la mélodie, le pianiste choisit d’exploiter la diversité de timbres que permet la fonction percussive de son instrument, d’étouffer toute résonance en posant la main sur les marteaux à l’intérieur du piano ou de gratter quelques cordes. L’effet est saisissant.

Jérôme Beaulieu "Misc"

Jérôme Beaulieu « Misc »

Très conscients de l’abrasion que produit une trop grande complexité harmonique sur des oreilles non exercées (ou pas assez endurcies, comme on voudra) le groupe a choisi de s’inspirer de musiques réputées moins savantes, le rock ou la pop, et de privilégier une rythmique à la fois complexe et abordable, stimulant en nous quelque chose de plus viscéral, de plus immédiat, et ça marche ! Pas de déchet, rien n’est gratuit… sauf le concert lui-même ! Dans cette recherche de la perfection d’exécution, de la pureté, de la gaieté et de l’ardeur juvénile, il y a une fraîcheur qui tranche sur les productions cérébrales purement expérimentales comme sur celles bien trop lisses qui répondent à des exigences commerciales. Cette nouvelle génération enterre joyeusement les fossiles (leurs aînés, héros couverts de gloire, se retrouvent aujourd’hui dans la position d’anciens combattants arborant leurs médailles et avançant avec peine lors de commémorations officielles).

Je ne le cacherai pas, une certaine amertume m’envahit lorsque je vois se caricaturer elle-même telle ou telle légende des années 60 ou quand je vois se produire des stars qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, une certaine fierté aussi quand je vois de jeunes musiciens reprendre le flambeau et se battre à leur tour en revisitant les standards avec conviction et inspiration ; cependant je me dis qu’avec Misc, on assiste à tout autre chose, car là où les anciens alpinistes traçaient péniblement des voies dans un environnement hostile pour arriver au sommet, eux partent du sommet et dévalent à toute vitesse des pentes vertigineuses après avoir pris le télésiège, mais qui peut en vouloir à ces jeunes talentueux de faire du hors-piste ? Dans la voie qu’ils ont choisie, les obstacles et les aspérités sont multiples, mais les difficultés du parcours sont effacées par la sûreté des trois musiciens. Au final, c’est un peu comme si l’auditeur était un randonneur novice amené à suivre un sentier de haute montagne balisé par des guides expérimentés.

L’élégance du Didier Ballan trio

par Philippe Desmond

13592230_10207030671712930_5912355850365968756_n

Didier Ballan est rare, trop rare, récemment j’ai eu la chance de l’intercepter au piano à la jam du mercredi au Quartier Libre dont son fils Jéricho est un habitué. Depuis quelque temps il travaillait entre autres sur un projet de trio, avec Jéricho justement, à la batterie bien sûr et avec Aurélien Gody à la contrebasse. Trio « classique » donc mais traité avec une certaine originalité notamment dans le répertoire.

Ce soir au Caillou la nuit est douce sur la terrasse enfin libérée de sa contrainte de fermeture à 22 heures, loin de la fan-zone bruyante et agitée. Le trio est installé sur la fameuse scène remorque, dont l’arrivée et le départ sont chaque fois une épopée, face aux convives du restaurant pas toujours très concentrés sur la musique mais c’est la loi du genre.

Le registre du trio est le jazz-blues plutôt lent et les ballades. Amusant le contraste entre le gabarit imposant de Didier, ses cheveux fous, sa barbe épaisse et la délicatesse de ses doigts sur le clavier. Son jeu de piano est d’une extrême élégance, aussi bien dans les passages tout en retenue ou dans des chorus très riches.

De fait Jéricho, que l’on voit et entend, lui, plus souvent dans des projets variés allant du swing (Hot Swing Sextet) au ska en passant par du jazz très moderne (Alexis Valet sextet), s’aligne sur ce registre et nous montre une de ses innombrables facettes ; sa finesse aux baguettes est ici manifeste sous le regard admiratif de son père sur scène et de sa maman dans l’assistance. Illustration dans la reprise de la douce ballade « Japam » composition de Didier jouée à l’origine en septet avec le Jazz Ensemble (voir Gazette Bleue #2 lien ci-dessous).

Avec eux Aurélien Gody, lui aussi musicien protéiforme, se régale et nous régale à la contrebasse ; il adore ce type de musique, ces blues lents, ces ballades qu’il n’a guère l’occasion de jouer. Il est capable de leur donner un sacré cool-groove comme hier dans le « Misterioso » de Thelonious Monk.

Un clin d’oeil à David Bowie là-haut avec une lumineuse adaptation de « Life on Mars » où il se trouve peut-être, un passage chez Radiohead avec « Pyramid Song », le « Do nothing till you hear from me » de Duke Ellington et d’autres compositions originales comme « Cerise » pour un concert tout en délicatesse et élégance.

Un concert qu’on aimerait entendre dans un lieu plus intimiste que la grande terrasse du Caillou où il doit donner non sa pleine puissance mais sa pleine douceur.

http://www.didierballan.com/

https://www.youtube.com/watch?v=8FgYumfwGKQ

http://www.actionjazz.fr/gazette-bleue-n2/