Shekinah Rodz quintet en préambule à « Août of Jazz » de Capbreton

par Philippe Desmond.

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Capbreton, le mardi 9 août 2016.

C’est la deuxième année d’existence du festival de Capbreton sous le nom « Août of Jazz » faisant suite au festival « Fugue en Pays Jazz » créé par le regretté Christian Nogaro disparu brutalement en 2014. Il se déroulera du 19 au 21 août mais des préambules, des teasers pour faire moderne, ont été organisés. L’un se déroulera le mardi 16 à 19h près de l’Estacade avec le Old School Funky Family, remarquable brass band, chroniqué dans la dernière Gazette Bleue, l’autre a eu lieu ce mardi place de l’Hôtel de Ville.

Le quintet de Shekinah Rodz a ainsi entre ouvert le festival en beauté, la sienne et celle de sa musique. Le concert démarre sous le soleil devant un parterre complet, très familial – moi compris avec mes filles et mes petits enfants – et curieux de ce qui va se passer. C’est bien de faire découvrir ce fameux « jazz » à un auditoire néophyte, moi pas compris donc.

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Shekinah Rodz (vocal, flûte, sax alto) est entourée pour l’occasion des excellents jazzmen bordelais, Olivier Gatto (contrebasse et direction musicale), Roger Biwandu (batterie), Loïc Cavadore (piano électrique) et Sébastien Iep Arruti (trombone). Ça promet donc…

Le fameux « What’s Going » on de Marvin Gaye, sans ses paroles militantes, ouvre le concert. Il va être étiré au gré des chorus de chacun, magnifié. Olivier introduit d’un hardi solo de contrebasse le très mélodique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard qui lui aussi va partir dans des directions différentes – mais jamais loin de l’itinéraire initial – proposées par les chorus de chacun. On sent le public accroché, les musiciens sont bien dans la chose. Shekinah qui a joué de l’alto sur le premier titre nous épate maintenant avec sa flûte. Elle joue de celle-ci en chantant en même temps, en poussant de petits cris et soudainement se met à se tapoter les joues, les lèvres toujours sur l’instrument, modulant le son de sa bouche avec les clés de la flûte ! Je ne l’avais jamais vu faire ceci et pour cause puisqu’elle m’avouera que c’est la première fois ! Le public est sous le charme d’un tel éclat de talent.

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Les sidemen ne sont pas en reste. Loïc et son visage imperturbable, limite inquiétant, fait chanter son clavier et nous offre de belles envolées,

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Sébastien les joues et le corps gonflés au maximum, limite inquiétant, se joue merveilleusement de son instrument à géométrie variable, Pas avare de longs chorus, avec ou sans sourdine, il démontre au public ce qu’on peut faire de bien avec un trombone.

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Olivier tel une statue, limite inquiétant, assure l’assise du quintet et décoche parfois quelques flèches comme avec la corde d’un arc ou propose de subtiles chorus avec sa « grosse guitare » dixit mon petit fils.

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Roger, lui pas du tout inquiétant, concentré mais souvent le sourire aux lèvres rythme le tout de ses baguettes, balais ou mailloches, avec sa fluidité habituelle. Il est venu léger – c’est les vacances, la plage – caisses grosse et claire, une cymbale et le charley, mais suffisamment armé pour faire des prouesses.

Shekinah étale une autre facette de son talent au public qui la découvre en chantant merveilleusement « Mi triste problema » puis vient « Mercy Street » de Peter Gabriel, comme quoi le jazz… « Big Nick » et « Wise One » de John Coltrane réconcilient les puristes – sont ils là ? – avec le répertoire. Répertoire haut de gamme pour ce type de concert grand public, preuve de respect envers lui. Chacun des musiciens a de l’espace pour s’exprimer, on le sent, ils s’écoutent.

Le seul problème c’est qu’il commence à faire un froid de loup, Loïc grelottant est à la peine pour finir un chorus, Shekinah me dira qu’elle a eu du mal à actionner les clés de son saxophone, quant à Roger il se fait carrément porter un k-way, presque un ciré de marin du port si proche.

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Hommage à Prince pour finir avec un «Thieves in the Temple » méconnaissable mais au bon sens du terme et pas de rappel, le public et les musiciens étant frigorifiés. Sale vent du nord qui sévit sur notre côte Atlantique et fait ressembler nos soirées d’été à des après midi d’hiver… Mais ça valait le coup de rester pour ce préambule au festival qui aurait pu aussi bien tenir la tête d’affiche.

Par contre la semaine du festival s’annonce chaude, aussi bien pour la météo que pour la programmation. Allez-y, outre le off gratuit, il reste encore des places pour les soirées des vendredi 19 et samedi 20 août.

Mardi 16/8 à 19h à l’Estacade : Old School Funky Family (gratuit)

Vendredi 19/8

  • à 11h place de l’Hôtel de Ville : Béré Quintet (Jacky Bérécochéa trompette / Alex Golino saxophone tenor / Didier Datcharry piano / Tima Metzemaker contrebasse / Guillaume Nouaux batterie) gratuit

  • à 21h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Paul Lay Trio (Paul Lay piano / Clemens Van Der Feen contrebasse / Dre Pallemaerts batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Chris Potter saxophone / Didier Lockwood violon / Lars Danielsson contrebasse / Antonio Farao piano / Lenny White batterie

Samedi 20/8

  • à 19h place de l’Hôtel de Ville : Bignol Swing (Guibs, Yoneeger et Djé guitare & chant / Matt contrebasse et chant) gratuit.

  • à 21 h Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse) : Sinne Eeg quartet (Sinne Eeg voix / Martin Schak piano / Lennart Ginman contrebasse / Zoltan Zsörz batterie)

  • à 22h30 Loft culturel Les Bourdaines (Seignosse): Géraldine Laurent & Pierrick Pédron saxophone alto / Éric Le Lann trompette / René Urtreger piano / Henri Texier contrebasse / Louis Moutin batterie.

Dimanche 21/8

  • à 18h30 Librairie Vent Délire, rencontre avec René Urtreger.

  • À 19h place de l’Hôtel de Ville : Gabacho Maroc (Chant, guembri Hamid Moumen / Percussions africaines, chœurs Frédéric Faure / Saxophone téno, chœurs Illyes Ferfera / Saxophone alto, chœurs Charley Rose / Basse Eric Oxandaburu / Batterie Vincent Thomas / Claviers Maximilien Helle Forget / Chant, oud, percussions Aziz Fayer). Gratuit

Compte rendu du festival dans la Gazette Bleue #19 de novembre.

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Jazz à la Tour – Lesparre

par Philippe Desmond

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Gros week-end de jazz, trop gros même ! Pensez donc quatre festivals dans le coin : Saint Emilion, Andernos (prochaine Gazette Bleue) , Sanguinet et donc Lesparre, la 21ème édition de ce sympathique festival médocain. Les soldats d’Action Jazz se déploient donc en petits commandos, le mien se réduisant à moi-même et donc sans un de nos magnifiques photographes…

Au pied de la Tour de l’Honneur, vestige d’un château du XIV siècle, le festival a pris ses quartiers. Le cadre, l’ambiance champêtre et les bonnes odeurs de grillades rendent instantanément l’endroit sympathique. On est ici en famille aussi bien dans l’organisation que dans le public. Richard Messyasz est le seigneur du château, plus précisément l’organisateur du festival et m’accueille avec gentillesse ; un passionné, un de plus !

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Au programme ce vendredi soir le Hot Swing Sextet avec Jérôme Gatius (cl), Thibaud Bonté (tr), Erwann Muller (g), Ludovic Langlade (g), Franck Richard (cb), Alain Barrabès (p) et Benoît Aupretre (b). Et oui un sextet de sept musiciens ! Belle époque du swing, cette musique qui fait danser ; mais pas ici, car ici on mange ! Le public est en effet attablé, une cuisine de campagne dans une aile du chapiteau alimentant tout ce monde, une cinquantaine de spectateurs – au régime ? – occupant eux une autre aile du chapiteau.

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On passe du stride au swing, Jérôme et Thibaud enflamment la scène et heureusement le public mais on reste à table. Toujours un bonheur de voir ce groupe dont les prestations sont enthousiasmantes, aussi bien pour les amateurs du genre que pour les novices ; ce swing accroche l’oreille et la qualité des musiciens n’est plus à démontrer. Beau succès.

Le Jazz Chamber Orchestra est là pour les animations et les transitions, l’occasion pour Alain Barrabès de quitter le piano pour son sax et surtout de faire le clown ; son imitation de Baloo se frottant le dos sur un arbre provoque les hurlements du public (qui a apparemment fini de manger) tout cela bien sûr avec une musique de qualité, ici donc le « il en faut peu pour être heureux ». En effet pour se permettre faire les clowns avec de la musique il faut être d’excellents musiciens et c’est le cas.

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L’autre groupe sur scène de la soirée est l’Afro Borikén J*** Septet, une formation construite par et autour d’Olivier Gatto. Bien sûr Shekinah Rodz est là pour nous faire profiter de sa voix et de son talent aux sax, à la flûte et aux congas ; elle est estupenda!

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Le fidèle et excellent Mickaël Chevalier est à la trompette. En plus de ces musiciens bien connus chez nous le public a la chance d’avoir une brochette internationale de grande qualité : au piano le grec Dimitris Sevdalis qui s’avère un maître de la salsa (salsa oui, mais loin du tzatziki), le suédois installé à NYC Michaël Rorby impressionnant au trombone, le batteur américain Justin Varnes, qui in extremis a trouvé une batterie et enfin la guitariste israélienne au look presque inquiétant mais aux doigts magiques Inbar Fridman, qui in extremis a trouvé un ampli.

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Des émotions donc pour le leader Olivier Gatto toujours aussi indispensable à la contrebasse. Il me confie avant le concert que le répertoire est adapté à la soirée, c’est à dire une découverte de plusieurs styles de jazz pour un public non spécialiste mais à séduire. L’objectif sera atteint, dans le mille !

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Départ latino sur un rythme déjà très élevé ce qui tombe bien car le public est un peu bruyant. Du swing notamment en trio piano, contrebasse batterie sur un tempo d’enfer, une ballade chantée par Shekinah qui enchaîne sur une salsa pimentée de Puerto Rico en faisant chanter le public, reprise à fond pour présenter les musiciens. Olivier aura eu le temps de rendre hommage à Richard Messyasz qui voilà plus de trente ans alors officier l’a enrôlé dans l’orchestre de jazz de l’armée de l’air lui le conscrit débutant à la contrebasse, lançant ainsi sa vocation. Une famille ce festival je vous dis.

Pause avec le JCO et son énergique bonne humeur musicale et retour au septet et le magnifique « Little Sunflower » de Freddie Hubbard introduit par Olivier Gatto sous les « chut » de ceux de devant envers ceux du fond et une régalade de flûte de Shekinah. Chacun va y aller de son chorus pour une concentration de talents incroyable ; les mêmes seront le lendemain soir autour de Sébastien Arruti au festival de St Emilion sur un autre répertoire pour un autre concert éblouissant.

Car oui ce soir le concert est magnifique. « God bless the child », puis « What a Wonderful World » la voix de Louis Armstrong étant rajoutée par dessus les instruments ; et bien non, piégés que nous sommes, la voix c’est celle de Richard Messyasz qui arrive tranquillement de derrière la scène ! Un tabac bien sûr !

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Des soirées comme ça j’adore, c’est détendu, les gens sont ravis, ne font pas la fine bouche loin de ce foutu cliché du jazz réservé à une -pseudo- élite.

Le samedi dans la même ambiance de kermesse se produisait The Swinging Duo » et l’Aquitaine Big Band, mais un festival dans un autre pays de vin m’appelait…

Tribute to Miles Davis ; Roger Biwandu Sextet

Par Philippe Desmond, photos Thierry Dubuc.

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Miles Davis, au delà de l’extraordinaire musicien, n’était pas un homme facile, pas le genre à qui on tape sur le ventre. Depuis bientôt 25 ans qu’il a quitté ce monde je le soupçonne, depuis là où il se trouve, de toujours se comporter comme le dieu qu’il a été. Ce mercredi par exemple il a bien tenté de torpiller l’hommage qui allait lui être rendu. L’énorme averse qu’il nous a envoyée dessus au moment de nous rendre à l’Apollo n’avait elle pas pour but de nous couper l’envie d’y venir ? Raté. Alors n’est il pas à l’origine de l’énorme embouteillage qui a quasiment paralysé Bordeaux juste après ? Encore raté, l’Apollo s’est rempli et drôlement même ! Mais le coup le plus rude avait été porté en début d’après-midi quand le Miles bordelais, Freddy Buzon, avait dû déclarer forfait pour un petit problème de santé  tout ça certainement par une intervention divine du vrai Miles… Pensez donc, le trompettiste KO juste avant le concert, la concurrence écartée, c’était le coup de grâce !

« Allo Mickaël, c’est Rodge, tu fais quoi ce soir ? Non non tu ne gardes pas les enfants, on a besoin de toi, juste un peu, à l’Apollo » Et c’est comme ça qu’au pied levé le trompettiste Mickaël Chevalier s’est retrouvé leader du sextet le soir même ! Un trompettiste fan de Freddie (Hubbard) qui pour un concert de Miles remplace un Freddy, le Miles bordelais, de quoi s’y perdre.

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Avec lui le chef de projet, à la batterie, Roger Biwandu, Olivier Gatto à la contrebasse, Francis Fontès au piano, Alex Golino au sax ténor et Jean-Christophe Jacques au sax alto. Que des très bons !

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L’Apollo est blindé – 500 personnes selon les syndicats, 1000 selon la police – quand débute le concert avec le fringuant « Milestone » ; ça sonne de suite parfaitement, Jean-Christophe endossant le costume de Cannonball Adderley. On reste à la fin des 50’s avec « Freddie Freeloader » (Freddie le pique-assiette) du magique et monumental album « Kind of Blues » ; le sextet est exactement la réplique de l’original, Davis, Adderley, Coltrane, Kelly, Chambers et Cobb. C’est du sur mesure. Puis « Two Bass Hit » et le joyau « So What » que le sextet va faire briller jusqu’à l’éblouissement. Le chorus d’Olivier Gatto, particulièrement en verve ce soir, réussit par son originalité initiale à faire taire l’assistance, pour ensuite revenir des profondeurs, se rapprocher tout doucement du thème et le relancer. Magnifique. Nous voilà propulsés en 1968 avec « Pinochio » et Miles, Herbie, Wayne, Ron, Tony sont là sous nos yeux et dans nos oreilles. Quelle qualité musicale et si proche de nous !

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La pause est bienvenue pour décompresser les corps. Chapeau Mickaël belle suppléance ! « Facile ce sont des standards » ose-t-il me dire ! Personnellement ça me fascine cette capacité des jazzmen – les très bons – à s’adapter ainsi. Ces standards justement pour qui certains font la fine bouche, les mêmes peut-être qui vont aller écouter du Mozart ou du Beethoven ; c’est pas des standards peut-être ça ? Et en plus avec le jazz les standards sont constamment revisités, tordus, interprétés et ainsi toujours nouveaux. Alors vive les standards !

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Ça repart avec « Straight No Chaser » de Monk repris sur l’album « Milestone », « ESP » et « Nefertiti ». Mickaël Chevalier est libéré et fait plus qu’honneur à sa sélection tardive, une prouesse. Jean-Christophe Jacques joue de mieux en mieux, cantonné à l’alto ce soir il en tire le meilleur, quant à Alex Golino toujours aussi imperturbable il nous entraîne loin lui aussi dans ses chorus.

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Parlons de la section rythmique ; mon dieu quelle claque ! La contrebasse gigantesque d’Olivier Gatto -on s’en faisait tous la remarque – le drumming hyper actif, créatif, impulsif de Roger Biwandu, les doigts de magiciens et le groove de Francis Fontès sur le clavier – tout neuf – quelle qualité. Leurs joutes triangulaires faisaient même l’admiration des trois compères soufflants.

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Pour finir « All Blues » un autre joyau de la couronne. Dans le public, tous KO debout.

Là-haut il paraît que Miles a fini par lâcher du bout des lèvres « Good job men » c’est vous dire !

La Gazette Bleue N° 16 vient de sortir ! Spécial Olivier Gatto & more

Hello à tous ! Voici la Gazette Bleue N° 16 Mai 2016!

SIGNATURE WEB

Special Olivier Gatto, mais aussi Omar Sosa et Jacques Schwarz-Bart, John Hollenbeck et le Big Band du Conservatoire de Bordeaux Jacques Thibaud – Officiel, Marie Carrié et Sébastien Iep Arruti. Beaucoup de chroniques, plus vos rubriques habituelles. Merci à toute l’équipe, ainsi qu’aux amis, artistes et partenaires, et à vous chers lecteurs ! Et n’oubliez pas le précieux agenda en fin de Gazette, en pistant bien les pages festivals qui arrivent à grands pas !

 

Bonnes lectures !

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Le Bistrot Bohême accueille George Washingmachine

par Philippe Desmond ; photo NB Thierry Dubuc.

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Au Bistrot Bohême

Vendredi soir, les équipes d’Action Jazz sont déployées sur plusieurs fronts : au Grand Café de l’Orient à Libourne, au Quartier Libre dans le quartier Saint-Michel à Bordeaux, au Caillou à la Bastide et pour ma part au Bistrot Bohême. Chaque fin de semaine, le vendredi, ce lieu accueille depuis un bon moment des groupes de musique, plutôt du jazz mais dans des styles très variés. Récemment du  New Orleans avec Perry Gordon ou encore la chanteuse Christine Mocco dans un répertoire de standards chantés en passant par le rockabilly de Raw Wild.

Hier soir le Bistrot recevait un musicien du bout du monde, George Washingmachine ou « Washo », un chanteur violoniste – entre autres – australien. Ce pseudonyme, car c’en est un vous vous en doutez, est une variation sur son vrai nom et un de ses illustres homonymes : il s’appelle Stephen Washington, ce nom voulant déjà dire « lessiveuse » en Anglais ; de là à passer à la machine à laver – il se présentera ainsi – il n’y avait qu’un pas. Pour autant, pas de joueur de washboard ce soir.

George joue en Europe avec différentes formations, du swing au manouche, et souvent avec le plus bordelais des australiens – ou l’inverse – le grand guitariste Dave Blenkhorn. Deux débutants assurent la rythmique ce soir, le jeune Olivier Gatto à la contrebasse et le petit Roger Biwandu à la batterie ; deux énormes pointures dans le genre bien sûr. La veille Washo était en trio au Caillou avec Dave et Laurent Vanhée et les deux Aussies avait ensuite rejoint la jam du Tunnel.

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Au Caillou jeudi soir

Le lieu est gai et convivial, les patrons adorables et malgré la salle pleine de ses cinquante convives tout se passe en douceur. Le bar accueille les imprudents comme moi qui n’ont pas réservé et offre une position de choix sur les musiciens. Une bonne adresse.

Concert de standards pour ce lieu et ce type de soirée, George Washingmachine chantant et jouant sur du velours avec ces trois compères. Olivier toujours aussi concentré régale à la contrebasse, sa main droite s’échappant pour faire des arabesques entre deux mesures de swing. Dave et son toucher fin et élégant dialoguant avec le violon pendant que Roger en configuration légère ce soir passe des rimshots aux balayages avec une retenue que ce genre de répertoire et de salle nécessite. Il va nous offrir un solo avec les balais d’une grande richesse n’oubliant pas pour autant de faire parler sa grosse caisse. George s’avère un chanteur très à l’aise, plein d’humour et le son du violon qu’il maîtrise parfaitement ajoute cette touche enjouée et surannée tellement agréable.

Merci aux musiciens et bien sûr au Bistrot Bohême pour sa constance à proposer au public des soirées de qualité, dans les assiettes et sur scène.

http://www.lebistrotboheme.com/

Accords à Corps, L’Entrepôt Le Haillan, le 06/02/2016

Par Dom Imonk, photos Marie Favereau.

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Il y a quelques années, le pianiste Omar Sosa avait été invité à animer une « master class » au collège de Marciac. Tous les spectateurs qui étaient venus le voir, s’attendaient à ce qu’il parle (et joue du) piano. Logique, mais il n’en fut quasiment rien. En effet, le musicien évoqua surtout le corps de l’être humain, l’attention, le soin et l’écoute qu’on lui doit tous, et la danse, comme l’un des moyens naturels de son expression, de son équilibre et de son bien être. Il développa cela en expliquant que tout musicien devrait jouer sa musique en dansant dans sa tête. Quelle poésie, et quelle évidence. Il est probable que quelques free fans pensèrent peut-être au mythique « Dancing in your head » d’Ornette Coleman. Tout en dansant et en frappant dans ses mains, Omar Sosa fit ainsi se lever toute l’assistance, tous âges confondus, en une danse collective, c’était irréel. Un peu de piano vint certes clore l’entrevue, mais quelle leçon !
Caraïbes obligent, il y avait de ce climat dans la soirée « Accords à Corps », samedi dernier à L’Entrepôt du Haillan, qui clôturait, à guichets fermés, une ambitieuse résidence menée depuis le mercredi par le contrebassiste Olivier Gatto. Il s’agissait là de rendre un fort hommage, musical et chorégraphique, aux musiciens portoricains qui, bien avant l’influence cubaine, avaient déjà su célébrer un mariage naturel entre le jazz nord-américain originel et les musiques afro-caribéennes. Dans un billet de présentation, Olivier Gatto cite des artistes tels que James Reese Europe, Noble Sissle ou Duke Ellington, connus pour avoir su innerver cette pulsion au jazz. On pense aussi à Charlie et Eddie Palmieri, d’origines portoricaines, et à la nouvelle génération menée par Miguel Zenon et David Sanchez.
C’est donc au spectacle d’une union « musicale et dansante » que nous étions conviés : L’imposant octet « Afro-Borikén J***Ensemble » – qui s’était déjà produit en une formation légèrement différente l’an passé dans les Scènes d’Eté – jouant la musique, et une belle vingtaine de danseuses et danseurs, partagés entre Tempo Jazz (Marie-Hélène Matheron), le Pôle d’enseignement supérieur de la musique et de la danse de Bordeaux Aquitaine (PESMD, Josiane Rivoire et Danielle Moreau) et le Jeune ballet d’Aquitaine (Christelle Lara Lafenetre), assurant les chorégraphies.
Pour former son groupe, Olivier Gatto a réuni des pointures « planétaires ». Deux musiciens portoricains, Tito Matos (percussions et chant), leader de « Viento de Agua », et Shekinah Rodz (saxophones soprano et alto, flûte, chant, percussions), ainsi que Dimitris Sevdalis, pianiste grec au fin toucher latin jazz, Mickaël Chevalier, trompettiste italo-français, Michaël Rörby, tromboniste suédois fixé à New York, Sébastien Iep Arruti, tromboniste et arrangeur basque et Dexter Story, batteur multiple, venu de Los Angeles. Précisons qu’Olivier Gatto, natif de Manosque, a étudié un temps au Berklee College of Music de Boston (il a promis qu’il nous raconterait cela un jour…) et a notamment collaboré avec Salif Keita et Cesaria Evora. On retrouve bien ses goûts dans un judicieux choix de morceaux, pas toujours très connus, piochés dans le répertoire moderne du jazz, ce qui, enrichi du punch et du superbe jeu de son groupe, a permis de créer l’impulsion nécessaire à l’envol des danseurs.

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Les musiciens sont arrivés tirés à quatre épingles, cravates, costumes sombres, avec une Shekinah Rodz rayonnante. La classe ! Le concert a débuté sur les chapeaux de roues avec un remarquable « Isabel, the liberator » (Larry Willis), musclé, racé, sous tension, une perle, traversée par un lumineux chorus de Mickaël Chevalier, rappelant que Woody Shaw avait repris ce thème sur son album « Rosewood ». Atmosphère plus calme avec « Sleeping dancer sleep on» qui suit. Très beau titre écrit par Wayne Shorter, du temps où il faisait partie des Jazz Messengers d’Art Blakey (album « Like someone in love »), joué avec justesse et un profond feeling, idéal pour accueillir une première chorégraphie du Jeune Ballet d’Aquitaine, souple, colorée et élégante. On retrouvera ce délicieux ballet sur une belle reprise du « Liberated brother » de Weldon Irvine. Olivier Gatto ne cache pas son admiration pour la « galaxie » Coltrane, et en particulier pour Mc Coy Tyner, dont le groupe reprend maintenant un « Walk spirit, talk spirit » empreint d’une spiritualité qui nourrit en profondeur un superbe chorus du contrebassiste, d’évidence dédié à Jimmy Garrison, autre étoile de ces cieux qu’il vénère. C’est Shekinah Rodz qui mènera ensuite « Dry your tears away », l’une de ses compositions, avec grâce et cette chaleur de jeu, aux saxes et à la flûte, qui s’affirme de concert en concert. Sur ce thème, elle chante aussi, d’une belle voix, habitée par une soul émouvante et pas feinte. C’est aussi l’entrée en scène des agiles danseurs du PESMD, dont l’inspiration sert une mise en scène captivante. On retrouvera un peu plus tard Shekinah au chant, sur « Un simple poema », une autre composition, posée sur un tapis de percus, feeling de braise à faire pleurer des statues. « Calypso Rose », composition de John Stubbenfield, au vif esprit porto ricain, voit Shekinah Rodz au soprano, et ce sont d’adorables petits danseurs du ballet Tempo Jazz qui investissent peu à peu la scène, en faisant de leur mieux, c’est très touchant. Ils sont bien vite rejoints par leurs aînés. Le ballet, mais sous une autre forme, revient et s’anime avec délicatesse sur un morceau qui n’est autre que le « Chan’s song » du film « Autour de Minuit », titre mélancolique signé Herbie Hancock et Stevie Wonder, rebaptisé en « Never said » pour Diane Reeves, et chanté ce soir avec beaucoup de feeling par Shekinah, à la lumière intime d’une lampe à la lueur jaunâtre.

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Juste avant ce morceau, c’est le majestueux « Brother Hubbard » de Kenny Garrett qui s’est joué, les musiciens s’en sont donné à cœur joie, et le PESMD ne pouvait que s’envoler, gracile et aérien. Même les plus belles fêtes ont une fin, et c’est d’abord « Not Forgotten » d’Israel Houghton qui a commencé à mettre le feu, avec danse, chant, féérie de couleur, pendant que le groove du groupe surchauffait l’atmosphère. Puis vint un final dont on se souviendra avec « He reigns » de Kirk Franklin, tous les danseurs sur scène, des rondes, des croisements, de la joie sur tous les visages, du chant, des questions/réponses entre le percussionniste et les danseuses, passant une à une à cette jubilatoire épreuve, puis tous sont descendus de la scène, ils ont traversé le public qui leur faisait une standing ovation, et ont quitté la salle.
Ce fut un concert magnifique. Grâce en soit rendue à L’Entrepôt du Haillan pour sa vivacité et la richesse de sa programmation. Une salle pleine à craquer pour un concert, bien des lieux de l’agglomération en rêvent ! Chapeau bas à la qualité musicale de très haut niveau de l’ « Afro-Borikén J***Ensemble », et un grand merci à Olivier Gatto et à ses épatants musiciens, pour assumer la rude tâche de construire jour après jour l’histoire du jazz de notre région, et que l’on va bien vite revivre sur d’autres scènes et dans d’autres projets. Et enfin, qu’une nuée de colombes s’envolent en l’instant vers tous ces jeunes danseurs, leurs chorégraphes et ces précieux ballets, pour leur dire aussi mille mercis pour la finesse et la fraîcheur de leur arts.

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Merci à Marie Favereau pour ses photos.

L’Entrepôt Le Haillan

 

Roger Biwandu sextet « Tribute to Art Blakey »

Par Philippe Desmond.

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La vie de chroniqueur est parfois déchirante ; ce mercredi soir l’offre jazz bordelaise est pléthorique et de qualité partout. Au Siman le Philippe Bayle Trio, au Caillou le tromboniste Pierre Guicquéro en quartet et à l’Apollo un « Tribute to Art Blakey », que dis-je, pas un mais LE « Tribute to Art Blakey » déjà vu plusieurs fois… Justement à chaque fois ce fut grandiose, alors allons-y pour une cuillerée de plus !

La dernière fois c’était l’été dernier au festival de Saint-Emilion devant un millier de personnes et un concert éblouissant, ce soir c’est dans un petit bar devant dix mille personnes au moins tant il y a de monde ! Et vraiment beaucoup de jeunes – non pas moi – ce qui fait grand plaisir. Un seul bémol aucun de nos photographes d’Action Jazz n’est présent, ils sont déployés sur les autres lieux, d’où une photo à la biscotte d’une qualité à des années lumières de celle du concert.

Petit changement par rapport au sextet habituel de ce tribute, l’absence de Shekinah Rodz en repos forcé, suppléée au sax alto par un remplaçant de luxe, Jean-Christophe Jacques que l’on a peu l’habitude d’entendre avec cet instrument. Sinon autour de Roger Biwandu (dr) l’initiateur du projet on retrouve Olivier Gatto (cb et direction musicale), Francis Fontès (p), Alex Golino (st), Laurent Agnès (tr) et Sébastien Iep Arruti (tb), la fine fleur bordelaise, nos Jazz Messengers à nous.

On commence « en douceur » alors que la salle est déjà bondée par « On the Ginza ». On va déjà passer tout le personnel en revue et on sent que la soirée va être chaude ; ils ont autant envie de jouer que nous de les écouter. Roger a dû les faire bosser pas mal car tout est de suite en place sur cette musique d’Art Blakey, ce jazz puissant bâti sur une rythmique forte et bien sûr une batterie centrale omniprésente. Roger avec ce répertoire donne vraiment toute la mesure de son talent et il en a l’animal.

Puis vient un « Feeling Good » de circonstance, « Falling in Love With Love », « Eighty One » (de Miles non?) et « Oh by the Way ». Je dirai plusieurs fois dans la soirée qu’en écoutant cette musique avec ses changements de cadence, ses fulgurances et ce côté cool parfois, je m’imagine au volant d’une décapotable américaine des 60’s, le bras sur la portière, passant des petites routes de corniche aux grands boulevards d’un grand coup d’overdrive ; je ne dis pas qui m’accompagne…

Tout le long de ce premier set les musiciens vont nous proposer un festival de chorus. La section de cuivres est étincelante, époussoufflante dira Benjamin.

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Alex avec sa discrétion scénique habituelle, endosse les habits de Wayne sans aucun complexe à avoir, il est toujours juste dans ses interventions.

Laurent va prendre des risques payants sans aucun artifice à sa trompette, il est remarquable.

Jean-Christophe se surprend lui-même à l’alto et nous offre des chorus mélodieux d’un grand dynamisme.

Sébastien, à deux doigts d’éborgner avec sa coulisse le public du premier rang qui a trouvé refuge au pied des musiciens, se joue de cet instrument rebelle qu’est le trombone avec une virtuosité extraordinaire.

Au piano Francis , qui ne regardera pas ses doigts de la soirée toujours à croiser le regard de ses collègues, va nous en mettre partout comme à chaque fois, son « piano » Casio vivant certainement sa dernière soirée vu ses quelques défaillances techniques d’hier.

A la colonne vertébrale Olivier toujours studieux et appliqué – il répétera seul dans son coin juste avant le concert – va nous enchanter de cette ligne de basse dynamique et changeante assez caractéristique de la musique d’Art Blakey.

Quant à Roger, le patron, particulièrement à son aise dans ce répertoire – comme dans les autres d’ailleurs – il va notamment nous gratifier d’un superbe solo très créatif dans un tempo soutenu et de quelques fantaisies comme des décalages osés et décapants.

Après la pause méritée et rafraîchissante on repart avec « Free for All » puis ma préférée « Crisis » étirée avec bonheur pendant de longues minutes grâce – et non pas à cause – aux chorus énergiques des uns et des autres . Splendide.

« One by One », « Little Man » et bien sûr « Moanin’ » que tout le monde attend pour le dessert. Ce dessert on en reprendrait bien avec « Blue March » par exemple mais il est déjà (!!!) 22 heures et ici l’heure c’est l’heure, les voisins ont déjà la main sur le téléphone pour prévenir la police !

Un plaisir visible de jouer et un plaisir partagé de les  entendre dans un Apollo survolté. On vient de passer une soirée digne certainement des nuits de folie dans les caves de Saint-Germain des Près à l’époque folle des 50’s ; non là pour une fois j’étais trop jeune pour l’avoir vécu. Virginie me fait remarquer le nombre de musiciens présents dans la salle et me présente ceux que je ne connais pas encore ; une telle présence c’est bon signe en général.

La musique, les amis, what else ?