Jazz en liberté Andernos

Rédaction Alain Piarou, photos Irène Piarou

DSC06427DSC06423

Samedi 26 juillet

Le Jardin Louis David à Andernos était copieusement garni (environ 1500 personnes) pour écouter et trépigner au son de cette musique cubaine que proposait “Avenue Maceo” (lauréat du Tremplin Action Jazz 2014). La talentueuse Shékinah Rodz-Gatto qui venait de jouer quelques jours en Espagne avec le trompettiste néo-orléanais Nicolas Payton, apportait sa touche personnelle à cet excellent quartet et occasionnait quelques échanges à la flûte, avec Alex Aguilera. Alex qui est également le compositeur de la plupart des morceaux de ce superbe répertoire était soutenu par une belle équipe très complice et tout particulièrement par Jonathan Hedeline. Malgré l’insistance du public, “Avenue Maceo” ne pouvait assurer le rappel car le timming était serré. En tous cas, excellente prestation de ce quartet dans un cadre magnifique, sous une température enfin estivale et devant un public conquis.

DSC06475

Dimanche 27 juillet

Encore une scène très fréquentée et un public curieux de découvrir cette valeur montante de la scène jazz française en la personne de la très jeune (17 ans) Marine Garein-Raseta. C’est avec beaucoup d’assurance que Marine (pianiste et chanteuse) affrontait cette large audience venue l’écouter. Marine est lauréate et a gagné le prix spécial du public au Tremplin Action Jazz 2014. Superbe voix, excellente pianiste, elle se mettait rapidement le public “dans la poche” surpris par ce professionnalisme et ce talent indéniable, tant au piano qu’au chant. Entre les chansons qu’elle écrit et compose, on pouvait entendre quelques réflexions comme “quel talent pour son âge”, “quelle belle voix” ou encore “c’est un nom à retenir”. Le public très attentif applaudissait généreusement le talent de cette jeune star en devenir dont on suivra avec beaucoup d’intérêt son évolution. La petite Marine deviendra grande !

 

Publicités

JAZZ [at] BOTANIC (4) Toons/Lee Konitz-Dan Tepfer/Alexandra Grimal trio

Dimanche 27 juillet 2014 – Écrit par Dom Imonk

Gros passage d’ovni hier soir au Caillou ! Toons ! Même si on avait déjà été enthousiasmé par le « Can you Smile ? » (ayler records) du Théo Ceccaldi trio + 1, avec en guest la géniale Joëlle Léandre, même si l’album « 7 nains » (Tricollectif) de Toons, avait été encensé par la critique, on ne pouvait pas s’attendre à une telle bombe sur scène. En moins d’une heure, ces cinq musiciens d’exception nous ont carrément assujettis à leurs délires sonores, en mouvement constant, et de manière durable dans nos esprit. Le concept de l’album, déroulé sur scène hier soir, ce sont les 7 nains, et la question du soir, mais où est Blanche Neige ? Peut-être, comme le supposait un illustre acteur du jazz local, « dans le rappel non réclamé par le public », lequel était clairsemé et pas très énervé, il faut bien le dire. Quel dommage ! Il reste l’album, mais ce n’est pas pareil. En live, la musique est presque indescriptible. L’album est joué d’une seule traite, et les divers climats correspondent à chacun des nains. Les Toons se définissent comme « mi-figue, mi-punk », mais il y a de ça. On aborde tout, par bribes, éclairs, ou citations instantanées, dans une sorte de « télurie » réjouissante et inventive. Presque tout y passe, du jazz, même le plus ancien, au post-rock, en passant par le rock progressif, la fusion, le jazz-rock, le bruitisme, le contemporain même….C’est fou, fulgurant, incroyablement bien-maitrisé, pas question de perdre pied, surtout dans les plus brûlants des paroxismes, là où tout semble s’affoler parce que le groove devient époustouflant, presque comme le réacteur d’une navette spatiale. Je grossis à dessein le trait, mais c’est très près de ça. Les musiciens sont tous d’un très haut niveau et sont très à même de maîtriser un tel bolide, fait pour le futur. Théo Ceccaldi au violon, et son frère Valentin, compositeur de cette pièce, bassiste et violoncelliste, sont aux commandes. Les autres membres de cette équipe de « cosmiques » furieux livrent aussi un travail considérable. Gabriel Lemaire excelle aux saxes (alto et baryton) et à une  petite clarinette basse (je n’en connais pas le nom), on pressent chez Guillaume Aknine, la « patte » de ces grands guitaristes français chercheurs de sons et de « soundscape » (Max Delpierre, Gilles Coronado…). Quant’ à Florian Satche, son drumming nous a carrément scotchés, mais c’est vrai que depuis le début de cette première session du festival 2014, nous avons été très gâtés question batteurs ! Toons est un groupe à faire connaître, une belle renommée critique et écrite, c’est déjà bien, mais les programmateurs doivent impérativement se pencher sur eux et les programmer. On ne doit pas laisser dépérir de telles fleurs musicales ! C’est une question de vie ou de mort des idées neuves et de la poésie du futur ! Eux sont dans le vrai, écoutons-les !

Florian Satche Gabriel Lemaire Théo Ceccaldi Toons Valentin Ceccaldi

Le luxe d’un festival, c’est aussi les intermèdes qu’il peut offrir. Ainsi, hier soir, sur la scène du restaurant du Caillou, excusez du peu mais on a pu apercevoir et apprécier Rick Margitza (sax), Peter Giron (ctb), Philippe Gaubert (bat) et le pianiste Dan Tepfer, venu les rejoindre pour faire le bœuf. Et un peu plus tard, comme la veille, le duo Lee Konitz/Dan Tepfer pour trois morceaux, en guise de répétition pour le concert de ce soir…

Fin de soirée avec le trio d’Alexandra Grimal. Là on est aux antipodes de Toons. Tout est plus intérieur, à la limite du méditatif. Semblant toute frêle derrière son sax ténor énorme, elle parvient néanmoins à livrer de très belles phrases, on ne sait d’où elle puise son souffle, mais il lui vient comme naturellement, et lui permet un discours souvent assez coltranien, à la limite de l’illuminé. Et du souffle, il en faut pour pareilles escapades. Beaucoup d’espace et d’ampleur dans les thèmes abordés, et aussi un côté assez spartiate, mais c’est sain et vivifiant. A ses côtés, deux grands alchimistes des sons, en particulier le remarquable Jozef Dumoulin au piano, dont à mon humble avis le récent « A Fender Rhodes Solo » (BEE JAZZ) est une totale réussite. Et c’est très bizarre mais il m’a semblé retrouver, de manière furtive, les sons du Fender Rhodes dans ceux qu’il parvenait à extraire de son piano, cette manière particulière de frapper ses touches, pour en extraire des sons de bois bruts, comme biaisés, presque tus ou étouffés, proches, en « racine », de ceux de son clavier électrique favori. J’ai aussi pensé à John Cage et ses « pianos préparés », quand il traficotait, en chirurgien sonore, les entrailles offertes de son piano libéré. Jozef Dumoulin fourmille d’idées et l’on m’indiquait que c’est un véritable et insatiable chercheur. Et on aime à le croire. Par la grande variété de sa  palette, il a ainsi offert une contrepartie avant-gardiste aux assertions presque austères d’Alexandra Grimal, mais ça leur a fait du bien. Je disais plus haut que cette première session était riche en batteurs. Alors que dire du grand Dré Pallemaert qui tout au long du set n’a eu de cesse que de relancer et de soutenir ce trio d’une exquise façon ? Il a cette élégante assurance qui pour moi est celle d’une folie intérieure contenue, celle de ceux qui ne livrent pas tout mais se privent de telle ou telle note, pour mieux donner sa chance à la suivante. Folie et pulse retenue, mais admirable drive en toutes circonstances. Très beau trio à suivre absolument !

Alexandra Grimal trio 2 Dré Pallemaerts 3 Jozef Dumoulin

Pour avoir eu la vision, le nez et le courage d’avoir programmé tous ces artistes, depuis le début du festival, ainsi que ceux à venir, il faut vraiment remercier très chaleureusement toute l’équipe du Caillou du Jardin Botanique, et en particulier Benoît Lamarque et Cédric Jeanneaud. C’est très fort ce qu’ils ont fait ! On espère de tout cœur que la 2° session d’Août drainera un lot croissant de fous de ces jazzs là, qu’ils pourront « équilibrer » et percer encore plus, et, surtout, que cette expérience sera renouvelée l’an prochain avec un « ACTE III », et les années suivantes aussi…

Ce soir, il ne faut surtout pas louper Lassere-Le Masson-Duboc et Lee Konitz-Dan Tepfer, c’est la dernière de la session de juillet !

Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014

JAZZ [at] BOTANIC (3) Berg-Surménian-Jeanne/Aerophone + Glenn Ferris/Konitz-Tepfer

Samedi 26 juillet 2014 – Écrit par Dom Imonk

Hier après-midi, l’alerte orange décrétée sur tout le Sud-Ouest, n’a fort heureusement pas eu de conséquence sur Bordeaux et notre cher Caillou ! Le soir venu, il y faisait quand même encore assez chaud et c’est bien volontiers que le public attentif à goûté aux fraîches compositions proposées par le trio de Edwin Berg (piano, compos), Eric Surménian (ctb) et Fred Jeanne (bat, compos) qui débutait la soirée.  Le pianiste dirige avec tact et douceur ce trio très homogène, et les compositions sont parfaites pour un soir d’été. L’ambiance est au romantisme et à la poésie. On vogue ainsi avec insouciance, de ballades presque sucrées à des morceaux aux embruns plus acidulés. Edwin Berg ajoute par moments un petit filet de voix et quelques touches de mélodica. Les trois hommes jouent une musique élégante et agréable, que ce soient des compositions, « Perpetuum prairie », « Libellule des sables », ou des reprises comme « The way you look tonight ». Enfin le concert s’est terminé sur un touchant « Remembering you » dédié à Charlie Haden.

EDWIN BERG ERIC SURMENIAN FRED JEANNE TRIO

Alors que nous nous trouvions en pause houblonnée, Cédric Jeanneaud annonce un intermède imprévu : pour notre plus grand bonheur, Lee Konitz et le pianiste Dan Tepfer allaient nous jouer quelques morceaux ! Nos places rejointes, on assiste à un échange succulent, où un Lee Konitz détendu et souriant dialogue avec le jeune pianiste dont le jeu est épatant. L’entente semble parfaite. Deux morceaux d’une très belle musique impromptue, qui préfigurent ce qu’ils joueront dimanche soir. Ca promet de bien belles choses !

KONITZ TEPFER 2 KONITZ TEPFER LEE KONITZ 2

Et puis ce fut le tour de l’Aérophone, ce splendide trio qui revient cette année, avec Glenn Ferris en guest. Souvenons-nous qu’en septembre dernier, pour la première édition du festival, Aérophone nous avait réellement enchanté, avec alors Naissam Jalal en guest à la flûte. Hier soir nous sommes encore tombés sous le charme de cette musique. Les compositions de Yoann Loustalot sont magnifiques d’originalité, d’ampleur et de singularité. Ce sont chacune des histoires très inspirées, aux rythmes et aux ambiances changeants, et avec de la beauté simple et sans fard en fil conducteur. Il y a toujours beaucoup d’humour et de variété dans ses titres, dont deux nouvelles compositions : « Pousse pousse » et « Spongious », et une réécriture de « Pièce en forme de flocon ». Le titre qui a ouvert le concert, hommage à Glenn Ferris, « Old music for a new horn », a d’entrée mis la barre très haut. Il y a toujours cette profonde entente entre les musiciens, comme de la transmission de pensée, et la précision de leurs impacts respectifs qui fait aussi la force de cette musique. A certains moments, le regard furtif de Yoann Loustalot vers tel ou tel musicien fait immédiatement pressentir un changement, qui intervient alors instantanément, c’est très fort. Cela s’est souvent produit avec le batteur Fred Pasqua, dont le drive puissant est l’un des plus excitants du moment. Pour parfaire cette rythmique de choc, les belles lignes de basse de Blaise Chevallier forment charpente indispensable. Enfin, tout au long du concert, on a senti que Yoann Loustalot et Glenn Ferris s’étaient bien trouvés, la trompette et le buggle énergiques et racés de l’un s’accordant avec bonheur aux très belles phrases du trombone de l’autre. On aimerait une suite !

Ce soir, encore du grand bonheur avec Toons et Alexandra Grimal + guest Lee Konitz. Vous venez hein ?!

Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014

Aérophone :

AEROPHONE + GLENN FERRIS BLAISE CHEVALLIER FRED PASQUA GLENN FERRIS YOANN LOUSTALOT

 

JAZZ – Scène en ville Bordeaux, 24 juillet

bordeaux-scene-en-ville

 

Belle initiative du service culturel de la ville de Bordeaux d’avoir ouvert la cour de la Mairie à la musique et au jazz, en particulier.  3 concerts y étaient proposés devant un public qui avait répondu présent, en masse. C’était en quelque sorte une carte blanche qui avait été donnée à l’excellent saxophoniste Thomas Lachaize et c’est très intelligemment qu’il proposait une évolution du jazz dans le temps, avec 3 styles très différents. Ce sont « Les Gosses de la Rue » qui faisaient le concert d’ouverture devant un public conquis par le talent de ces musiciens interprétant et revisitant la musique de Django. Puis, c’était au tour de « Asix » (Xavier Duprat : p, Iazid Ketfi : b, Simon Pourbaix : dr, Thomas Lachaize : sax et Fred Buzon : tp) de proposer alors un répertoire be-bop/Hard- Bop sur des compositions de Tadd Dameron, Horace Silver, … Alors, quand on réunit 5 excellents musiciens, qu’on leur donne quelques bonnes partitions … ça fait un très bon concert et le public, toujours aussi nombreux au fil du temps ne s’y est pas trompé. Du grand talent ! Pour la 3e partie de cette magnifique soirée, « BMT trio » proposait un jazz progressiste, d’avant-garde avec Bruno Laurent à la basse, Mathias Pontévia à la batterie horizontale et toujours le talentueux Thomas Lachaize aux saxophones. Naviguant entre John Zorn, Rollins, Texier, Sclavis, ils ont même rendu un superbe hommage à Charlie Haden, disparu il y a quelques jours. Magnifique prestation de ces 3 musiciens dont on espère voir perdurer ce beau projet, tant la complicité entre eux était grande. Encore merci à Bordeaux Culture et à Thomas Lachaize d’avoir réalisé une rapide mais passionnante histoire du jazz et donc pour cette belle soirée d’été. On en redemande … !

Alain Piarou

JAZZ [at] BOTANIC, AN II – (1) Emanuele Cisi 4tet + Lee Konitz / Émile Parisien 4tet

Jeudi 24 juillet 2014 – Écrit par Dom Imonk

Pour la 2° édition de leur festival, Benoît Lamarque (directeur) et Cédric Jeanneaud (directeur artistique) ont vu large et l’on s’en réjouit. Pas moins de dix jours de festival répartis en deux sessions, pour moitié entre la fin juillet et la mi-Août, et l’invitation d’un prestigieux « parrain » lors de la première session, l’immense Lee Konitz, qui se joint chaque soir à un groupe. Programme royal !

Hier soir, après une présentation du festival et quelques mots de Fabien Robert, adjoint à la Culture à la Mairie de Bordeaux, on a pu écouter trois générations de saxophonistes, mais très proches par la ferveur, et trois types de saxophones, l’alto pour Lee Konitz, le ténor pour Emanuele Cisi et le soprano pour Émile Parisien.

Tout d’abord, Emanuele Cisi, dont le cv est impressionnant. Cette expérience de plus de vingt ans participe à son aisance et à sa richesse de jeu, des thèmes les plus classiques à ses compositions personnelles ou adaptations, dont les arrangements sont très actuels. Et puis il a cette « special touch » dans le feeling, qu’ont les musiciens italiens, et on s’en régale. On le sens fort respectueux et inspiré par ses grands aînés, de Lester Young à Warne Marsh, en passant par…Lee Konitz. Son quartet fonctionne à merveille et c’est un réel plaisir de retrouver à ses côtés l’excellent et très présent Dave Blenkhorn, notre très demandé guitariste australo-bordelais. Nicola Muresu (ctb), imperturbable, et le très précis Adam Pache (bat), assurent une très élégante assise rythmique. C’est en duo avec un Dave Blenkhorn très à l’écoute que Lee Konitz a choisi d’entrer en scène. C’est bouleversant de le voir là, presque modeste et timide, mais ce son et ces phrases ! Belles, fines et colorées, comme le soleil qui se couchait alors. Il lui suffit de « peu » de choses pour être profondément présent et touchant, comme un grand chêne baissant ses immenses branches intérieures à notre portée, pour permettre d’en palper les multiples feuilles d’un vert pur. Le duo a joué ainsi quelques temps, comme sur un fil, superbe dialogue fait de retenue, de pudeur, le souffle de Lee Konitz est toujours là, et l’inspiration comme en évolution constante. Même impression quand le reste du quartet est revenu à sa demande, on le sentait « à la direction ». Les quelques morceaux joués en quintet, et le rappel, ont été prétextes à de délicieux échanges, faits d’écoute, de respect et d’union. Du très beau jazz. Plus de trente ans séparent les deux solistes, il n’en paraissait rien !

 Quel plaisir de retrouver ensuite le Émile Parisien 4tet. Il était programmé l’an dernier mais avait été empêché. J’ai le souvenir ému d’Émile, tout jeune, jouant en duo avec Pierre Boussaguet, sur la grande scène de Marciac, un tabouret entre eux portant une belle rose, nous étions en Août 1998, Guy Lafitte venait juste de partir, brûlant hommage à lui donné. Que de chemin parcouru depuis ! Aujourd’hui, Émile et ses amis jouent une musique tournée vers l’avenir mais qui aspire le présent à grandes goulées. Tout doit être dit et compris plus vite, il y a une sorte d’urgence et des signes successifs sont joués et nous remuent, avec accélérations, breaks, accalmies, unissons, je ne sais pas si c’est du jazz ou quoi ? Peu importe, mais pourtant si, un peu beaucoup quand même…Il y a aussi de la fibre rock dans leur matière, l’excellent Sylvain Darrifourcq et sa puissante batterie n’y sont pas étrangers. Souvenons-nous d’Elvin Jones derrière le Trane, de Tony Williams derrière Miles, ils impulsaient un peu de cela eux aussi. La basse d’Ivan Gélugne n’est pas en reste. Elle est percussive et primale à souhait, développant un puissant drive qui soutient ainsi dans les mêmes inflexions le travail du batteur, jusqu’à bâtir à deux des sortes de transes, offrant socle aux envolées, possédées par le « cosmique », du leader. On est aussi très intéressé par le passionnant Julien Touéry dont le piano multiple nous ravit. Les touches d’ivoire, c’est bien, superbe même, et il s’en sert à merveille, mais à l’instar d’autres artistes « apprentis sorciers », il aime à aller bricoler dans la pièce à côté, tester, expérimenter un peu plus loin dans le ventre de sa belle bête noire, pour en extraire du son neuf. Les cordes sont ainsi utilisées à vif, caressées, frappées, scotchées, bloquées, on les tire avec des fils qui en délivrent des sons de violons mutants. Le jeu d’Émile Parisien, curieux, furieux et élégant a murit, évolué et atteint de belles altitudes, les victoires du jazz 2014 qui l’ont récompensé ne s’y sont pas trompées, mais c’est un artiste libre et en perpétuel mouvement, il ne s’arrêtera pas là. Au final, ces quatre garçons ont joué une musique d’une impressionnante efficacité, suivons-les, même si on n’a plus pied !

 Ce soir deux belles formations : Corneloup/Labarrière/Goubert, puis le Petit Orchestre du Dimanche + guest Lee Konitz

 Dom Imonk

Photos © Thierry Dubuc – 2014

AFFICHE JAB 2014

EC 4TET ET LK EMANUELE CISI 4TET EMANUELE CISI  KONITZ BLANCKHORN CISI LEE KONITZ

EMILE PARISIEN

emile parisien 4tet 23 07 14 caillou

Mandla Mlangeni au Capharnaüm

©AP_capharnaum-6074©AP_capharnaum-6099

Sacrée soirée, hier soir au Capharnaüm qui accueillait un très talentueux jeune trompettiste sud-africain (qui habite à Capetown) que nous avions déjà pu découvrir, l’hiver dernier dans la pièce « Porgy and Bess ». Petit comité, mais grande soirée où Mandla Mlangeni, en virtuose récitait quelques morceaux de musique cubaine, brésilienne et bien sûr, des chansons très rythmées de la culture Zoulou. Deux sets de bonne humeur où il s’en donnait à cœur joie et où le chant et la danse étaient très présents. Il était entouré par quelques « briscards » de la scène bordelaise et même si la cohésion n’était pas toujours là, par manque de travail collectif, ces musiciens chevronnés ont su s’adapter et créer, non seulement un soutien, mais aussi prendre, chacun leur tour, leurs responsabilités dans des chorus endiablés et notamment le saxophoniste Guillaume « Doc » Tchomachot qui, comme à son habitude a tout donné et emballé quelques chansons en dialoguant intelligemment avec le trompettiste, ravi de cette complicité. Bravo et merci à ces excellents musiciens qui, à l’improviste ont su donner la réplique à ce superbe trompettiste que l’on aimerait écouter plus souvent. On en redemande.

Alain Piarou,

photos Alain Pelletier

Mandla Mlangeni : trompette, Guillaume Doc Tchomachot : saxophone, Ludovic Guichard : guitare, Gabriel Pierre : contrebasse et Thomas Despeyroux : batterie.

©AP_capharnaum-5964 ©AP_capharnaum-6122

Loïs Le Van Sextet chronique de The Other Side

Par Dom Imonk

Parue le 01 juillet 2014 dans la Gazette Bleue N° 5

Loïs Le Van sextet The Other Side - Hevhetia 2013 hv 0073-2-331

Récemment intrigué par un article sur Loïs Le Van, j’ai cherché une vidéo sur la Toile et suis tombé sur celle filmée au Voicingers 2012 (à Zory, Pologne), concours qu’il venait de remporter en interprétant une chanson de Björk. Le choc ! Un ange est passé, oui, mais un ange qui chante et qui possède une voix singulière et rare, de celles qui vous accrochent dès les premiers mots. « Ange », c’est aussi le vocable qu’avait choisi Lou Reed pour évoquer Jimmy Scott, tout récemment disparu.

Loïs Le Van n’a pas trente ans mais déjà une carrière bien remplie. De sa biographie l’on apprend qu’il a notamment étudié avec Roger Letson en Californie, puis avec David Linx au Conservatoire de Bruxelles et qu’avant la création de son sextet, il a participé à divers projets (Brussels Vocal Project, Vocal Flight, Ego System, Les Yeux de Berthe).

Le disque du Loïs Le Van sextet est un concentré d’émotions en onze étapes. Une écriture ambitieuse et inspirée forme les huit compositions de la plume du leader, avec les textes délicats (en anglais) de François Vaiana, sauf Venture (texte de Laura Karst). Sandrine Marchetti (piano) le rejoint aux arrangements sur Ivy Said et sur le très émouvant Are we the Unknown (Ana Maria – musique de Wayne Shorter), ainsi que Thomas Mayade (trompette et bugle) sur le fabuleux The Other Side et sur Old and Wise (Alan Parsons). On évolue dans un jardin mystérieux, où de précieux parfums flottent un peu partout. Le groupe reprend aussi Home (Tord Gustavsen), avec la même grâce et ce sens inné du beau que l’on retrouve sur tous les morceaux.

Loïs Le Van a une voix captivante. Comme il le reconnaît lui-même, il reste un peu de Chet Baker en lui, et on lui a même dit qu’il chantait comme Robert Wyatt, dont on retrouve un peu l’univers dans sa musique. Pour ma part, c’est à un « je ne sais quoi » de Terry Callier que j’ai pensé la première fois que je l’ai écouté, un soupçon de fragilité, la chaleur dans le grain de sa voix, un verbe épuré et cette manière généreuse et protectrice d’envelopper les mots avant leur envol.

Loïs Le Van n’est pas tout seul et les autres musiciens du sextet sont tout aussi épatants. Forts de leurs déjà riches expériences, ils forment avec leur leader un être multiple à la force indivisible. On est d’emblée séduit par leur implication et leur jeu. On aime le romantique et élégant piano de Sandrine Marchetti, le verbe jazz de haute volée dit par Thomas Mayade, qui excelle à la trompette et au bugle, et l’on apprécie la belle idée de lui avoir associé le mellophone et le cor de Manu Domergue, formant ainsi une section très originale. Enfin, à bel esquif, solide charpente, il revient au pacte rythmique formé par Leïla Renault à la contrebasse et Roland Merlinc à la batterie la lourde responsabilité de « driver » ce beau sextet, avec force et tact, et ils y parviennent à merveille. Ces musiciens nous ont touchés en plein cœur, leur univers est cet « autre côté », fait d’une poésie jazz toute neuve. Nous voulons les y suivre désormais, venez donc avec nous !

Par Dom Imonk

© HEVHETIA 2013 – HV 0073 – 2 – 331