Un autre monde à la Comoedia (1/2)

Par Fatiha Berrak, photos Thierry Dubuc

Théâtre le Comoedia à Marmande, le vendredi 14 Octobre 2016

C’est du 07 au 16 Octobre 2016 que se déroule ce très beau festival Jazz & Garonne, dont cette année est la 6éme édition. Elle est bien sûr orchestrée par Eric Séva, qui soutient l’esprit du rêve réalisé, d’un lieu où se retrouvent, se partagent et se croisent tous les courants musicaux, pour créer un autre monde ailleurs, oui cet ailleurs qui donne naissance au gré des rencontres, à une éclosion créative qui enrichit nos papilles gustatives sonores, cette quête sans cesse en mouvement naturel. Puisque nul ne peut empêcher les vagues de se renouveler, alors laissons toutes les notes s’exprimer et s’élever pour venir désaltérer cette soif impérieuse et éternelle de « l’âme de fond ».

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Vendredi soir en première partie, nous avons eu le privilège de découvrir une très belle artiste Japonaise, Mieko Miyazaki qui maitrise l’art du chant et du koto, instrument traditionnel, sorte de cithare à 13 cordes tendues sur une longue caisse de résonance en bois. Ses sonorités se déclinent entre la harpe et le piano selon le toucher. Mieko Miyazaki possède aussi une formation de musique occidentale.

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Son binôme du soir était l’alsacien Franck Wolf aux saxophones ténor et soprano. L’harmonie et la mélodie sont leurs traits d’union, du jazz à la musique traditionnelle, allez le croire il n’y a qu’un pas et cela fut fait et du reste très bien fait ! Le tout teinté de beaucoup d’humour … Oui mais pas que cela, puisque de cette union musicale est né un album qui porte le nom de Dankin.

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En deuxième partie de soirée, Eric Séva accueille la classe de jazz de 3ème du collège Eléonore de Provence de Monségur. En tout, une vingtaine d’élèves très sages, déjà ou encore, qui sait ? Chacun tient sa place et retient son rôle dans le big-band, même si l’on devine de-ci de-là quelques signes à peine perceptibles de stress passager. Soudain les voilà lancés comme les doigts d’une main, parmi lesquels se lève le pouce, pour dire bravo !

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Le premier titre s’intitule Les couleurs de l’un de Eric Séva avec un arrangement pour les élèves. Il y sera également interprété  Nica’s Dream de Horace Silver, Whisper not de Benny Golson et The Preacher de Horace Silver. Il y aura eu un temps de mise en avant pour chacun et pour chacun d’entre eux cela aura compté beaucoup. Daniel Zimmermann, Eric Séva et son père Bernard les rejoindront pour le final.

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Après ce moment de partage, Eric Séva au sax, nous a interprété quelques pistes de son dernier album Nomade Sonore qui nous laissera enchanté de ses voyages immobiles aux couleurs d’un monde que l’on souhaite tous. Il rend hommage à Cabu qui était un amoureux du jazz ainsi qu’à tous ceux qui dans l’ombre ou la lumière oeuvrent en faveur de la paix, dans leurs actes jour après jour et cela fait un bien fou ! Avec Daniel Zimmermann – trombone, Bruno Schorp – basse, Matthieu Chazarenc – batterie.

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Il est minuit et demi, alors que dehors la pleine lune trône et balaie l’obscurité tout semble céder place au repos et à la sérénité …

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Un bien joli oisillon… Luc/ Chazarenc/Ker Ourio

par Annie Robert, photos Philippe Marzat

La Teste de Buch      Salle Cravey
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C’était la fête ce samedi 14 mai à La Teste de Buch: fête sur la place, flonflons et stands à guirlandes, animations, chichis et promenades mais aussi fête dans la salle Cravey juste en face qui recevait un Trio jazz inédit, un trio à peine sorti de l’œuf mais pas fragile pour un sou.
Cheveux en pétard, allure de collégien dandy, Matthieu Chazarenc officiait derrière les drums. Il fait partie de ces batteurs qui savent que leur rôle n’est pas seulement de taper le plus fort et le plus souvent possible. Léger, peu envahissant, soutenu mais aérien, il ne cherche qu’à colorer le morceau, sans arrêt au service d’ une atmosphère, de façon inventive et variée. Il nous a gratifié pourtant d’un solo époustouflant de force aux mailloches qui en a laissé plus d’un pantois et d’une écoute de tous les instants.

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Olivier Ker Ourio, breton des îles lointaines et harmoniciste délicat, silhouette longiligne appuyée sur son tabouret, tout en interrogations inquiètes ou en mélodies nostalgiques a su se montrer également un improvisateur sans drame mais pas sans âme. On lui doit les odeurs d’épice et de blues qui par instants ont envahi la scène, un « Syracuse » d’une fine douceur et des écharpes de rythmes créoles, gaies et dansantes.

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Quant au dernier, le petit géant, le meilleur guitariste sans doute de sa génération ( ou plus) que dire sur lui qui n’ait pas été dit….  Sylvain Luc est amoureux, depuis petit, depuis toujours et sans doute pour toujours aussi.
Amoureux de la musique  dont il a incorporé les atomes et les ondes, les oscillations et les complexités et amoureux de sa guitare, qu’il enserre et love contre lui, qu’il cajole et qu’il chouchoute, qu’il traite avec tendresse, avec respect, dont il tire l’essence et le parfum, qu’il berce en dansant, en équilibre sur sa chaise ; ou qu’il rend furie sous des accords électriques.

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Pas de problèmes techniques, pas de soucis de manche ou de cordes pour lui, c’est résolu depuis longtemps, bien loin derrière. La guitare fait corps, elle est ses tendons et ses muscles, sa voix et ses émotions, sa peau et ses ongles. Elle est son prolongement, son image mentale, sa virtualité.
En solo, il est éblouissant de virtuosité, d’intensité, rayonnant et son discours musical sans cesse renouvelé, jamais attendu se révèle généreux et grand ouvert. Lorsqu’il partage la scène comme ce soir, avec deux autres musiciens de grand talent, il sait écouter, se fondre, être au service, embellir les autres. C’est un partenaire idéal.
«  C’est un trio qui se rode… vous êtes un peu notre salle-test… », nous dit il en souriant.
Eh bien, on ne va pas s’en plaindre, bien au contraire !!!
Quel bonheur que cette petite incertitude, cette mise en danger, ces moments où ils se cherchent et se trouvent toujours, ses glissements d’un morceau à l’autre sans en avoir l’air, ces ruptures, ces fioritures qui circulent, reprises par l’un, amplifiées par l’autre, détournées et déployées. De l’improvisation pure, offerte, dangereuse et riante. Une intranquillité puissante.

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On se promène d’une compo de Sylvain Luc aux « Ponts de Paris » d’un clin d’œil à Queen avec un « We will rock you » déchaîné à des chants de grillons, d’un « Hymne à l’amour » à peine évoqué, au plus « Beau des tangos du monde ». Chacun mais toujours ensemble cherchant les limites du morceau, les passages secrets à emprunter et les trouvant toujours !!
Les minutes passent sans que l’on se lasse, toujours étonnés, toujours impatients de la suite, éclaboussés de couleur et déçus lorsque le set s’arrête. «  Comment déjà ? »
Ils ne pourront donc pas échapper au rappel qui sera aussi magique que le restant de la soirée.
Tout prêts du bord de la scène, c’est un peu comme s’ils nous invitaient dans leur salon. Matthieu Chazarenc a abandonné sa batterie pour une caisse à savon, des petits balais et un tabouret qui lui servira de caisse claire. Les deux autres l’entourent comme au coin du feu et ils entament une « Javanaise » délicate qui va s’étaler et mettre rapidement les voiles vers d’autres mélodies inconnues. (Improvisations, improvisations quand tu nous tiens.)
Pour un oisillon sorti de l’œuf, ce trio a déployé grand ses ailes, a regardé vers le soleil sans barguigner et nous a emporté avec lui pour finir dans un souffle d’harmonica, un accord délié  et une caresse au balai.

Du grand art !!
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