THE DOWNTOWN AVENGERS

THE DOWNTOWN AVENGERS

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2015 dans la Gazette Bleue N° 11

On ne s’ennuie jamais à New York, quand on aime les musiques tangentielles qui se jouent downtown. C’est ce qu’a dû se dire le violoniste Fung Chern Hwei. Natif de Kuala Lumpur, il est séduit par le violon dès l’âge de quatre ans, et trouvera un professeur à huit. Il a étudié, bercé des cultures chinoise, malaise, indienne et occidentale. Il arrive à New York pour y poursuivre ses études à la Aaron Copland School of Music, dont il sortira diplômé. Brillant musicien, il vogue du classique au hip hop, en passant par le jazz et le rock. Très demandé, il travaillera avec Uri Caine, Ryuichi Sakamoto, Stanley Clarke, Elliot Sharp et bien d’autres. Violoniste attitré du Sirius Quartet, il crée « The Downtown Avengers », qui est, selon lui, plus une « communion musicale » qu’un groupe. Ce disque, leur premier, sort fin 2014 sur le label Evolver que dirige Lola Danza, ici à la production et aux vocaux. Autour de Fung Chern Hwei sont réunis de sérieux aventuriers, allumés des sons : Vasko Dukovski (clarinettes), Ben Stapp (tuba), Sayun Chang (percussion), et l’on retrouve avec plaisir George Spanos (batterie et percussion). Les « avengers » sont les figurines de la pochette, sortes de « vengeurs » musicaux, libérateurs des sons. Ce disque est un régal d’échappées free. Dès « Testing Waters » et « Placing Dots », Sayun Chang et George Spanos, créent des merveilles qui évoquent la magie du « Magg Zelma » de l’Art Ensemble of Chicago (album « Full Force »), ou la bizarrerie du « Farmer’s reserve » de Mesdeski, Martin & Wood. Suit l’animé « Choosing the next leader » qui désigne Vasko Dukovski pour conduire le monstrueux » Alejandro muy muy grande ». Ça monte en puissance avec un « Cosmic Drift » qui porte bien son nom, on perd pied, on dérive, surtout que déboule un « Obey the chief » de folie, suivi des deux brûlots paroxystiques « Deep circle » et « Rotation II », où l’on croit presque entendre Linda Sharrock ! Cet album est fou, ces musiciens sont au-delà du terrestre ! La « bonus tracks » calme un peu le jeu, on a samplé les voix de ses vengeurs géniaux, de grands enfants hyperdoués. C’est le « New York downtown state of mind » quoi. Et on en redemande !

Par Dom Imonk

http://www.downtownavengers.com/
http://chernhwei.webs.com/
Evolver records (2014)

 

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GEORGE SPANOS – Chronique « DREAMS BEYOND »

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D’Olympie à New York downtown.

Par Dom Imonk

Parue le 01 mai 2015 dans la Gazette Bleue N° 10

George Spanos est né à Athènes, il y a un peu plus d’un tiers de siècle. Il s’est assez vite intéressé à la musique, commençant le piano à l’âge de huit ans, puis choisissant la batterie quelque six ans plus tard. Son apprentissage le pousse vers des univers éclectiques, où ses professeurs et prestigieux guides seront, entre autres, Victor Jones, Antonio Sanchez, Gary Burton et Horacio El Negro Hernandez.
Curieux de tout et devenant peu à peu un expressionniste aux multiples directions, il se produira en Europe (dont en de hauts lieux de la Grèce), aux USA et au Canada, dans divers styles, allant du jazz à la world, en passant par le classique, avec notamment le « Symphony Orchestra of Iasi ».
Puis, il y a à peine deux ans, il a rejoint la scène « downtown » de New York, et s’y est pour la première fois produit au Stone, club incontournable du Lower East Side, où se retrouve une bonne part de la mouvance d’avant-garde de la Grosse Pomme. Le maître des lieux, John Zorn, l’avait invité dans le cadre d’une « Improv Night » de folie, dont on entend encore parler aujourd’hui. Ce fut pour lui l’occasion de se frotter à quelques grandes figures, comme Ikue Mori et Sylvie Courvoisier, dont une vidéo de leur trio, glanée sur les réseaux sociaux et postée par George Spanos en personne, m’avait fortement intrigué.
Après un premier album, « Jungle of Illusions », encensé par la critique, le voici de retour avec le très ambitieux « Dreams Beyond », qu’il produit, et dont le titre sans équivoque, annonce bien ce que sera la teneur des sept perles qu’il a composées.
La liste des invités est impressionnante et explique le parfum cosmique et libertaire des divers climats « free » qu’on y traverse. Jugez plutôt, Juini Booth (contrebasse) et On Ka’A Davis (guitare) viennent tous deux de chez Sun Ra. Lawrence Clark (saxophone) a joué avec Rashied Ali et l’on ne compte plus les participations d’Ikue Mori (electronics) aux projets de John Zorn. Mais ce n’est pas tout ! Au chant c’est Lola Danza, également fondatrice de Evolver Records, le label de l’album. On retrouve par ailleurs d’autres sacrés illuminés des sons libres, qui participent aussi à cette fête volcanique : Vasko Dukovski (clarinette), Ben Stapp (tuba), Fung Chern Hwei (violon), Adam Fischer (cello), Sayun Chang (percussions), Keaton Akins (trompette), et Simone Weißenfels (piano).
La batterie de George Spanos est luxuriante et fourmille d’idées. Selon le cas, il saura tout offrir, du free jazz au bruitisme, en passant par quelques scories rock très aguichantes. Mais son instrument reste toujours au service de l’album et du groupe, sans masquer qui que ce soit, en créant une synergie et de l’unicité dans le magma final. On y retrouve aussi par bribes, la poésie des lieux qui l’ont vu grandir. La Grèce, et Athènes en particulier, sont chargées d’histoires, d’anecdotes, de parfums et de couleurs, que l’on perçoit dans son jeu. C’est un intuitif, un peintre des sons, dont le foisonnement évoque soleil, turbulence et espace.
Sept pièces d’aujourd’hui, aux titres évocateurs, qui nous emportent en un tourbillon futuriste, avec toute sorte de détails et d’implants, électriques, électroniques et j’en passe. « Intergalactic nucleus », « The Third dimension », « Innerspace », « Eternal voyage », « Eclipse », « Cosmic ray » et « Beyond the sky » semblent, rien qu’à leur énoncé, avoir été écrits en hommage aux révolutions brûlantes d’hier, menées par les John Coltrane, Pharoah Sanders et autres Ornette Coleman. Avec une grande force, « Dreams Beyond » en propulse de nouveau l’esprit, intact et majestueux, vers le futur.
Go ahead George !

Par Dom Imonk

http://www.georgespanosdrums.com

EVOLVER – TG 008