Un autre monde à la Comoedia 2/2

Par Fatiha Berrak, Photos Thierry Dubuc

Théâtre le Comoedia à Marmande, le samedi 15 Octobre 2016

Gerardo Jerez Le Cam

Gerardo Jerez Le Cam – piano et composition

Iacob Maciuca – violon

Manu Comté – bandonéon

Mihai Trestian – cimbalom

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Voici une entrée plutôt rythmée, métissée à prédominance caribéenne, nous surfons tous volontaires sur la vague qui nous entraine dans son élan pour nous retrouver curieusement quelque part en Argentine plongés dans un souvenir d’enfance de Gerardo Jerez Le Cam. Il est question d’une étrange histoire qui découle d’un grimoire des us et coutumes de son pays natal comme il en existe partout ailleurs, là où les croyances restent bien ancrées. Une histoire de sortilège et de pauvre chat sacrifié autour de minuit ce qui à l’époque le terrifia. Boo !!! Un souvenir, qui va lui inspirer une composition musicale supplémentaire … Décidément rien ne se perd !

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Il y aura aussi cette très belle balade avec ses suspens et impromptus où se mêlent toutes sortes d’émotions. Celles de la drôlerie à la douleur, de la douceur à la folie ou celles d’une course qui n’en finit pas et qui pourtant s’arrête pour s’étendre un moment dans les hautes herbes d’une prairie baignée de vent, de soleil, de flottements et de clapotis. C’est l’histoire des humains et tous leurs liens savamment cousus et décousus et inversement …

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Il y a également ce passage où le temps se suspend sur le thème universel de la solitude au rythme d’un bandonéon qui vire, chavire et se traine. Il nous parle à voix basse, se tait presque puis repart d’un pas lent, pas triste mais plein de tendresse, il tend ses bras nonchalants revient s’assoir le regard poignant tourné vers le lointain d’un jour qui s’éteint …Solo de Manu Comté, accordéoniste, compositeur de musiques originales et réalisateur ou arrangeur pour le cinéma, voici des touches qu’il maitrise aussi.

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Plus loin, c’est le violon qui crée un pont et qu’il empreinte sur un rythme yiddish pour venir rejoindre de ce coté de la rive, le piano, le bandonéon et le cimbalom qui l’attendent, coeurs unis pour une virée d’abord nostalgique, indécise puis emballée, passionnée, dans la fougue et la joie. C’est la jeunesse qui court et soudain voilà que le temps rattrape tout et tous … Même si la fugue reste permise !

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Il y a ici une résonance musicale aux couleurs chaudes et sombres d’où les traditionnelles argentines, roumaines et moldaves sortent de l’ombre pour se conter en gouttes et en flots de notes chamarrées …

 

Nicolas Folmer 

Nicolas Folmer – Trompette

Julien Herné – basse

Olivier Louvel – guitare

Maxime Zampieri – batterie

Laurent Coulondre – keyboards

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Après une pause, nous voilà propulsés dans une ambiance qui attrape la lumière et la fait tourner dans tous les coins de la scène avant d’inonder la Comoedia d’une clarté musicale vivifiante comme un courant d’air inattendu et réjouissant.

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C’est bien lui Nicolas Folmer, trompettiste de jazz à l’inspiration musicale large, qui va de la sonorité latine au jazz funk. Un magnifique musicien qui est sollicité par de nombreuses personnalités de l’univers du jazz, tels que Diana Krall, Richard Galliano, Dee Dee Bridgewater entre autres qu’il a accompagnée pendant 3 ans. A ses débuts il rencontre Wynton Marsalis qui lui inspire son orientation jazz et avec qui il eu l’occasion de jouer au Festival Jazz in Marciac quelques années plus tard. Nous ne sommes pas à Jéricho, mais à Marmande ce soir, pour une trompette qui nous dit les beaux jours par n’importe quelle saison.

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Quand à Julien Herné, Olivier Louvel, Maxime Zampieri et Laurent Coulondre, ils ont donné toutes leurs couleurs au bouquet de cette très belle formation. Bravo pour la disponibilité et la sympathie de tous ces artistes parce qu’ils sèment ce qu’ils sont pour que l’on s’aime tels que nous sommes dans notre différence.

 

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Nicolas Folmer – Chronique de « Horny Tonky »

Par Dom Imonk

Parue le 01 janvier 2015 dans la Gazette Bleue N° 8

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Nicolas Folmer n’a pas encore la quarantaine, mais ça fait déjà vingt ans qu’il est sorti du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, diplômé d’un premier prix de trompette. Depuis, nombre d’autres distinctions l’ont honoré, comme en 2005 où il a obtenu un Django d’Or et une Victoire de la Musique. En 1996, il co-fonde « NoJazz », collectif tendance electro-jazz-funk (premier disque en 2002, enregistré à New-York et produit par Teo Macero en personne!). Puis en 2000, le « Paris Jazz Big Band » suivra, ambitieuse formation, forte d’une poignée d’albums reconnus. En 1997, il entre dans l’Orchestre National de Jazz. Il connait aussi plusieurs collaborations avec des huiles aux styles très différents, de Wynton Marsalis à Claude Nougaro en passant par George Russell, Johnny Griffin, et autre Richard Galliano, mais la liste est longue. Ses interventions en tant qu’enseignant et directeur artistique de certains festivals n’ont fait qu’accroître sa renommée. En 2004, premier album sous son nom, « I comme Icare » est récompensé comme il se doit. Cinq albums suivront (dont l’un avec le grand Bob Mintzer en 2010), chacun dans les styles aventureux qu’il aime. En particulier le tout récent « Sphere » (2014), où se joue une musique d’exception, portée par de prestigieux invités, Daniel Humair, Dave Liebman et Michel Portal, et qui reçoit un accueil unanime de la presse. Outre le fait d’être l’un des meilleurs trompettistes actuels, Nicolas Folmer est un fin compositeur, dont l’écriture est respectée.
Si le temps n’a pas d’effet sur Nicolas Folmer, lui a une certaine emprise sur le tempo, et son nouvel album « Horny Tonky » le prouve ardemment. On est loin du « NoJazz » des débuts, et c’est en direction des US que tournent nos têtes. Première moitié des seventies, Miles Davis électro-funkise son jazz en mode Sly Stone. D’autres trompettistes suivent ce mouvement, Eddie Henderson, Donald Byrd, et même Freddie Hubbard et Woody Shaw! La jeune garde n’est pas en reste, notamment les Brecker Brothers et quelques autres.
« Horny Tonky » se situe dans ce genre de fournaise, avec son et groove du 21° siècle. Nicolas Folmer a été piqué par la mouche du jazz-rock-funk. Album dynamite, bourré d’un groove festif, avec même des inserts carrément rock par moment. On ne va pas tout détailler, mais sachez que de « Horny Tonky » à « Psychedelic », en passant par « « Kiss Kiss Bang Bang », « Walk on the bar » et « Read between the lines », vous allez vous prendre de sacrées décharges qui vont faire bouger vos gambettes et vous pousser irrésistiblement sur les dancefloors.
Question groupe, Nicolas Folmer a tapé dans le mille. Lui assure brillamment la trompette, les compositions, les arrangements et le wurtlizer sur deux morceaux. Thomas Coeuriot (guitare) et Laurent Coulondre (claviers) sont indispensables au groove et nous époustouflent, que ce soit en chorus ou en accompagnement. Même chose pour Laurent Vernerey (basse) qui avec ses lignes internes se faufile un peu partout. On l’entend avec les oreilles mais on l’écoute avec le ventre. Quant’ à Damien Schmitt (batterie), on est plus que ravi de le retrouver. Son drive est hallucinant de précision et de puissance. C’est définitivement le Monsieur batterie-jazz-funk du ministère du groove français, rien moins !
Quand vous saurez qu’en plus, les invités sont Rosario Giuliani (sax alto), Stéphane Guillaume (sax alto & ténor), Daniel Zimmerman (trombone), Frédéric Couderc (sax bariton & ténor, flûte basse), Joël Chausse (trompette) et Didier Huot (french horn), alors vous n’hésiterez plus très longtemps, cet « Horny Tonky » est fait pour vous !

Dom Imonk

http://www.nicolasfolmer.com/

Cristal Records – CR 230