La Gazette Bleue N° 18 vient de sortir ! Spécial Yoann Loustalot, les festivals & bien plus !

Bonjour ! Voici la Gazette Bleue N° 18 Sept 2016 !

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C’est Yoann Loustalot qui vous y accueille. On a aussi rencontré Thomas Julienne et Stéphane Séva. Visite au Quartier Libre (Bordeaux) et flashback sur des festivals comme Andernos, Monségur, Respire Jazz et Saint-Émilion. Sans oublier les chroniques de disques et vos rubriques habituelles.

Bonne rentrée et bonnes lectures !

La Gazette Bleue #18-couv

 

 

 

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Grain de sable au Caillou, grain de folie chez Alriq

par Philippe Desmond

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C’est l’été, enfin pas tous les soirs, et les gens sortent, beaucoup, beaucoup plus qu’avant. L’offre est il est vrai plus importante, riche et variée. Le jazz, qui nous tient à cœur, n’échappe pas à la règle, Cet avant dernier week-end de juillet il y a même embouteillage de festivals : Saint-Emilion, Andernos, Lesparre en Gironde et Sanguinet tout près dans les Landes. Il faudra d’ailleurs un jour réunir tous ces organisateurs passionnés qui se marchent un peu sur les pieds.

A Bordeaux dès le mercredi et quelquefois avant, ça s’agite sous les lampions ou sur les terrasses. Sur les terrasses ? Pas si simple.

Grain de sable au Caillou.

Surprise hier soir en arrivant au Caillou du Jardin Botanique, la terrasse est occupée par les convives du restaurant, on entend jouer les musiciens mais on ne les voit pas sur la remorque scène habituelle. Ils jouent à l’intérieur devant un nombreux public un peu entassé. Si vous suivez un peu ce blog vous vous souvenez que déjà l’an dernier le Caillou avait dû interrompre les concerts en terrasse à 22 heures pile suite à la plainte d’un riverain pourtant pas tout près, gêné par le bruit. Patrouille de police municipale dès 21h59 pour veiller au respect de la loi, concerts qui se finissent dans la frustration générale alors que la nuit commence à peine, drôle d’ambiance. Non loin de là ça continue à guincher chez Alriq, ça bastonne des watts à Darwin et ça déménage des décibels au parc des Angéliques avec les concerts d’ « Allez les Filles ».

La saison d’été 2016 démarre, les concerts retrouvent leur rythme de croisière dans de douces nuits bastidiennes, tout va bien. Mais pour le Caillou, à la suite d’une autre procédure lancée par ce riverain, la Mairie n’autorise plus l’organisation des concerts en extérieur, pour le reste de l’été, les musiciens joueront dedans.

Un grain de sable qui bloque un Caillou. Pendant ce temps les flonflons, les watts, les décibels à portée d’oreilles de notre plaignant, continuent alors que finalement l’endroit le plus paisible, le plus soft en est lui privé. On marche sur la tête. Il faut sauver le Caillou, le soutenir pendant cette période difficile, Benoît Lamarque et son équipe font un énorme effort d’animation et de promotion de la musique de qualité, locale ou nationale, allez-y, continuez à y aller, cet acharnement n’est, espérons le, qu’un mauvais passage.

Hier soir donc le quartet composé du guitariste anglais Denny Ilett, du guitariste australo-bordelais Dave Blenkhorn, de l’organiste Hervé Saint-Guirons et du batteur Roger Biwandu étrennaient cette configuration insolite, musiciens dedans et une partie du public dehors ! Concert plein de gaîté émaillé par le grand rire de Roger sur de rares pains ou sur des trouvailles piégeuses des autres. Georges Benson, Ray Charles, les Beatles avec une belle version de « Come Together » et un festival de guitare, blues et roots pour Denny plus jazz et aérienne pour Dave. Toujours ce super son d’orgue d’Hervé et sa Leslie et l’omniprésence enthousiasmante de Roger, pourtant monté léger avec une caisse claire, une grosse caisse, une cymbale et un charley. Denny Ilett, Roger Biwandu, Hervé Saint-Guirons seront en quartet avec Laurent Vanhée (cb) au festival de Saint Emilion à 21h30 ce samedi au parc Guadet (gratuit).

Grain de folie chez Alriq

Dans toute épreuve il faut trouver des points positifs ; le concert finissant assez tôt au Caillou cela permet d’enchaîner vers la Guinguette Alriq dont la convention municipale est inattaquable ; ou pas.

Comme d’habitude l’endroit est pris d’assaut et ce soir c’est Stéphane Seva qui en profite. Avec un octet (on ne se refuse rien) et sur un répertoire de Sinatra élargi à Ray Charles, Duke, Stéphane va installer une ambiance de folie. Il est entouré de Ludovic de Preissac au piano , Didier Ottaviani à la batterie, Christophe Jodet à la contrebasse, Pascal Drapeau à la trompette, Cyril Dubayl Dubiléau trombone, Cyril Dumeaux au sax baryton et ténor, Michael Cheret au sax alto et à la flûte

La piste de danse est bondée alors ça danse partout ailleurs, dans les allées, dans le restaurant ! Beaucoup de swing, un style qui est très en vogue à Bordeaux en ce moment grâce à de nombreuses associations. Quel contraste avec l’aspect semi-clandestin du Caillou, bizarrerie administrative oblige ! En vrai meneur de revue Stéphane Séva va animer cette soirée, soutenu par un presque big band pour le plus grand bonheur des danseurs. Le final dans lequel Stéphane prend son washboard est époustouflant sur le « I dont mean a thing » et ses doo wap doo wap doo wap, les dés à coudre finissant rouges comme de l’acier en fusion après un duel avec la batterie très jungle de Didier Ottaviani, quelle énergie !

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Il est minuit, tout le monde à passé une superbe soirée d’été terminée à une heure raisonnable, les poules et les vilains petits canards dorment eux depuis longtemps ; ou pas. On a tous besoin de ces moments de joie et de fête surtout en ce moment, alors pourvu que ça dure !

Avalon Jazz Band chez le Pépère

par Philippe Desmond.

Ambiance Speekeasy hier soir Chez le Pépère ; on dit aussi Blind Pig pour ce genre de bar – à l’origine clandestin – ce qui convient parfaitement à ce lieu dédié au cochon et aux cochonnailles.

L’affiche est alléchante pensez donc un duo, une chanteuse et un violoniste, venant de New-York, associé à un trio local, pour un répertoire jazz à base de standards français : Avalon Jazz Band.

Tatiana Eva-Marie au chant et Adrien Chevalier au violon sont pour l’occasion associés à Stéphane Séva (washboard, percus et chant), Franck Richard (contrebasse) et Erwann Muller (guitare manouche) ces deux derniers du Hot Swing sextet. Du beau monde.

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La cave de chez Pépère est déjà bondée quand descendent les musiciens qui attaquent un instrumental avant d’accueillir Tatiana dans une robe à fleurs agréablement surannée, costume de scène ? On verra plus tard.

Un titre de Jean Sablon puis « Ta Main » de Charles Trenet, « Coquette » (de Nat King Cole, pas de Benjamin Biolay). Les cordes des violon, guitare et contrebasse amènent la touche manouche et le washboard une jolie couleur de fantaisie New Orleans. Arrive un peu de nostalgie avec « les Feuilles Mortes »que les Américains nous ont piqué pour en faire « Autumn Leaves ». Tatiana a un phrasé particulier, décalée sur le temps elle apporte une touche très personnelle dont on aura l’explication. On verra plus tard.

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Stéphane Séva enchaîne au chant – il y excelle – sur l’intemporel « In a Mellow Tone » du Duke avant que Tatiana nous confie « I Love Paris » de Cole Porter. Au violon Adrien Chevalier régale avec élégance et musicalité, la rythmique qui joue avec lui pour la première fois le soutenant parfaitement, peut-être un peu faible au niveau sonore. Chorus des uns et des autres et oui Trenet, Sablon, Kosma c’est aussi du jazz quand on le veut.

La pause arrive à point nommé pour décompresser les corps agglutinés jusque dans le colimaçon de l’escalier et renouveler une atmosphère chaleureuse certes mais surtout très chaude.

On repart avec « Les Roses de Picardie » immortalisées par Montand, puis la légendaire « J’attendrai », « Ménilmontant » de Trenet, « C’est si bon » tellement bon que nous chantons, « Qu’est ce qu’on attend pour être heureux », rien, nous le sommes.

Ce choix délibéré de répertoire, reflet en partie de l’époque Zazou des sombres années d’Occupation en France, il vient tout simplement de l’enfance de Tatiana dont les parents écoutaient ça et dont le papa imitait Yves Montand. Quand elle a voulu devenir chanteuse, il n’y pas si longtemps car elle est très jeune, elle a choisi de faire ce qu’elle aimait tout simplement. Sa façon de chanter est aussi un choix personnel « je m’occupe du texte et de son sens, son émotion, pas de la musique ». Surprenant et donc ce qui donne ce style légèrement décalé qui ne la fait pas chanter pas sur les notes mais autour.

Tout cela est en cohérence avec son personnage et sa façon de vivre, comme elle en a envie et non comme la norme l’impose. D’où sa façon aussi d’être, de s’habiller pareil à la scène comme à la ville avec ce côté candide et décalé. Une personne très attachante et authentique.

En plus ça marche, à New-York, où le duo est basé et se produit régulièrement avec le même type de formation que ce soir dans les clubs ou des salles prestigieuses, les gens sont friands de cette élégance française et de ce parfum de Paris ; et « pas que les vieux » précise-t-elle avec vigueur ! « Les gens sont là-bas lassés des choses trop sophistiquées, trop travaillées, trafiquées et cherchent aussi de l’authentique ».

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En rappel avant de dire bonsoir « Ah dis ! Ah dis ! Ah, bonjour ! » une bluette peu connue de Trenet et chantée dans une bonne humeur communicative ! Avec en plus de tels musiciens c’est du gâteau !

C’est fini on va pouvoir se décomprimer, je laisse Tatiana et sa collègue chanteuse bordelaise Blandine parler boutique. Dehors non pas Ménilmontant mais Mériadeck sous quelques gouttes de pluie pourpre… Atterrissage immédiat.

http://www.avalonjazzband.com/

Shekinah Gatto Septet au Comptoir du Jazz

Texte : Philippe Desmond. Photos : Thierry Dubuc (couleur) Alain Pelletier (NB)

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Aujourd’hui 30 avril c’est la Journée Internationale du Jazz créée par l’UNESCO – rien moins – en 2005. Vous me direz que chaque jour est une journée internationale de quelque chose, de la Femme aux Droits de l’Homme en passant par celle des toilettes, oui les WC, vérifiez c’est le 19 novembre.

Nous sommes Action Jazz pas Action WC (ça doit bien se trouver en supermarché) alors parlons de la journée du Jazz.

A Bordeaux plein événements, au Tunnel pour la clôture de la saison avec la Dream Factory, Roger Biwandu, Nolwenn Leizour, Hervé Saint-Guirons et ce soir les guitaristes Dave Blenkhorn et Yann Pénichou , superbe concert m’a-t-on dit, ou encore à Pena Copas y Compas  avec Taldea et un jazz influencé par l’Espagne et Pat Metheny autour de Jean Lassalette, Christophe Léon Schelstraete, Stéphane Mazurier, Nicolas Mirande, Jeff Mazurier et Thomas Lachaize ; excellent aussi m’a-t-on confié.

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Il faut choisir ce sera donc au Comptoir du Jazz avec le septet de Sheki Gatto. Shekinah aux sax alto et soprano, à la flûte et au chant, Olivier Gatto à la contrebasse et à la direction musicale, Guillaume Nouaux à la batterie, Francis Fontès au piano, Mickaël Chevalier à la trompette, Sébastien Iep Arruti au trombone et Jean-Christophe Jacques aux sax ténor et soprano.

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Nous voilà donc au Comptoir du Jazz qui depuis quelques années n’avait plus guère que le comptoir, le jazz n’y trouvant plus le refuge traditionnel. Grâce à la nouvelle direction, à Benjamin Comba et Musik’Tour Production le jazz revit dans ce lieu emblématique.

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21h30 le quai de Paludate est encore calme et le Comptoir se remplit doucement. Un septet sur la scène foutraque du lieu avec en plus un piano à queue c’est quasiment une prouesse. Devant, la « cuivraille » et derrière la rythmique, Francis Fontès et son beau piano noir relégués au fond.

Ça démarre et ça va être un festival ! « Song from the underground railroad » de Coltrane permet au septet de s’échauffer, pas encore de chorus, ça viendra après. « One day I’ll fly away » de Joe Sample amorce, comme le titre l’indique, le décollage.

Attachez vos ceintures, c’est parti avec « My favourite things » de Coltrane et une suite de chorus majestueux de chacun des membres du groupe. Shekinah à la flûte telle Eric Dolphy, Jean-Christophe et son soprano – une bête de course – à la place du Maître, « Mc Coy » Fontès impressionnant – rappelons que ce n’est pas son métier, il est radiologue ! -, « Elvin » Nouaux, un des batteurs les plus musicaux et créatifs que je connaisse et la colonne vertébrale du tout, Olivier Gatto particulièrement en verve. N’oublions pas Mickaël Chevalier et sa trompette à l’état brut, magnifique dans ses prises de risque et le surprenant trombone de Sébastien Arruti, spectaculaire et inspiré avec cet instrument si bizarre. La salle qui commence à bien se remplir est aux anges.

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« Wise One » encore de Coltrane – ne nous plaignons pas – puis comme un cheveu sur la soupe un titre qui enflamme la salle, le classique du jazz New Orleans « Second Line Break », Shekinah en profitant pour présenter en chantant les membres du groupe.

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Pause. L’occasion de bavarder et d’apprendre que relancer le jazz au Comptoir c’est dur. Des concerts prévus jusqu’à l’été sont annulés, le public n’est pas assez présent ; pourtant il l’était en nombre ce soir. Il y a deux semaines le Rocher était plein à craquer, et un mois avant même, pour Marcus Miller. Il l’était aussi pour Billy Cobham. Où sont ces gens ? Aiment-ils le jazz ou le star système ? Savent-ils que les musiciens de ce soir jouent de temps en temps avec les plus grands ou plus célèbres, savent-ils qu’ils ont sous la main des talents remarquables ? Savent-ils qu’ils se privent de grands moments ? Quel dommage.

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On repart pour le second set avec « I have a dream » d’Herbie Hancock. La soirée est aussi un hommage à Martin Luther King, à Malcom X, à Rosa Parks qui on fait avancer la société US ; et il reste du travail comme l’actualité nous le montre… Une expo photos dans le hall leur rend hommage. Toujours dans cet esprit une merveilleuse adaptation du « What’s going on » de Marvin Gaye et pour finir le magnifique « Theme for Malcom » de Donald Byrd ; un vrai bouquet final ! Les musiciens prennent du plaisir ça se voit, ça rayonne sur le public.

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C’est fini ! Même pas ! Une jam se met en place, Stéphane Seva, Lo Jay, une élève de Shekinah viennent chanter, Colin Smith flûtiste est là aussi ainsi que Jonathan Hedeline un élève d’Olivier Gatto à la contrebasse. On est bien.

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Merci M’sieurs dames c’était super, on reviendra. Quand … ?

Une heure du mat j’ai des frissons… de bonheur, je me sens rajeuni ; ça ne vas pas durer longtemps, je croise des hordes de jeunes essayant d’entrer dans les boîtes de nuit voisines, des bouteilles d’eau minérale remplies de boissons brutales à la main pour certains, des yeux déjà trop rouges pour d’autres, j’ai trois fois leur âge. Je ne les envie pourtant pas, ils ne vont certainement pas passer un aussi bon moment que moi ce soir. Ça viendra, je l’espère pour eux.